‹ Étude sur le terme dynamis dans les dialgogues de PlatonChapitre 19 sur 73 · ESCHINE · texte numérisé non relu

ESCHINE

— II. 84. Après ces discours et autres semblables, Démosthène eut à remplir sa mission. Tous étaient attentifs, s’attendant à des paroles d’une puissance oratoire extraordinaire : ... χαὶ πάντες προσεῖχον ὡς ὑπερύολάς τινας δυνάμεως ἀχουσόμενοι λόγων...

— 11. 73. Tels étaient les périls de notre république chancelante qu'un des amis intimes de Charès, Céphisophon. fut obligé de proposer par un décret qu’Antiochos, commandant de la marine légère, mit à la voile en toute hâte, cherchât le général et son armée : … χαὶ ζητεῖν τὸν στρατηγὸν τὸν ἐπὲ τῇ δυνάμει τεταγμένον... S'il pouvait le joindre, il lui dirait : le peuple est surpris de voir Philippe marcher contre la Chersonèse, colonie d'Athènes, et d'ignorer où se trouvent son général et les troupes d'expédition : ... ᾿Αθηναῖοι! de οὐδὲ

— II. 80. Athéniens, il faut juger un député d’après les circonstances de sa mission ; un général, d’après les troupes qu’il ἃ commandées : ... τοὺς de στρατηγοὺς πρὸς τὰς δυνάμεις, ὧν ἡγοῦντο.

— IL 115. Je lus les serments par lesquels ces anciens Grecs s’engageaient à ne détruire aucune ville amphictyonique, à employer leurs pieds, leurs mains, leur voix, leurs forces entières pour punir tout profanateur du trésor d’Apollon, tout complice, tout instigateur du sacrilège : ον, χαὶ ἐάν τις ἢ συλᾷ τὰ τοῦ θεοῦ, ἢ συνειδῇ τι, Ἦ βουλεύσῃ τι χατὰ τῶν ἱερῷ) Y τιμωρήσε!" νχας χει: XAL TOOL χαὶ Οὐ νὴ XAL ποσῃ ουναμε!:...

— ΠΠ. 117. Si envahissant avec une armee, vous appuyez les iniquités des Thébains, vous ne ferez que des ingrats parmi ceux que vous allez soutenir : .… εἰ δ᾽ ἐπεξελθὼν δυνάμε: βεδαιώσεις τὰ Θηύαίων ἀδικήματα. παρ ὧν μὲν βοηθεῖς οὐκ ἀπολ ἥψη χάριν.

— II. 190. Vous-mêmes, quels étaient ici en public vos sentiments? N'attendiez-vous pas tous l’humiliation de Thèbes par un prince témoin de son insolente audace, et peu disposé à laisser croitre la puissance de ce peuple perfide : ... οὐ ἄντες προσεδοχᾶτε Φίλιππον ταπεινώσειν Θηύαίους, ὁρῶντά

« τ᾽ αὐτῶν τὴν θρασύτητα, χαὶ τῷ μὴ τῶν δύναμιν ἀνθρώπων ἀπίστων ἐ ARE αι;

— ΠΠ. 137. Philippe, à cette vue, ne vous a-t-:1l pas écrit pour vous inviter à sortir avec toutes vos forces (votre armée) et à défendre les droits de la justice? ... ὑμῖν ὃὲ ταῦθ᾽ ὁρῶν οὐχ ἔπεμψεν ἐπιστολὴν ὁ Φίλιππος, ἐξιέναι πάσῃ τῇ δυνάμε: βοηθήσοντας τοῖς δικαίοις ;...

— ΠΙ. 85. En cinq jours, vous avez secouru les Eubéens avee vos vaisseaux et votre armée : ... ἐν πέντε ἡμέραι ς ἐδοηθή-

1Π. 87. Callias. demanda à Philippe des troupes de renfort : … χαὶ παρὰ Φιλίππ ου δύναμιν προσμετ ATEU ἄμενος..

— Mème sens ἣν troupes, νὴ ces militaires 9; 96, 08. 109, 147.

