‹ Etude sur le théâtre de Marie Joseph ChénierChapitre 9 sur 34 · VX · texte numérisé non relu

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résumait les plus importants de ces changements en constatant que l'exposition était devenue plusvive, la fin du second acte plus rapide et plus intéressante, la péripétie plus fortement marquée au début du quatrième. Cliénier avait en môme temps éliminé de sa pièce les seixe vers jadis intercalés dans le rùle de l'Ilospilal pour faire allusion à la prise de la Bastille, comme s'il avait voulu dérober à la postérité, dans le texte définitif de sa tragédie (I ), la trace des petits procédés qui en avaient renforcé le succès. Il est vrai que les derniers de ces vers, contenant l'éloge de Louis XVI, étaient lrop« royalistes » pour être maintenus en l'an VII : si Cliénier, en sa conscience de républicain et de régicide, ne les eût lui-même retranctiés, la censure du Directoire (2), — attentive vers la même époque (3i à ne pas laisser donner le nom de Louis, dans une prèce de théâtre, à un personnage vertueux, — lui eût sans doute indiqué la nécessité de cette suppression ; l'anniversaire du li- juillet restait une des fêtes nationales de la République (4), mais il ne fallait plus mêler à la glorification de cette journée l'éloge du « roi parjure » (o renversé au 10 août. Même sans ces vers, la tragédie de Charles IX restait encore assez » royaliste » (fj) par le rôle de Henri de .Navarre; et si les royalistes n'avaient été sans doute prévenus contre la pièce

(I) Ils reslèrent supprimés dans l'édition de l';in IX.

(i) Sur la façon dont elle foiiclionnait, V. les ouvrages de M Hallays-Dabot et de M. Welscliinger.

13} V. un rapport du "2 fructidor an VI cilé par M. VVel^cliiDgcr) sur une pièce d'HolTmanu.

(4) V.le discours de Cliénier lui-même (aux Cinq-Cents, connue président) sur cet anniversaire en l'an VI (26 messidor).

(o) Ainsi le dé^igne Cliénier dans un discours du 27 fruclid. Vil au Conseil desCinq-i^ents.

(6) C'est comme telle qu'elle aurait été, au dire de Cliénier lui-même (V. ci-dessus, p. 184 et 121, écartée de la scène en 1793. et c'est peut-être pour cette raison qu'elle ne parut sur la scène qu'après la leçon iniligéeaux ■■ royalistes » par le gouvernement du 18 fructidor.

en raison de sa réputation antérieure et des opinions connues de son auteur, ils auraient pu trouver dans certaines tirades attribuées au jeune prince une occasion d'applaudir publiquement la légende de Henri IV (I). Cette reprise de Charles IX attira d'ailleurs beaucoup de monde à la première représentation; maislesraisons qui avaientobligé le Théàlrede la République;! fermer ses portes quelques moisauparavanl(2), se retrouvèrent pour le directeurSageret 1^3 1: elles amenèrent une nouvelle clôture de la salle, après quatre représentations de Charles IX, et quinze jours à peine après la première de celte série (4).

Avant même que les acteurs de ce théâtre eussent été réduits à le fermer pour la première fois, et en un temps sans doute oîi ils commençaient à s'inquiéter de cette perspective, Chéuier avait paru se préoccuper des causes de leur situation précaire en faisant envisager au Conseil des Cinq-Cents l'opportunité de modifier la loi de 1791, qui « permettait à tout citoyen d'ouvrir un théâtre public » : dans cette « motion d'ordre » sur les théâtres, peu de temps après le 18 fructidor (5), il

il) Hallays-Dabot indique que, pour une raison de ce genre, Henri IV ne fut pas toujours admis au théâtre sous l'Empire.

(2) Au printemps de l'an VI.

(3) Cumulant avec la direction de ce Tliéitre celle du Théâtre Fevdeau (V. ci-dessus, p. 191).

('U Les représentations de C/(rtc/r.s- /.V furent données les 10 "-^ "6 30 uiv VII (V. le Journal des Spectacles] : la clôture du Théâtre de"lâ Repuhhque eut lieu le .j pluviôse (V. Etienne et Martaiuville) Charles I\ fut repris en messidor (V. ci dessous, p. 20i, n ^i) par le Iheatre-Français reconstitué. - Hallays-Dabot indique que Chéuier, par « esprit de modération «, substitua, pour ces représentations de Uiaiies /A, des drapeaux au.'c poignards que bénit le cardinal de Lorraine: celte substitution se fit peut-être sous le Consulat; mais ni la U'-ca'le mleJoanml des Spectacles n'en parlent dans leurs comptes rendus de I an VII, et l'article dn Moniteur, du Ti uivôse, indique bien (lue 1 on voyait toujours « le cardinal bénissant les poignards ..

(o) Le 26 brumaire VI. C'est environ six mois plus tard (V. ci-dessus, p. 190, n. o) que les acteurs du Tliéâtre delà Uépublique fermèrent pour la première fois, leur théâtre.

