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Travaillons, o

raines du grand mouvement qui s'est appelé Taffranchisseraent des communes; la question, au fond, était la même pour les communes et les corps de métiers ; il s'agissait de se défendre contre l'oppression et les exactions de la féodalité.

Les corporations réunissaient en un même groupe les patrons, les apprentis, les ouvriers d'une môme profession. Les intérêts pécuniaires n'y étaient pas associés ; mais il y avait un lien commun pour la défense commune; il se formait ainsi un esprit de corps avec les sentiments moraux qu'il engendre toujours.

La conséquence la plus efficace était une grande fixité dans la profession. Les fils succédaient réglementairement aux pères ; les familles se fondaient pour longtemps dans le même travail. Les ouvriers et apprentis n'avaient pas d'autre horizon et d'autre ambition que de rester fidèles au patron et au métier.

C'était une grande force dans les temps de crise ; elles étaient nécessairement alors nombreuses et graves; les difficultés des communications, l'irrégularité et la cherté du commerce de Targent, les guerres si fré(|uentes et dont Tune s'appelle la guerre de Cent Ans, les guerres religieuses étaient des obstacles sans cesse renaissants pour le travail. Il faut rappeler la crise monétaire si profonde qui a rempli presque un demi-siècle après la découverte de l'Arçérique. Une importation considérable d'or et d'argent eut lieu par le Nouveau Monde ; la valeur de la monnaie métallique s'abaissa immédiatement en Europe, et le prix des objets de consommation subit une hausse con-

LA LIBERTÉ DU TRAVAIL i4i

sidérable \ Les souffrances des travailleurs furent grandes alors; le salaire n'avait pas suivi cette brusque progression.

C'est dans ces moments que se manifestaient Tutililé et la vertu sccourable des corporations. Suivant la belle et très forte expression de M. Levasseur, on s'y serrait contre la mi5ér^..Sans les corporations, Tinduslrie aurait plus d'une fois succombé.

Ces avantages des corporations, incontestables du x' au XV* siècle, ont commencé, vers le xvi% à s'atténuer par lexcès de leurs réglementations intérieures et de leurs restrictions exclusives de toute indépendance. L'esprit de liberté qui se levait, en Europe, si marqué dans la noblesse el dans la bourgeoisie, pénétrait aussi dans les masses populaires, et battait en brèche les privilèges el les monopoles des corps de métiers, et surtout les obstacles de tout genre que leurs règles opposaient à la liberté d'invention et à la liberté de travail.

De là, le développement du compagnonnage, espèce de franc-maçonnerie ou de société secrète, où s'engageaient, à la fois, les ouvriers intelligents, qui sentaient leur force, les inventeurs et les turbulents, impatients de toute règle. C'était surtout une protestation, mais à la fin du xviii* siècle, cette protestation, appuyée sur des faits nombreux et importants, et sur-

1. Nous avons vu récemment un phénomî^ne semblable en Allemagne. L'arrivée subite de nos cinq milliards a jeté un trouble profond dans toutes les conditions économiques de ce pays. Les spéculations folles ont pullulé ; les objets de consommation ont subi une hausse notable que la main-d'œuvre n'a pas suivie. 11 en sera toujours ainsi des richesses improvisées ou qui ne seront pas le fruit d'un travail régulier..

tout sur Topinion publique, avait acquis une force à peu prës irrésistible.

Le travail donnait ainsi la preuve que la liberté est une de ses conditions vitales, et, quand la Révolution s'est levée, il a été des plus ardents à abattre tout ce qui gênait sa liberté, se souciant peu alors de détruire, du même coup, ce qui, dans les corporations, était l'œuvre encore efficace de Tesprit chrétien.

Les corporations, jurandes et maîtrises avaient été abolies dès 1176, sur le rapport de Turgot. Ce rapport, œuvre très remarquable du grand économiste et de Texcellent administrateur, concluait à la suppression de toutes les corporations, jurandes et maîtrises. Sauf quelques exceptions temporaires, Turgot ne conservait rien des anciens liens entre les patrons et les ouvriers, les laissant tous, isolés, aux prises avec une situation toute nouvelle pour eux ; elle s'appelait, il est vrai, la liberté, et Turgot croyait à sa souveraine puissance. Il lui a été donné de mourir sans en avoir vu les épouvantables excès.