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1Π. 174. Quant à la sagesse et à la puissance oratoire, Démosthène est né pour bien dire et mal faire : ... πρὸς δ᾽ εὐγνιμοσύγην χαὶ λόγου δύναμιν πῶς πεφύχε; ὃ δεινὸς ἢ λέγειν,

DÉMOSTHÈÉNE

Le terme δύναμις déterminé chez les écrivains cités au cours de cette étude, ne présente, dans les œuvres de Démosthène, aucun caractère particulier intéressant. Pour ne pas encombrer inutilement un travail déjà trop aride, nous nous contenterons de quelques exemples, spécimens des sens divers.

— XXI. 76. 69. Midias m'a poursuivi, Athéniens, moi qui me suis offert pour être chorège, par générosité ou même par folie : car il y a peut-être de la.folie à vouloir briller plus qu'on ne peut : … μανία γὰρ ἰσὼς ἐστὶν ὑπὲρ δύναμίν τι

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— 97. 143. En parlant d’Alcibiade, je ne prétends pas lui comparer Midias... je veux seulement vous convaincre que naissance, richesse, dl ne sont et ne seront rien. s'ils sont unis à l’insolence : ... οὐδὲν οὐτ᾽ ἔστιν οὐτ᾽ ἔσται, οὐ γένος,

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οὐ πλοῦτος, οὐ Sen LE ἂν ὑύρις προσῇ.

— 119. 224. Et la force des lois, quelle est-elle? Entendentelles vos appels, si on vous fait une injustice? Accourent-elles à votre secours? Non. Elles ne sont par elles-mêmes que des écritures mortes, dépourvues de toute faculté d'agir. Qu'estce done qui fait leur andre C’est votre fidélité à les maintenir par l’exécution : ... ἣ ὃὲ τῶν νόμων ἰσχὺς τίς ἐστιν;

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τίς οὖν αὐτῶν ἣ δύναμις [ἐστίν]; ὑμεῖς ἐὰν βεδαιῶτ᾽ αὐτοὺς καὶ - ni !

— XXIIL 180. 104. Afin que ce grand pouvoir de vos décrets ne vous étonne pas, je vais vous rappeler un fait dont

à . . “ LA \ ’ 1 » » vous êtes tous instruits : ... ἵνα 0€ Un Tavu θαυμάζητ εἰ τὰ

παρ᾽ ὑμῖν ψηφίσματα τηλικαύτην ἔ ἔχει δύναμιν, γεγονὸς χαὶ πᾶντες Reset πρᾶγμ’ ὑμᾶς ὑπομνήσω.

— 201.171. Charidème... rompt le traité qu'il avait conelu avec Athénodore... et en rédige un autre avec Chabrias,

encore plus révoltant que celui de Céphisodote. Chabrias n'ayant pas d'armée, était forcé sans doute de consentir à

Ξ ἌΝ M + 2 = x: ς,» = Υ ᾿Ξ 4] "-Ψ tout : ... oux EYOY O EXELYOS OU οὐνᾶμοιν στέργειν ἡναγχαςετο

PR — 203. 179. ... Il n’a cessé de vous flatter et de vous amuser tout le temps que votre armée resta dans l’Hellespont. Dès que vos troupes furent parties, il chercha à perdre les princes, à les déposséder : ... Mer ταῦτα τοίνυν ὅσον μὲν χρόνον [ἢ ὑμετέρα] δύναμις παρῆν ἐν ᾿Ελλησπόντῳ, κολακεύων καὶ φεναχίζων ὑμᾶς διαγέγονεν ‘ ἐπειδὴ δ᾽ εἶδε τάχιστα τὸν Ἑλλήσποντον ἔρημον δυνάμεως, εὐθέως ἐνεχείρει... κτλ.

— LIX. 321. 94. Les Platéens sont les seuls des Grecs qui nous aient secourus à Marathon, lorsque Datis, général du roi Darius, revenant d’Erétrie après avoir subjugué l'Eubée, descendit avec des troupes nombreuses dans notre pays qu’il ravagea : ... ὅτε Δᾶτις... dnéôn εἰς τὴν χώραν πολλῇ δυνάμει καὶ ἐπόρθει.

