‹ Etude sur le théâtre de Marie Joseph ChénierChapitre 6 sur 34 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LATR AGÉDIE DE TIMOLéOX ET LES ATTAQUES DE «LA CALOMNIE »

1. L'auteur de ThnoUon elles circonstances dont il s'inspirait. — 2. La tragédie de Timoléon et la censure de l'an II. — •3. La protestation contre « la Terreur » dans la tragédie de Timoléon. — 4. Les représentations de Timoléon et la réaction thermidorienne. — 5. L'auteur de Timoléon et « la calomnie >> de l'an V.

Puisque ses tragédies aniérieures avaient cessé d'être d'accord avec le progrès du mouvement révolutionnaire, M.-J. Chénier, à la fin de 1793, chercha pour une ptèce nouvelle une inspiration plus conforme aux principes officiellement triomphants : il pensa soutenir — ou retrouver — sa précédente réputation de poète patriote en traitant pour la scène le sujet de Timoléon ( 1 ) .

C'était le temps où la loi des suspects faisait régner dans la République la Terreur « mise à l'ordre du jour )) (2), où la dictature instituée par la Convention

(1) On peut supposer qu'il commença cette pièce vers la fin de décembre 1793, lorsqu'il cessa de faire partie du Comité d'instruction publique, — puisqu'au début de 1793 il indiquait (dans le Discours pré- Uminaii-e un Fénelon) les travaux de ce comité comme la principale raison qui devait lui laisser peu de loisirs pour les ouvrages dramatiques. Il ne faut pas s'élonuer que les /rois actes de Timoléon aient pu être écrits en trois ou quatre mois : l'ouvrage parait en effet avoir été assez peu mûri par son auteur. ,

(2) Gomme le demandait, en septembre 1793, une pétition des Jacobins et de la Commune à la Convention.

établissait en permanence la guillotine; où Camille Desmoulins, servant, a-t-on dit, la pensée de Danton (1 ), et avouant courageusement sa honte « d'avoir été trop longtemps poltron » (2), faisait paraître son Vieux Cordelkr (3) pour demander, à côté du Comité de Salut public, la constitution d'un « comité de clémence » (4): le moment parut bon à M.-J. Cliénier pour faire applaudir au théâtre un exemple d' a énergie républicaine » (5) poussée jusqu'au fratricide.

Montagnards et Girondins avaient passé les premiers mois de la (^.onvention à s'anathématiser, à s'excommunier mutuellement de la République, à se traiter réciproquement de « conspirateurs » et de k contrerévolutionnaires » (6). Les diverses fractions de la Montagne victorieuse ne devaient pas tarder à reprendre entre elles les mêmes procédés de polémique, aboutissant, du côté le plus fort, au même argument final : l'échafaud. Dans les clubs, dans les comités révolutionnaires, comme au sein de la Convention, on s'ingéniait à découvrir, à dénoncer, à déjouer de perpétuelles conspirations contre la liberté ; etl'on mêlait aux déclamations contre les complots « liberticides » de farouches protestations de haine contre la tyrannie. — Les conspirations furent, en raison de cet état d'es-

(I) V. le Mémoire de Garât et les Mémoires de Barère.

Ci) L'expression est dans le no 2 et se retrouve, presque semblable dans le no 5 du Vieux Conlelier. — Et C. Desmouiins ajoutait : « Le silence que la circonspection peut commander aux autres citoyens, ses devoirs le défendent à un représentant... » (N» 2 du Vieux Cordclier.)

(3) Entre le 15 frimaire et le 13 pluviôse. Ce « journal de réaction », comme l'appelle Barère dans ses i)/('wo/)-i's, fit comprendreC. Desmoulins (en germinal) dans la « conspiration » des Dantonistes.

(4)V. le n» 4 du Vieux Conlelier (;iO frimaire).

(5) Expression de M.-J. Chénier {Rcflc.ciuiis sur Féneloti) à propos de son Ca'ius Gracchus.

(6) V. sur la raison de ces accusations réciproques, le Mémoire de Garât sur la Révolution (an III, 1793).

prit, très en faveur dans le théâtre du temps (I). Une « conspiration pour la liberté », c'était le sujet de la MorI do César, cette tragédie de V^oltaire qui, épurée des discours « contre-révolutionnaires » d'Antoine, resta sous la Terreur une des pièces les plus en vogue de l'ancien répertoire (2); ce fut aussi le sujet — et le soustitre même — deVEpicharis (3) queLegouvé fit représenter pour la première fois au Théâtre de la Uépublique le 1d pluviôse de l'an II, faussant doublement l'histoire pour montrer à la fin de sa pièce (4) les conjurés vainqueurs de Xérou au cri de a Vive la République ! » une conspiration contre la liberté, — étoufiée dans le sang des traîtres, — ce fut le sujet du Timoléon de Chénier, comme aussi du Cincinnatus qui, représenté seulement après Timoléon (5), avait été conçu par Arnault vers cette même époque (G). Et, si l'on voyait, dans la pièce de Voltaire, César poignardé par l'homme qui vient de se reconnaître son fils, on devait voir, dans Cincinnatus, le conspirateur Spurius Mélius misa mort, avecla stoïque approbation de sa fille (7), par le Romain qui avait voulu être son gendre (8), — dans

(1) Ib Journal des Théâtres disait, le 23 frim. an III, à propos du C/«cinnatiis d'Arnault.que cette pièce avait été « conçue dans des circonstances où l'on ne voulait (comme sujets de tragédies) que des conspirations » : « les auteurs d'Epicharis. de Timoléon, de Cincinnatus ont obéi à cette loi », ajoutait-il en espérant qu'ils « profiteraient désormais de la liberté de choisir d'autres sujets ».

(2) C'était aussi le sujet de Guillaume Tell, qui fut repris le 2o floréal an II, par le Théâtre de la République, pour remplacer Tmo/éon interdit.

(3) Epicharis et Néron, ou la conspiration pour la liberté, tragédie en 5 actes, jouée alors avec un succès soutenu.

(4) Après un cinquième acte rempli par la peinture des terreurs et de l'agonie de Néron :Epicharisest morte, mais elle est vengée par Pison.

(5) Le 21 frimaire an III (pièce en 3 actes, comme Timoléon).

(6) V. les Mémoires d Arnault.

(7) Emilie, qui d'ailleurs se tue, après avoir remis à Cincinnatus la liste des conjurés, trouvée par elle chez son père.

(8) Servilius, quiaime Emilie et en est aimé,— quid'abord défendait

Timoléon, le « lyran fulur », Timophane, poignardé sur le signal donné par son propre frère.

Vers le temps même où Arnault pensait trouver dans les vertus de son Cincinnatus le thème d'une peinture en rapport avec l'idéal républicain (1), il achevait en peu de jours un court poème d'opéra (2) pour lequel Méhul composa « une musique de fer » ('d) et dont le héros, Horatius Codés, était choisi dans une intention d'allusion au « patriotisme des armées républicaines » (4): l'inspiration de r//icu!nn/HS et celle d'IJoratiits Codes, — la tragédie et l'opéra (o), — se trouvèrent en quelque sorte combinées dans le Timoléon de Chénier. Ayant déjà, comme poète lyrique, chanté la a guerre de la liberté » (6), Chénier fut frappé sans doute, dans l'histoire de Plutarque, de la destinée de ceTimoléon, sauvant d'abord la liberté à Corinlhe, puis, plus lard, se consacrant à délivrer les Syracusains de leur tyran : il voulut mêler dans sa pièce (7) ces deux époques de

Spurius Mélius au Sénat, mais qui, convaincu de sa culpabilité, a accepté de Ciaciuuatus dictateur la charge de « maître delà cavalerie », avec la mission d'arrêter Spurius.

(1) Ainsi qu'il le ditdans ses Mr'moiyes.

(2) En un acte : la première représenlalion en fut donnée, à l'Opéra, le 30 plnviôse.

(3) E.^pression d'Arnault dans ses Mémoin-s.

(4) Qu'il voulait louer « abstraction faite des principes du gouvernement ■' (V. ses Mémoires).

(5) On reprocha au.\ chœurs de Timoléon de « trop ressembler à des chœurs d'opéra » ^V. le Journal des Spectacles du 30 fructidor an II).

(6) C'est le titre d'une otie composée par Chénier en 179â (V. cidessus, p. 97). 11 avait aussi fait représenter à l'Opéra, le 27 janv. 1793, un « divertissement lyrique » en i acte et en vers), dont Gossec avait fait la musique, et qui s'intitulait le Camp de Grand Pré, on le Triomphe de la République. Et la dernière pièce de poésie qu'il ait donnée avant sa tragédie de Timoléon (peut-être au temps même où il commençait cet ouvrage) était Vlbimne sur la reprise de Toulon, chanté à Paris, le 30 déc. 1793 (Y. ci-dessus, p. iââ, n. 4).

(7) La Harpe avait fait de même dans son Timoléon, joué sans succès en 1764 ; mais il n'avait pas tiré de cetle combinaison le genre d'effets que voulut en tirer Chénier.

la vie de son héros : le tyran Denys (I), encourageant 1 entreprise de T.mophane contre la liberté de sa patrie put représenter, dans la pensée de Chénier, les rois de 1 Europe a conjurés» contre la France républicaine ; et les Corinthiens envoyant aux Syracusains des hberateurs symbolisèrent la solidarité des peuples en face de celle des . tyrans „ ; elles soldats de ïimoleon. combattant pour la cité de Syracuse, fio-nrèren les armées de la Convention portant la crainte dans le cœur des ro,s, allant par leurs victoires atïranch.r les peuples opprimés. Méhul, avant de composer la musique du Chant du départ, fit celle des chœurs de Irmoleon : 1 .nsp.ralion d'où Chénier tira son « hymne de guerre (2) -, pour les soldats de 1 794 était déjà dans les hymnes attribués par lui aux hommes de Corinlhe, dans ces chœurs de guerriers et de citoyens imitanl les chœurs des fêtes révolutionnaires autant que ceux delà tragédie antique.

Ainsi la pièce de Chénier semblait répondre sous un double aspect aux circonstances parmi lesquelles

elefutconçue: elle célébrait la République Iriomphanle a la fois des tyrans du dehors et des conspirateurs du

dedans Le héros qu'elle mettait en scène rehaussait par éclat de ses victoires le mérite de son austérité républicaine : c'était avec l'autorité de son exemple, avec 1 évidente sincérité de son propre désintéressement, qu 11 pouvait répondre aux plaintes de son frère (3) sur la trop faible récompense reçue de l'Etat pour de rares services :

inclues" av^r!,!!'' i'^'"' '*'' ^'''^ '"'"''' '"^'^ " V ^^^ "'^'é par se. (3) V. la se. m du 2e acte.

— Ii2 —

Elle droit de verser ton sang pour la patrie, L'inestimable honneur de mourir pour nos lois, N'est-ce donc point un prix plus grand que tes exploits ?...

Les intentions de l'auteur se précisaient çà et là, par des allusions assez claires, à travers l'enseignement civique de ses personnages : c'est ainsi que Chénier, faisant dépeindre par son Timoléon le contraste entre les sans-culottcs et les aristocrates de l'an II, opposait aux citoyens vertueux et pauvres, défenseurs empressés de la patrie et de la liberté, les riches, les oisifs, lièdes patriotes, quand ils ne sont pas des traîtres, vite résignés à la tyrannie quand ils n'en sont pas les artisans :

De fastueux clients, dignes d'un tel prytane (1), Voilà les citoyens que chérit Timophane !...

Les noms d'égalité, de vertu, de patrie. Ne retentissent plus dans leur âme flétrie. Lorsque l'Etat réclame et des biens et de l'or. Ils ferment avec soin leur avare trésor ; Rien ne peut au péril aguerrir leur faiblesse, Rien n'attendrit ces cœurs séchés par la mollesse. Quand ce peuple, quittant ses rustiques foyers, Court aflronter la mort et les travaux guerriers. On voit dans nos remparts leur oisive opulence D'un luxe corrupteur étaler l'insolence ; Et toujours évitant la gloire et les dangers, Aux maux de la patrie ils semblent étrangers...

De tels vers s'accordaient assez bien, semble-t-il, avec le langage olliciel de ceux qui étaient alors les grands-maîtres de la « sans-culollerie )> (2) et qui af-

(1) Anticlès, que Timoléon vient de reprocher à Timophane de compter parmi ses aniis(sc. m du 2» acte).

(2) Expression de (îarat disant, dans son Mémoire de l'an III, (jue Danton avait eu pour projet « d'étoulTer le délire et les désastres de la sans-culottcrie ».

feclaienl volontiers, comme Robespierre, de confondre parmi les ennemis de la Hépiibliqiie « les hommes vicieux et les riches » (I)... La pièce, cependant, leur déplut, pour d'autres raisons ; et Chénier, qui cinq ans auparavant avait salué dans la Révolution l'abolition de la censure au profit de son Charles IX, vit son Timoléon interdit par la censure de la Révolution.

