‹ Étude sur le terme dynamis dans les dialgogues de PlatonChapitre 70 sur 73 · NOTION PROPREMENT ARISTOTÉLICIENNE · texte numérisé non relu

NOTION PROPREMENT ARISTOTÉLICIENNE

étroite et se déterminent mutuellement. Un être est dit en puissance d’un acte, lorsque, en lui, aucun obstacle ne s'oppose au passage à cet acte : Ἔστι δὲ δυνατὸν τοῦτο ᾧ ἐὰν ὑπάρξῃ ἣ ἐνέργεια, οὗ λέγεται ἔχειν τὴν δύναμιν, οὐθὲν ἔσται ἀδύνατον (1). Par exemple, si quelqu'un ἃ la faculté de s’asseoir, 11 doit n°y avoir pour lui aucune impossibilité à s'asseoir... En d’autres termes, la δύναμις n’est pas une négation de [᾿ὀΐγθ, elle est comme une direction suivant laquelle s’actuera la réalité. Loin d’être néant, elle reste engagée dans la substance comme une force, non capricieuse et livrée au hasard, mais ordonnée suivant un certain sens et un mouvement donné, et elle explique le développement et la nature de l'acte. Les divers exemples ἐνέργειαι cités par Aristote, permettent de se rendre compte de sa signification : « l’acte, c’est, par exemple, le rapport de l’ouvrier qui construit effectivement à celui qui peut construire; le rapport de l’homme éveillé à celui qui dort; le rapport de l’homme qui regarde à celui qui ferme les yeux, tout en ayant le sens de la vue..., le rapport de l’objet tiré de la matière à la matière elle-même, de ce qui est travaillé à ce qui ne l’est pas(2). » Mais pouvoir construire, pouvoir regarder, pouvoir produire un objet... ne représentent pas de simples négations. De plus, les termes exprimés par ces rapports sont étroitement liés entre eux, de sorte que ni l’acte ne s'effectuera s’il n’est d’abord en puissance de se réaliser. ni la puissance ne produira l’acte si elle reste indéfinie et ne prépare par sa direction l'apparition de tel être distinct. On peut donc définir la δύναμις, la possibilité d’être d’une façon déterminée, et l’on voit ainsi, comme le remarque Aristote, qu’elle n’est pas simplement pour nous ce qui naturellement peut mouvoir une autre chose ou être

(A) Id. id. 1047 A 24.

(2) Id. id. 6, 1048 À 35. Δῆλον δ᾽ ἐπὶ τῶν καθ᾽ ἕχαστα τῇ ἐπαγωγῇ ὃ βουλόμεθα λέγειν, καὶ οὐ δεῖ παντὸς ὅρον ζητεῖν ἀλλὰ καὶ τὸ ἀνάλογον συνορᾶν, 671 ὡς τὸ οἰχοδομοῦν πρὸς τὸ οἰχοδομιχόν, χαὶ τὸ ἐγρηγορὸς πρὸς τὸ καθεῦδον, xai τὸ δρῶν πρὸς τὸ μύον μὲν ὄψιν ὃὲ ἔχον, καὶ τὸ ἀποχεχριμένον x τῆς ὕλης πρὸς τὴν ὕλην, καὶ τὸ ἀπειργασμένον πρὸς τὸ ἀνέργαστον. — Cf. aussi sur les relations entre la δύναμις et l'acte, Boxrrz, 207 B 43 sq.

186 RAPPORTS ENTRE LA δύναμις PLATONICIENNE, ETC.

τη par elle, mais qu’elle possède une seconde signification : Kai γὰρ τὸ δυνατὸν ἅμα δῆλον ἔσται διαιροῦσιν, ὅτι οὐ μόνον τοῦτο λέγομεν δυνατὸν ὃ πέφυχε κινεῖν ἄλλο ἢ κινεῖσθαι ὑπ᾽ ἄλλου, ἢ ἁπλῶς ἢ τρόπον τινά, ἀλλὰ καὶ ἑτέρως (1).

Sur cette notion se greffe la théorie de la puissance, et c’est le terme que nous devons imposer à notre étude. Notre but, comme nous l'avons dit, n’est pas de faire l’exposé et d’instituer la critique de cette théorie très délicate et très complexe. Il nous a sufli de voir comment elle s’embranche sur la conception platonicienne de la δύναμις et comment, peut-être, la première idée de cette doctrine existait éparse dans quelques textes des Dialogues. Evidemment Aristote a perfectionné ces ébauches; il les ἃ enrichies de toutes les analyses dues à sa science prodigieuse de la nature et de toutes les méditations suggérées, il est permis de le croire, par telles pages du Théétète ou du Timée(2). Le germe néanmoins se trouvait chez Platon, et sans doute Aristote, en construisant son système, a plus d’une fois songé aux leçons de son vieux maitre dont il prolongeait encore ici, comme en tant d’autres points de son enseignement, la pensée toujours infiniment féconde.

ἜΘ NET pee

(4) Id. id. 6, 1048 A 27.

(2) Si nous avions étudié ex professo la théorie de la puissance, nous aurions dû signaler et exposer la doctrine de la χώρα dans Timée. Mais notre tâche étant de déterminer le sens du terme δύναμις, nous AYONS Cru devoir laisser de côté cette doctrine qui n'intéressait pas immédiatement

notre sujet.

CRTERSE FC

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