‹ Étude sur le terme dynamis dans les dialgogues de PlatonChapitre 26 sur 73 · GORGIAS · texte numérisé non relu

GORGIAS

Gorgias paraît être un disciple d'Empédocle en physique et en médecine(1). Il ἃ donc puisé à la même source que certains auteurs des opuscules déjà cités qui furent, du reste, à peu près ses contemporains. Les particularités de style et la terminologie de son maitre se retrouvent chez lui; les métaphores empruntées parfois à l’art médical témoignent de:

- l’effort réalisé pour faire pénétrer dens la langue des rhéteurs

les expressions des physiciens.

Le mot δύναμις est employé six fois, si je ne me trompe, dans les rares fragments de Gorgias qui nous ont été conservés. Pour trois cas, le sens est ordinaire et ne diffère pas de l’acception courante.

— Apologie de Palamède fr. 112 : ἐγὼ ὃς ποίαι δυνάμε! παραλήψομαι Ἕλλην βαρύάρους, εἷς ὧν πολλούς ; (DIELS. Vorsok. IT, 258, 13.)

Il s’agit évidemment ici de la force matérielle.

— Eloge d'Hélène fr. 11. Gorgias énumère les diverses: catégories d'hommes qui ont été séduits par la beauté d'Hélène : les riches, les nobles, les forts, les sages (ceux qui possédaient la puissance de la sagesse acquise)... : ὧν οἱ μὲν πλούτου μεγέθη, οἱ de εὐγενείας παλαῖας εὐδοξίαν, οἱ ὃὲ ἀλχῆς ἰδίας εὐεξίαν, αἱ dE σοφίας ἐπικτήτου δύναμιν ἔσχον... (DIELS. Vorsok. IX, 250. 20.) Peut-être cependant δύναμις est-il dans ce texte périphrastique. On peut ne pas le traduire, et 1] désigne l’étre de la sagesse, ou, tout simplement, la sagesse.

— Id. fr. 11... ὃς εἰ μὲν θεὸς « ὧν ἔχει» θεῶν θείαν

(1) Cf. Burxer, Early Greek, p. 234.

58 LE TERME δύναμις AVANT PLATON.

δύναμιν... La θεία ovale est la ΕΊΣ ΙΝ (Diecs. Vorsok. IE, 254, D):

Les trois autres cas où le terme est usité sont plus intéressants et dénotent une acception déjà plus spéciale

— Eloge d'Hélène fr. 11. L’incantation magique de la À parole ramène le plaisir, chasse le chagrin : sa vertu dans |

l’âme est de charmer, de persuader, de transformer... : ᾿ ! A = SP cs AE £ gra + +

ἔθελξε καὶ ἔπεισε χαὶ μετέστησεν αὐτὴν γοητείαι. (DIELS.

Vorsok. I, 252, 1.)

— Id. On vient d’aflirmer que l’action du discours consiste à persuader et à persuader d’une facon tvrannique. Aussi Hélène ne mérite-t-elle pas de reproches. car elle est en partie entraînée par cette vertu toute puissante du λόγος. En effet, le fait d’obéir à la persuasion est blämable, mais s’il v a contrainte, il ne peut y avoir de bläme, bien que la persuasion opère le même effet, conserve la même proprièlé {ait la même action) : τὸ ne) τῆς πειθοὺς € ἕξει ὄνειδος * χαίτοι ἧι ἀνάγχη, ὄνειδος ἕξοι μὲν οὔ, τὴν dE δύναμιν τὴν αὐτὴν ἔχε: (1). (DIELS. Vorsok. IT, 252, 12)

— Id. L'action du discours sur l'ordonnance de l'âme est la même que celle des remèdes sur la nature des corps : les différents remèdes expulsent du corpsles differentes humeurs; les uns font cesser la maladie, les autres font cesser la vie. Semblablement pour les discours : les uns engendrent le chagrin, 165 autres le plaisir, d’autres la crainte ou l'audace, d'autres enfin, par leur persuasion mauvaise, distillent dans l'âme leur poison et l’ensorcèlent : τὸν αὐτὸν dE λόγον ἔχε: ἥ τε τοῦ λόγου δύναμις πρὸς τὴν τῆς ψυχῆς τάξιν ἥ τε τῶν φαρ-

᾿ r \ - ᾿ ᾽ “ ἢ μαάχὼν ταξι προς τὴν τῶν σωματωὼν φυσιν. WITES γῦρ τὼν

Et

paouaxwy ἄλλους ἄλλα χυμοὺς ἐχ τοῦ σώματος ἐξάγε!., καὶ τὰ

(1) Je corrige le texte inintelligible cité dans DieLs par la leçon propusée par M. Diès dans Revue de Philologie, Note sur l EAENHY ETKOMION de Gorgias, Avril, 1913, p. 192 sqq.

