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2. Evception est faite, dans nos lois, pour les nécessités de rimpôt: tels sont les monopoles de la fabrication des poudres et des tabacs, dans les mains de l'État ; c'est aussi, et au nom de la sécurité publique, le monopole de la circulation sur les chemins de fer.
les prétentions légitimes, qu'il assure le travail dans le présent, la sécurité dans l'avenir? Comment, s'il en était ainsi, serions-nous témoins de troubles si profonds dans le monde du travail ? Je ne parle pas des excës de langage et d'aspirations des meneurs de la démagogie; mais si certain nombre les suit, est-ce sans raison? Dans ces griefs outrés, n'y a-t-il pas une part de vérité?
Ne nous faisons d'illusion, sur la toute-puissance de la liberté, ni pour le passé, ni pour l'avenir.
Dans le passé, la liberté n'a rien fait sans aide et sans appui : nos mœurs, et Tesprit chrétien qui y domine, lui ont toujours prêté, souvent imposé leur concours, lui apportant les sentiments de modération, de respect mutuel, de solidarité qui, dans les questions et les conflits d'hommes à hommes, ont tant de puissance pour la paix et l'union.
Et ce concours efficace devient plus nécessaire, à mesure que l'esprit d'égalité se développe, entraînant à sa suite ce terrible fléau, l'esprit d'envie, ce père hideux du socialisme et du communisme, cet excès et cette honte de Tégalité.
Demander à la liberté les armes propres à combattre les grandes infirmités de la nature humaine, c'est lui demander ce qu'elle n'a pas, ce qu'elle ne peut avoir. L'orgueil, la cupidité, Tégoïsme, Tenvic se rient de ses efforts. L'esprit chrétien a seul ces armes ; seul il possède les paroles qui vont aux cœurs; il n'y a pas d'autre force pour combattre et vaincre les passions et les mauvais penchants.
Que 1 on nous comprenne bien ; si nous montrons les limites naturelles, substantielles de l'action de la
liberté, ce n'est pas pour arriver, comme conclusion, à la négation de la liberté. Nous n'imiterons pas ces esprits chagrins ou trembleurs qui, en face des audaces, des perversités qui se font jour dans les congrès ouvriers, en accusent la liberté ; grande erreur, car toutes ces insanités, tous ces délits, toutes ces insultes au bon sens ne se produisent qu'au mépris et en flagrante violation de la liberté et de ses lois.
Ainsi, nous ne rendons pas la liberté responsable de ces excès ; c'est dans le même esprit que nous lui contestons toute action sérieuse pour Tapaisement des conflits qui troublent le travail.
Si j'insiste sur ces considérations, c'est que, comme je Tai déjà dit, tout n'est pas faux, tout n'est pas chimérique dans les griefs que suscite le régime actuel du travail. Il y a, dans ce monde du travail, des causes perturbatrices de plus d'un genre ; il y en a dans la production, dans l'échange, dans le salaire; il y a les erreurs et les excès de la concurrence ; les causes naturelles elles-mêmes suscitent souvent des embarras, des engorgements, des déficits inattendus. En face de tant de motifs de troubles et d'insécurité, il ne suffit pas de l'esprit libéral de l'économiste, il faut l'esprit humain et généreux du chrétien.
Tel est le vaste champ ouvert à notre étude, et oii Ton est sûr d'arriver à la vérité, si l'on veut lovalement la rencontrer.
Ce sera Tobjet des chapitres qui vont suivre. Je les ferai précéder toutefois de quelques considérations générales appliquées à tous les ordres de travailleurs, les travailleurs intellectuels et les travailleurs manuels.
Nous avons vu que les diverses conditions du travail sont fondées sur la diversité des aptitudes humaines, dont la variété est grande. On peut cependant ramener les professions à deux types, les professions intellectuelles et les professions manuelles, à la condition toutefois de ne pas les renfermer dans des cadres trop étroits. Il y a, en effet, des professions intellectuelles, la chirurgie, la sculpture, où Thabileté de main est urne nécessité de premier ordre. Le travail manuel, de son côté et à son grand honneur, fait un emploi souvent important d'intelligence *.
II y a nécessairement certaines différences dans la manière dont les professions intellectuelles ou manuelles peuvent être abordées et suivies. Mais il y a bien des ressemblances aussi, et la première de toutes est l'identité du but poursuivi. Il s'agit pour tout travailleur de gagner sa vie.
Gagner sa vie, assurer le présent, préparer l'avenir, par l'économie et la bonne conduite, n'est-ce pas la volonté, Tespérance de quiconque débute dans le travail? Les mômes efforts n'y sont-ils pas nécessaires
1. L'antiquité avait une autre classidcation, également binaire : d'une part, les professions libérales ; de l'autre, le travail servile. Les premières comprenaient les lettres» les sciences, les arts, le droit, la médecine. L'agriculture jouissait d'un respect particulier; les métiers étaient tolérés ; tout le reste appartenait au travail servile.