La censure, au moment où les acteurs du Tliéàtre de la République se préparèrent à jouer Timoléon, n'était pas encore officiellement rétablie (2) ; mais elle fonctionnait à peu près comme si elle l'eût été.

L'Assemblée Constituante, en décrétant pour les théâtres un régime de liberté exclusif de toute censure préventive, avait attribué aux municipalités la police des spectacles (3) : c'était leur donner le droit de suspendre, fût-ce par la clôture d'une salle, les pièces qui occasionneraient du désordre. Lorsqu'au mois de

(1) V. à ce sujet le rapport de Courtois (16 niv. an III) à la Convention « au noiu de la commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices », et les pièces justificatives jointes à ce rapport (Edition de l'an III). Unenote de Robespierre dit : « Quels sont nos ennemis ? Les hommes vicieux et les riches... » ; et le rapport explique i]ue Robespierre avait pour système de proclamer que <■ le riche est l'ennemi-né du sans-culotte ». — Le Mémoire de Garât explique aussi que les Mi)ntagnards reprochaient aux Girondins de vouloir « organiser la République pour les riches ».

(2) Elle le fut par un arrêté du Comité de Salut public, du 18 prairial an II (V. ci-dessous, p. 160). M. Aulard (dans son étude sur le culte de la Raison) indique que le décret du 14 frimaire sur Torganisation du gouvernement révolutionnaire rétablissait, mais seulement par voie indirecte, la censure de la presse.

(3) V. les articles 6^ 7, 8 du décret du 13 janvier 1791. — Robespierre, à l'Assemblée constituante, avait combattu Fart. 6 (qui plaçait les théâtres » sous l'inspection des municipalités >■) en disant que cet article lui paraissait trop vague et laissait place à l'arbitraire des municipalités.

— lU —

janvier 179;5 la Commune de Paris prétendit arrêter les représentations de VAmides ^o/s(l)sous le prétexte du désordre que la pièce poumù causer (2), la Convention condamna celle abusive interprélation de la loi (3) ; au reste lY'lion, en soutenant à la tribune la thèse libérale qui prévalut alors (4), déclarait que, sans avoir légalement aucun droit de censure, la Commune pouvait donner aux directeurs de lliéâtres des avis officieux sur l'imprudence de jouer certaine pièce,et qu'étant maire de Paris (5) il avait lui-même, plus d'une fois, fait écouter par eux de tels avis. Mais la Convention modifia la législation même des spectacles, lorsqu'au mois d'août 1793, comme une sorte de complément aux représentations de pièces patriotiques ordonnées (G) sur divers théâtres de Paris, elledécréla que « les théâtres qui représenteraient des pièces tendant à dépraver l'esprit public ei à réveiller la honteuse superstition delà royauté seraient fermés, et leurs directeurs arrêtés et punis selon la rigueur des lois ». C'est ce deuxième article du décret du 2 août 1 793 qui fut appliqué aux comédiens du Théâtre de la Nation à propos des représentations de l'améla (7). — Pour ne pas risquer de se voir traités ainsi « selon la rigueur des lois »,

(1) V. ci-ilessus, cliap. iv, p. 112.

['i) y. au Moniienr l'arrêté du Conseil gonéral de la Comniuue du 11 janvier ITÏK!, et les observations de Pétion à la tribune de la Convention, dans la séance du 16 janvier.

(3) V. les séances du l'2 et du 16 janvier 17i)3. — Elle votait, le 12 janvier, après une discussion au sujet da l'Ami des lois, un ordre du jour motivé sur ce qu'« il n'y avait pas de loi qui autorisât les corps municipaux à censurer les pièces de théâtre ».

('i) V, la séance du 16 janvier (1793).

(5) En l7\)-2. — Cliambon lui avait succédé dans ce poste.

(6) Par l'article 1" du même décret du 2 août (V. ci-dessus, chap. iv, I 2, p. 111). Ce décret était [iroposé au nom du Comité de Salut public.

(7) V. ci-dessus, chap. n, | 2, p. 116. — Le Directoire s'autorisa de ce même décret, « par leq'uel la Convention, déclarait-il, avait dérogé au décret du 13 janvier 1791 •), pour établir sur les théâtres une sorte

pour s éviter en tout cas des pertes de temps et dar genten montant des pièces qui pouvaient'è.re i, t ." d esensu.tepourdes .e«./«„.e. suspectes, les ar tes ou les directeurs de théâtres (I) pripent Ihabit d

i^-^ie légale : deux de;:^;: ■:.;:, T^^^^

urent chargés de l'exercer « pour les pièces no 1 ; como,e pour les anciennes » : ils donnaient leur pa ecnt « indiquant les changements nécessaires ou « écartant absolument l'ouvrage s'il n'ofïrait au'cun «moyen de devenir conforme aux principes e aux « mœurs.... (3). Le Conseil général de la commun to en proclamant « qu'il ne devait pas y avoir de censeils

dessous, chap. vr, « r "eis nrj f ^ '" f J*"' ''<^^' ^''^^''' C^- ■=■l'ibune .. ropposi iou : Pnh.p^,? T '^f ,' '?-!'■ ^'"'^'^ remarquer à la d'août 1793. "' '''"''' ^'^ ^"3' (l'article 6. et le décret

de 1 . épuration » de cette admin trJ,. , l ' ' maintenus lors l'an II (cet. 1793, T. au l'Ï!;";^ ''"""' "^ "''^ J""-" '^ '" "-'« ^e

soient envento°e de l'an II „^"«^ '«^^^"^'0'^ '-aleurs de police adres^ est saus doute le ':J;o°,'i^X;^^^ ''■ '' '^°'"'"""<'' «' l^^'

la séance du conseil du 24 venlosr/à nrnnn r''™ '" '^^'""''"'' P™-t'û»^-« ,/.. Hais). - Ilsfont eLx mir r "°' P'''" '""'"'"^^ '« >|u',< aucune loi ne se nblai^ avoir Snf"''*'''^^^ ce rapport,

et, comme ilsosaient exnr Lpp u "''"^'' '" censure des théâtres » ; l'examen des piTcefde tl .^re nnf !! ; '^' ""''''' J'™«'* '''''Sés de vote du Conseil -énéral dT Lr ', ' T ^'^''^ «^^ ^'«"^"'•e '>- "n toujoursausaglSdïcom^r'H"'"' '''"'''' "' '' '^°'^^'^™e'surveiilerresjrit public et non IL'""' 'î"'^"^"'1"' P^'^^'^^i' ^e attendu qu'il ne doit !«: 1°.^°""'"' '''' V'^^^^ àe théâtres.

liltéraires dans une République »,ne négligeait pas de ,< surveiller l'esprit public » à travers les pièces même autorisées par eux (1 ) ; et le Comité de Salut public (2) intervenait à l'occasion pour leur indiquer les principes selon lesquels devait s'exercer leur censure. Itiver^^es pièces- comme le Tombeau des Imposteurs, la tête de la Raison, la Sa wle Omelette,- faites pour ridiculiser sur la scène de l'Opéra ou ailleurs les cérémonies ou les pratiques du culte catholique, furent interdites, au mois de nivôse, par l'ordre même du Comité : Robespierre, qui signa le 2 nivôse la première de ces interdictions, prétendait faire respecter le récent décret de la Convention sur la liberté des cultesO), en repnmantainsiau théâtre les manifestations de l'impiété cchébertiste.) contre laquelle il s'était prononce, le

(1) C'e^t ainsi que plusieurs membres du Conseil dénoncèrent (i:i ventôse) I « venin cache» du Congrus des Ro^s .-et maigre le rapport p ? e.iiel rad.ninislration de police essaya dejusUfler son ^U"' '^^l on donnée à la pièce, le Conseil général de la Commune arrêta lâi venlo>e) quV°lene serait plus jouée « comme favorisant tous les part,^».(\.

""(flls'avai'ent aussi, relativement à l'exercice de leurs fonctions des

confé nces « fraternelles » avec le Comité d'inslrucUon publuiue

co,nme on le voit par leur lettre que c.le Hallays Dabot) -

Cbénier n'était plus de ce comité depuis la fin de 1/93. (V. cide^su.

^S'estïraisou donnée dans l'arrêté même du 2 nivôse : « voulant faire respecter le décret rendu par la Convention le Ib nmaire pour maintenir la paix el la liberté des cultes... -. - Cet arrête (V au.v. 4<- 7^.^nauJles) est signé de Robespierre et de Barere : il s applique si)écialementauro/»/;pfi» rfM Imposteurs, mais^ aussi aux " autres pièces tendant au même but .. Le Tombeau des Imposteurs i.v^n être ioué à lOpéra, ainsi que la Fcte de In Raison, arrêtée, le 12 nivos^e. rr l'hem-e même du spectacle » (dit le Journal des ^P'-d^cUsàM l'miv ) ; la Sainte-Omelette, » pièce capuciniiiue qui se jouait depui. quelque jours au Théâtre de la Montagne ». fut arrêtée en même temiraVniv. - Voir le Journal des specincles). - On peut voir c.lee nar Welschiuger iThentrede la Révolution) une lettre d un administrateur de police (Baudrais) expliquant (le 12 nivôse an 1 :.a un auteur

n met au sujet de son propre ouvrage, que le Tombeau 'l>'sI"U>osU,n-s àvaït été interdit parce que cette pièce avait le tort de . ridiculiser le.

cérémonies du culte catholique ».

tes(l)ela,lduf.onvenl,oDnei Léonard Boiinlon

Ce „ elaienl pas les' a„le„rs. I,abil„ellement oui ea.enl censés présenter leurs pièces à lexamende a<i„„„,s râleurs de police ,2). à poé.e qu 1^1,

t'^;.evo-ipi„s;reco:x::c:r,rr-:,:

r;iL'stcr;rrciri'':irn'.''"7"''"°»

contrôle de fonct.ounaires subalternes qu'aucune lo^ n autonsa.t Sa pièce dut passer, dans les premiers our d gero^nal, sous les yeux des adn.inistrateur d , k J'ce (4), puisque e 9 de ce mois (^) V . '

<ielaC„.n,;nede[.aris.rL'„ .J.rr"'!'"":' Saiut public le rapport des ceuLTs" " V™!: f- 1 élire d eu.o, adressée à llobespierre, . ou ITZ \b sence, a son collègue Collol>,<6,, éWl .i^rcr;:

( I) Le Tombenu des Imno^tciirt ■ r'^^t u dans le sens heberMe ./dont i est mi,'; ^'T ™°f'-«-''évol..tionnnire pierre au ,^-^,, j, ,^ ^éoS Bo doï v Tes p°' ""'^ T '' ''''''■ publiés eu l'an III). '^-'"laon (V. te^ Papiers de Robespierre

ioûS piècest'ïS.^célK'a'^dS"'? '' l'''''' «P'-"'-' eux-mêmes

piSSïS:Sï;X:;::;^^:-,:;i;-° f-^-. ,, ay«nt chaque jo.. Venise é la Commune, ^itle^ ;;^n';;-ÏSr " '^"" '^^ '•■^"^'^

»'aQlII,cf. ci-dessus p «r,/T , 'r^^'''^ '^' Courtois en

fignre pas pour cette lettre i' XJ\ 'désignation d'agent national ne

du 9 «'rml^^al e t? n^n ., ","°'"u'r''^;^" ' "^^'^''«'«nt datée

n'avaitalorsaûcunr nno. Lo . ? ^^^^'buée à Payaa aine, qui

tiûn (,„bli,,uo. oe.minal ., la Commission executive d'instruc-

(pSs^£^£;:^;'!Ï^^;^^«^iT,^^ ^-":'-' '-p-- «^ •■- m

HaudoiD des Papier, S Svt "'?''°° "'-"'onale... L'édition,

« Je vous adresse, citoyen, la décision des administrateurs de police relativement à la pièce de 7moléon, de Chénier. Je vous prie de la lire avec attention ; la représentation de cette tragédie produirait, je pense, les plus mauvais effets : les poètes se modèleraient sur Chénier, et nous ne verrions bientôt plus sur le théâtre que des rois honnêtes gens et des républicains modérés. Belle leçon à présenter au peuple ! Beaux exemples à lui donner I »

Si l'on doit tenir pour exacte la date du 9 germinal avec laquelle cette lettre de Payan figura parmi les papÙTs de llobcspirrre publiés en l'an 111, l''( homme énergique et probe » (1) installé comme successeur de Chaumelle par la confiance toute spéciale de Robespierre n'avait pas perdu de temps pour signaler ainsi la nouvelle tragédie de Chénier à l'attention de son puissant patron : sa nomination d'« agent national «venait à peine d'être signée la veille (2) au Comité de ba ut public. Mais, à moins d'admettre que le nouveau délégué du gouvernement auprès de la Commune, parmi les circonstances graves de son entrée en charge (3), n'eût pas eu de soin plus pressant que de contrôler par un examen personnel de l'ouvrage (4) la « décision « dès censeurs ordinaires, il faut présumer qu'il avait