— Si par contre, nous parcourons les fragments des philosophes qui ont précédé Platon, nous trouverons rarement le terme δύναμις employé au sens très général de force ou de puissance. On ne pourrait guère citer dans la collection qu’un extrait de Melissos-et deux textes de Démocrite.

Mélissos. L'univers est éternel, infini, un, uniforme... il ne peut subir aucun changement. il ne souffre pas, car s'il souffrait, il ne serait pas universel; une chose qui souffre ne peut exister toujours et n’a pas la même force que ce qui est en santé : ... οὐδὲ ἀλγεῖ 0) γὰρ ἂν πᾶν εἴη ἀλγέον (οὐ γὰρ ἂν δύναιτο ἀεὶ εἶναι! χρῆμα ἀλγέον), οὐδὲ ἔχει ἴσην δύναμιν τῶι

ὑγιεῖ... (DieLs, 187. 19.)

Démocrite. — Celui qui veut vivre content... ne doit rien entreprendre au-delà de ce qu’il peut et de sa nature : τὸν εὐθυμεῖσθα,, μέλλοντα χρὴ μὴ πολλὰ πρήσσειν, μήτε din. μήτε

22 LE TERME δύναμις AVANT PLATON. /

Qu'il se tienne en garde, si la fortune survient et veut le pousser plus haut... qu'il la néglige et ne fasse rien au-dessus de ses forces : ... καὶ μὴ πλέω προσάπτεσθα', τῶν δυνατῶν... (Dies, I 57 fr. 5: 1 sqq.)

— Les hommes demandent aux dieux dans leurs priéres la santé, et ils ne savent pas qu’en eux ils ont pouvoir sur elle : ... ὑγιείην εὐχῆισι παρὰ θεῶν airésvrar ἄνθρωποι, τὴν δὲ ταύτης δύναμιν ἐν ἑαυτοῖς ἔχοντες οὐχ ἴσασιν... (θιει.5, II, 101

fr. 234. 12 544.)

- La simple lecture de ces documents permet, je crois, de constater l’évolution du terme δύναμις dans le langage courant. On pourrait la résumer ainsi : 1) l’idée primitive de force physique, applicable uniquement à individu qui triomphe de ses adversaires, grâce à ses bras ou à ses armes, se généralise bientôt et s’élargit. La δύναμις désigne toute sorte de supériorité : on parlera de la δύναμις d’un état, d’un prince, d’un pays. Sans doute la notion de force matérielle n’est pas absente de cette détermination nouvelle, mais elle n’est plus exclusive, et celle d'influence ou d’autorite la complète. — 2) Bien plus, le terme: s'étend aux êtres inanimés, comme la maladie, l'argent, aux êtres moraux qui n’ont d'autre force que leur valeur persuasive ou le respect qu'ils inspirent : telles la puissance des discours, la puissance des lois. — 3) Peu à peu cette qualité particulière et abstraite qui réside dans les collectivités finit par représenter ces collectivités mêmes, et l’armée, le gouvernement, la fortune seront des δυνάμεις, en un mot les êtres concrets qui manifestent en eux cetle supériorité. — 4) Enfin l’idée de valeur s’atténue parfois et se réduit à celle de simple pouvoir (non plus la potentia, mais le posse). Ainsi s'expliqueraient, en dehors des formules χατὰ δύναμιν, εἰς δύναμιν... des expressions comme : des discours équivalant à des actes, c’est-à-dire ayant le même pouvoir que des actes: — le pouvoir significatif des mots...; ainsi encore, l’idée de capacité productive dont Xénophon nous fournit quelques rares exemples. Mais ces divers sens relativement moins fréquents dans la littérature

qui se tient plus à l’écart du mouvement sophistique, doivent peut-être déjà leur origine à cet autre courant qui détourne le terme de son acception primitive et le spécialise.