Notre temps aurait pu tomber dans un excès contraire, et mesurer exclusivement l'estime due aux professions par leur seule utilité économique : il aurait pu mettre au premier rang et bien au-dessus des lettres, des sciences, des arts, l'industrie et le commerce qui offrent au travail ses plus importants éléments et contribuent dans une si large part au progrès et à la prospérité des nations. Les doctrines utilitaires étaient de force à nous égarer de la sorte.
Grâce à Dieu, il n'en a pas été ainsi.
Notre temps mesure son estime, sa reconnaissance, son admiration au V services rendus par le vrai mérite, par le vrai talent, sur quelque degré de l'échelle sociale qu'ils se rencontrent.
dans toutes les profesbions? Les difficultés n'y sonlcUes pas semblables, et aussi les espérances, et surtout aussi les désillusions? Les commencements dans le commerce, dans l'industrie, dans le droit, dans la médecine, ne sont-ils pas souvent pleins d'amertumes et de sombres jours ? La faim, la misère ne frappentelles qu'à la porte du salarié? Du salarié! Mais ne le sommes-nous pas tous? Pourquoi ce travail opiniâtre, cette poursuite acharnée, traversée souvent, dans toutes les professions, par de lamentables épreuves, si ce n'est pour le pain quoditien?
Dans certaines professions insalubres, dangereuses, on dit de leurs ouvriers, et non sans raison quelquefois, qu'ils sont les forçats du métier. Combien, parmi les camarades de ma jeunesse, n'ai-je pas vu de ces forçats de l'inlelUgcnce, moulant à l'assaut — du superflu? non, du strict nécessaire, — avec quel courage chez tous, puis, après un certain temps d'efforts et de luttes, avec quels désespoirs chez beaucoup d'entre eux, le jour où ils commençaient à reconnaître qu'ils avaient visé trop haut, et qu'ils avaient entretenu de trop hardies ambitions, séduits qu'ils avaient été par la liberté qui, en leur ouvrant toutes les portes, semblait ainsi encourager toutes les audaces.
Ce n'est pas tout. Les difficultés du début ne sont pas seules et sont les moindres. La jeunesse aide à supporter bien des déboires ; mais il n'en est plus de môme à mesure qu'on avance en âge, surtout si l'on ne lutte pas pour soi seul, mais pour la famille.
Il ne suffit pas, en effet, dans les diverses professions et pour s'y frayer un accès, d'avoir fait preuve
de courage et de persévérance. Il ne suffit pas, une fois classé, et pour obtenir une augmentation de salaire ou d'appointements, ou d'honoraires, — mots synonymes au point de vue général ou social du travail, — de faire preuve d'adresse, d'exactitude, d'honnêteté, de talent.
Ingénieur ou artiste, commerçant ou médecin, industriel ou légiste, artisan ou terrassier, agriculteur ou lettré, quelque carrière que Ton ait embrassée, quelle que soit la profession ou le métier, y est-on sûr, du moins, d'y trouver la durée, la sécurité? Y est-on certain de l'avenir? Les crises commerciales, financières, industrielles, quel moyen la société possèdet-elle pour les prévenir ou en atténuer les eflets?
Le problème de l'insécurité et des perturbations dans la rémunération est donc un problème général, issu de faits très généraux et touchant à toutes les conditions. C'est un problème de premier ordre, et qui a droit aux préoccupations de tous. Ce n'est pas trop de toutes les forces sociales* pour le résoudre. Ce n'est pas trop de l'alliance de l'esprit chrétien et de la liberté. C'est l'esprit chrétien, on ne saurait trop le redire, qui, dans le passé, dans la formation improvisée du régime libre du travail, nous a sauvés des embûches de tout genre semées sous nos pas par cette audacieuse rénovation sans exemple dans l'histoire du travail. Il a été notre ancre de miséricorde; j'emploie à dessein cette grande expression.
Que ce grand rôle continue d'être le sien, pour le salut du monde. Que Falliance de la liberté et de l'esprit chrétien se serre de plus en plus étroitement, l'esprit chrétien donnant ses vertus, la liberté son
énergie et son initiative. La formule américaine go a head (en avant), la formule anglaise help yourself (aide-toi loî-même), sont de belles formules ; mais si nous ne voulons pas que l'industrie, nouveau char de Jaggernauth, écrase ses plus fidèles serviteurs, superposons à ces formules la grande parole évangéliquo : Aimez-vous les uns les autres.
Nous pouvons entrer maintenant dans Tétude économique du capital, du salaire et de leurs relations dans le monde du travail et de la production.