(Il C'est avec cette appréciation que les deux Payaaligurent sur une . riS de patriotes ! àe la main de Robespierre (V. les Pièces jus- Zcât^s ^hL.n rapport de Courtois, - et le rapport iui-mome qtux relations de l'obespierre avec les Payan. et en parli u er av;c ragent national qui partagea, au 9 thermidor, le suit de Hubes-

''^ (S Le 8 germinal - V. le Moniteur du 11 germinal (Conseil général de la Commune de Paris). „, i» u ^prmi-

(3) V ce qu'il en disait lui même eu prêtant serment, le 11 germi nal, devant le Conseil général de la Commune (Moniteur du lo ger-

'"'(il II n'avait pu en avoir connaissance antérieurement, aNant été in que- ài«r« autvMmt révolnllonnaire (V. l'arrêté de ^a no.mnaion et le Comité de Salut public arrêté du 27 ventoseï ava.d abord riê l'né t^elUer et Le^^rand pour remplir pronsoiremeni les fondions âSnt nSonnlSt Selubstitut à la place deChaumette et d'Heberl mis en élat d'arrestation.

trouvé dans le rapport même de ceux-ci (1) les éléments de son appréciation nettement contraire à la pièce. Son ironie sur les « rois honnêtes gens « (2) s'accorde, en eiïet, avec les explications que les administrateurs de police, quinze jours auparavant (3), donnaient au Conseil général de la Commune sur leur façon d'admellre au théâtre les rôles de rois ; et, depuis le blâme alors encouru pour avoir trop facilement autorisé un ouvrage susceptible de plaire « aux aristocrates autant qu'aux patriotes » (4), ces mêmes fonctionnaires avaient plus de raisons que jamais pour ne pas laisser suspecter leur application à découvrir dans une pièce le « modérantisme » (5) dont elle pouvait être infectée.

Le jour même où Payan adressait à Robespierre leur rapport sur Timoléon,]e Comité de Salut public, poursuivant en vertu d'une loi du 28 ventôse l'a épuration des autorités constituées de Paris » (6), frappait d'arrestation, avec deux de leurs collègues, les adminis-

(1) Quant à ce rapport même, nous n'avons pu le trouver ni aux Archires de la Préfecture de police (non plus que d'autre» pièces que M. Hallays-Dabota pu y voir avant 1871), ni aux Archives nationales; nous l'avons cherché non moins vainement aux Archives de l'Hôlelde Ville et à la Bibliothèque Carnavalet.

(2) Le tour ironique donné par Payan à ses dernières phrases semble viser les prétentions d'enseignement parle théâtre affichées par le poète membre delà Convention (par exemple vers la fin de son Discours sur Fenelon, édition de 1793). Nous expliquerons tout à l'heure comment ces ironies pouvaient s'appliquer à la pièce de Chénier.

(3) Le 24 ventôse, à propos du Congrès des Rois (V. ci-dessus, p. 145. n. 3, et p. 146, n 1).

(4) C'est ce qui fut dit au Conseil de la Commune, le 24 ventôse, à propos du Congrès des Rois (V. au Moniteur).

(o) Un de leurs collègues avait été rejeté par le Conseil « pour cause de modérantisme », à " l'épuration » d'octobre 1793 (Cf. cidessus, p. 145, n. 2).

(6) Décrétée en raison « du peu d'empressement de certains corps à venir féliciter la Convention » (pour les « conspirations " récemment déjouées). \. au Moniteur le discours de Bourdon de l'Oise, qui proposa ce décréta la Convention.

trateursde police qui remplissaient ordinairement cet office de censeurs (1). Mais leur disparition importait peu, du moment que le nouvel « agent national » prévenait lui-même Robespierre contre la pièce : c'était sans doute en raison de la qualité de l'auteur que Payan demandait ainsi, pour une « décision » sans valeur légale, la sanction du Comité souverain (2). Le Comité ne se prononça pas tout de suite : des soins plus graves devaient l'occuper, en ces jours où se préparait, après l'exéculion des liébertisles (3), le procès de « Danton et de ses complices » (4). Et, dans les jours qui suivirent, Robespierre, malgré le cas qu'il pouvait faire des avis de son fidèle Payan, voulut peut-être éviter toute mesure directe contre la pièce de Chénier, en un moment où les « décemvirs » jugeaient nécessaire de faire réfuter par l'un d'eux (5), à la tribune de la Convention, les paroles de « l'infâme Danton » contre leur « autorité tyrannique ». — Les acteurs du théâtre de la République, de leur côté, durent ignorer, comme Cliénier lui-même, la note confidentielle de Payan à Robespierre ; ils purent penser qu'à travers le remaniement général des diverses administrations le silence

(1) Baudrais et Froidure. L'arrêté du Comité de Salut public, daté du 9 germinal et lu à la séance du 11 au Conseil de la Commune, visait six administrateurs de police, dont deux étaient simplement destitués (V. au Moniteur). Froidure fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire au début de messidor.

(2) C'était le Comité même qui avait arrêté, le 2 nivôse précédent, la pièce du ronventionnel Léonard Bourdon.

(3) La première série des h/'hcrlisles. avec Hébert lui-même, avait été envoyée à l'échafaud le 4 germinal, par le Tribunal révolutionnaire, où leur procès avait commencé le l'''' germinal.

(4) Arrêtés dans la nuit du 10 au 11 germinal ; c'est le 11 germinal que la Convention vota leur mi.-e en jugement, sur un rapport de Saint-Just.

(5)Couthon,dans la séance du 10 germinal : « ... !<ous,des dictateurs ! ics dccemvirs !... etc. », s'écriait-il en s'indignant que <■ ce scélérat (Danton) et ses complices » eussent osé « traiter le Comité de Salut public d'autorité tyrannique ï. (V. au Moniteur.)

— loi —

de l'autorilé suprême où se centralisaient toutes les afiaires équivalait à une permission ; Chcnier, entin, en auteur impatient surtout de voir jouer son œuvre, leur fit peut-être partager l'assurance que pouvait lui donner alors encore sa situation de conventionnel. Ils mirent la pièce en répétition ; ils l'annoncèrent tous les jours à partir du 10 germinal (1), c'est-à-dire à partir du jour même oît tombait sur l'écliafaud de la place de la Révolution la tète de Danton. — A la fin du même mois, selon l'organisation décrétée le 12 germinal (2), les théâtres se trouvèrent placés sous la surveillance nouvelle de la Commission executive d'Instruction publique (3), et l'influence de Robespierre faisait nommer à la présidence de cette Commission le frère aîné (4) de l'agent national qui avait pris parti contre Timoléon. Cependant la première représentation de Timoléon était annoncée le 10 floréal pour le lendemain, puis retardée et annoncée de nouveau peu de jours après (5). Et c'est à l'un de ces derniers jours que semble se rapporter une autre lettre de Payan à Robespierre (6), insistant pour l'interdiction de la pièce

(1) V. le Moniteur (en germinal et floréal) et les indications rétrospectives du Jounuit des spectacles en fructidor (an II).

(2) Ce décret instituait doiize commissions executives, chacune de trois memljres, pour remplacer les ministères et le Conseil, exécutif.

(3) Celle-ci manifeste, dès le 2 floréal (V. l'arrêté que cite M. Welschinger, p. 102), son intention de contrôler leur répertoire (le Comité de Salut public la chargea de ce soin par un arrêté du 18 prairial). La Commune conservait, naturellement, ses rapports avec les théâtres par SOI» administration de police.

(4) L'arrol('' de sa nomination (ArclUves nationales) esi An 30 germinal. — Sur les frères Payan, V. ci-dessus, p. 148, n. 1 ; Payan aîné fut mis aussi hors la loi le 10 thermidor, mais il se cacha et bénéficia de l'amnistie du i brumaire an IV. - On peut voir, signé de lui, au Moniteur Awl thermidor an II , un rapport de la Commission d'Instruction publique « sur les corrections faites dans l'opéra do Castor et Pollux».

(3) Pour le 20 ou le 2I,semble-l-il d'après les indications du Journal des spectacles, en fructidor. — Il y a, au Moniteur, une interruption dans l'annonce de la pièce, entre le 10 et le 14 floréal.

(6) N° GIX (h) des Pièces publiées en l'an III <à la =uile du rappwt

et visant à travers l'ouvrage suspect la personne même de l'auteur :

« Chénier invite toutes ses connaissances à aller voir jouer sa tragédie de Timoh'on : je crois qu'il serait bien nécessaire que le Cnmité rexaminâl avant d'en permettre la représentation. Elle peut devenir très dangereuse dans ces circonslances... L'auteur peut-il avoir mis dans sa pièce des sentiments révolutionnaires qui lui sont étrangers"! »

Il n'y a pas bien loin de cette dernière phrase de Payan aux paroles qu'Etienne el Martainville (1) font prononcer par le conventionnel Julien de Toulouse apostrophant ai.nsi Chénier à la répétition générale de Timoléon : « Ta pièce est un manifeste de révolle ; mais '( cela ne m'étonne point : tu n'as jamais été qu'un « conire-révolutionnaire déguisé ». Ils ne précisent pas, d'ailleurs, à quelle partie de la pièce aurait répondu cet éclat d'indignation, et l'on a souvent reproduit leur récit en le complétant à cet égard par des suppositions assez arbitraires ; ils indiquent seulement que sur le rapport de ce Julien et d'autres conventionnels présents (2) l'ouvrage fut interdit par le

di> Courtois ; nous n'en citons que le paragraplie relatif à Chénier ; elle exprime ensuite les félicitations de Payan d'agent national, selon l'indication qui ûgure en tète de la lettre) à Uobespierre, au sujet d'un rapport entendu In veille et qui semble bieu être le rapport sur l'Etre suprême (du 18 tloréal) : la lettre serait ainsi du 19 floréal, jour même de la répétition générale de Timoléon. L'Editeur de 1828 l'a classée avant celle du 9 germinal : pourtant elle ne peut qu'être postérieure, la nomination de Payau comme agent national étant du 8 germinal.

(1) Dans leur Histoire du Théâtre-Français (de 1789 à 1799) datée de l'an X. — Julien de Toulouse, à cette date, ne demandait sans doute qu'à se laisser oublier, après la menace de déportation qu'avait fait passer sur lui le 18 brumaire ; il avait été pendant quelque temps, en l'an VllI, '< en surveillance » dans le département de la Charente- Inférieure.

(2) Comme exemple d'une dénonciation écrite d'un conventionnel au Comité de sûreté générale au sujet d'une pièce de théâtre, V. cide.ssous, p. loi, n. -2.

Comité de Sal'ut public. — Mais Julien de Toulouse n'assista vraisemblablement en floréal de l'an II à aucune des répétitions de TimoUon : il se cachait alors, étant sous le coup d'un décret d'accusation rendu contre lui le 26 ventôse (I j, et qu'il attribua plus tard (2) à « la persécution de Robespierre ». Si les paroles rapportées par Etienne et Martainville ont été prononcées à la répétition générale de Tinioléon^ elles durent l'être par le conventionnel Julien de la Drôme, ardent montagnard (3) qui eut à défendre son fils, après le 9 thermidor (4), d'avoir trop bénéficié de la protection de Robespierre. Et voici, en eflet, comment la Décade philosophique (5) du 30 floréal an H racontait l'aflaire de Timoléon :

On annonçait depuis longtemps une tragédie de Ctiénier, Timoléon : on en a fait une grande répétition le 19 ; il y avait beaucoup de monde. Julien de la Drôme, ne pouvant voir de sang-froid Timophane, frère de Timoléon, recevoir la couronne

(1) Il avait même été décrété d'arreslation le 28 brumaire précédent, mais il avait réussi à s'évader. Ghahot, Delaunay d'Angers, Fabre d'Eglantine et Bazire, atteints avec lui par ce décret du 26 veutôse (rapport d'Amar). furent condamnés à mort par le tribunal révolutionnaire en même temps que Danton.

(2) Dans une lettre à la Convention le 27 frimaire au III, demandant l'annulation du décret rendu contre lui.

(3) Il était alors membre du Comité d'Instruction publique (dont Chénier n'était plus depuis la fin de 1793).