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représentait à l'assemblée l'inconvénient « d'une multiplicité indéfinie qui anéantissait à la fuis l'art dramatique, la véritable concurrence, les mœurs sociales et la surveillance légitime du gouvernement ». Il pouvait, avec assez de raison, indiquer ainsi la nécessité de réprimer la licence grâce à laquelle certains théâtres, flattant l'immoralité régnante (I), faisaient trop aisément une concurrence nuisible à l'art dramatique sérieux et noble ; mais ce n'était pas seulement dans l'intérêt de la morale qu'il jugeait convenable d'« étendre, sur les théâtres, l'action régulière du gouvernement » (2) : sa pensée à cet égard se précisait par une proposition de « récompenser les théâtres qui auraient bien servi la cause de la liberté », comme par un hommage significatif rendu « au Théâtre Français (3) qui, le jour même où la Convention nationale fondait la Hépublique, avait adopté son titre honorable, et qui n'avait cessé depuis de propager les principes républicains... (4;. » — Le Directoire n'avait pas attendu la motion de Chénier pour déclarer, dans un arrêté (5) sur l'exercice de la censure par les municipalités, — que « les théâtres devaient être une école de morale et

(1) V. à ce sujet les divers ouvrages sur le tliénlre à celle époque ; cf. ce qu'écrivait eu 1803 Petilol, dans une Notice île son Rrpertoire du Ttiéâtre-Friinrais, à propos delà Laurence de Legouvé (jouéeen 1797).

{'2) « Action, disait-il, dont les Lornos sont fort resserrées dans le décret de 1701 »: il demandait d'ailleurs qu'elle fût « déterminé? avec précision ».

(3) Le Tliéàlre-Français de la rue Richelieu, ouvert en 1791, devenu en 1702 le Tliedlre de la lh'iii(liliiiue, et qui avait joué depuis 1701 toutes les pièces de Chénier.

(4) Chéaier parlait ainsi le 20 brumaire an VI : fût-ce en reconnaissance de ce langage que le Tliéàlre de la Répuhliiiue reprit le 20 frimaire suivant son Vénelon, alors ahandonné depuis plusieurs mois? (V . ci-dessus, p. 190, n. 4 )

(o) Du 23 pluviôse IV (14 févr. 170ti). Cf. ci-dessus, p. 144, n. 7. — Le Directoire venait d'adresser (le 7 vendém. VI) au ministre de la police générale une lettre au sujet des théâtres, conçue dans un sens assez conforme au décret du 2 août 1793.

de républicanisme » (1) : mais Cliénier jugeait peul-être que ses propres tragédies, toutes délaissées depuis un an (2), auraient dû bénéficier davantage d'un tel principe sérieusement appliqué.

Ce fut justement cette complexité d'aspects divers qui fil échouer, au printemps de l'an VI, un projet de loi préparé par une commission (3) dans le sens de la motion de Cliénier : la commission même abandonna, au cours de la discussion (4), l'idée de réduire le nombre des théâtres ; et ceux qui, dans les deux Conseils, auraient approuvé cette réduction (5), repoussèrent, dans la crainte d'abus possibles, un texte qui plaçait les théâtres « sous la surveillance immédiate du Directoire exécutif « (0). Du moins, lors delà seconde fermeture du Théâtre de la République dans l'hiver qui suivit (7), et avant même que l'incendie du 28 ventôse eût privé de leur salle de TOdéon les contmuateurs de l'ancienne Comédie-Française ressuscitée après le 9 thermidor (8), le ministre de l'Intérieur (9), François de Neufchàteau, — l'auteur jadis persécuté de Paméla, — négociait la réunion des deux troupes errantes (10) en une société par laquelle put revivre le

(1) V. ce passage de l'arrêté cité par M. Welschinger (le Théâtre de la Rerolution).

(2) V. ci dessus, p. 190. Cf. la Quotidienne du 2 févr. 1797. (.3) Audouin en fut le rapporteur (aux Cinq-Cents).

(4) V. le discours dAudoiiln dans la séance des Cinq-Cents du 8 flor. VI, et les observations de Tallieu à la lin de la même séance.

{b) Lamarque, par ex., au Conseil des Cinq-Cents.

(6) Celait l'article ie>- du projet Audouin, adopté par les Cinq-Cents (8 floréal), nif.is recelé |iar les Anciens (18 prairial).

(7) Le.opluviô.^G an VII (V. ci-dessus, p. 193, n. 4).

(5) Epoque de leur sortie de prison.

(9) Ayant les théâtres dans ses attriijutions.

(10) Elles avaient été réunies pendant queliiue temps, en l'an VI, sous le directeur Sageret (V. ci-dessus, p. 191, n. 4) ; mais la troupe de l'Odeun avait repris son indépendance au début de l'an VII. — Au moment où eut lieu l'incendie de l'Odéon, la fusion des deux troupes en une seule, s'administrant elle-même, venait déjà d'être décidée : elle

(( Tliérilre-Français » (I). — La limitation du nombre des théâtres, telle h peu près que Chénier la j-roposait en 1 797 devant le Conseil des Cinq-Cents, fut décrétée en 1 807 par Napoléon ; et Chénier 1 2) vit alors s'exercer sur les théâtres « l'aclioii du gouvernement » (3), mais non point d'un gouvernement selon ses vœux.

