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Histoire de France, chap. lv et lvi

vivante^ Vangedii patriotisme , un Messie féminin. Les pages consacrées à Jeanne sont au nombre des plus émues et des plus éloquentes que plusieurs de ces auteurs aient écrites.

La littérature en général est l'expression de l'état des idées d'une nation, aux diverses périodes de son existence; mais la littérature historique en est certainement Texpression la plus élevée et la plus caractéristique. Le progrès actuel du siècle social sur le siècle précédent n'est donc pas contestable.

Nous serions le dernier des peuples s'il en était autrement, si, religieusement et moralement, nous ne valions pas mieux aujourd'hui qu'au xviii* siècle. Quelle nation, dans les cent dernières années écoulées, a subi plus de bouleversements, plus de violences, plus de malheurs que la nôtre? Quel peuple s'est trouvé à plus dure école, et a dû, plus souvent, demander, dans son âme, secours à Dieu? Nous avons eu la Terreur et la Convention, le règne des fous furieux, le Directoire, ses corruptions et ses hontes, le despotisme militaire dont les triomphes enivrants nous ont conduits à Moscou, à Leipzig, à Waterloo, à Sedan ; nous avons eu deux guerres civiles, trois invasions, deux démembrements, onze révolutions, je ne compte pas les émeutes; nous avons assisté enfin au plus grand crime de Thistoire : la Commune, essayée sous les yeux de Tennemi vainqueur et à portée de ses canons.

Et il se pourrait que la vraie nation, la partie honnête, sensée, éclairée, fut restée sourde à ces terribles enseignements et n'eût pas compris qu'il fallait

à notre pays plus de sagesse, plus de morale, plus de religion !

Ah! sans doute, les temps actuels, loin de mettre ces progrès en évidence, nous montrent, surtout dans les pouvoirs publics, des défaillances intellectuelles et morales qui autoriseraient les plus sombres pronostics ! Sous l'aveugle empire du suffrage universel, Télection politique perd en hauteur tout ce qu'elle a gagné en surface ; la lie monte à la surface ; la médiocrité, les ambitions basses et cupides envahissent la scène politique, sèment partout la corruption et l'affaissement moral. Le pays enfin est à peine reconnaissable, même aux yeux de ceux qui gardent pieusement leur respect et leur amour pour lui, et qui ne se laissent ni duper par les mensonges et les excès de la démagogie, ni éblouir par les charlatans et leurs succès passagers.

C'est ce généreux sentiment qui doit dominer tous les autres ; il ne faut jamais oublier que notre cher pays s'est toujours et habilement relevé des abîmes où l'histoire nous Ta montré plusieurs fois tombé, et bien profondément.

Il reste deux objections sur lesquelles il faut dire un mot.

« 6e que Ton appelle progrès de la raison publique n'est, dit-on, qu'une illusion ; il ne faut y voir que l'effet de rabaissement des âmes et des caractères, qui »e tiennent également éloignés des grandes violences et des grandes vertus. De là, ces perspectives sans rehef de l'état présent; tout se nivelle et s'aplatit; plus d'abîmes, mais plus de cimes. »

Toutes les époques ont porté d'elles-mêmes ce

mftme jugement; pessimistes sur leur présent, optimistes pour le passé. Si Ton les jugeait cependant sur leurs témoignages successifs, le monde rétrograderait vers une décadence sans terme et sans espoir. 11 suffit de jeter les yeux autour de soi pour reconnaître qu'il n'en est pas ainsi.

L'autre objection est plus grave.

« 11 est très vrai, dit-on, que l'admission de la multitude dans l'action politique détermine un appel constant, fatal, aux médiocrités intellectuelles et morales, et, par suite, à toutes les perversions de l'esprit public dominé par les appétits et les préjugés des foules. Mais si la réaction anti-religieuse trouve là son principal appui pour Tattaque et la destruction, ne trouve-t-elle pas aussi des auxiliaires à un autre et plus haut niveau social ? Les adeptes de nos hautes écoles ne sont-ils pas, à peu prës tous, les adversaires de la morale chrétienne? L'armée philosophique n'at-elle pas levé le drapeau de la révolte? La morale contemporaine n'achfeve-t-elie pas de triomplïcr de l'enseignement du Christ? »

C'est sa prétention, je le reconnais, et à ses chants de victoire, on pourrait la croire victorieuse, en effet. Mais il ne suffit pas de se dire victorieux pour l'être, et l'esprit de niensonge et d'orgueil n'est pas si près qu'il le dit de l'emporter sur Tesprit chrétien.