(4) Dans la séance du 11 thermidor où Tallien fit allusion à <c ce jeune homme de dix-neuf ans placé à la tèle de l'instruction pulilique » : Julien de la Drôme fds était en etïet depuis la fin de germinal un des deu.x adjoints composant avec Payan aine, président, la Commission executive d'Instruction publique. Sur ses relations avec Robespierre, V. les Pièces jus' illmtivcs jointes au rapport de Courtois sur les papiers de celui-ci (plusieurs lettres de Julien fils y fij;urent). — Il fut de l'an VII à l'an X conimissaire des guerres, puis wusiitspecteur aux revues ; son père donnait, en 1802 et 1803, quelques pièces de poésie dans \e, Mercure (V. la Blofiraphie uviversiile); la comparaison de ces situations des Julien de la Dronie avec celle de Julie-cv de Toulouse peut expli(|uer, même en la supposant involontaire, la

confusion faite par Etienne et Martainville à leur sujet. (S) Paraissant chaque décade depuis le 10 floréal précédent.

sans que le peuple s'indignât, a tonné contre cet ouvrage : « S'il n'y a dansCorintlie,a-l-il dit, qu'un Tirnoléon, il y a dans Paris autant d'ennemis de la royauté, autant de Tirnoléon, qu'il y a de sans-culottes, et ce serait les insulter que de leur donner une pareille pièce. » Pendant que Julien s'exprimait avec énergie contre l'ouvrage, son fils (1), âgé de quatorze ans. faisait les quatre vers suivants :

« Au Théâtre-Français Tirnoléon revit :

« Il hésite :'i frapper un despote profane: « Le parterre s'indij^ne, et d'un trépas subit « Timoléon tombe avec Tiriiophane. •

Chénier s'est rendu au Comité de sûreté générale, il a briilé lui-même son manuscrit ^2j, et a demandé acle de celte conduite, à laquelle les patriotes applaudissent (3).

Les détails de ce récit s'accordent bien avec le sens des deux lettres de Payan à Robespierre. — On voyait, en eflet, au second acte de la pièce, Anticlès, le complice et même l'inspirateur de Timophane, paraître à l'assemblée du peuple de Corinthe pour proposer l'établissement du pouvoir d'un seul : or, le peuple se récrie sans doute au moment d'entendre « l'infâme

{[) L?i Biofiraphie universelle parle de deux fils de Julien de la Drôme. Celui qui était alors membre de la Commission d'instruction publique était âgé de dix-neuf ans.

(2) C'est au Comité de Sùnie générale qnele couvent ionnelGodefroy. député de l'Oise, adressait, le 13 ventôse de l'an II, du sujet d'un spectacle du Théâtre de la Montansier qui lui avait paru « daus le cas de corrompre l'esprit public », — une dénonciation dont l'original est aux Arrliin's miiionali's. C'était aussi le Comité de sûreté générale qui, le 12 pluviôse an II (V. au Moniteur), mandait les directeurs des théâtres de Paris pour leur recommander, « dans un entretien amical et fraternel », de » faire de leurs théâtres une école de mœurs et de décence..., etc. » — Ce comité était d'ailleurs subordonné, du moins dans la pratique, au Comité de Salut public.

i3) Le Journal des spectacles (de fructidor an II) marque au 20 floréal « la défense de représenter Timoléon » (c'est-à-dire au lendemain du jour indiqué par la Décade pour la répétition générale;. Et la pièce cesse, en effet, dêtre annoncée, au Moniteur, après le 19.

nom de roi « (i ), mais il se borne à cette marque d'une vaine indignation, etAnticlès, même après avoir laissé découvrir le « diadème » qui doit couronner Timopiiane, peut se retirer tranquillement avec sa bande, pour aller attendre et préparer une occasion meilleure. Cette inertie attribuée au peuple de Corinthe en face d'un conspirateur avéré parut un spectacle intolérable à des républicains fanatiquement jaloux de leur devise d'égalilé et de liberté. Lorsque Couthon apportait à la séance du 16 germinal la « réponse du Comité de Salut public » aux « diffamations » de Danton sur sa prétendue k tyrannie », il invitait la Convention « à « proclamer de nouveau la sentence terrible consignée « dans la Déclaration des Droits : que tout individu qui « usurperait la souveraineté du peuple fût à l'instant « mis à mort par les hommes libres » (2), et l'Assemblée entière se levait pour adhérer à ces paroles : les « hommes libres » mis en scène par Chénier ne savaient protester que par des chœurs d'opéra (3) contre la menace déclarée d'une telle usurpation. Et comme Timoléon lui-même laisse se produire impunément l'initiative criminelle d'Anticlès, comme il hésite encore (4) à frapper le tyran désigné, alors que le crime dont son frère s'est rendu coupable dépassait de beaucoup la mesure de ceux que la loi de 1794 punissait de mort impitoyablement, — on dut trouver que, pour être offert en exemple, son zèle républicain était entaché d'un bien coupable modérantisme. « Celui qui a conçu seulement la pensée d'asservir son pays mérite la

(1) c( Arrête ! épargne-nous l'infdme nom de roi «, fait dire Cliénier par « le Peuple » (acte II, se. vi).

(2) V. au Moniteur la séance du 16 germinal an II. — Il s'agit de la Déclaration îles Droits du 24 juin 1793 (article 27).

(3) V. le chœur qui termine le deuxième acte (Cf. ci-dessus, p. 171).

(4) Au commencement du troisième acte (se. i-iv).

mort 1), écrivail à propos de Tiniopliane le rédacteur du Journal des Théâtres (1 ), lorsque Timoléon fut représenté après le 9 thermidor. El la Décade philosophique d'alors (2), après avoir indiqué divers défauts de la pièce, ajoutait : « Un autre défaut non moins grave, et celui « sans doute qui attira à l'auteur de vifs désagréments, et « même lui fit courir des dangers, c'est d'avoir ré- 1 pandu quelque intérêt sur le rôle de Timophane : il « est plein de respect pour la mémoire de son père (3); c( sa piété liliale Tempèche de résister aux sollicitations « de sa mère ; il respecte son frère, il sent le besoin « de son amitié ; sa fidélité envers ses partisans est « inaltérable : le souci de leur sûreté seul suffit pour « l'engager à poursuivre son dessein, et, au dernier « moment, il repousse un accommodement qui les ferait « périr... » (4). Le personnage ainsi tracé par Chénier était en effet beaucoup troploin du caractère — inévitablement grotesque ou odieuv — que devaient avoir au théâtre les tyrans et les rois selon les principes suivis, formulés même (5), par la censure de l'an II ; et c'est

(1) X° du 30 fructidor au II, — en critiquant le dénouement comme brusque et invraisemblable : « Timoléon, qui semble d'abord croire que son frère ne mérite pas encore la mort, se décide bien brusquement à la lui donner. Timophane ta méritait. Celui qui a conçu seulement.. . etc. ».

(2i >'» du 10 vendémiaire an III.

(3) V. dans la pièce sa proniière entrevue avec Timoléon (acte II, se. m).

(4) Et la Décade concluait : « .\ côté de lui, les sentiments élevés de Timoléon commandent l'admiration, mais l'intérêt l'Sl pour Tiinopltane. plus sensible aux affections tendres... »

(a) Les administrateurs de police, dans leur lettredu mois de ventôse (citée par Hallays-Dabot, V. ci-dessus, p. 143, n.3i au Conseil de la Commune, à propos du Congrès des Rois, disaient : « Il est admis qu'on peut mettre des rois sur la scène dans le genre tragique ou dans le genre burlesque : le premier les peint guindés, gonflés d'orgueil, méchants, vindicatifs, cruels; le second les peint bas, petits, crapuleux, poltrons ; dans les deux cas, ils sont ressemblants. » — Et \e Journal delà Montagne avail dit dans l'article même (4 sept. 17!J3; où il reprochait à Chénier d'avoir représenté •• un archevêque vertueux » :

— lo7 —

pourquoi, sans doute, l'auleur de T/Hio/eo» était accusé par Payan de vouloir montrer sur la scène « des rois honnêtes gens « en même temps que « des républicains modérés ».

Ainsi dut s'exercer, contre cette tragédie de Timoléon, la critique des purs » patriotes », — critique à la fois brutale et subtile comme celle à laquelle le Journal- de la iUonlagiiP, huit mois auparavant, soumetlait la tragédie de Fénelon [ I i. Leur vigilance, déjà mise en éveil contre Chénier parles maximes suspectes de ses précédentes tragédies (2), put être animée, chez certains d'entre eux, par le désir d'intliger une mortification à son orgueil et à ses prétentions de poète patriote (3). Mais ils restaient dans la logique et dans la sincérité de leurs principes en s'indignant qu'un représentant du peuple eût pu écrire Timoléon (4). Cette tragédie, à travers ses deux premiers actes du moins, provoquait chez eux des impressions trop contraires à l'efiet qu'ils attendaient d'une pièce vraiment républicaine (5). Ils ne surent aucun gré à l'auteur du coup

« il ne faut plus de rois sur notre théâtre, s'ils n'y sont pas cruels, sanguinaires, barbares, ou faux, hypocrites, tels qu'ils sont «. —Le Néron i'Epicharis rentrait dans la catégorie des " rois méchants et cruels » ; le Juijempiit dernier des rois (de Sylvain Maréchal, — Théâtre de la Képublique, 18 cet. 1793) montrait les rois selon le « genre burlesque ».

(1) V. ci-dessus, chap. iv, | 2, p. 117-118.

(2) Exclues vers le même temps (fin de germinal, V. ci-dessus, chap. ni, p. 121) du répertoire de ce Théàlre du Pniple qui devait fonctionner par la mise en réquisition des diverses sociétés d'artistes de Paris.

(3) Un sentiment de ce genre avait pu aiguiser la perspicacité des premiers examinateurs de la pièce Baudrais et Froidure) à en découvrir les défauts au point de vue civique ; il ne semble pas étranger aux ironies avec lesquelles Payan signalait ces défauts à Robespierre (V. ci-dessus, p. 149. n. 2).

(4) Comme le Journal de la Montagne du 4 sept. 1793 s'indignait « qu'un représentant du peuple eût pu écrire Feneton ». Cette qualité de l'auteur avait son importance : « les poètes se modèleraient sur Chénier », écrivait Payan à Robespierre (Y. ci-dessus, p. 148).

(5) Le député Delacroix disait, le 14 août 1793 (V. au Moniteur) à la

de poignard qui la terminait, mal amené d'ailleurs par le développement antérieur du sujet (I). Cliénier, en effet, n'avait guère mieux conformé son ouvrage aux conditions d'une bonne tragédie qu'aux exigences du pur civisme de l'an H ; et ce furent même ses maladresses d'auteur dramatiquequi contribuèrent, en dépit sans doute de ses intentions, à faire paraître sa pièce « contre-révolutionnaire ».

La dictature de l'an II fut donc, en interdisant 77mo- /e'o/i, l'interprète du fanatisme révolutionnaire qu'elle avait besoin de flatter et d'exalter, -f- Lorsque la pièce de Cbénier fut représentée après la chute de Robespierre, plusieurs vers y furent applaudis comme des allusions au « tyran » (2) abattu le 9 thermidor : cela ne prouve pas que Robespierre, au mois de floréal, eût redouté de se voir faire à lui-même quelque application des rôles de Timophaiie ou d'Anticlès'^ Des allusions du même genre furent saisies, applaudies, après sa chute, dans la tragédie d'Epicliaris (3); on raconte même (4) qu'à la première représentation de cette pièce au Théâtre de la République, le 15 pluviôse, Robespierre

triliuiie de la Gonvenlion, en plaidant pour les théâtres, qu'un député proposait de fermer : « Il u"y a personne qui, sortant d'une représentation de Bndus ou de la Mort de César, ne soit disposé à poignarder le scélérat qui tenterait d'asservir son pays ».

(1) V. ci-dessus (p. 136, u. 1) la réilexion du Journal des Théâtres à ce sujet.

(2) Le mot fut maintes fois prononcé à la Convention même contre Robespierre à partir du 9 thermidor : il l'avait été dans la séance même de ce jour-là (V. au Moniteur,.

(.I) Jouée (non sans intention vraisemblablement) les 9, 11 et 13 thermidor (V. le Moniteur).

(4)V. H. Lumière ,/'' Théâtre de la Récolution] citant le témoignage de Nép. Lemercier qui assistait à cette représentation.

avait pu voir se tourner vers lui avec une significative aiïectation d'applaudissements Danton et ses amis, lorsque retentissait contre Xéron le cri de <( Mort au tyran! » : pourtant les représentations d'Epic/iaris n'avaient pas été arrêtées (I) ;si elles furent interrompues après le 5 floréal, l'ouvrage de Legouvé put être repris par le Théâtre de la Hépublique à la fia de messidor (2), « avec des changements » qui n'avaient tendu, semble-t-il, qu'à rendre la courtisane Epicharis moins indigne de jouer le rôle d'une héroïne de la liberté. — Si Robespierre eut contre la tragédie de Timoléon des motifs particuliers de défiance, s'il la connut assez pour ne pas aimer, peut-être (3), que Ton entendit au théâtre un chef de parti (4) proposer la concentration du pouvoir par des raisons d'intérêt public, il n'eut besoin de rien laisser voir à personne de ce sentiment :

(1) La pièce tint fréquemment l'affiche jusqu'au mois de floréal. Arnault, dans ses Mémoires, raconte que Couthon disait à propos de cette pièce à Robespierre : « Xe faudrait-il pas arrêter cet ouvrage? » et que Robespierre aurait répondu: « Quand le temps sera venu, nous arrêterons et l'ouvrage et l'auteur t,.

|2) Il est annoncé au Moniteur le 28 messidor pour le lendemain et le 1er thermidor pour le Jour même (Cf. la Décade iilulos. du 10 thermidor). Cependant la Commission d'instruction publique, composée d'hommes dévoués à Robespierre, exerçait depuis prèsde deu.x moisson contnMe sur le répertoire des théâtres (V. ci-dessus, p. loi, n. 3 et4).