» ... Crédule, j'ai longtemps célébré ses conquêtes ! Au forum, au sénat, dans nos jeux, dans nos fêtes, Je proclamais son nom, je vantais ses exploits, Quand ses lauriers soumis se courbaient sous les lois, Quand simple citoyen, soldat d'un peuple libre. Aux bords de l'Eridan, de lAdige et du Tibre, Foudroyant tourà tour quelques tyrans pervers. Des nations en pleurs sa main brisait les fers ; Ou quand son noble exil aux sables de Syrie Des palmes du Liban couronnait sa patrie. Mais lorsqu'en fugitif regagnant ses foyers, 11 vint contre l'empire échanger ses lauriers, Je n'ai point caressé sa brillante infamie ; Ma voix des oppresseurs fut toujours ennemie... «

devait occuper à la fois les deux théâtres de la rue de la Loi et de fOdéon (V. le Moniteur du 1er trorm. VII).

(1) Ouvert en pniri.il de l'an \MI. - Les acteurs, * encore estimables », de l'une et laulre troupe, qui n'avaient pu entrer dans la combinaison, fournirent les élémenls d'un second Tlieatre-Francais. Le* auteurs dramatiques, d'ailleurs, dans une pétition ou ils se disaient partisans d'une réJuclion de la mnltiplicilé excessive des théâtres, avaient demandé au Directoire le maintien des deux troupes distinctes, eu concurrence (V. le Moinlcir des 9 germ. et 14 prair. ^ II).

(2) Chénier iiidiqnail, en i:!i7.f|n'il aurait voulu voir conserver a Paris rOpéra, deux autres lliéàtres de musique, deux grands théâtres de déclamation, deux ou trois ihéfares secondaires comme celui du ^ andeville : c'est à peu près selon celte formule (avec la reglementalioa des genres strictement définie) que fut conclu le décret de 180/.

(3^ C'était le désir qu'il exprimait dans sa motion du 2b brumaire an VI. (V. ci-dessus, p. 194.)

Ainsi rêvait Chraier lorsque le sile de Saint-Cloud, aperçu au cours d'une i Promenade n (1 ) sur les bords de la Seine, lui rappelait en 1805 le souvenir du 18 brumaire. — Il lui était arrivé en maintes circonstances, en effet, d'être l'interprète du sentiment public à l'égard du vainqueur d'Italie. C'est pour la réception de Bonaparte par le Directoire exécutif (2), après la paix de Campo-Formio, que le poète du Chant du Départ composa le Chant du Retour. Ses strophes républicaines célébrèrent ce jour-là, sans éloge particulier d'aucun de leurs chefs, les armées dont » les victoires avaient conquis la paix » (3). Mais, trois semaines après, à une séance publique de l'Institut (4) oîi figurait Bonaparte (5j, alors désigné comme « général en chef de l'armée d'Angleterre », Chénier, lisant son élégie du Vieillard d'Ancenis sur la mort de Hoche, fit tourner vers le héros du jour tous les applaudissements, lorsque ses derniers vers, dirigés contre les « tyrans des mers » (6), annoncèrent l'heure prochaine

Où Neptune irrité lancera/^ dans leur île D'ArcoIe et de Lodi les terribles soldats,

(1) V. dans la pièce intitulée la Promenade {Œuvres posfh., t. II) le passage :

... Saint-Cloud, je t'aperçois...

Ah ! de la liberté tu vis le dernier jour...

(2) 20 frimaire an VI (10 iéc. 1797) : le Chant dn Retour f musique de Alélmi) fut exécuté par le Conservatoire de musique; le Citant du Départ termina la rérémonie (V. le Moniteur, 22 et 23 frimaire).

(3) Selon un vers du Citant du Retour.

(i) Le 1.5 nivôse an VI. (V. le détail de celte séance dans la Décade philosophique du 20 niv. — Cf. Arnault, Mém., t. IV.)

|o) « Récemment associé à l'Institut », dit la Décade ph il. — Chénier était membre de l'Institut (classe de Littérature et Beaux-Arts, section de Pûésiei depuis sa création (3 in-um. an IV).

(6) L'expression ,'« tyrans des ondes ») est dans le Chant 7narilime (ISO'i, V. ci-de<sous. p 23i), mais l'idée est déjà dans cette pièce (« Rendons aux nations Ihérilaîe des mers », y est-il dit), et elle sert de thème à i Hymne à l'armée d'.inglelerre. qui, Ijien que daté de 1804 (au t 111 des Œuvres compl.), semblese rapporter à une date assez anté-

Tous ces jeunes héros, vieux dans l'arl des combats,

La grande nalionà vaincre accoutumée,

Et le grand général guidant la grande armée (1).

OuiDze mois plus lard, il publiait clans la Décade philosophique (2), comme un « épisode d'un poème sur la guerre d'Italie » (3) une pièce sur la mort du colonel Muiron (4). Et après avoir glorifié au Conseil des Cinq- Cents (5j les exploits de l'armée française en Egypte, il inséra comme une menace à l'adresse de l'Europe le souvenir de Bonaparte absent, dans le discours qu'il prononça au Cliamp-de-Mars, le 20 prairial de l'an VIF, «en l'honneur des plénipotentiaires français assassinés à Rastadt » .

