‹ Étude sur le travailChapitre 35 sur 106 · Deofficiis, liv. III, p · texte numérisé non relu

Deofficiis, liv. III, p

de porter la main sur la propriété? Ce ne seront pas, sans doute, leurs préjugés. Seulement, du jour de cet attentat, datera leur chute. Les droits naturels sont plus forts qu^eux ; ils les engloutiront.

Ce qui doit guider ici les penseurs, c'est uniquement la vérité, parce que, si elle fait lentement son chemin dans la pensée humaine, elle Vy fait sûrement et ne recule pas; parce que l'opinion publique s'élève ainsi à la vraie conception du bien et du vrai, par un travail latent, intime, par une transformation d'autant plus profonde qu'elle a été plus réfléchie, et parce qu'elle a mûri au seul soleil de la vérité.

L'on se rappelle le mouvement extraordinaire qui a emporté les esprits vers les questions sociales à la suite de la Révolution de i848. Toutes les thëses furent soulevées, celle de la propriété la première et avec Teffort le plus violent. Alors apparut la célèbre formule : Lapropriété, cesi le vol. La stupéfaction fut grande; il semblait qu'on entendît un écho de 93, et que les sinistres souvenirs de ces horribles temps se dressassent tout vivants.

Toutes les intelligences honnôles s'éveillèrent, toutes les forces morales s'armèrent, et de ce concours généreux sortirent des écrits, brochures ou livres, où la question de la propriété fut traitée sous toutes ses formes, et une guerre courageuse fut ainsi entreprise contre les esprits malades qui en rêvaient la ruine. Au premier rang, il faut placer le livre de la. Propriété de M. Thiers^ Ce livre avait été précédé d'une œuvre

\. On peut n'avoir pas partagé les dernières opinions politiques de M. Thiers ; mais il n'est pas un homme de bonne foi qui puisse méconnaître l'excellence de son ou\Tage de la Propnété. Il Ta divisé

polémique de premier ordre, V Organisation du travail de M. Michel Chevalier ^ Il faut y ajouter, un peu plus

en quatre livres : la Propriété, le Communisme, le Socialisme, l'Impôt. Dans ce large cadre, il a pu faire entrer non seulement toutes les vérités essentielles à son sujet, mais toutes les erreurs par lesquelles on a essayé de saper la propriété. La clarté est complète, et, par elle, la lecture de ces dissertations si sérieuses prend un vil attrait.

â. L'Organisation du travail a été la première réponse de l'Économie politique aux essais de révolution sociale qui ont suivi la Révolution de février. Le livre se compose de dix-huit lettres et d'un résumé, publiés, d'abord par le Journal des Débats, la première lettre en date du 24 mars 1848 ; moins d'un mois après la Révolution. C'est une lutte corps à corps avec les utopies du moment. Quelques lignes montreront avec quel courage l'auteur abordait la discussion contre un dictateur de ces tristes jours.

« Avant que le livre de M. Louis Blanc ((jui avait pour titre aussi l'Organisation du travail), et son auteur ne fussent parvenus à leurs hautes destinées, on 1844 et 1845, j'ai eu l'honneur de soutenir, dans le Journal des Débals, et sur ce sujet, une discussion avec M. L. Blanc. 11 jugea à propos de me dire à cette occasion que j'étais un courtisan. Je ne désespère pas de le faire revenir de celte opinion et de le convaincre de mon indépendance ; car je persiste à. repousser absolument son plan, quoiqu'il soit devenu plus qu'un homme puissant, une sorte de loi vivante. »

Le système de M. L. Blanc était simple. 11 ne s'agissait de rien moins ({ue de l'accaparement du travail, dans les mains et sous Tempire de l'État, avec égalité de salaire et comme conséquence prochaine, la vie des travailleurs en commun. Ce qui attendait, dans une telle organisation, la famille et la propriété, n'était pas difficile à prévoir; et les oracles se laissaient facilement deviner à cet égard. Ces odieuses insanités à côté desquelles la misère, — une misère affreuse, — s'appesantissait sur Paris et le pays entier, ont eu pour première conséquence et pour terme les journées de juin.

La pensée qui a inspiré les lettres de Michel Chevalier était simple aussi, et de plus profondément vraie. La misère ne peut être combattue que par l'agrandissement du travail, et le travail ne peut grandir que par la liberté et la sécurité. Ces grandes et fécondes vérités sont développées par l'auteur avec un rare talent : on peut comparer l'effet que ces lettres ont produit à celui des lettres anglaises de Junius dans le dernier siècle : mais Junius était un pseudonyme derrière lequel se cachait l'auteur encore inconnu aujourd'hui. Michel Chevalier signait les siennes.

L'économie politique n'est pas restée au-dessous de ces leçons et de ces exemples. Elle n'a pas cessé de défendre dans des œuvres magistrales les piincipes fondamentaux des sociétés, et notamment la propriété et la liberté du travail.

Aujourd'hui do nombreux écrivains entretiennent, dans des recueils périodiques qui égalent les meilleurs de l'étranger, unepolé-

lard, les Harmonies économiques de M. Fr. Bastial, le livre où il a le plus mis de sa pensée très libérale et très chrétienne.

Il faut se rendre bien compte de la difficulté particulière de ces sortes d'ouvraj^es où il s'agissait de remonter aux principes élémentaires, et de démontrer des vérités tenues pour palpables et mises au rang des axiomes ; mais à l'accueil fait, par le public, à ces démonstrations, il était visible qu'il éprouvait une grande satisfaction à se les assimiler. Les auteurs eux-mêmes s'étonnaient de la tâche qui leur était imposée, et s'excusaient près de leurs lecteurs*.

mique assiiiue sur toutes les attaques dont ces grandes lois sont l'objet. Ici l'école libérale économique joue le premier rôle, et ne s'y épargne pas. Malgré l'inconteslable talent qu'elle y déploie, je tiens pour constant qu'elle se prive volontairement d'une part notable de l'influence à laquelle elle peut prétendre, en s'interdisant tout appel aux sentiments humains comme étrangers et inutiles à la science. Les mathématiques peuvent tcair ce langage. La science de laforn^ation et de la distribution des richesses ne le doit pas.