(3,1 D'autres (Payan, par e.\emple), en se faisant renseigner sur la pièce, au cours des répétitions, auraient pu avoir pour lui cette précaution, après les accusations des Dantonistes (.rappelées en pleine Convention, V. ci-dessus, p. 150) surla « dictature » du Comité deSalut public ; mais nous avons vu que Payan avait pris parti contre la pièce dès l'origine, d'après le rapport des administrateurs de police destitués ensuite.

(4) Anticlès, proposant (acte II, se. vi), — avec des formes de langage qui pouvaient rappeler certains rapports faits à la Convention au nom du Comité de Salut public (Cf., par ex., les rapports de Blllaud-Varennes, 9 et 14 frimaire, sur l'organisation du gouvernement révolutionnaire),— «un pouvoir concentré, solide, inébranlable set ajoutant:

Et c'est pour assurer, pour maintenir ses droits, {ceux du peuple) Qu'au nom du bien putilic j'élève ici la voi.x...

Cf., dans les papiers de Robespierre, des pensées comme celle-ci : Il faut une volonté une... », etc.

— ir.o —

il n'eut qu'à laisser se prononcer contre la pièce, après le zèle ollicieux de la censure, l'ombrageuse suscepti bilité du « sans-culotlisme o (I). Barère, dans ses Mémoires même (2) où il se donne le mérite d'avoir combattu, aux heures décisives, les ambitions dictatoriales de l'iobespirrre, — prend nettement la responsabilité d' '1 avoir improuvé Timoléon « : il avait, en ellet, au Comité de Salut public, les théâtres dans ses attributions (3), et il était pleinement partisan du système selon lequel le Comité décréta, le 18 prairial, avec le rétablissement formel de la censure (V), « la régénération de l'art dramatique ».

Dans la tragédie de Timoléon, telle qu'elle lut imprimée au début de l'an 111 (5), on lit des vers qui expliqueraient à eux seuls — et tout à l'honneur de Chénier — l'interdiction de sa pièce. Au principal complice de Timophane, demandant « que la liberté règne parla terreur » (6), Démariste, mère de Timoléon et de Timophane, répond :

Tel est des oppresseurs le langage ordinaire : Je dénonce Anticlès: républicaine et mère, J'ai le droit de parler pour arracher mon fils Au piège où l'entraînaient de perfides amis. Je vois en nos remparts une horde insensée Aux lèvres du génie enchaîner la pensée. La tovreur, comprimant l'honnête homme abattu, Sèche Vhumanité, fuit taire la vertu.

([} Sur l'appui qu'il cherchait de ce cùlé-là, cf. ci-dessus, p. 14:?, n. I.

(2) Au t. Il do léJitioaen 4 in-8», 1842-43.

(;jj V. ses Mémoires.

(4; L'arrêté iV. aux Ai-chice.-i nationales) chargeait la Ccimmission d'Instruction piiblitiue <• de l'examen des théâtres anciens, des pièces nouvelles, et de leur admission... »,et l'invitait à veillera « la régénération de l'art dramatique ".

(o) HUe est annoncée aux u livres nouveaux » dans le Moniteur du 28 brumaire an III ; le traité avec le libraire .Maradan est daté du 4 vendémiaire ;V. celte édition à la B'hl' tliéquc nationale).

<6) A la suite des vers cités ci-des. p. i59, n. 4.

La tyrannie altière, et de meurtres avide,

D'un masque révéré couvrant son front livide,

Usurpant sans' pudeur le nom de lilierté.

Roule au sein de Corinlhe un char ensanglanté.

Au courage, au mérite, on déclare la guerre:

On déclare la paix aux tyrans de la terre;

Et la discorde impie, agitant ses flambeaux,

Veut élever un trône au milieu des tombeaux.

Il est temps d'abjurer ces coupables maximes :

// faut des lois, des mœurs, et non pas des victimes.

Imprimons aux méchants un salutaire elTroi ;

Que le crime pâlisse et tombe sous la loi ;

Mais qu'au moins l'innocent goiUe un sommeil tranquille;

Mais que l'infortuné trouve encore un asile ;

Qu'il ne redouteplus, sous son toit protecteur,

L'œil du juge homicide et du vil délateur.

Le peuple ne veut plus ces indignes entraves :

Songeons que la terreur ne fait que des esclaves ;

El n oublions jamais que sans humanité

Il n'est point de loi juste et point de liberté.

L'intention de ces vers, où chaque Irait forme une allusion, est d'autant plus évidente qu'ils n'ont de rapport exact ni avec la scène où ils sont encadrés ni avec la donnée générale de la pièce. L'image de la tyrannie « roulant au sein de Corinthe un char ensanglanté» (1) se concevrait si Chénier, suivant le récit de Plutarque, avait représenté Timophane déjà maître dans la cité après une série d'exécutions meurtrières: elle ne convient guère, dans la pièce, au cas d'un conspiraleur qui n'est encore coupable que d'iuofïensives intrigues et qui n'a encore eu ni l'occasion ni l'audace d'agir en tyran. Et la suite delà tirade :

Il est temps d'abjurer ces coupables maximes... etc ,

(l)Cliénier a repris cette image même dans son Discours sur la calomnie (an V) pour rappeler le règne desn décemvirs, ces tyransdu génie » :

Vois le crime, usurpant le nom de lihei'té, Rouler dans nos remparts son char ensanglanté...

s'écarte davantage encore de toute concordance avec la situation où elle se développe. — Ces vers du rôle de Démariste ne se rattachent évidemment pas au premier dessin du sujet: ils en marquent, au cours du drame, une déviation momentanée (1 ). Etaienl-ilsécrits déjà, et devaient-ils être prononcés sur la scène (2), lorsque la représentation de Timoléon fut annoncée en germinal, — c'est-à-dire au temps même oii Camille Desmoulins venait d'expier sur l'échafaud ses comparaisons éloquentes (3) entre «les suspects de Barère » et « les suspects de Tacite »?Si Payanles avait vus signalés dans le rapport des administrateurs de police (i), si Julien de la Drùme les entendit à la répétition du 1 9 floréal, ces interprèles de l'opinion terroriste auraient-ils pris la peine de déguiser contre la pièce le plus sérieux de leurs griefs ? Le Comité de Salut public n'avait pas cherché de tels détours pour « improuver di 5), dans le Vieux Cor(/c7i'e/' de Camille Desmoulins, son appel à la clémence.

(Il La tyrannie même de Tiniophane, qui cherche à s'établir iCf. les vers cités ci-dessus, p. 142) sur une cour de <■ fastueux clients ■>, de T\c\\ei,d'arislorratt's, ne semblait pas devoir être l'image de celle de Robespierre, ayant pour appui les !</ins-cnloiles (\. ci-dessus, p. 143,.

(2) t'ndes premiers de ces vers {aux hh-rcf: du génie enchanter lu pensée] peut paraître exprimer une protestation du poète contre l'interdiction même de sa pièce ; mais la date que semble indiquer tel détail comme peut-être aussi levers: on déclare la pnix aux h/riniK de ta terre} ne vaut pas forcément pour le morceau entier, qui put être remanié. D'autre part, même en admettant que l'idée de la tirade ait été contemporaine delà composition de la pièce, il n'en résulterait pas que la tirade (à peu près semblable) ait ligure dans le texte soumis aux administrateurs de police au début de germinal. Et si l'on voulait rapporter l'inspiration de ce morceau au mois de prairial qui suivit l'iutordiction de la pièce, — comme il est peu vraisemblable que la tirade aitété encadrée alors dans une pièce dont Cbénier avait dû brûler le manuscrit, — elle devrait être regardée comme ayant été écrite seulement pour la résurrection de la pièce après thermidor.

(3) V. les nos 3 et o du Vieux Cordetier.

(4) Transmis le 9germmal à Robespierre, V. ci-dessus, p. 148.

(5) Sur un rapport de Barère, V. le n° '6 du Vieux Cordetier ( " Dès que le Comité de Salut public a improuvé mon numéro 3... » ). Cf. cidessus, p. 143, n. 2.

Chénier lui-même, — en s'honorant, plus tard, d'avoir été attaqué par les sectaires d'une « faction cruelle » à l'occasion de son Caïus Gracchus el de son Fénclon (I), — ne s'est vanté nulle part d'avoir voulu, au fort de la Terreur, faire entendre sous une autre forme (2), dans son Timoléon, la maxime déjà dénoncée dans son Caïus Gmcchus. Et, dans son ode contre la tyrannie de Robespierre, qu'il faisait imprimer avec Timoléon — comme une sorte de préface — en la datant du mois de prairial (3), une strophe qui semble bien faire allusion à l'interdiction de la pièce dans le mois précédent n'indique nullement (4) que son « génie » ait été alors « opprimé » pour avoir voulu opposer à a l'audace du crime » celle de « la verlu » :

Le génie indigné baisse un front abattu

Sons l'ignorance qui l'opprime; Du nom de liberté le meurtre est revêtu,

El l'audace de la vertu

Se tait devant celle du crime lo).

Ainsi, au lieu d'avoir contribué à faire proscrire sous la Terreur la tragédie de Timoléon, la vibrante tirade dont le premier trait vise les « tyrans du génie » (6) pourrait bien n'avoir été insérée dans la pièce que pour lui faire porter en elle un témoignage et une

(1) V. VEpilrc dcdic. de Fénelon (1802) ; cf. ci-dessus,' chap. iv, p. 113; 118, n. 3; et 121, n. 1.

(2) « 11 faut des lois, des mœurs, et non pas des victimes. »

Nous notons, comme un simple fait, cette absence de toute indication du poète lui-même, et sans en tirer un argument formel contre la présence de ces vers dans la pièce au mois de lloréal : car ses ennemis, nous le verrons plus loin, n'avaient pas tardé à lui faire désirer une sorte d'oubli pour cette tragédie de Timoléon.

(3) Cf, ci-dessus, chap. iv, p. 13i.

(4) Sans d'ailleurs indiquer, positivement, le contraire.

(o) On peut noter la concordance de ces idées avec celles de la tirade de Déraariste, mais il n'en résulte aucune indication quant au rapport de date des deux morceaux.

(li) Je Tois en nos remparts une tiorde insensée

Aux lèoresdu (/éiiieenchainer la pensée... {C(.c[-ieisas,\^. 161, n. 1.

explication pcrcmptoire de l'arrêt qui l'avait frappée. Elle fut très opportune en l'an lll pour rectifier le sens général d'un ouvrage qui, dans sa conception initiale, pouvait risquer d'être rapporté à quelque intention de coquetterie envers ceux mêmes qui le prohibèrent. Et ce fut peut-être aux lecteurs seulement qu'elle fut destinée d'abord, ainsi que l'ode préliminaire dont elle devait confirmer l'impression. On peut douter, en eflet, que ces vers de Démariste aient été entendus au théâtre lors des premières représentations de Timoléon, à la fin de fructidor. Le Journal des Théâtres (I ) note avec complaisance, dans une autre scène de la pièce ;2 ), des vers dont le public applaudissait l'application à Robespierre tombé: il semble ignorer celte tirade, si caractéristique, contre la Terreur. Le compte rendu, plus détaillé encore, de la Décade philosoplu^itie (3), n'en dit rien non plus : il indique simplement pour la scène où nous la rencontrons (4), après la perfide proposition d'Anticlès, que « Timoléon et Démariste défendent le gouvernement populaire » ; et le rédacteur de la Décade cherchait ailleurs, — dans l'aspect trop sympathique prêté au personnage de Timophane (5), — les motifs qui « avaient valu à l'auteur l'honorable persécution des tyrans» (6).

(1) Ressuscité lui-même après le 9 tliermidor.

(2) La scène 3 du ~2° acte : nous citons ces vers ci-dessous, p. 169.

(3) Du 10 vendémiaire au III.

