Montesquieu, Esprit des lois, XX IV, m
homme libre. Platon le gratifiait de la même épilhëte. Les ouvriers, qui furent toujours, de la part de rÉgUse, l'objet de si tendres sollicitudes, n'étaient pas regardés par les Grecs comme des citoyens ; on les reléguait presque au rang des esclaves...
<( Cet état de choses cessa lorsque^ dans le vaste corps de la société, se fit sentir le souffle de la religion chrétienne... Toutes les belles et vraies pensées sur le travail sont chrétiennes...
a Si donc le travail est une source de richesses, et si la richesse publique est un signe de civilisation et de perfectionnement humain, au point de vue du bienêtre extérieur et physique, on ne peut mettre en doute que l'Église a des droits, historiquement incontestables, à la reconnaissance publique...* »
Dans quelle religion trouverait-on un pareil langage? Quel autre que Jésus a su l'inspireret donner au travail son véritable caractère ? Mahomet et Bouddha,., qui ont rallié à leurs doctrines religieuses les nombreuses populations de TOrient, n'ont absolument rien du Christ sous ce rapport, l'un faisant la propagande par la guerre et la conquête, l'autre, apôtre du repos et de l'anéantissement intellectuel et moral, ayant le lotos pour emblème ', tous deux absolument inconscients de la vertu moralisatrice et civilisatrice
1. Ce fat l'Eglise qui, en proclamant que Jésus était le fils d'un charpentier, et que ses frères étaient de simples ouvriers, fit connaître au monde que le travail est honorable et nécessaire à l'homme. Ce furent les moines qui le prouvèrent par leur exemple et qui contribuèrent ainsi à, donner aux artisans la considération et la dignité que leur avaient toujours refusées les sociétés antiques.
Levasseur, Histoire des classes ouvrières, t. I, p. 136. " 2. Le lotos est la fleur symbolique du sommeil et. de Tanéantissomeni.
du travail, inspiré et fécondé par la religion. Aussi les populations de TOrient sont-elles aujourd'hui, et depuis plusieurs siëcles, à une immense distance des populations de l'Occident.
La Chine, par exemple, possède à elle seule une population qui égale et dépasse peut-être celle de l'Europe entière. Le Chinois est un excellent ouvrier, sobre, discipliné, plein d'ardeur, — et d'une ardeur soutenue, — au travail. Eh bien, ce bon travailleur est sans génie d'invention et de progrès. Il est la routine et l'imitation incarnées, et rien de fort, rien de nouveau ne sort de ces esprits indolents et fermés dont les bras sont si actifs, et les facultés intellectuelles ou morales si profondément endormies. D'où vient ce phénomène bizarre ? De ce que le Chinois porte dans son âme la nuit morale et religieuse. Ce que les observateurs les plus accrédités rapportent de l'état de la religion, de la civilisation et du profond abrutissement des multitudes de V Empire du Milieu est à faire frémira La peine de mort y est le moyen le plus habituel de police ; les supplices les plus cruels y sont d'un emploi journalier, et l'on peut dire, sans exagération, que le bourreau est, en Chine, le plus occupé des fonctionnaires publics.
On prétend que la religion diminue en Europe ; je ne le crois pas ; mais avec quelle terreur ceux qui le croient doivent-ils se demander si l'avenir de la Chine nous est réservé, et si nous marchons réellement à cet abaissement !
Et combien sont insensés et criminels ceux qui