‹ Étude sur le travailChapitre 102 sur 106 · LA GREVE DE COMMENTRY · texte numérisé non relu

LA GREVE DE COMMENTRY

par moi à M. le procureur de la République à Montluçon, et j'y joignais, tant au nom de ma Société, qu'au mien, une plainte régulière et une demande de poursuites immédiate contre les auteurs de ces actes coupables; mais M. le procureur de la République ne jugea pas devoir donner suite h ma plainte, pensant que les manœuvres, les insultes, les menaces dont je me plaignais étaient couvertes par la loi de 1864.

Si le magistrat auquel je m'adressais avec confiance ne s'est pas trompé dans son interprétation, quel est le but de la loi sur les grèves et quelle est son utilité? Mais je crois qu'il s'est trompé, et que la loi de 1864, malgré ses lacunes, n'a pas été si imprévoyante. C'est un point d'ailleurs qui s'éclaircira; une plainte régulièrement faite par d'honnêtes gens ne peut pas être écartée par une fin de non-recevoir.

Le mardi, malgré l'incident du matin, tous les ouvriers travaillèrent ; mais, dès le mercredi matin, des hommes et des femmes, apostés sur tous les chemins qui conduisent des villages voisins à la mine, empêchaient les ouvriers de passer. 500 seulement purent descendre. Pendant la nuit suivante, des menaces de mort furent dirigées contre eux. Le jeudi, le vendredi, le samedi, personne ne travailla.

Sur l'ordre des autorités, plusieurs brigades de gendarmerie, et quatre compagnies de la ligne étaient venues à Gommentry, et y maintenaient Tordre dans les rues de la ville et autour de no$ puits dont les orifices étaient gardés ; mais leur action effective se bornait là. Les chemins aboutissant h la mine n'ont pas cessé d'être interceptés par les grévistes qui ont, pendant quatre jours, fait reculer, par leurs menaces, les ouvriers qui voulaient travailler. Je dois ajouter, dans l'intérêt de la vérité, que, sans la présence des troupes, le sang aurait probablement coulé, le samedi, h Gommentry. On disait que nous devions être attaqués, et nous étions bien résolus à nous défendre; mais peut-être aussi les meneurs auraient-ils craint de montrer leur petit nombre.

36i ETUDE SUR LE TRAVAIL

Le dimanche (là juin), Tavis suivant fut affiché sur la mine, par mon ordre : •

« Les .ouvriers mineurs de Gommentry, qui ont quitté le travail inopinément, et sans donner leur quinzaine^ seront réglés le 18 courant et pour solde de tout travail fait par eux.

« Les ouvriers, désireux de reprendre le travail, peuvent se présenter au bureau de la mine, à partir de demain, pour y contracter de nouveaux engagements. »

Le biiiit s'était d'ailleurs répandu, dans Gommentry, le dimanche, que, pour remplacer le coke nécessaire h nos hauts fourneaux de Montluçon, ordinairement entretenus par Gommentry, nous avions fait télégraphiquement appel à nos amis du Nord, pouf avoir du coke. Il avait été donné immédiatement satisfaction à notre demande ; les Compagnies des chemins de fer du Nprd et d'Orléans nous avaient accordé un tour de faveur; et nos grévistes avaient été prévenus aussitôt de l'arrivée de ces cokes; c'était une grande déception pour les meneurs qui avaient bien compté nous faire capituler, en nous obligeant à fermer nos usines, faute de combustible.

L'effet de ces mesures et de nos affiches fut instantané. Dès le lundi matin, tous nos ouvriers se présentaient pour le travail ; les plus compromis se montraient les plus empressés, et feignaient de croire qu'il s'agissait d'un oubli complet et général. En les prévenant cependant qu*il y avait pour eux à contracter de nouveaux engagementsy nous avions dit assez clairement que nous n*entendions pas agir aveuglément. Aussi, dès le dimanche, avionsnous dressé, avec grande attention, la liste des ouvriers qui nous paraissaient pouvoir être repris immédiatement, comme ne s'élant signalés par aucun acte répréherisible. Plus de l 200 ouvriers furent ainsi autorisés h reprendre le travail. Les autres, au nombre de près de 300, furent invités à se présenter successivement au bureau pour s'expliq-ùer sur les faits qui leur étaient imputés. A la suite de cet examen, 127 sont rentrés au travail. Un nombre à peu près égal sera repris dans quelques mois, s'ils nous appor-

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