(4) Et qui, dans le texte que nous avons, ne contient pas d'autre tirade de Démariste. — C'est d'ailleurs la scène même qui, daprè? le récit de la Décade du 30 floréal, aurait contribué le plus, pour d'autres raisons (V. ci-dessus, p. 153), à provoquer l'indignation de Julien de la Drôme : mais, si le conventionnel Julien avait donné de sa colère une autre raison que la vraie, et si h Décade d'alors avait eu quelque motif pour se prêter à celte tactique, en avail-elle encore, en vendémiaire, pour faire le silence sur une tirade qui pouvait si difficilement, semble-t-il, passer inaperçue ?

(5) V. ci-dessus. § 2, p. I;i6.

(6) Expressions de la Décade au début de son article.

Même sans s'être donné le dangereux mérite d'envelopper dans sa tragédie de Timoléon une protestation contre le régime de la Terreur, Joseph Ctiénier dut se sentir mal à l'aise durant les huit décades qui s'écoulèrent entre l'interdiction de la pièce et le 9 thermidor. Son théâtre entier était alors frappé de suspicion officielle (1); deux de ses frères, l'adjudant général Sauveur (2) et le poète André, étaient détenus depuis le mois de ventôse dans les prisons des suspects; et l'arrestation d'André, résultée d'un simple hasard à l'origine (3), fut confirmée le 7 prairial par le même Comité (4) devant lequel Marie-Joseph avait dû brûler, quelques jours auparavant, le manuscrit de Timoléon. Ses amis (5) ont même insinué qu'à travers ses frères c'était lui, surtout, que les maîtres du jour voulaient atteindre. Daunou assure que les « tyrans » avaient juré sa perte, qu'il « était inscrit à son rang sur une page de la liste des proscriptions, et qu'il eût péri, comme son frère André, « si le régime sanguinaire détruit le 9 thermidor avait duré quinze jours de plus ». On a écrit, depuis Daunou, que la loi du 22 prairial marque l'époque où il « peut passer pour proscrit » (6) ; et,

(1) V. ci-dessus, ch. iv, p. lâl, n. 3 et 4.

(2) Arrêté à la fin de ventôse et emprisonné à Beauvais, d'où il fut ensuite transféré à la Conciergerie de Paris.

(3' Le 17 ventôse : André se trouvait dansla maison de M. Piscatory, — beau-père d'un ancien constituant (Pastoret) que l'on voulait arrêter — lorsque les agents du Comité de sûreté générale se présentèrent dans cette maison, à Passy.

(4) Le Comité de sûreté générale (cf. ci-dessus, p. l'ii) ; cet arrêté du 7 prairial est reproduit d'après les Archives nationales par Nf. Becq de Fouquières dans ses Documents nouveaii.r sur A. Chénier (1875;.

(5) V. la Notice de Daunou (cf. ci-dessous, p. 179), et les Mémoires d'Arnauit.

(6) V. l'article de M. Labitte.

— jr.r, —

d'après une tradition conservée danssa famille, on nous le montre, dans le mois de messidor, s'abslcnant de paraître à la Convention, venant seulement y faire acle de présence de temps en temps, évilé dans les rues par les prudents qui redoutaient de se compromettre, obligé de quitter sa demeure pour se dérober aux espions, changeant d'asile chaque soir pour écliapper aux recherches... (1). — Il lui fut permis, en efïct, après une loi comme celle du 22 prairial (2), de ne pas se juger fort en sûreté : beaucoup de ceux qui la votèrent eurent quelque raison de secroirepar elle àla merci de ceuxqui l'avaient proposée ; mais il s'exagéra peut-être alors, par un sentiment de frayeur (3), — ou, comme bien d'autres, il exagéra plus tard, pour s'en faire honneur, le danger personnel qu'il aurait couru. Il a pu, ainsi, en rappelant cette époque de sa vie avec la libre approximation d'une période poétique, se représenter lui-même

. Proscrit pour ses discours, proscrit pour son silence. Seul, attendant la mort, quand de coupables voix [A] Demandaient à grands cris du sang et non des lois... ;

(1) V. Gabriel deChénicr. la Vérilésiir la famille de Chénier {\Wi), et l'art, de M. Labitte; cf. la nolice de M. Becq de Fouquiéres dans son édition des Œucres poétiques d'André Cbénler, in-8°, 1862.

(2) Il suffira de rappeler ici deux articles caractéristiques de cette loi, qui fut rapportée à riinanimilé le 14 thermidor : Art. VA : «S'il existe des preuves soit matérielles, soit morales, indépendamment de la preuve testimoniale, il ne sera pas entendu de témoins, à moins que... etc. (exception visant le cas de complices ù découvrir) »; Art. 16 : « la loi donne pour défenseurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes : elle n'en accorde point aux conspirateurs » {V. au Moniteur.)

(3) M""! de Staël, dans le portrait qu'elle a tracé de lui [Considérations sur la Révolution (3e partie, chap. xxv), dit qu'il était « à la fois violent et susceptible de frayeur ».

(4) Le texte du Dincours sur la calomnie, répondant à d'anciens terroristes accusateurs du poète, porte : « leur coupablevoix ». Sa mère redisait pour lui, dans une lettre publique du même temps (V. cidessous, p. I8"i, n. I), qu'il avait été ■■ hautement menacé », « ouvertement proscrit par Robespierre et ses complices ».

dans la dédicace de son Fénelonk Daunou, en 1802, il a indiqué, plus simplement, que, « un moisavant la chute du tyran populaire, des hommes, qui vivaient encore, avaient sollicité devant lui, dans un comité redoutable, un décret d'accusation contre lui» : cela suffisait, en effet, pour lui donner le droit de dire qu'il « n'avait pas été étranger aux périls qui avaient menacé alors l'existence de son ami ». — Robespierre le comprenait-il parmi ces « écrivains perfides et contre-révolutionnaires » dont il formulait la « proscription », dans ses notes (1), comme un des principes de sa politique? En chantant (2) « l'Etre suprême >> que Robespierre venait de faire décréter (3) par la Convention, Chénier réparait peut-être, aux yeux du a pape révolutionnaire » (4), le tort d'avoir compromis sa muse, quelques mois auparavant, dans le dévergondage « hébertiste » (5). C'était encore à lui que l'on demandait, pour la fête du 20 messidor an II (anniversaire du 14 juillet), les pa-

(1) Publiées à la suite du rapport de Courtois (Cf. ci-dessus, p. 143, n. i). Aucune d'elles ne vise spécialement Chénier. L'opinion de Payan à son sujet (V. ci-dessus, p. 152) reflétait peut-être celle de Robespierre. En dehors des deux lettres do Payan, le nom de Chénier n'intervient dans ces pièces que d'une façon incidente dans un rapport d'espion (n" XVIII) du 27 messidor, signalant, avec quelques propos insignifiants, un dîner oITert par lecilojeu Littée(le 22 messidor) <i à cinq de ses collègues, parmi lesquels les citoyens Las et Chesnier {sic) ><. (Ce Littée était député de la Martinique à la Convention.)

(2) Pour la fête du 20 prairial (['Hymne de Chénier parut au Moniteur du 19).

(3) Le 18 floréal. Cf. Aulard, leCiille de l Être suprême.

(4) Expression indiquée par Barère (Mémoires) comme ayant été appliquée alors à Robespierre.

(3) Par ses hymnes ') lu Liberté et à la Raison (V. ci-dessus, cbap. iv, p. 122 et 134). — Une note des Papiers de Robespierre vise le conventionnel Léonard Bourdon comme « ayant composé une pièce contre-révolutionnaire dans le sens hébertiste. pièce... que le Comité de Salut public arrêta » (V. ci dessus, p. 147). — On peut voir dans un rapport de la Commission d'instruction publique, au Moniteur du 7 thermidor, les sévères appréciations du robespierriste Payan sur « l'hébertisme de la pensée » et sur la Raison des hébertistes.

rôles d'un hymneguerrier dont Méhul feraillamusique; et il tint prêt, pour le jour fixe, l'hymne qui fut le Chant lia dépari {\). Si, comme on l'a dit (2), il composa ce « cliant deTyrtée », — « chant d'Orphée » (3) à certains égards, — pour « obtenir des bourreaux la grâce de son frère », ne put-il pas joindre à celle intention celle de réhabiliter son propre civisme un peu suspect depuis l'aventure de Timoléonl

Le 9 thermidor lui rendit la sécurité — sans lui rendre son frère André (4). — Un malicieux quatrain le fil plus tard dialoguer ainsi, avec un interlocuteur d'occasion, porteur de la bonne nouvelle :

— L'heure de la jasliceest enfin arrivée: Robespierre n'est plus, et la France est sauvée.

— Que dites-vous ? — J'ai vupérir le monstre. — Bon :

Jj'on jouera mon Timolcon (o).

Le premier soin de Joseph Chénier fut de faire sortir de la Conciergerie (6) son autre frère Sauveur, mais il ne perdit pas de temps non plus pour ressusciter sa pièce proscrite. Ce n'est pas qu'il eût trouvé en Robespierre le seul obstacle à la représentation de sa tragédie. Barère aussi s'était prononcé contre elle, et Barère restait au Comité de Salut public. Mais le Comité était renouvelé en partie; des hommes nouveaux, — des « thermidoriens », — venaient d'y entrer (7); et la

(1) V.Dauban, Paris en ITfli-O.'i, 1 vol., 18(59.— Cet hymne fut chanté à la fête du 126 messidor, et publii", io//s li' nuin de M.-J- Chènvr, par \tiMonileur (\\i 2 thiM-midur: Chéuier dit cepeiulantdans VEpilre dédie, de Fcnehiii (iSOâi qu' ■■ il fut conlraiiil de laisser longtemps anonyme ce Chant du déjjart. .., etc. »

(2) Arnault, dans sa Notice sur Chénier, — et dans ses Mémoii-es.

(3) « Ce chant deTyrtée était aussi un chant d"Orphée », dit Arnault dans ses Mémoires.

(1) Guillotiné le 7 thermidor.

(a) Quatrain cité dans l'article de M. Labitte.

(6) Le 13 thermidor, en vertu d'un ordre d'élargissement qui précéda la mesure générale décrétée le 18.'' V. Gabriel de Chénier).

(7) Le 13 thermidor.

Convention rendait un à un divers décrets pour en restreindre la toute-puissance. Barère ne fut pas longtemps à constater que « le 9 thermidor avait brisé le ressort révolutionnaire » (1). — Un arrêté qu'il avait signé avec Robespierre pour l'interdiction d'une pièce de Léonard Bourdon (2) fut rapporté formellement le 27 thermidor (3) par le Comité de Salut public : Chénier n'avait aucun arrêté à faire annuler pour se trouver libre de faire jouer son Timoléon. Il en avait docilement brûlé le manuscrit devant ses redoutables juges ; mais M""" Vestris, — l'actrice chargée du rôle de Démariste, — avait conservé, non point sans doute à Tinsu du poète (4), une copie de la pièce : le Théâtre de la République en reprit les répétitions, et l'annonça de nouveau dès le 20 thermidor (5) ; elle fut représentée pour la première fois le 23 fructidor suivant (6!.

Ecrite pour figurer la République d'avant Thermidor victorieuse des conspirations contre-révolutionnaires, elle devait se trouver tout aussi propre à représenter, après Thermidor, la Liberté sauvée de la tyrannie de Robespierre. Elle offrait, en rapport assez direct avec l'événement récent, des vers tels que ceux-ci {!) :

Quand le lâche est tremblant, quand le traître conspire, Quand le tyran futur a la main sur l'empire (8),

(1) C'est son expression dans ses Mémoires.

(2) Le Tombeau des imposteurs; l'arrêté datait du 2 nivôse. Cf. cidessus, p. J46.

(3) On peut voir l'original de l'arrêté d'annulation aux Archives nationales.

(4) Arnault (dans sa Notice) assure qu" <i il croyait sa pièce anéantie », et attribue au Théâtre de la République toute l'initiative delà reprise.

(o) D'après le Journal des Théâtres de Duchosal.

(6) 11 septembre 1794.

(7) Cités, pour ce motif, parle Journal des Théâtres, n» du 26 fructidor (ils sont adressés par'Timuléon à Tiraophane, acte II, se. m).

(8) '< Le 8 thermidor, il met la main sur l empire », dit Barère, en parlant de Robespierre, dans ses .)lémoires .

Se levant lout à coup, le peuple d'un coup d'oeil Voit tous ses ennemis, et les plonge au cercueil...