LA δύναμις CHEZ LES MÉDECINS ET LES SOPHISTES. 59

\ , , (2 - ῃ \ ὌΧ ἢ δεν νόσου τὰ de βίου παύε:, οὕτω χαὶ τῶν λόγων οἱ μὲν ἐλύπησαν, € ot

οἱ CE LUE ἐφόδησαν, οἱ δὲ εἰς θάρσος χατέστησαν τοὺς ἀχούοντας, οἱ de πειθοῖ τινι χαχῆ! τὴν ψυγὴν ἐφαρμάχευσαν καὶ

Vorsoks IE 253,49 Dans ces trois textes, dans le dernier surtout, le sens du

ἐξεγοήτευσαν. (DIELS

terme δύναμις se rapproche beaucoup plus de celui que nous

avons précisé plus haut à propos des traités hippocratiques.

Ici la δύναμις est l’action spéciale, la vertu magique du discours ou de la persuasion. Cette δύναμις les caractérise, et comme la vertu particulière, la propriété des remèdes est de chasser telles ou telles humeurs, celle de la parole est de causer

chagrin ou joie, crainte ou confiance.

ISOCRATE Δύναμις est assez souvent employé au sens ordinaire et vague de puissance, ou encore de simple possibilité, ou mème de forces militaires. Pour ne pas citer tous les textes, ce qui surchargerait trop cette étude, j’indique en note quelques références (1), et je passe immédiatement à l'examen des passages, déjà nombreux, qui me paraissent plus intéressants.

— 9..ὄ ἢ] faut d’abord examiner quelle est la fonction des rois. Car si nous circonserivons bien en peu de mots la nature (l'essence) de la chose toute entière, nous pourrons, en y

(4) Puissance : Πανηγυρ!κός 140.

Περὶ Éie οήνης 74, 11, 109.

HaabiNanee 80.

Possibilité : AY ἰὅαμος 84.

(: Forces mililaires : Πανηγυρικός 139, 141, 147, 164.

Τραπεζιτικός [pos Ικαλλίμαγον

00 LE TERME δύναμις AVANT PLATON.

regardant mieux, parler des parties : Πρῶτον μὲν οὖν σχεπτέον, τί τῶν βασιλευόντων ἔργον ἐστίν * ἂν γὰρ ἐν χεφαλαίοις τὴν δύναμιν ὅλου τοῦ πράγματος χαλῶς περ!λάδωμεν, ἐνταῦθ᾽ ἀποῦλέ-

— 9%, Nous appelons éloquents ceux qui peuvent parler devant une assemblée, et nous considérons comme des hommes de bon conseil ceux qui, en eux-mêmes, raisonnent sur les affaires avec plus de sagacité. Et s’il faut tout dire en un mot sur cet art, rien n’est fait avec intelligence sans le secours de la parole : ... εἰ δὲ δε; συλλήόδην περὶ τῆς δυνάμεως ταύτης εἰπεῖν, οὐδὲν τῶν φρονίμως πραττομένων εὑρήσομεν ἀλόγως γιγνόμενον...

— 30. Tout le monde avoue, je pense, que la modération et la Justice sont les premières des vertus. Elles ne sont pas seulement utiles en elles-mêmes, mais si nous voulons réfléchir sur la nature, les propriétés, l'usage des choses, nous trouverons que celles qui ne participent pas à ces formes de vertus sont causes de grands maux; au contraire, celles où l’on voit entrer la Justice et la modération sont grandement utiles à la vie sociale... : οὐ γὰρ μόνον τὸ χαθ᾽ αὑτὰς ὠφελοῦσιν, ἀλλ᾽ εἰ ᾿θέλοιμεν σχοπεῖν καὶ τὰς φύσεις καὶ τὰς δυνάμεις καὶ τὰς χρήσεις τῶν πραγμάτων, εὑρήσομεν τὰς μὲν μὴ μετεχουσας τουτων τῶν LOEWY μεγάλων χαχὼν αἰτιας ουσας, τὰς ὃξ μετὰ διχαιοσύνης ai σωφροσύνης γιγνομένας πολλὰ τὸν βίον τὸν τῶν ἀνθρώπων ὠφελούσας.

