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fragments, l’os demeure allongé et déformé, et je ne sais si cette déformation ne nuit pas autant que le cal fibreux aux fonctions du genou ». Il cite comme preuves à l’appui, une observation personnelle et une de Boyer.
Mais si l’on doittoujours tenter d'obtenir une réunion osseuse, nous avons vu que le désir des chirurgiens est bien rarement satisfait. À quoi cela tient-il? Autrement dit, quelles sont les causes qui s’opposent à la consolidation osseuse des fractures de la rotule ? Les observateurs de tout temps ont cherché à les connaître, ces causes, mais quelque nombreuses et profondes que soient les investigations auxquelles on s’est livré à ce propos, la question ne semble pas encore complètement élucidée ; du reste, c’est ce que l’on verra dans ce qui suit.
Chacun connaît la disposition et les rapports anatomiques de la rotule ; placée au-devant de larticulation du genou et lui servant de paroi par sa face postérieure encroûtée de:‘cartilage, cet os est situé entre deux tendons agissant en sens contraire sur ses extrémités, en haut le tendon du triceps, en bas le ligament rotulien ; de plus, à ses côtés, viennent s’insérer des fibres propres appelées les ailerons de la rotule, et des expansions aponévrotiques venues du vaste interne et du vaste externe ; enfin, sa face antérieure est recouverte d’un surtout fibreux en continuité avec les deux tendons et les expansions latérales ; nous n’insisterons pas sur ces particularités décrites dans tous les ouvrages d'anatomie ; nous ferons remarquer desuite, que toute fracture transversale complète de la rotule communique avec l'articulation du genou par sa face postérieure, et que les deux fragments en rapport, l’inférieur avec le tendon rotulien, le supérieur avec celui du triceps, sont soumis à des forces opposées qui tendent à les séparer. C’est dans ces dispositions qu’on a cherché la raison de la difficulté de la guérison des fractures transversales de la rotule ; on a dit, et ces opinions sont citées dans tous les traités classiques, que les matériaux qui doivent servir à la réparation tombaient
dans l’articulation ; qu’ils étaient dissous par le liquide contenu dans celle-ci ; ou bien que les matériaux ne suffisaient pas à combler l'intervalle des fragments : ces explications, quoique différentes, répondent toutes à un fait qui a frappé tous les observateurs, c’est que très souvent, il y à un écartetement entre les deux fragments d’une rotule brisée en travers, et que précisément, c’est dans ces cas que la réparation est le plus difficile à obtenir, tandis que celles où il n’y a pas d’écartement, gucrissent d’une façon relativement heureuse et facile. On voyait donc d’une façon indirecte que l’écartement des fragments était pour beaucoup dans la mauvaise réunion des fractures ; mais les observations cliniques et l’expérimentation devaient le mettre en lumière d’une façon plus évidente ; aussi, voyons-nous Berger dire dans son article du Dict. Encycl. : « Pour que la réunion osseuse s’opère, il faut que les fragments soient en contact. » Gosselin, dans ses leçons cliniques, établit « une grande distinction entre les fractures sans écartement ou avec écartement de quelques millim., dans lesquelles une partie du tissu fibreux antérieur est conservé intacte, et les fractures avec écartement d’un centimètre et audelà, dans lesquelles ce tissu fibreux est entièrement déchiré. Dans lepremier cas, la fracture guérit sans écartement et avec un cal osseux, et la fonction du triceps se rétablit toutentière. » Dans la thèse de Brémond, nous lisons : « La grande condition pour qu’il y aitcal osseux, consiste dans le rapprochement des fragments »; et dans ses conclusions : « Favoriser le contact des fragments, tel est le but que l’on doit chercher dans le traitement des fractures de la rotule. C’est ce contact qui rend possible la consolidation osseuse. » Déjà, Malgaigne avait exprimé la même opinion d’une façon très catégorique lorsqu’il dit : « Là en effet, si je ne me trompe, gît toute la diffi- : culté, dans l’écartement considérable des fragments. » Outre l’observation clinique, les expériences sur les animaux démontrèrentla vérité de ce fait. Astley Cooper, en 1837, étudia la