Et l'impression de délivrance chantée par le « chœur » après le châtiment de Timophane et de ses complices,

— la renaissance de l'égalité proclamée par Timoléon,

— répondaient à des sentiments qui s'exprimaient journellement à la tribune même de la Convention. Barère, dans ses Mémoires, se donne raison d'avoir « improuvé » la pièce, en constatant qu'elle fut très applaudie par les royalistes » : tout ce que les royalistes, s'ils osaient dès lors se montrer, pouvaient trouver en propre à y applaudir, c'était l'exhibition d'un diadème par Anticlès, devant le peuple de Corinlhe tranquillement indigné. iMais Barère affecte de rattacher au « royalisme girondin » (1 ) tout le parti des « thermidoriens ». Ceux-ci, pourtant, étaient encore, lors des premières représentations de Timoléon, assez loin de l'état d'esprit qui fil plus tard rendre leurs droits aux survivants de H la Gironde » (2i. Une pétition des Jacobins obtenait, alors même, de la Convention l'exécution du décret qu'elle avait rendu, neuf mois auparavant, pour la « panthéonisalion » de Marat : » Le temps écoulé dece puis ce décret, — venait dire à l'Assemblée le rapporte teur du Comité d'instruction publique (3), — n'a fait « que justifier la sagesse qui l'avait dicté : la mémoire « du martyr de la liberté est restée aussi pure que le n jour où une main exécrable le ravit à l'amour des « Français... » La Convention sanctionnait ce langage de Léonard Bourdon; et Chénier lui-même, confirmant comme poète les conclusions de son rapport du 5 frimaire, composait pour être chanté en cette solennité,

(1) « Le parti cjui domina désormais (après le 9 tliermidor), ce fut le royalisme girondin 11, écrit-il dans ses Mrmoires. (2; En ventôse de l'an lit (V. ci-dessous, p. 1861. (3) Séance du 26 fructidor an II.

au Panthéon même (I ), sur une musique de Chérubini, « un grand chœur à la gloire des martyrs et des défenseursde la liberté ». Son Hymne à la Victoire » (2) et son Chantdu départ furent inscrits au programme officiel de la même fête (3). Toute occasion lui était bonne pour placer quelque production de sa muse.

Sa tragédie de Timoléon, cependant, nebénéficia pas autant qu'il l'avait espéré sans doute, du souvenir de l'interdiction qui l'avait frappée, ni des allusions dont les circonstances lui avaient ajouté le mérite. C'était une mauvaise pièce avant le 9 thermidor : elle ne se trouva pas meilleure après. Elle parut faible par les caractères autant que par l'action. Le critique de la Décade philosophique (i), malgré ses sentiments républicains, la trouvait « fort mal jouée par de très bons « acteurs (5) », ceux-ci « ayant voulu réchauffer la froi- « deur du sujet par des cris qui les sortaient sans cesse « de la nature ». Il jugea, comme aussi le rédacteur du Journal des Théâtres (Q), que a les chœurs gâtaient la pièce ». Certains de ces chœurs étaient « parlés » (7), et cette déclamation « de phrases articulées par plusieurs personnes à la fois, sans chant ni mesure », parut d'un effet bizarre ; les autres étaient chantés, et l'on trouva qu'ils k ressemblaient trop à des chœurs

(1) Au moment où le corps de Marat devait être déposé au Panthéon. Le programme de celte fête, qui eut lieu le jour de la o" sans-culottide (21 sept. 1794, six jours après la première représentation de Timoléon). est donné parle Join-iinl des Théâtres et des Fêles nationales.

(2) Déjà chanté à la fête du 20 prairial. V. ci-dessus, p. 13i, n. 3.

(3) Pour l'ouverture et la marche du cortège.

(4) Du 10 vendémiaire, au IIl.

(.0) C'étaient Talma, Monvel, M"'s Vestris, Baptiste l'aîné et Monville, jouant respectivement les rôles de Timoléon, Ortagoras, Démariste, Timophane et Anticlès. (V. le Journal des Théâtres du 26 fructidor . )

(6) i\»s du 30 fructidor et de la !■■« sans-culottide.

(7) V. le Journal des Théâtres. — (Ainsi les paroles du peuple à la fin de la pièce : « Toi qui de Timophane as puni l'atteutat... etc. >■)

d'opéra » (1). A la fin de la pièce, l'embarquement de Timoléon parlant pour de nouvelles victoires fut raillé comme un « spectacle de pantomime », d'un efïet a puéril et mesquin (1) «.

Ces accessoires d'opéra, il est vrai, compensèrent peut-être, pour une partie du public, le défaut d'intérêt dramatique. L'affluence de speclaleurs qui s'était portée à la première représentation (2) ne se soutint pas aux suivantes (3) : mais la pièce eut une douzaine de représentations avant la fin de vendémiaire (4), et quelques autres encore dans la suite (5). Le Cincinnatus d'ArnauH qui lui succéda sur l'alficlie (6) eut un succès moins brillant encore, bien que l'auteur, achevant son ouvrage après le 9 thermidor, se fût efforcé de préciser l'allusion à Hobespierre à travers la conspiration de SpuriusMélius (7). De telles allusions (8) ne suffisaient plus à la fièvre de réaction qui fit bientôt caricaturer sur la scène « l'Intérieur des comités révolutionnaires (9) » ; et le sentiment public devenait de plus en plus rebelle à l'inspiration dont avaient procédé ces tragédies de l'an II. Les dernières représentations de Timoléon furent données, semble-t-il, au mois de pluviôse de l'an 111(10); la tragédie de Fénelon

(1) V. la Décade philosoiihiiiDi' et [e Jonrnnt des Tliealrex.

(2) " Attirée, dit le Journal rfc.s- Théâtres, par le nomde l'auteur qui était connu, par la persécution qu'il avait éprouvée à raison de son ouvrage, par le besoin de contempler des tableaux patriotiques. »

(3) V. la Décade philosoi>hiiii(e du 10 vendémiaire.

(4) 25, 27 et 28 fructidor, 3- sans-culotlide, 2. 9, 11, etc.. et 27 vendémiaire.

(ii) 3, ISet 2o brumaire.

(6) Le 21 frimaire (V. \e Journal des Tliéàlres).

(7) V. les Mémoires d'.\rnault. ,Cf. ci-dessus p. 139).

(8) L'auteur Trouvé en cbercha du même genre dans sa tragédie de Patuanias Théâtre de la Rue Feydeau, germinal an III).

(9 Ce fut le titre d une pièce jouée au IhéAtre de la Cité-'Variétés, en floréal de l'an 111 et dans les mois suivants.

(10) La pièce est affichée (d'après le Journal îles Théâtres) pour le l«'et le 18 pluviôse.

reparaissait alors même au Théàfre de la République (I) : c'élait le temps où des bustes de Marat étaient brisés et traînés dans les rues de Paris, — où la Convention elle-même, annulant son décret antérieur i^), retirait « au dieu Marat » sa place au Panthéon.

« Le grand Timoléon vint apprendre aux Français

« Que la fraternité n'était qu'une chimère

« Et qu'on pouvait sans crime assassinerson frère... j> (3»:

la tragédie de Timoléon fut ainsi interprétée pour servir de thème aux cinglantes ironies par lesquelles Joseph Chénier s'entendit reprocher l'échafaud de son frère André ; elle fut un des arguments de « la Calomnie » qui s'acharna, sous le Directoire, à lui répéter :

(l)Les 17 pluv.,10fit 1:2 ventôse (et déjà même en frimaire, —cf. Journal desTIu'iitrt'sK — La Convention rendait vers le même tempsi3 ventôse an 111 un décret par lequel la liberté des cultes fut, non plus proclamée tout platoniquemont comme elle l'avait été par des décrets antérieurs (IG frimaire et 18 lloréalanll : Cf. ci-dessus, p. 119), mais effectivement garantie. — Le 1(5 fructidor an lit, à la Convention, Boissy d'Anglas nommait Fénelon parmi les grands hommes dont il s'étonnait de ne pas trouver les statues sur les places publiques, et dont, sur sa proposition, le Comité d'instruction publique fut chargé de présenter une liste (V. au contraire, p. llo, n. 1, pour la façon dont Fénelon était apprécié en octobre 1793).

(2) En décrétant (20 pluviôse) « que les honneurs du Panthéon ne pourraient "êtredécernés à aucun citoyen, ni son buste placé à la Convention nationale et dans les endroits publics, que dix ans après sa mort, — tous décrets contraires étant rapportés» (V. au Moniteur'.

(3) M. Labilte (article sur M.-J. Chénier) cite ces vers comme étant de Michaud ; nous ne les avons pas vus dans la collection de la Qiiotidienne à la Bibliothèque nationale (où nous ont manqué d'ailleurs les ISOn"" du !"■ ventôse au 30 messidor an III) ; mais on rencontre dans la Quotidienne An 22 déc. 1796 (2 niv.V) un trait de même senscontre le poète qui, « dansTimo/co?», a consacré le fratricide (et pour cause)... »

«Caïn,qu'as-tu fait de Ion frère «(Ij? — On affecta d'identifier le fratricide Timoléon et le frère d'«AbelChénier». En 1 792, c'était André Chénier qui était traité de « fratricide » à propos de son premier article contre les Jacobins (2) : ceux-ci pensaient le réduire au silence, ou l'embarrasser tout au moins, en lui objectant la présence de son frère parmi eux, en l'accusant de dénoncer implicitement ce frère aux rigueurs du pouvoir. — Une tactique semblable tenta ceux qui, au cours de l'an III, évoquèrent contre Joseph Cliénier a Tombre sanglante » (3) de son frère André. Le « fanatisme royaliste )', écrivait Lemercier en 1819 (4), imagina de « l'accuser ainsi de son propre malheur, celui de n avoir pu sauver un frère qu'il aimait et dont il était aimé ». Les royalistes, intéressés à discréditer les plus notables défenseurs de la République, se trouvèrent d'accord, dans cette campagne contre Chénier, avec d'anciens Montagnards auxquels il reprochait leur férocité de naguère et qui se vengeaient par de réciproques accusations (5) : les insinuations lancées par

(1) Cette question, dit la Xotice d'Arnault, fut répétée à son adresse tous les jours, pendant plusieurs mois, dans un journal (la Quotidienne).

(2) V. dans ses écrits politiques, sa réponse (datée du 4 mars et publiée le 7 par le Journal de Paris) à ceux qui « le traitaient de fratricide •> à propos de son article du 26 février 1792.

(3) Ce fut l'expression d'André Duniont y\. l'art, de Labitte). Cf. le vers du Discours sur la calomnie :

... En vain sèment le trouble entre son ombre et moi.

(4) Dans la Revue encyclopédique, à propos de la publication des poésies d'A. Chénier : « Les deux frères, écrit Lemercier, adorèrent la liberté... L'un fut le martyr du fanatisme populaire qui. l'accusant d'aristocratie, tua sa personne ; l'autre fut celui du fanatisme royaliste, qui, l'ayant accusé... etc., eût voulu et voudrait encore tuer sa mémoire ».

(5) C'est à ceux-là, spécialement, que Chénier répond dans son fliscours sur la calomnie :

Ceux que la France a vus ivres de tj-rannie... Me reprochent le sort d'un frère infortuné..., etc.

(Michaud se fit féliciter, dans la Quotidienne du 16 frimaire, de «n'y

Michaud, dans la Quotidienne (1), se rencontrèrent avec les déclarations du représentant Dumont (2), qui jadis, en mission dans le département de la Somme, avait fait emprisonner l'autre frère de Marie-Joseph.' Elles eurent, — pour les accueillir, pour les répéter, pour les préciser avec une âpre et impitoyable malignité, — le grand nombre de ceux qu'animaient contre Chénier des jalousies littéraires ou des rivalités politiques, tous les ennemis que lui faisait sa morgue (3), tous les envieux que lui valait l'éclat — un peu fastueux alors — de sa vie (4).

Une telle accusation n'ayant jamais été établie sur aucune espèce de preuve, on doit en croire la protestation indignée de Joseph Chénier, et le témoignage apporté en sa faveur par sa mère.

avoir pas été nommé ,.) ; c'est à l'un d'eux (André Dumont, encore membre du Conseil des Cinq Cents) que sa mère opposa une protestation publique par une lettre du 26 frimaire an V (V. ci-dessus p 179 f ■ n ■ T-^ ''*' ^î^^ '*^* premiers jours du même mois de frimaire (cf.' la Qnotidieniu du 14 et du 20) que dut paraître VEpitre à Philamlr devenue, avec beaucoup de remaniemeuts à travers les éditions suivantes jusqu a I an VI, le Discours sur la calomnie {cf. la notice au t III des Œuvres - elQurrard, la France lilt.) ; au cours du même mois, OQdistutaauCouseildesGinqCents(I3 frimaire-IO nivôse) un projet dé im sur les délits de presse, présenté parDauiiou. lami de Chénier avec des dispositions spéciales sur ■< la calomnie ».

(1) V. notamment les n-^ du 24 sept. 1706, des 4, 6, 22, 27 déc. 1796 (14 fnmaire-7 niv. V).

(2) Dans une « lettreàM.-J. Chénier », publiée dansie Messager du soir (cf. la QuoMwnne des 20 et 24 frimaire an V) et postérieure à V Epure sur la calomnie yoh Dumont était visé), Dumont rapportait ce prétendu mot de M.-J. Chénier au sujet d'André : « Si mon frère n est pas pa-

riole, qu ,1 périsse ! ,- Dumont développa plus au long son apologie dans son comple rendu a ses commettants Um pluviôse). -Barére, dans ses Mémoires, parle de ce Dumont qui se signala par son zèle thermidorien pour éviter les accusations auxquelles il se sentait exposé.