Il ne fut point hostile à Bonaparte lorsque celui-ci, revenu d'Egypte (G), prépara soncoupd'Etaf. — Arnaull, que son amitié pour le futur Consul intéressa personnellement à ces préparatifs (7), cite Chénier parmi les convives qui se trouvèrent réunis, avec « le général lui-même », à un dîner chez le ministre de la police,

rieure,— peut-être à l'époque même an VI) où fut créée VArinre d'An- (jlelerre avec Bonaparte comme général en chef (Cf. ci-dessous, p. 234).

(1) La Décade phil. publia celte pièce le 20 nivôse. —Elle félicita, le 20 ventùse, Bonaparte et le Direclnire d'avoir empêché la représentation d'une pièce de théâtre sur les Français en Amjlelerre.

(i) Du 30 ventôse an VII (mars 1799).

(3;i Ce poème resta à l'état de projet ; un autre fragment en fut publié dans les Œuvres iio.slhiimes de Chénier.

(4) Tué à la bataille d'Arcole (V. 1j t. III des Œuvres).

(5) Le 28 fructidor an VI (sept. 1798).

(6) « Déserteur de l'Egypte », écrivit Chénier dans son élégie de 1803 {ta Promenade).

(7) V. ses Mémoires, 4 8o, 1833, t. IV. — Dans sa Xolice sur Chénier, il dit de celui-ci, «qu'il ne fut pas étranger au succès du 18 brumaire »; et plus loin, résumant les rapports de Chénier avec Napoléon, il écrit : «... la révolution du 13 vendémiaire les avait unis ; après les avoir rapprochés de nouveau, la révolution du 18 brumaire les divisa ». — En 1811, dans le discours qu'il prononça "au nom de la classe de l'Institut « aux funérailles de Chénier, il disait : «... dans celte journée du 18 brumaire, où tout bon citoyen fut soldat, Chénier, sans (piilter la toge, marcha sous les drapeaux du libérateur que la Providence nous ramenait du fond de l'Egypte. »

Fouché, l'un des derniers jours du Directoire ; et il ajoute : « Il n'y avait guère que le ministre qui ne « fût pas des nôtres... La liste des invités semblait être (( un extrait de la liste des conjurés... w A ce dîner, deux artistes à la mode, Lais et Cliéron, chantèreni a des poèmes d'Ossian mis en vers par Cliénier » (1). Ossian était alors dans le plus beau temps de sa vogue, et Bonaparte avait pour la poésie du prétendu barde un goût très vif : il le disait, à bord de l'Orient (2), à son familier Arnault, et Talleyrand l'avait ditpourlui le jour où il avait présenté aux cinq Directeurs, siégeant « en costume romain »,lejeune vainqueur de Rivoli (3). Cliénier put donc, quelques jours avant l'action de Saint-Cloud, se voir applaudi par « le grand général » comme un digne interprète de « ce sublime Ossian qui semblait le détacher de la Terre » (4) ; et son Chant du Départ ïat applaudi par le public du Théâtre-Français le soir même du 18 brumaire (5).

Chénier avait dit, vingt mois auparavant (6), au Conseil des Cinq-Cents : «... Nous n'avons pas à crain-

(1) Les Chants Imitcsd'Ossian (t. II des OEiivres complètes) formaient le 3' et dernier Livre des Poésies tijriques de M.-J. Ciiéuier dans l'édition de l'an V.— Cf. la façon dont Cliénier fait intervenir les « bardes de la France » dans le Citant du Retour et dans le Citant du l"^ vendémiaire (an VII).

(â) Faisant voile vers l'Egypte (V. les Mém. d'Arnault, t. IV).

(3) Le 20 frim. VI (Cf. ci-dessus, p. 197). Y .an Moniteur du ^'i\ii discours de Talleyrand, « ministre des relations extérieures ». — Cliénier avait, à la prière de Mme de Staél (Cf. Considérât, sur la Rn\, P. III, cil. 25), prononcé;'! la Convention, le 18 fruct. an III, le discours auquel Talleyrand avait dû son rappel.

(4) Comme disait Talleyrand (le 20 frim. VI) dans sondiscours ; Cf. M"ie de Staël, Consid. sur la Rév., P. m, cli. 26.

(o) V. un article de M. Aulard sur le lendemain du [Slirumaire (Revue de Pari.'i, l^r avril 1806). — Un arrêté du Directoire du 4 niv. lY enjoignait aux directeurs de Ihéâtre de faire chanter avant les représentations" les airs chéris des républicains » ;le Chant du Départ était sur la liste de ces airs.

(6) Le 23 ventôse VI (13 mars 1798), dans une motion en l'honneur de « l'armée française victorieuse en Helvétie ».

