LA GREVE DE COMMENTRY
lent de bons certificats des chantiers où ils auront pu être admis. Une soixantaine se trouvent exclus définitivement. Parmi eux, se trouvent quelques-uns de nos meilleurs ouvriers ; nous les regrettons très sincèrement ; mais ils se sont exclus eux-mêmes en abusant de Tinfluence que leur donnait leur habileté sur leurs camarades, pour les entraîner à des actes si contraires h, leurs intérêts les plus évidents.
Telle a donc été la grève de Commentry ; née d'Un tout autre intérêt que celui des ouvriers» elle n'a duré que le temps nécessaire pour leur faire apercevoir que les meneurs se moquaient d'eux; ils n'ont pas voulu être plus longtemps dupes de mensonges qui dépassaient les limites de l'absurde.
On a essayé de leur faire croire que, si la mine restait quarante-huit heures sansêtre'exploitée, le gouvernement avait le droit de retirer la concession et d'exploiter luimême; qu'ainsi, ils deviendraient les ouvriers de l'Administration, et comme fonctionnaires publics. A quelquesuns, on allait jusqu'à dire qu'en reprenant la concession, le gouvernement reprendrait aussi les bénéfices qu'elle avait donnés, et les leur distribueraient, et on leur montrait des calculs, d'où il résultait que la part de chacun d'eux serait de 7 000 francs.
De telles insanités pouvaient-elles faire longtemps illusion h, des esprits même simples et ignorants? Aujourd'hui, la plupart des ouvriers se demandent comment ils ont pu être trompés par de pareilles inventions et nous remercient de leur avoir ouvert les yeux.
Le conseil municipal de Commentry a cru devoir témoigner de sa sympathie pour les grévistes. Il a d'abord demandé, sans l'obtenir, l'éloignement des troupes; puis, il a voté un emprunt extraordinaire de 25 000 francs pour les grévistes, et fait appel h tous les conseils municipaux de France pour venir en aide h ses protégés. Sa délibération a été annulée, et pas un conseil municipal, je crois, n'a répondu.
Je ne parle pas des démairhes personnelles de plusieurs
de nos conseillers, pour encourager la grève. Ils ont peulétre cru être dans leur droit et dans leur devoir; c'est affaire à eux.
La presse jacobine a accusé M. le préfet de l'Allier et M. le sous-préfet de Montiuçon de partialité vis-à-vis de la Société de la mine. Les discours tenus par ces deux fonctionnaires aux ouvriers, et que la presse a reproduits, se résument ainsi : « Les ouvriers ont le droit de se mettre en grève ; mais ils doivent s'interdire toute violence ; notre présence, et celle de la troupe, et de la gendarmerie, ont pour but d'assurer ces deux prescriptions de la loi de 1864. » Cette attitude est donc correcte; seulement, elle est restée absolument platonique et pas un acte d'intimidation n'a été empêché ; ces actes ont été nombreux cependant; quatorze condamnations prononcées par le tribunal de Montiuçon le prouvent assez.
Je manquerais à mon devoir si je ne rappelais pas ici que mes collaborateurs et tout le personnel ont fait, dans cette circonstance grave et inattendue, tout leur devoir sans hésitation ni faiblesse. Je dois une mention particulière à MM. Lemierre. Farisse, Planchard et Martinet, aux trois chefs mineurs Auclair, lialadier, Dubreuil, et enfin, à leur chef principal, M. Henri Fayol, ingénieur-directeur, dont réncj'gie, la perspicacité, la modération ne se sont j)as démenties un instant, et ont justifié ce que mon entière confiance en lui s'était promis de son concours et de son dévouement.
Je dois aussi un très vif témoignage de reconnaissance h notre ami, M. J. Aupetit-Durand, notre avocat h Montiuçon, donlles bons conseils ne m'ont pas fait défaut un seul instant, et dont l'influence personnelle sur toute notre population s'est exercée avec succès pour le plus grand bien de nos ouvriers égarés.
Aussitôt la grève terminée, je suis venu h Paris, où j'avais luite de rendre, h notre Conseil d'administration,