{S) I^^i France hltmiire, de Qaérarà, indique pourVanY une Epitre sur io>W'<'tl " dedieo à M. Joseph de Chénier, poète tragique » (par un cerloiii oGwrin).

(4) V. dans la Feuille du jour du 13 nivôse IV, après une histoire où uienier est en cause, des réflexions sur la vie du poète qui « donne voiture a sa maîtresse ». t i ^

— I /Il —

11 est vrai que la polémique issue en 1792 de leurs dissentiments politiques avait altéré la bonne liarmonie antérieure entre les deux frères. Et si, au cours de cette polémique, .Marie-Joseph fut loin d'avoir tous les torts, il avait eu, incontestablement, les premiers. 11 eût pu laisser à d'autres le soin de défendre les Jacobins contre les attaques d'André (1). Dans son zèle à plaider leur cause, il parut mettre la « diatribe » de son frère au rang des « amplifications de rhétorique » (2). André, de caractère naturellement hautain et impérieux, fut blessé de se voir ainsi traité par un frère plus jeune : il inséra dans sa réponse une allusion un peu méprisante aux raisons qui devaient ranger Marie-Joseph parmi les défenseurs des Jacobins, — aux « succès littéraires dont la nature est d'avoir besoin des applaudissements de la multitude »(3). Marie-Joseph, qui était alors « Chénier- • iracchus », releva dans sa réplique, sur un ton de sarcasme, cette insinuation (4). Il fallut, paraît-il (5),

(1) Il est vrai qu André avait enveloppé dans le dilemme : « imbéciles ou fripons», les Jacobins et leurs partisans (article du 26 février). Mais il avait ensuite (article du 7 mars), spécialement à cause de son frère, atténué la rigueur de ses premières expressions.

(i) V. l'article de M.-J. Cliénier idaté du 7 mars, en réponse à l'article d'A. Cliénier du 26 février), inséré daus le Moiiiletir du il mai: " Si quelipie législateur s'était chargé de cette diatribe violente, voici ce que la France entière aurait pu lui répondre :... permettez-nous de ne pas regarder une amplification de rhétorique comme une vérité mathématique... »

(3) V. sa réponse idu 12 mai) à l'article de M.-J. Cliénier, paru le il.

(4) V. l'article de M.-J . Cliénier inséré dans le Moniteur du 19 juin. I/articley est daté du 20 avril (V. ci-dessus, p. 96, n. 3) par erreur (V. Bccq de l'ouquières, UEiures en prose d'Aiidrc Clicnier, 1872, p. 392), puisqu'il répond à l'article d'.\ndré daté du 12 mai et parûtes 13 et 10 niai au Journal do Paris. — Marie-Joseph disait d'ailleurs dans cet article : «: Je n'ai dit ni fait entendre nulle part que mon frère fût ennemi de l'égalité : Je sais le contraire... »

.=)) V. I article de -M. Labitte sur M.-J. Chénier. — André annonçait pourtant, à la suite d'un article daté du l'r juillet (publié par le Journal de Paris du oi.une réponse aux « nouvelles observations » de son frère n sur les sociétés patriotiques » : cette réponse ne parut pas.

l'interveution de la famille pour arrêter celle querelle publique et l'empêcher de s'envenimer.

Les événements, qui se précipitaient, suffisaient pour y mettre fin. Sans doute les dissentiments subsistèrent ; certains votes deMarie-Joseph à la Convention durent plutôt les aggraver ( 1 ) ; mais l'humeur que pouvait entretenir chez Marie-Joseph l'improbation plus ou moins tacite de son frère ne dut pas tenir devant 1 éventualité du danger qui, bientôt, le menaça. Peu importe que ce soit ou non l'élu de Versailles^qui ait procure à André (2), dans cette ville même, la maison qm tut son refuge pour la seconde moitié de 1793 (3) • lorsque, par suite d'un malheureux hasard, -Von d une mesure directe et particulière, - André eut été arrête (4) et emprisonné, les dernières rancunes, s'il en restait, durent s'eiïacer dans l'âme de Joseph Chén.er. Lui qui par deux fois, en 1795 et en 1797 (5) usa généreusement de son crédit politique en faveur de La Harpe (6) son ennemi, se serait-il montré moins

.nn!ry'°f'' ''"' ^^"^ ' ^'''°'''' ^^^'t '^ mort de Louis XVI \ndré apportant sou concours à la défense durai dérhi, tr.,o,V , :

duae letfe écrite dans le sens de l.ppeTlu™ eupT ' ;/ï '^v'ITL ton entiun (V. les écrits politi.jues d'André Ghénier)

oeu\esui A.CIu'iuer Iwmme pohliqnc)— sans preuve bien nrécis^ i-o marque M. Moland dans sa notice sur A Chénier '

.A. cLÏÏer.'''"'"" '*' ''''' "' '•' '''"'°""' ^^- '^ "°''^« ^^ ^^- Moland sur

(i) Cf. ci-dessus, p. 163, n. 3.

(3; Après le 1.3 vendémiaire et après le 18 fructidor (1 -, Ham» -; tait signalédans la presse rovalistcj/DaunouécradansLvlv \

co,n.nencenK.nt d'octobre i79o, Chénier ZIe du Coni^'d^s^f^'l

S œ né comrela'H ?"'""'' '' '''' '"*"^'"«"- un maïa d'à ê

W (.1. les veis du Discours mr la calomnie (an V) : Si la Harpe autrefois blessant la vérité \ ou ut noircir mes jours d'un fiel non mérité, Oubliant sa brochure et non pas Mélanie, Au temps où sa vieillesse allait être bannie... J ai au moins adouci des coups trop rigoureux.

oublieux des ressentiments qu'il pouvait avoir eus contre un frère désormais proscrit? On ne trouve dans les poésies écrites par André à Saint-Lazare aucun vers, aucun mot, qui laisse supposer de sa part la plus vague intention d'accuser son frère de son sort : une pièce où il parle de .Marie-Joseph (I) prouve seulement qu'il continuait à désapprouver son attitude politique et à ne pas envier les succès qui en étaient la récompense. Non : Joseph Chénier ne devait en aucune façon être rendu responsable de la mort de son frère. — Les plus loyaux d'entre ses ennemis le reconnaissaient eux mêmes en l'an V (2); d'autres l'ont attesté plus tard (3) ; et, d'après une anecdote digne de foi, l'un des fondateurs (4) du journal qui, sous le Directoire, répéta le plus obstinément cette calomnie, aurait dans la suite avoué de bonne grâce {'6) qu'elle n'avait été imaginée que pour « démonétiser », en Chénier, un adversaire politique (6). Chateaubriand, dans le discours qu'il écrivait en 1811 pour succéder à Chénier à l'instilut (7), ne s'arrêtait même pas à la combattre en plaignant Chénier d'avoir connu, comme lui-même, le malheur « de perdre dans les orages un frère tendrement chéri » (8). Et l'on n'aperçoit en eflet

(1) Celle que nous avons citée à la fia du chap. iv. p. I3."j: « Mon frère, que jamais la tristesse importune... etc. ••

i2) Roederer. par exemple, disant •■ tenir pour injuste fopinion qui lilaçait éhenier entre les premiers ministres de la Terreur. ., et qui l'accusait d'un fratricide... t (Cf. ci-dessus, p. 10!), n. 3,.

(3) V. les Mémoires ic Barèru (Cf. ci-dessous, p 180, n. 6)-

(4) Michaud ; le journal est la Quotidienne.

(5) Après la mort de Chénier, dit Arnault.

(6) V. la Notice d'.\rnault. — .M. I.ihitte dit que cet aveu fut fait à Ginguené.

(7) Et que d'ailleurs il ne prononça point (V. ses Mémoires d'outretombe).

(8) l'n cousin de Chateaubriand (Armand), resté en Angleterre ?t débarquant en Trance pour la correspondance des princes, fut pris et fusillé en mars 1809. — Chateaubriand avait cité des vers inédits d'A. Chénier dans les Notes de son Génie ilu christianisme.

aucune raison sérieuse de suspecter la sincérité des accents que Joseph Chénier, dans son Discours sur la calomnie (1), consacrait à la mémoire de son frère perdu.

Maintenant, pendant les quatre mois et demi M que dura la détention d'André, s'était-il employé beaucoup pour obtenir son élargissement ?Na-t-il pas été entraîné par une émolion rétrospective de poète plutôt que par le souvenir de l'exacte vérité, lorsqu'il a écrit en réponse à ses calomniateurs :

Hélas ! pour arracher la victime aux supplices

De mes pleurs chaque jour fatiguant vos complices (3)

J'ai courbé devant eux mon front humilié ;

Mais ils vous ressemblaient : ils étaient sa'ns pitié...

Et sa mère qui, dans une lettre publique à un journal de l'an V (4), parla aussi de ses incessantes mais infructueuses démarches, n'a-t-elle pas cédé au désir de réfuter plus complètement les calomnies qui atteignaient son fiis de prédilection? Daunou (.5), contant do même sa persévérante insistance à solliciter la déivrance de son frère, déclare qu'il n'y a même pas à e louer de ces démarches « auxquelles l'entraînaient les sentiments les plus tendres, mais qu'il aurait encore faites quand il n'aurait consulté que son intérêt

pnÏÏe^ve?"* '' ^''"'"'' ""' '" '"'"""''' '' P^'^'^e qui se termine

Et ton jeune laurier grandira sous nos pleurs.

(2) 8 mars-2o juillet (1794).

(v'^nn nf;*^'''"'"' f''"^'"?'*' ■' ^^'""^■■'^"^^ " bourreaux léylslal.urs » (^ . son Discours sur la calomiiic. "

A cXtr T """'' -/"•','; '^^'- '^I- Jloland dans sa notice su A. Llienier. .. Il ua cesse, dit-elle, de faire des démarches nour ses rer.sH.lbr.unes, auprès d'une foule do meu.bres des di^'^mit^: avé" Ghe'nier ^"'''"'"''' '^'"'^ '« J^^^^l de Louvet, alors très lié (5) Dans sa Notice.

le plus personnel ; car les périls de ceux qui porlaieni son nom aggravaient les siens propres, et l'on arrivait à lui en les frappant ». Ce raisonnement de Daunou n'est pas 1res convaincaiiî, et son témoignage est accompagné de trop d'ine.xacliludes (I) pour ne pas paraître inspiré avant tout par le désir de rendre service à la mémoire d'un ami. baunou, d'ailleurs, était demeuré en prison jusqu'apics le 9 (liermidor (2) : il n'a guère pu dire, sur ces Icnlalives de Chénier pour sauver son frère, que ce qu'il en a entendu plus tard raconter. — Le témoignage positif d'Arnault (3), — fondé sur ce (|u'il eut occasion d'apprendre par ses relations avec .Meliul au temps oi!i Cliénier composait le (.'liant du départ, — aurait plus de valeur si l'impression des vers du Discours sur la calomnie (4) ne paraissait être intervenue dans la mise en œuvre de souvenirs personnels (o). Barère, dans ses mémoires (G), donne, sur les démarches qu'aurait faites Chénier, quelques indications précises, et elles sont contredites en certains

(1) V. ci-dessu«,chap. iv, p. 129, note 2.

(2) V. ci-dessus, chap, iv, p. i:îl.

('■i) « Je n'aUeslc rien que je n aie vu ", dil-il (V. sa Notice, et ses Mémoires). Arnault ne devint qu'après cette époque l'ami de Chénier.

(4) On peut comparer à ceux que nous citons ci-des^us (p. 179) le passage de la Notice d'Arnault : " Chaque jour, Cliénier allait solliciter ponr son frère; cliaque jour, désespéré des refus qu'il avait recueillis, il revenait chercher près de .MéhuI, non pas des consolations, mais de la compassion : et le lendemain..., s'abaissantà de nouvelles supplications, il retournait encore implorer..., etc.. »

(3) Arnault dit d'ailleurs lui-même qu'il n'assistait pas aux entretiens de MéhuI avec Chénier à ce sujet.

(6) Dans une note de ces Memuires (publiés en 1842-1843, t. 11) où il explique comment Chénier, " très lié avec lui jusqu'à la lin de 1794, se tourna contre lui (|uand il ne fut ([ue malheureux et accusé »; et, après avoir attesté (pic «Chénier pleura amèrement la mort de son frère, et que, loin d'avoir contribué à la mort de ce frère qui n'était pas de la même opinion que lui, Chénier a fait des démarches personnelles pour le dérober au supplice », il ajoute : « Les hommes se doivent la vérité, et je la dis, même en faveur de mon plus cruel ennemi ».

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