Vous parlez d'armée philosophique; où est-elle? Nous voyons bien des chefs, ou prétendant l'être ; nous voyons bien une série de novateurs enchérissant d'audace les uns sur les autres ; mais où sont les soldats ? Surtout, où est la doctrine ? Est-ce la France

qui la possède, ou TAngleterre, ou TAllemagne? Y a-t-il deux, philosophes anglais d'accord, deux français, deux allemands?

M. Stuart Mill était-il d'accord avec M. Darwin? Locke et Behtham avec M. Herbert Spencer ?

Qu'y a-t-H de commun entre Kant et MM. Biichner et Schopenhauer, qui sont loin d'être d'accord entre eux?

M. Taine signerait-il les livres de M. Havct, et celui-ci ceux de M. Renan, et celui-ci ceux de M. Littré, elles articles de M. Fouillée, qui les critique les uns et les autres ?

Où est le principe commun, si ce n'est la haine de l'idée religieuse? Quelle vertu nouvelle ont découverte ces prétendus novateurs? Qu'ont-ils appris au monde qui ne soit dans l'Evangile ? Quelqu'un d'entre eux est-il prêt à donner sa vie pour sa foi? La réponse est connue à l'avance. Il ne s'agit pas en effet ici de fonder une religion nouvelle, mais de détruire ran-cieune. Enlever à l'humanité son idéal, détruire en elle l'espoir, le recours à l'infini, c'est si peu de chose ! Cela vaut-il un sacrifice? Et puis un sacrifice, quelle serait cette folie?

Il est certain que ces morales nouvelles n'enseignent ni le sacrifice, ni Tabnégation; où en trouveraient-elles le mobile et la récompense?

Morale naturelle, morale indépendante, morale utilitaire, morale de l'évolution, et tant d'autres qui n'ont de commun entre elles que leur oubli de Dieu, où est leur critérium, leur frein, leur idéal ? Qu'y a-l-il dans toutes ces conceptions qui parle au cœur

do rhomrae et de la femme, qui soit intelligible à TenfaDl, sensible au vieillard? Qu'y a-t-il pour la douleur, pour le repentir? Ah ! sycophantes aux cœurs fermés, que le ciel vous préserve de la perle d'un être aimé ! Ce n'est ni la morale de l'utilité, ni celle de révolution qui vous consoleront !

L'utilité! il y a donc une morale de l'utilité? En vérité, oui, et l'aberration humaine a pu aller, est allée jusqu'à ce point que ce sont des hommes modérés et honorables, des esprits au-dessus du médiocre qui en sont les përes ! Quelle est donc cette morale ?

J'ouvre son Évangile : la Déontologie (science des devoirs) et j'y trouve ce qui suit, des la première page :

« L'objet que nous nous proposons dans cet ouvrage, c'est de faire ressortir les rapports qui unissent l'intérêt au devoir dans toutes les choses de la vie. Plus l'on examinera attentivement ce sujet, plus rhomogénéité de r intérêt et du devoir apparaîtra évidente. Toute loi qui aura pour objet le bonheur des gouvernés devra tendre à ce qu'ils trouvent leur intérêt à faire ce dont on leur impose le devoir. En saine morale, LE DEVOIR d'un HOMME NE SACRAIT JAMAIS CQNSÏSTER A FAIRE CE qu'il EST DE SON INTÉRH^T DE NE PAS FAIRE... »

Dans le cours de l'ouvrage, on lit :

« La nature naïve et sans art porte Thomme à rechercher le plaisir immédiat, à éviter la peine immédiate. Ce que peut faire sa raison, c'est d'empêcher le sacrifice d'un plaisir éloigné plus grand, l'infliction d'une peine éloignée plus grande, en échange de la peine et du plaisir présents, en un mot, d'empêcher

une erreur de calcul dans la somme de bonlieur. C'est aussi en cela que consiste toute la vertu...

« Au prix de quelle peine future, de quel sacrifice de plaisir à venir, le plaisir actuel est-il acheté ? Par quel plaisir futur peut-on espérer que la peine actuelle sera récompensée? La moralité doit sortir de cet

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