On sait que les décrets de Turgot, rendus au commencement de 1776, et qui avaient dû être enregistrés dans un lit de justice, furent retirés par le roi quelques mois après. Ce fut la première faute de Louis XVI et le germe de toutes les autres. En reprenant une réforme exagérée en quelques points, mais si nécessaire d'ailleurs, il ouvrait la porte aux excès et aux audaces de l'esprit de révolution. Il fallait garder Turgot et le soutenir, et il n'est pas douteux que la haute intelligence et le grand cœur de son miaistre auraient bien vite démêlé le point faible de ses

réformes radicales, et lui auraient inspiré les mesures nécessaires pour aider la nation, et surtout la population ouvrière, dans ce brusque et rude apprentissage de la liberté. Mais le temps et l'honneur ne lui en ont pas été laissés.

On sait enfin qu'en 1789, le principe de l'abolition des corporations, jurandes et maîtrises, fut proclamé, puis définitivement confirmé en 1791. Il ne faut pas demander si la Révolution fut plus prévoyante ou moins radicale que Turgot. Ce n'est pas Thabitude des révolutions de prévoir ni de modérer.

L'industrie, ses chefs, ses soldats, ont été mis ainsi, sans transition, sans appuis, sans conseils, face à face avec la liberté ; réglementés outre mesure hier, et libres mais isolés aujourd'hui.

Une armée entrant en campagne, sans vivres, sans tentes, sans direction, telle est l'exacte image de Tarmée industrielle de la France à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci ; c'est dans ses rangs que les grandes levées d'hommes de la Révolution et de l'Empire ont trouvé leur principal aliment. Combien d'ouvriers, appelés sous les drapeaux, y couraient avec joie, assurés désormais de trouver dans les camps ce pain quotidien que leur travail ne pouvait pas leur garantir. Sans les grandes levées dliommes de l'Empire, nous aurions assisté, dans tout le pays, à un effondrement inouï de la main-d'œuvre. Ai-je besoin de dire que je constate ici un fait, et que je n'entends ni excuser, ni pallier l'ambition désordonnée qui nous a valu ces grandes guerres, si cruellement expiées à Moscou, à Waterloo, à Sedan?

Quoi qu'il en soit, comme la liberté est Tâme même

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du travail, quelque dur et difficile qu'ait été son apprentissage pour l'industrie et surtout pour l'ouvrier, le bienfait accompli depuis un siècle n'est pas contestable. L'ouvrier a grandi de toutes manières ; le travail s'est immédiatement développé ; le progrès, en tout genre, est de toute évidence.

C'est une certitude pour tous ceux qui suivent, avec l'attention qu'elles méritent, l'histoire et la vie de l'ouvrier. C'est la conclusion de l'auteur de l'Histoire des classes ouvrières ; voici ses paroles : <t Les ouvriers salariés ont gagné aussi à cette révolution ; le régime de la liberté leur a été favorable, comme à la société tout entière ^ »

Ainsi, les travailleurs modernes, dans tous les États parvenus à un degré supérieur de civilisation, jouissent de la liberté d'eux-mêmes. Ils n'ont à subir ni monopoles, ni privilèges* ; ils emploient leur intelligence, leurs capitaux, leurs bras, oii et comme il leur plaît, choisissant leur profession, la quittant, passant à une autre selon leur volonté.

Et, il faut bien le reconnaître, ce régime libre du travail a produit les développements sans précédents dont nous sommes témoins aujourd'hui; jamais le travail n'a été plus abondant, plus honoré. Cette grande conquête est Tœuvre capitale de notre xix® siècle.

Mais s'ensuit-il que ce régime soit achevé et complet? Voyons-nous qu'il ait réuni toutes les adhésions, conquis tous les suffrages, qu'il satisfasse à toutes

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