CHAPITRE VIT
Dieu, en donnant à l'homme des besoins, en lui renJant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de lrav9iller la propriété de tout homme, et celle propriété est la première, la plus sicrée et la plus imprescriptible de toutes.
TuRGOT, éiHt. de 1776.
Nous venons d'étudier les quatre institutions : — famille, travail, propriété, héritage, — qui, telles que le christianisme les a faites, sont les assises fondamentales des sociétés humaines.
Entrons maintenant plus directement dans Tobjet de cette Étude. Recherchons comment, au point de vue général, le travail s'est constitué chez les modernes.
Les sociétés anciennes, les juifs, les païens, ont toutes connu et pratique Tesclavage ; elles ont, toujours et en môme temps, gardé une part, souvent importante, au travail libre; toutefois, Ton peut dire avec vérité qu'elles ont vécu du travail servile, et Ton peut ajouter, avec certitude, qu'elles en sont mortes.
Les modernes ont fondé le travail sur la liberté, se conformant ainsi à la loi divine qui veut le respect de la dignité humaine. Cette révolution, — car c'en est une, — ne s'est pas faite en un jour et sans combats. Il a fallu des siècles pour développer et fortifier les éléments du travail libre que l'antiquité avait gardés à côté de Tesclavage; tant d'intérêts s étaient engagés dans le travail servile, tant d'institutions même s'y étaient façonnées !
Notre temps a été témoin des luttes soutenues par les propriétaires d'esclaves pour défendre ce qu'ils pensaient être leur droit. On sait quels efiorts a coûté aux États-Unis l'abolition de Tesclavagc.
Notre temps enfin a vu, à son grand honneur, les nations européennes qui, chez elles, en avaient fini depuis longtemps avec l'esclavage, le faire enfin disparaître dans leurs colonies. L'Espagne seule avait conservé des esclaves à Cuba et aux Philippines. Cuba vient d'êlrc affranchie, et les Phih'ppines vont Têtre. On assure que la Hollande commence à reconnaître la nécessité de modifier le régime de grandes corvées et de culture forcée pour le compte de TÉtat, qu'elle pratique dans ses possessions des îles de la Sonde \ Quand celle réforme sera accomplie, l'Europe ne connaîtra plus chez elle, ni dans ses possessions loinlaines, que le travail libre. En regardant alors le long et pénible chemin parcouru pour assurer partout, sous sa loi, la liberté du travail, l'Europe se rappellera que celle liberté est posée en principe depuis l'ère chré-
i. On sait <iue le Brésil, pays rhnjlien, a aljoM l'esclavage; mais la libération s'elTeclue progressivcnu'nt, et en nombre d'années déterminé par la loi.
tienne et que TÉglise n'a pas cessé un instant de la pousser dans cette voie féconde.
J'ai dit que le travail libre avait existé, de tout temps, en face de l'esclavage. On ne peut assurément s'étonner que la Judée ait gardé le travail libre, et il y a plutôt lieu de se demander comment elle a accepté, en même temps, l'esclavage. Quoi qu'il en soit, les textes de l'Écriture sont formels. Le psaume de David, cité au chapitre précédent, s'adresse au travailleur libre, et montre en quelle estime il était tenu. Les livres de Moïse, antérieurs à l'œuvre de David de plus de six siècles, sont aussi formels. On connaît le beau texte du Lévitique : « Le prix du mercenaire qui vous donne son travail ne demeurera pas chez vous jusqu'au malin *. » Le Deiitéronome et le livre de Tobie contiennent des passages aussi impératifs pour le payenjent de l'ouvrier libre \
Dans VExode, Moïse parle de deux artisans, inspirés, dit-il, de la sagesse de Dieu pour exécuter les ouvrages en métaux précieux, les tissus, les ornements des lévites, des autels et du temple. Il les nomme : l'un est Bézéléel, fils d'Uri, fils de Ilur, de la tribu de Juda; Tautre est Ooliab, fils d'Achisamech, de la tribu de Dan. Il leur adjoint plusieurs ouvriers, doués aussi, dit-il, de la sagesse, et les charge de l'exécution de Tarche d'î\lliance, et delous les ornements du culte ^
La Grèce nous offre des faits semblables.