‹ Étude sur le travailChapitre 11 sur 106 · Patrons et ouvriers de Paris, p · texte numérisé non relu

Patrons et ouvriers de Paris, p

INTRODUCTION i5

« Nous nous appelons tous et toujours la chrétienté ' ; il y a là une unité morale et sociale qui résiste à toutes les diversités, survit à toutes les luttes, et lie entre eux tous les chrétiens. » Cette unité morale et sociale qui a résisté non seulement aux hérésies et aux schismes, mais aux luttes et aux guerres des nations entre elles, à tous les exc^s du despotisme comme aux fureurs populaires, c'est Fesprit chrétien, esprit toujours vivace, toujours présent parmi les peuples modernes, quelle que soit d'ailleurs la diversité de leur génie national. L'esprit chrétien, c'est la morale éva.ngélique développée par l'Église, par les Pères, par les grands penseurs chrétiens ; c'est le sentiment toujours plus vif et plus large de la dignité, de la responsabilité, de la solidarité humaines ; c'est la volonté toujours plus forte et plus générale de l'amélioration de toutes les conditions sociales.

Pourquoi, dans nos sociétés modernes, et malgré leurs défaillances et leurs retours en arrière, les cœurs s'inclinent-ils, d'un mouvement toujours plus marqué, vers la tolérance et la paix, vers l'égalité dans le mariage et dan§ les droits civils et politiques, vers la liberté de conscience, de pensée, de travail, d'enseignement? C'est que l'esprit chrétien occupe chez les sociétés modernes une place qu'on n'a pas pu encore lui ravir, et que, s'il plaît à Dieu, on ne lui enlèvera jamais \

i. Guizot, VÉglise et la société chrétienne, p. 40.

2. a La révolution (religieuse) était faite ; les sociétés modernes en sont sorties, pétries, si l'on peut dire, par l'esprit chrétien. Cet esprit n'est pas seulement la forme particulière de nos sociétés, il est r&uie même de la civilisation. Quelque transformation que puisse subir» dans l'avenir, le monde moderne, on peut dire qu'en dehors de cet esprit, il ne se fondera rien de grand ni de solide. » (Aube, Histoire des persécutions de VÊglise. Avant-propos.)

Les autorités sont nombreuses à l'appui de cette conclusion de Thistoire moderne ; je me bornerai à en invoquer quelques-unes et d'abord celle d'un grand catholique, M*''Dupanloup, celle d'un grand protestant, M. Guizot.

Éminents tous deux comme penseurs, comme écrivains, comme orateurs, bien différents l'un de l'autre, mais semblables par Tardeur, le courage, le talent avec lesquels ils ont combattu le mal moderne, — l'incrédulité et la démagogie, — ils ne sont pas suspects quand ils viennent rendre témoignage du progrès moral des sociétés modernes, malgré les révoltes des deux derniers siècles contre le christianisme. Écoutons-les donc.

Dans sa belle Histoire de la civilisation en Europe^ M. Guizot établit que « tous les grands développements de rhomme intérieur ont tourné au profit de la société ; tous les grands développements de l'état social au profit de Thumanité i> ; puis montrant la longueur de temps nécessaire à ces deux progrès, il ajoute : « Que de temps, que d'événements avant que la régénération de l'homme moral par le christianisme ait exercé sur la régénération de l'homme, social, sa grande et légitime influence ! elle y a réussi pourtant ;

QUI PEUT LE méconnaître AUJOURD'HUI * ? »

M"*" Dupanloup, dans sa première lettre sur le centenaire de Voltaire, a écrit ces belles lignes : « Quels que soient les reproches que mérite notre époque, le

Page 1