Pascal, Pensées, art, IX
met pas que TinOni ait pour elles quelques voiles, quelques obscurités. La conséquence logique de ces prétentions, c'est que ces esprits si virils ne croient que ce qu'ils comprennent, ce qui leur est absolument démontré.
Eli bien ! voilà la définition de Ta'ME donnée par le Dictionnaire de Médecine de MM. Littré et Robin, édition de 1877.
« L'âme, en biologie, est l'ensemble des facultés intellectuelles et morales. Cet ensemble de facultés est le résultat des fonctions encéphaliques d'après le dogme scientifique actuel qui n'admet ni propriété ni force sans matière, ni matière sans propriété ou force, tout en déclarant ignorer absolument ce que c'est en soi que force et matière, et pourquoi la sensibilité et la pensée se manifestent dans la substance neryeuse. »
Ainsi, dans cette définition de Tâme, MM. Littré et Robin qui ne sont pas les premiers venus, mais des chefs, en athéisme et en matérialisme, signalent, avouent deux inconnues, deux mystères, et ils croient à leur théorie, théorie qui a ses mystères comme la foi chrétienne, mais qui, au contraire de cette foi, tarit en nous la source des plus nobles facultés, et nous laisse à nous-mêmes, sans recours à Tidéal, sans aspirations vers Tinfini !
Il y a des esprits faibles et ignorants qui ne croient pas à l'atmosphère physique parce qu'ils ne la voient pas ; ils lui donnent des noms empiriques : le vent, le chaud, le froid, mais ils ne soupçonnent pas qu'ils vivent baignés dans un fluide qui contient la vie, qu'ils perdraient à l'instant si le fluide se relirait, si seulement il se modifiait.
Aussi faibles et aussi ignorants sont ces lettrés, ces penseurs, ces savants qui nient l'atmosphère morale dans laquelle ils sont entrés, dès les premiers jours de la vie, où ils ont puisé tout ce qu'ils ont de bon, de sociable, de charitable, tout ce que leur conscience sent de droit et de généreux. Quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils disent, ce n'est que par l'esprit chrétien qu'ils remplissent leurs devoirs d'époux, de pères, de citoyens. Que cet esprit se retire des âmes, et la nuit morale s'étendra sur le monde.
Dans un banquet offert à quelques chefs du parti actuellement au pouvoir, l'un d*eux a dit :
« Dans les interruptions que m'ont adressées à la Chambre les adversaires de la République, on m'a crié: « Et la charité? — La charité, messieurs, la démocratie et la France n'en veulent plus. Ce qu'elles veulent, c'est ce que vous voulez vous-même; c'est la solidarité, c'est l'assistance réciproque, c'est la fraternité. »
Je ne cherche pas oii l'orateur a pris le droit de parler au nom de la France et de la démocratie. La prétention est bien haute, surtout pour exprimer une pensée qui est une véritable puérilité.
Qu'est-ce, en efiet, que la sohdarité, l'assistance réciproque, la fraternité, si ce n'est de bons et nobles sentiments, tous issus de la cliarité, qui les contient tous et dont ils ne sont que l'expression affaiblie. L'orateur n'a certainement pas compris le sens vrai et profond de ces mots, car il n'aurait pu se dissimuler qu'ils n'expriment rien autre chose que la vertu donnée au monde par l'Évangile : l'amour du prochain, la charité.
Je connais peu d'exemples de la force intime et
irrésistible de l'esprit chrétien aussi caractéristique que celui de ce libre-penseur faisant profession de charité, tout en Tinsultant. Donner des noms nouveaux à une vertu bien ancienne, puisqu'elle date de Tère chrétienne, ce n*est pas prouver contre celte vertu, mais contre soi et contre ses auditeurs, s'ils ont applaudi, comme c'est d'usage dans ces réjouissances démagogiques.
Dans un tout autre esprit, mais par une erreur analogue, un ami me disait un jour : « Au lieu des mots : esprit chrétien, mettez esprit de justice, et je suis entièrement avec vous ». — Lajustice? Laquelle? Estce celle des lois de Dracon, ou celle des Douze Tables, ou celle du droit strict (et lequel?) ou celle môme de nos Codes, tout christianisés qu'ils soient? Non, ditesvous; vous voulez parler de ce sentiment de justice éternelle qui est en nous, et nous dicte notre devoir. Eh bien ! interrogez à fond votre conscience, et vous reconnaîtrez avec elle que, pour les rapports d'homme à homme, ce sentiment profond de justice qui est en tous, s'éclaire et s'inspire par la miséricorde, par la charité; or, justice et charité, c'est l'esprit chrétien.
Écoutez ce qui suit :
« Le christianisme ne pouvait sauver le droit romain qu'en le modifiant, pour l'approprier aux conditions nouvelles du monde ; car le Prêteur avait encore laissé beaucoup à faire à l'Évangile. Il ne suffit pas de l'équité, il faut encore la miséricorde pour que la justice ne pèse pas d'un fardeau trop lourd sur la faiblesse humaine ^ »