« tire le gouvernemenl militaire dans un pays où l'iio- « norable fonction de servir la patrie est un droit et un « devoir pour tous les citoyens... » — Il ne crut pas aider à l'avènement d'une dictature en adhérant ù l'entreprise de Bonaparte : comme membre de l'Institut, il suivait l'opinion assez prononcée alors dans cette compagnie (I) en faveur du général qui s'honorait d'y être rattaché ; comme législateur (2), il put s'en rapporter à la science politique d'unSieyès pour l'élaboration d'une constitution nouvelle, mieux pondérée que celle de l'an 111. Il fit lui-même partie, ainsi que son ami Daunou, des « commissions législatives intermédiaires » qui représentèrent (3j, à côté des trois « consuls provisoires )^, une continuation des deux Conseils du régime renversé ; et, dans « sa commission des Cinq-Cents », il fut de la « section » (4) qui eut à étudier les « lois organiques » de la future Constitution. — La discrétion dont Bonaparte usa d'abord pour se faireaccepter des républicains (5) put lui laisser quelque temps ses illusions, mais il dut bientôt reconnaître, dans le gouvernement consulaire, cette « aurore de la tyrannie » que prétendit signaler Benjamin Constant (6). Un siège lui avait été donné au Tribunal : il voulut prendre au sérieux le rôle que la Constitution de l'an VllI assignait aux « tribuns », entre un « Sénat

(1) et (o) V. l'arlicle (cité ci-dessus, p. 199, u. o) de M. .\ulard.

(2) Au reste, maintenu au Conseil des Cinq Cents en l'an VI pour 2 ans (V. ci-dessus, p. 189, n. 4, ildevalt en sortir le lerprair. an VIII ; et selon la Constitution de l'an lit, régulièrement appliquée, il eut fallu alors un intervalle de deux ans pour qu'il put être réélu df nouveau.

(3) Jusqu'au début de nivôse ; cliacune de io membres, nommés au scrutin le 19 brumaire.

(4) 7 membres, dont Lucien Bonaparte, Daunou. etc. — Il signa donc la Constitution de l'an YllI, promulguée le 24 frimaire (V. au Monilciir du 2.ï'.

(6) V. .Mme (Je Stai'l, Uii; mmcf^ il'c.i-il, P. 1, cli. u.

conservateur » et un Corps législalif muel(l); il prononçacontre la création de « tribunaux spéciaux », dans riiiver de l'an IX (2), un discours dont s'irrita le premier consul ; l'été suivant, dans un discours composé pour la distribution des prix des Ecoles centrales, il insérait certaines phrases de protestation assez claire contre ceux qui voulaient 0 avilir, en le mutilant par le fer, le dix-neuvième siècle naissant d (3) : aussi fut-il compris, avec Benjamin Constant, avec Daunou, avecGinguené, dans l'élimination par laquelle le Sénat complaisant débarrassa Bonaparte des opposants du Tribun'at (4).

Ce fut la fin de sa carrière politique. — En un temps où, récemment élu à la Convention, il prévoyait que ses fonctions de législateur ne lui laisseraient guère le loisir de travailler pour la scène, il se promettait, une fois « rentré dans le silence du cabinet », « d'attaquer encore au théâtre les préjugés de toute espèce qui voudraient relever la tète « (o). L'heure lui sembla venue dans les loisirs de sa dernière année de tribun. La restauration religieuse, que favorisaient à la

(1) Il devait voter en silence sur les projets de loi discutés au Tribunat.

(2) Séance du 8 pluviôse ; Dauaou avait parlé la veille contre le projet (V. leurs discours au Moniieur).

(3) Y. notamment le passage cité ci-dessous, p. 242; « Tu nais, dixneuviéme siècle..., etc.» Ce discours, «sur le progrès des connaissances en Europe », prononcé le 29 thermidor an IK (août 1801), fut imprimé peu après ; Gliéuier écrivit, dans une des notesqu'il y adjoignit vt. IV de ses OEuvres): «... Les raisons qui m'ont fait supprimer plusieurs développements à la lecture n'ont pas dû ni'empécher de les rétablira l'impression !>.

(4) " Acte du Sénat conservateur >• du 27 ventôse an X (mars 1802) ayant son effet à partir du 1er germinal suivant; le Sénat avait, par la Conslitution de l'an VIII, la mission de former les « listes d'éligibilité nationale ». Le nombre des tribuns se trouva réduit de 100 à 80.

(3) Ce passage du Discours preUm. de l'édition de Fénelon en mars 1793 se retrouve dans les Réflexions sur la trai/édie de Fénelon (de 1797).

fois le génie de Chateaubriand et la politique du premier consul, lui paraissait être

a Des préjugés bannis le burlesque retour » (1) :

dans Télé del'an IX, au moment de l'arrivée à Paris du cardinal qui venait signer le Concordat, Chénier dirigeait la satire des ÎSouvcaitx Saints (2) contre les coryphées de la (c secte fanatique » qui avait déclaré la guerre à « la philosophie i3) »; et il préparait une tragédie de Philippe II enveloppant le vieil argument de l'Inquisition contre l'Eglise catholique (4). — Mais il put reconnaître qu'il ne lui serait guère permis d6 faire servir le théâtre au jeu d'opposition pour lequel la tribune allait lui manquer. La censure, que le Directoire même avait léguée au Consulat (5), s'exerçait dès lors

(1) C'est un vers de VEpitre à Voltaire (qui date de 1803).