— 90, Ne pensez pas que recevoir soit toujours un gain et dépenser toujours une perte : aucune de ces deux choses n’a toujours la mème valeur (la même aftribution;: le mème caractère d’ètre gain ou perte ne convient pas toujours, n’est pas essentiel au fait de recevoir ou de dépenser), mais celle qui se produit à propos et selon la vertu, est utile à ceux qui l’accomplissent : ... μὴ τὸ μὲν Aabeïy xéodos εἶναι νομίζετε, τὸ δ᾽ ἀναλῶσαι ζημίαν - οὐδέτερον γὰρ τούτων ἀεὶ τὴν αὐτὴν ἔχε. δύναμιν, ἀλλ᾽ ὁπότερον ἂν ἐν χαιρῷ χαὶ μετ᾽ ἀρετῆς

, ET = A γυγνηται, TOUT ὁ DEAE TOUS TOLOUYTHS.

LA δύναμις CHEZ LES MÉDECINS ET LES SOPHISTES. 61

— 59. Ne pensez pas que le vice soit plus utile que la vertu, et que le nom seul soit odieux. Mais sachez que tel est le nom de chacune des choses, telles sont aussi leurs propriétés (presque leur nature, leur essence) respectives : οἴεσθε δύνασθα. μὲν πλείω τῆς ἀρετῆς ὠφελεῖν, τὸ δ᾽ ὄνομα

UN τὴν κακίαν = ἢ "» ».. σ » ΄ el = δυσχερέστεοον ἔχειν, ἀλλ᾽ οἵων περ ὀνομάτων ἕχαστον TOY , LA U -ἰ ᾿ δὴ s ! L “ὦ πραγμάτων τετύχηκε, τοιαύτας ἡγεῖσθε χαὶ τὰς δυνάμεις αὐτῶν

— 21. Ne penses-tu pas que celui qui ἃ accompli tant et de si grandes choses condamnera comme un fou celui qui enverra une telle œuvre, et jugera qu’il se trompe grandement sur la puissante des discours et sur son propre esprit : ... τὸν δὴ τοσαῦτα καὶ τηλικαῦτα διαπεπραγμένον οὐχ otee πολλὴν μωρίαν χαταγνώσεσθαι τοῦ πέμψαντος τὸ βιύλίον χαὶ πολὺ διεψεῦσθαι νομιεῖν τῆς τε τῶν λόγων δυνάμεως χαὶ τῆς αὑτοῦ

es ’ OLAVOLS ; ᾿Αρεοπαγιτικός.

— 14. L'âme de la cité n’est pas autre chose que son organisation politique dont la fonction est la même que celle de l'intelligence dans le corps. En effet, l’organisation politique délibère, garantit les prospérités, écarte les maux... : ἔστι γὰρ ψυχὴ πόλεως οὐδὲν ἕτερον n πολιτεία, τοσαύτην ἔχουσα δύναμιν, ὅσηνπερ ἐν σώματι φρόνησις.

— d4, Hélène participa à la beauté dans la mesure la plus complète, la beauté qui est le plus vénérable, Le plus précieux, le plus divin des êtres, Et il est facile d’en reconnaitre la puissance : ce qui participe au courage, à la sagesse, à la justice est honoré, mais certaines choses le sont davantage ; sans la beauté, nous ne trouvons rien qui nous charme ; nous dédaignons tout ce qui ne participe pas à cette forme, et si la vertu est estimée, c’est qu'elle est précisément la plus belle des occupations : χάλλους γὰρ πλεῖστον μέρος μετέσχεν,

62 LE TERME δύναμις. AVANT ΡΙΑΤΟΝ,

σεμνότατον χαὶ τι ἐμιώτ ατὴν χαὶ es A70Y τῶν ὄντων ἐστίν.

ι Lu ον δὲ γνῶναι! τὴν δύναμιν αὐτοῦ. τῶν μὲν γὰρ ἀνόρίας 7.

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