On ne fera pas ce reproche à une œuvre récente d'un de nos compatriotes, M. Mazeron, père, de Montluçon. Son opuscule : Élude sur le communisme, dédiée aux classes ouvrières, est une œuvre humaine ; c'est l'evposé complet et serré des erreurs du commun ii^ine ; le style en est clair, simple, souvent ému ; les arguments sont du choit le plus heureu.^, substantiels et pratiques à la fois. Il convaincra tous ceux qui le liront sans parti pris, et dans le seul désir de s'éclairer.

1. « Eu géométrie, dit M. Thiers, il y a les axiomes auxquels on s'arrête, en laissant éclater leur évidence.

« Nous étions là à l'égard de certaines notions morales que nous regardions comme des axiomes indémontrables à raison de leur clarté même.

« Tandis que. nous reposant sur l'évidence de certaines propositions, nous laissions le monde aller de soi, nous l'avons trouvé miné par une fausse science, et il faut, si l'on veut que la société ne périsse pas, prouver ce que, par respect pour la conscience humaine, on n'aurait jamais autrefois entrepris de démontrer, Eli bien! soit...

« Je vais donc porter la main aux fondements sur lesquels la société repose ; ju prie mes contemporains de m'aider de leur patience... Je tâcherai d'être bref, clair, péremptoire, en leur prouvant ce qu'ils n'auraient jamais cru qu'il fallût leur prouver. Voilà où nous en sommes venus aujourd'hui, et où nous ont conduits de

Les résultats sont devant nous ; la question de la propriété, éclairée de lueurs si vives, n'est plus une question aujourd'hui que pour quelques esprits malades rongés d'envie ou d'ambition, et pour les pauvres âmes qu'ils pervertissent.

Quant à la formule célèbre, quant à son auteur Proudhon, bien que ce fût un jouteur peu ordinaire, ils sont aujourd'hui bien décriés*.

C'est à la libre discussion qu'il faut faire honneur de ce progrès évident ; nous trouverons d'autres progrès analogues dans la suite de cet écrit. Depuis un quart de siècle, une transformation sensible s'est produite dans les esprits et la lumière a commencé à s'y faire.

Il ne faut donc jamais se décourager dans la défense et la diffusion de la vérité et des principes d'éternelle

faux philosophes coalisés avec une mulUlude égarée. » (De la propriélé, avant-propos.)

« Cette harmonie vraiment merveilleuse de l'ordre social naturel, je ne puis la décrire sans combattre des objections sans cesse renaissantes, sans tomber dans de fatigantes redites. N'importe, je me dévoue ; que le lecteur se dévoue aussi un peu de son côté... » (Bastiat, Harmonies économiques, chap. Propriéléj communauté.)

i. Proudhon n'est pas le véritable auteur de la formule : La propriété, c'est le vol. Elle appartient à J-J. Rousseau. La part qui y revient à Proudhon, c'est davoir traduit la pensée de son maftre en ce style lapidaire qui donnait, sous sa plume, à des vieilleries, à, des insanités, la saveur de la nouveauté.

C'est la m<^me main qui a écrit : » Je nie la charité : c'est du mysticisme... je tiie le dévouement : c'est du mysticisme... je ne connais pas Dieu : c'est du mysticisme... » {Contradictions économiques.)

C'est encore Proudhon qui a dit : La démocratie, c'est l'envie ; toujours le style lapidaire pour une pensée fausse. Ce n'est pas la démocratie qui est l'envie, c'est la démagogie.

Proudhon est bien le disciple de Jean^Iacques, bien qu'il ne reconnaisse ni maître ni ancôtres. Son originalité qui est grande est surtout faite d'audace; son style est de second ordre ; il a de la verve et point d'éclat; quelquefois do la fougue, jamais de chaleur. Proudhon, en un mot, a du talent et n'a pas d'àme. C'est bien ainsi que sont de nos jours les démagogues un peu marquanls.

justice. C'est une semence qu'il ne faut pas craindre (le répandre, même sur les sols pauvres et ingrats. Elle semble se perdre au milieu des ronces et des épines ; mais la nature est la plus forte ; le germe l^ve, se fait sa place et la récolte arrive.

La défense de la vérité puise sa force principale et sa plus grande action sur les âmes, dans l'observation des œuvres de Dieu. Le livre De la propriété a pour point de départ la nature humaine, telle que Dieu l'a faite et l'auteur ne quitte pas un instant ce terrain. Les Harmonies écononiiqties sont une œuvre dont rinspiration est profondément religieuse, et l'auteur la définit ainsi : « Ce n'est pas seulement la mécanique céleste, mais aussi la mécanique sociale qui révèle la sagesse de Dieu et raconte sa gloire ^ » J'ai déjà cité ces belles lignes.

La pensée du livre est celle-ci : les intérêts humains sont harmoniques, ou tendent de plus en plus vers l'harmonie, sous la protection de la liberté de mieux en mieux comprise, et d'autant plus féconde qu'elle est plus largement appliquée. Le domaine commun — la part de plus en plus large de la fortune générale mise à la disposition de chacun — va toujours en s'agrandîssanl, et fournit à l'eRort individuel un concours toujours et de plus en plus efficace. Cette loi se vérifie pour toute profession, pour tout travail*.

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