(2) Pirue d'abord dans la Drcade philosojihùjue du 30 prairial IX (juin 1801), elle eut cinq éditions dans les deux mois qui suivirent.

(3) Expressions de Chénier au début de VEpitre dédie, de F énelon (1802;.

(4) Dans la préface de la .^eédit. des Nouveaux Saints (un vers de cette pièce disait à Geoiïroy, Clément, etc. : « Vous êtes morts, très morts, et Voltaire est vivant... »), Chénier, relevant une allusion de Geoffroy (Débats du 17 messidor IX à la prochaine apparition de celle pièce, écrivait : « undeuxième (Geoffroy) prétend qu'il n'est pas mort... il menace de ressusciter: il fixe ce grand événement à l'époque où je donnerai une tragédie nouvelle qu il nomme don Carlos. Alors!... On sent tout ce qu'il y a d'esprit, de raison, de justice, à décrier plusieurs mois d'avance un ouvrage dont on ne connaît pasun seul mot». — Les archives de laComédieFrancaise ne donnent aucune indication relative il cette tragédie. Un registre qui remonte à l'au XI, et qui parait indiquer les pièces 7rrues, mais non j'oi^Vs (jusqu'après 1830\ mentionne en premier lieu une tragédie de Pizarre, « reçue le 5 fruclid. an XI » (ne faudrait-il pas, en raison de la date suivante, lire: an X ?) et « suspendue par la police », puis une tragédie de Catherine II, reçue le 12 ventôse an XI et que « la police refuse d'approuver » : si le Pliilippe II de Chénier ne figure pas sur ce registre, c'est peut-être qu'il fui reçu et interdit avant lune et l'autre de ces deux tragédies ; Daunou, en effet, dans sa Xoiice sur M.-J. Chénier (édit. de 1818), écrivait que '< cette tragédie {Philippe lion Don Carlos) était reçue depuis quinze ans au Théâtre-Français » ; Lingay, en 181'i, écrivait aussi qu'elle était reçue, sans fixer de date.

(o) Sur II les bureaux de censure » qui fonctionnaient sous le Direc-

dans un esprit souvent conforme à celle de l'ancien régime. Les motifs de déférence pour la cour d'Espagne qui, sous Louis XIV el sous Louis XVI, avaient fait deux fois écarter de la scène la dramatique histoire de la mort de don Carlos (1), ne furent peut-être pas étrangers à la prohibition qui arrêta, en l'an X, le Philippe II de Chénier : sans être encore aussi <( chatouilleuse à l'endroit des rois » (2) que devaitl'être la censure impériale, la censure consulaire avait des convenances particulières à observer envers la cour d'Espagne, fidèle alliée, depuis plusieurs années déjà, de la France républicaine ; mais le rôle attribué au cardinal Inquisiteur dans la pièce, même sans l'aggravation d'une tirade de circonstance (3) contre l'appui prêté par le pouvoir civil à des « préjugés vieillis », suffisait pour que le gouvernement de Bonaparte refusât aux tenaces adversaires du « Fanatisme » l'occasion d'applaudir ce nouvel ouvrage de Chénier sur la scène du Théâtre- Français (4).

toire, V. au Muniteur du 23 prairial VII un rapport (daté du 13) adressé au Directoire exécutif par le Ministre de l'iutérieur (François de Neufcliàteau), au sujet de l'opéra d'Adiien. — Cf. ci-dessus, p. 194, n. S.

(1) Gampistron avait du, sous Louis XIV, la déguiser sous des noms byzantins dans sa tragédie d' Andionic ; un don Carlos de Le Fèvre, reçu à la Comédie-Française en 1781, fut interdit (il fut imprimé en 178't). (Cf. ci-dessous, partie II, ciiap. viii.) Sur les objections de l'ambassadeur d'Espagne contre le sujet do cette dernière pièce. Cf. M™" de Staél, De lAUemanne, III, 17.

(2) Gomme le dit Chateaubriand (Mém., année 1800) de la « cen>ure consulaire ».

(3) Adressée par don Carlos à son père, acte III, se. v :

Partout l'opinion réveille enfin le monde,... etc. Des préjugés vieillis Philippe défenseur,... etc.