Des renseignements, pour la plupart douteux, que fournissent les interprètes anciens du pythagorisme, un des moins contestés et des plus généralement admis aujourd'hui comme authentique, est celui qui concerne l’organisation du nombre et sa formation(1). Or les commentateurs s'accordent à reconnaitre que les mathématiciens grecs voyaient dans la décade la source et le principe de tout nombre, bien plus, sa nature elle-même, φύσις, car les nombres qui dépassent la décade se composent de dizaines indéfiniment renouvelées, suivant le besoin. Et, ajoutent-ils, les quatre premiers entiers, ou la tétrade, constituent la δύναμις de ce nombre fondamental : εἶναι de τὴν φύσιν τοῦ ἀριθμοῦ δεκάδα... χαὶ τῶν δέχα πάλιν, φησίν, ἣ δύναμίς ἐστιν ἐν τοῖς τέσσαρσι καὶ τῇ τετράδι (2).

Pour déterminer exactement ce que signifie dans ce cas le terme δύναμις, il faut tenir compte de deux choses : du symbolisme numérique qui semble avoir été pour des mathématiciens avant tout géomètres, à la base de la spéculation arithmétique, et du procédé de développement et de forma-

(1) Voir, par exemple, J. Burner. Early Greek Philosophy, p. 110 sqq.

(2) Aer. Plac. 1. 3. 8. Doxogr. 281. Cf. également le commentaire de Hiéroclès sur les Vers Dorés attribués à Pythagore, ou plus exactement à un pythagoricien de la première époque : ... Τοῦ δὲ ἀριθμοῦ τὸ πεπεβάσμενον διάστημα ἣ δεχάς. Ὁ γὰρ ἐπὶ πλέον ἀριθμεῖν ἐθέλων ἀναχάμπτει πάλιν ἐπὶ τὸ ἕν, καὶ δύο, καὶ τρία : “δὴ δευτέραν ἀριθμεῖ Sexé ς ὶ ΤΌΘ ᾿ 2 ΑΣΑ ΤΙΣ ὁμοίως, ἵνα Ho οντα εἰπῇ * χαὶ τοῦτο ἑξῆς, ἕως ἂν δεχάτην ἀριθμιήσας δεχάδα εἰς EXATOY προέλθῃ. Καὶ πάλιν ἑχατὸν δέχα τὸν αὐτὸν τρόπον ἀρ θμεῖ. Καὶ οὕτω υέχρις ἀπείρου τῷ τῆς δεχάδος διαστήματι ἀναχυχλουμένῳ προχώρε!ν δύναται. Τῆς δὲ

\ τὴν τῆς εἰκοσάδος συμπλήρωσιν "POC0L

᾿ δεχάδος δύναμις ἣ τετράς. Men Fragm. 1, 464 B.

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94 LE TERME δύναμις AVANT PLATON.

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tion des nombres, observés d’abord grâce à des expressions sensibles qui donnaient à l’esprit par les yeux la connaissance même de ce procédé. Il nous faut donc rappeler iei certains principes déjà établis par les historiens de la philoà sophie ancienne, et pour plus de détails nous renvoyons aux excellentes études de Burnet(1) et de Taylor (2).

Le symbolisme numérique parait bien appartenir au pythagorisme primitif : les nombres étaient représentés par des figures, probablement des points symétriquement rangés ἽΝ et disposés suivant des modèles ou des patrons, un peu à la manière de nos dés à jouer et de nos dominos(3). Dans une série d’entiers, chaque terme de la série peut être ainsi figuré par un modèle géométrique : triangle équilatéral, polygone régulier, carré... Soit, par exemple, une progression arithmétique dont la constante est 1 : la somme des termes suecessifs de la progression, 1, 2, 3, 4, 5, 6... sera représentée par des triangles, et la forme triangulaire caractérisera les séries 1, 5. 6, 10, 15, 21. Si, au contraire, la RE est ?, la forme carrée sera la forme propre des séries 1, 4, 9, 16, 25, 36... (4).

Parmi ces graphiques, un des plusanciensest, sans conteste, la tetractys de la décade, la « sainte tétractys » dont on attribue l’origine à Pythagore lui-même. Elle est la source de la nature, l’objet sacré du plus formidable des serments(5). Son importance provient surtout de la valeur mème de la décade, qui est, nous l'avons vu, le principe de tout nombre (6). Appeler la tétrade δύναμις de la décade, c’est

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