(4) Ainsi cette interdiction de Philippe II n'a nullement besoin d'être expliquée par une intention de vexation particulière à l'égard de Chénier : on peut la rapporter à des motifs analogues à ceux qui firent interdire, vers le même temps, les tragédies de Pizarre et de Ca- //((•/•/»« 7/ iQdi(|uées ci-dessus (p. 202, n. 4). — Eu l'an VIII, le théâtre du Marais avait annoncé, du 8 au 27 floréal (V. àu Moniteur) la première

Les circonstances, poif les mêmes causes qui s'opposèrent à la représentation de PliiUppc II, devenaient de moins en moins favoral^ies à la reprise des anciennes tragédies de Chénier. Il put encore, sous le Consulat, voir remellre à la scène certaines d'entre elles ; mais ce ne fut point sans rencontrer des « intrigues » manœuvrant pour f( en arrêter le succès » (1). A son Cliarles IX Qih son Féndnn, demeurés depuis l'an VII au répertoire du Tliéàlre-Français reconstitué (i), les comédiens voulurent adjoindre, dans l'hiver de l'an IX, son Henri VIII, remanié d'ailleurs comme l'avait été Charles IX pour la reprise de 1799(5). Celte pièce, à l'origine, avait été spécialement désignée par un sous-titre comme une peinture de « la tyrannie » (i). Il est vrai qu'en représentant les crimes d'un tyran elle faisaitporier l'intérêt

représeotalion d'un Don Carias {on Philippe II, roi d'Espagne), qn\ cessa ensuite (l'être annoncé sans avoir été joué: une interdiction était sans doute intervenue sur l'auteur proi)nl)le de ce Don C(uios,'V. ci-dessous, part. Il, cliap. vui).— Une tragédiede/*o» Ciirlos '< imitée d'Alfieri » par Lirquot. conservateur de la Ijiljliolli. de Rouen, put être représentée à Rouen (Tliéàtre des Arts) en 1813 (V. Quérard, France lilt.) ; mais la censure de l'ancien régime laissait de même passer, eu province, des sujets et des pièces prohibés à Paris; une tragédie de Don Carlos avait pu être jouée au théâtre de Lyon en 1761 (V. ci-des^ons, part. Il, chap. vin).

(1) Expressions de Chénier dans l'article Un mot siii- Esnienard (t. III des OEni-rcs postli.).

(2) En prairial an Vil (V. ci-dessus, p. 19.'^i) Entre celte date et celle de la reprise de f/ou-i VIII, les registres de la Comédie-Française indiquent huit représentations de Charles IX (14, 17, 20 niessid., 2 therm. an Vil ; 9 et 20 vendém , 20 niv. an VIII, 19 frim. an IX) et sept de Fenelon (2i et 26 fruct. an \'II, 7 et 22 ventôse, 23 therm., 2 fruct. an VIll, 9 niv. an IX) : on voit que sur ces 15 représentations en 20 mois, sept (deux de C/inr/t'.'; /A' et cinq de Fénelon) se rapportent aux li mois postérieurs au 18 brumaire. — Les mêmes pièces purent être représentées dans le même temps sur des scènes secondaires: le Munileitr indique, par exemple, le 10 llor. de l'an Vlll, une représentation de Fenelon au Théâtre du Marais.

(3) Les changements, moins nombreux et moins importants qnepnur Charles f A', étaient encore assez considérables (V. la Décade phil. du 30 pluv. XllI).

(4) Henri VIIl ou h Tyeannir, esl-elle appelée en 1789, dans la Dénonciation des inquisiteurs de la pensée ^g 6).

sur une reine vertueuse et malheureuse, ce qui s'était trouvé contraire à la poétique des républicains de i 793, interprétée parla censure de 1 794 (1). Ellechoqua.pour d'autres motifs, les hommes chargés de la « surveillance des théâtres » en 1801. Anna Boulen, jugée par une commission que Henri VIII a composée de ses créatures, reparut sur la scène dans le temps (2) même oij Chénier et ses amis, au Tribunal, combattaient le gouvernement sur la question des « tribunaux spéciaux ». Les comédiens n'avaient peut-être pas cherché ce rapprochement : mais les agents du pouvoir remarquèrent sans doute que « la malveillance pouvaiten abuser » (3). La censure de Louis XV, au temps de la « chambre royale » instituée pour juger La Chalotais, ne s'était pas montrée moins attentive à écarter de la scène, pour une raison analogue, le Barnevclt de Lemierre (4). Esménard, clief du bureau des théâtres à la Division de r Instruction publique (5), fit inviter (Chénier à « retirer sa pièce ». Chénier, supposant à Esménard une intention particulière de lui être désagréable (6), alla trouver le ministre Chaptal, qui lui répéta la même invitation^ en lui parlant de << la colère du premier consul à propos de son discours sur les tribunaux spéciaux ». Chénier rapporte en ces termes la réponse qu'il aurait faite au ministre : « Je lui dis que mes « opinions, comme tribun, n'avaient rien de commun

(1) Cf. ci- dessus, chap. iv (p. 121) et v (§ 2i.

(2) La première représentation en fut donnée le 7 pluv. : le discours de Chénier est du 8 pluv. (cf. ci-dessus, p. 201, n. 2).

(3) Formule assez fréquente dans les rapports de la censure du Directoire ou du Consulat (V, Welscliinger, le Théâtre de laReioliilion.

(4) V. Corresp. de Giimm, mars 1766 : « ... elle (la police) a trouvé mauvais que M. Lemierre fit juger Barnevelt par une commission... elc.» Cf. Hallays-Dabot.

(5) Rattacliée au ministère de l'Intérieur, dont Cliaptal était titulaire.

(6) V. au t. m des Œueres poslk. ■ Un mut sur Esméiianl.

— 2or, —

« avec mes travaux littéraires ; que je ne retirerais (f point la pièce; et que, puisqu'on voulait interrompre « ses représenlations, il fallait prendre sur soi de la << défendre... » [\). On ne la défendit peut-être pas formellement : mais la pièce, qui avait été jouée le 7,1e 10 elle 12 pluviôse (2), et affichée ensuite pour le 19 (3), fut remplacée ce-jour là par une autre (4), et n'eut pas de nouvelle représentation. — Charles 1\ fut joué trois fois encore en ventôse et en germinal (5) ; mais le parti philosophique n'eut pas la satisfaction de voir se répéter au Théâtre de la République celte évocation de la Saint-Harthélemy, dans le temps où se négociait le Concordat. Etl'auteur de Charles IX s'occupa vainement d'offrir à « l'esprit de parti » (0) l'aliment d'une pièce nouvelle en traitant à sa manière, dans la période qui suivit, le sujet de Philippe IL

Le Théâtre-Français avait passé près de vingt mois sans jouer un seul ouvrage de Chénier, lorsqu'il revint, dans les derniers jours de 1802, à sa tragédie de Fénelon. Celle-ci n'avait pas contre elle, ainsi que 67)flrles IX, le scandale d'un sujet tiré de l'histoire pour une inspiration de haine : avec sa donnée romanesque résolue en péripéties de tendresse et de larmes, elle

(1) ChéDicr ajoute (V. Ibid.) ; « ... ainsi que Robespierre et ses amis avaient fait défendre, il y a quelques années, Charles IX comme royaliste, Frnehii comme fanatique, et Caius Gracchus comme favorisant l'aristocratie »•

(2) D'après les Archives de la Comédie-Française.

(3) V. les annonces théâtrales i\n Journal des D('bats (16 et 17 pluv.). Ce journal ne contient pas d'article sur cette reprise de Henri VU f, mais le ilcrciirt de France fit une critique très vive de la pièce, la déclarant d'ailleurs « un des plus faibles ouvrages de Chénier ».

(4) Othello (Archives de la Comédie-Française).

(3) 22 ventôse. Set 30 germ. an IX (ce furent les dernières représentations de Charles /.V avant la repri>e de 1830l.

(6> E.xpression fréquente dans la langue du temps. Cf. Geoffroy demandant, à propos de Fén'Hon (ï\ friin. XI), " que l'on bannisse delà scène tout ce qui peut réveiller l'esprit de parti ».

pouvait être choisie pour témoigner avantageusement, devant l'âge nouveau, de la sensibilité d'àme de son auteur ; et c'était, parmi les pièces de Chénier, celle qui avait paru conserver le mieux la faveur du public. Aussi le feuilleton des Débals déclara-l-il à ceux qui regardaient Fénelon comme le chef-d'œuvre de Chénier : « tant pis pour Chénier, car Fénelon est un fort mauvais ouvrage... » (I). Ajant été fort maltraité naguère, en compagnie de M'"" de Genlis, de La Harpe et de Chateaubriand, dans la satire des Nouveaux Saints (2), — Geoffroy, l'ancien rédacteur de l'Année littéraire, dut prendre un plaisir particulier à démontrer (3) les invraisemblances et les absurdités de la fable à laquelle Chénier avait mêlé, en le « travestissant » (4), le personnage de Fénelon. Les sans-culottes de 1793 avaient fait un crime à Chénier du « prélat romain » encadré dans cette action comme un « modèle de toutes les vertus » (o) : les catholiques de 1 802, en s'offensant des attaques de sa pièce contre les cloîtres (6), ne pou-

(1) Drbals du 30 frira. XI (21 déc. mi).

(2) Et plus récemment encore dans la préface des Miracles, « conte dévot » (juin 1802). Depuis l'apparition des Notiveaux Saints (été de 1801, V. ci-dessus, p. 202), aucune pièce de Chénier ne s'était encore oËTerlesur la scèneà la critique deGeofïroy ; dans la période antérieure, GeofTroy, rédacteur au.K Débats depiih ventôse an VIII, avait laissé passer sans encombre plusieurs représentations de Friirlon, de Clinrles IX ou de Henri VIU. Il avait seulement réédité, dans uq article de VAiinée littéraire de 1800-1801 (Cf. la tlièse de M. Des Granges), ses objections •de 1790 contre les « falsifications de l'histoire » dans Charles IX.

(3) Comme il le fit dans les Débats i\i 24 et du 30 frimaire, les deux premières représentations de cette reprise étant du 22 et du 28. De Ces deux articles ( l'un et l'autre sans signature, comme les autres feuilletons de GeofTroy, cf. la thèse de M. Des Granges sur Geoffroyl, le premier seul a été inséré en 1825 dans son CoMr« de littérature dramatique.

(4) Expression du feuilleton du 30 frimaire.

(5) V. ci-dessus, chap. iv,| 2, p. 117.

(6) Le Fénelon de Chénier, en sa qualité d'archevêque, se contente de réprouver, au nom de la Religion même, et d'annuler, à l'occasion,

« Les vœux qui ne sont point prononcés par le cœur » (IV, se. iv);

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