CHAPITRE XI
L'économie est la Glle de la sobriélé, la sœur de la préroyance, la mère de Ut liberté. JoHNso:! *
Dans le cadre étroit où je renferme cette étude, je ne puis songer à donner le détail des salaires de toutes les professions, et des ressources variées que chacune d'elles peut offrir aux travailleurs. Ce serait recommencer Tœuvrede F. Le Play, œuvre qui, si considérable qu'elle soit, se borne cependant à soixante-treize monographies, c'est-à-dire à une très petite partie seulement des industries qui s'exercent dans le monde*.
1. Grand écrivain anglais au xviii* siècle. H est né pauvre, a longtemps lutté et est arrivé à l'aisance par le travail. Aussi sa définition de l'économie est-elle d'un homme qui connaissait la valeur de cette vertu.
2. Pour les personnes qui se feront un devoir de lire les Ouvriers Européens, et les Ouvriers des deux Mondes, comme de telles œuvres méritent d'être lues, c'est-à-dire dans leur entier et dans tous leurs détails, il ressortira celte conclusion, sinon nouvelle, du moins très fortifiée par des faits admirablement étudiés et exposés, que la tempérance, l'amour du travail et la bonne conduite con- Uennent tout le secret de la deàtinée de l'ouvrier, comme aussi, du reste, de toute créature humaine, et qu'il n'y a pas de solution plus sûre et plus complète de ce qu'on appelle la question sociale que cet ensemble de vertus modestes et pratiques, pour tout travailleur, patron ou ouvrier. Les théories que M. Le Play a données pour couronnement à. son œuvre si originale et d'une perspicacité si lumineuse dans ses monographies ne contredisent pas cette conclu* s ion, mais peut-être l'ont-elle un peu compromise en la mêlant avec
Mon but est tout différent d'ailleurs de celui de l'illustre auteur des Ouvriers Européeiu et des Ouvriers des deux Mondes; je n'ai aucune théorie nouvelle à proposer : aucun système à faire valoir. Pour le point de vue général auquel je me place, je puis recourir aux documents statistiques, très nombreux d'ailleurs, et très significatifs que nous possédons aujourd'hui et qui, par leur généralité même, éclairent d'un jour plus complet la question ouvrière.
Avant d'aborder les chiffres de la rémunération des travailleurset de rechercher comment l'industrie traite ses coopérateurs, examinons comment l'État traite le soldat, ce modeste et utile fonctionnaire ; la France et son gouvernement ont toujours aimé l'armée; Ton peut donc tenir pour certain que le régime étabi pour le soldat est sain et suffisant.
Le soldat d'ailleurs est un travailleur, non de tous les jours, sans doute ; mais les jours d'action, quand il défend Tordre, ou qu'il combat pour Thonneur et le salut du pays, il ne donne pas seulement sa vigueur musculaire; il marche, et il le sait, au péril de sa vie.
La France a 400 000 de ces travailleurs sous les armes; la réserve et l'armée territoriale y ajoutent 800 000 hommes, c'est en tout 1 200 000 hommes. Le nombre des travailleurs étant, comme nous le verrons au chapitre xxv, de près de seize millions d'hommes, c'est donc un travailleur sur treize que la vie militaire touche directement chaque année.
Comment la vie matérielle est-elle réglée pour le
le système de rincgalité des partages et du privilège des atnés, système si peu conforme aux idées de notre temps.
soldat? Il y a deux sortes de rations : la ration de paix, la ration de guerre.
La ration de paix se compose comme suit, par jour :
Naturo dos vivrez. Quanlités. Prix. Sommes.
Pdin O'^TbO 0^22 0M650
Biscuit 550 21 4155
Café 008 4 75 0380
Sucre 0105 1 55 0163
Ordinaire. — Soupe, viandes, iégumes,
etc 2300
Total par jour. . . 0' 5648
La ration de campagne ou de guerre se compose comme suit :
Naluro des vivres. Quanlités. Prii. Sommes.
Pain 0''750 0' 22 0' 1650
Biscuit 550 21 1155
Café 016 4 75 0760
Sucre 021 1 55 0325
Riz 080 45 0360
Viande ou lard. ... 200 4 40 2800
Vin 250 25 0623
Ces deux sortes de rations produisent la dépense annuelle suivante :
Temps de paix 208' 05
' Temps .de guerre 281^05
Il faut y ajouter:
Les vêtements réglementaires . 75 80 75 80 Le linge réglementaire .... 35 » 35 »
Le régime de l'ouvrier civil célibataire diffère sans
. doute un peu de celui du soldat. L'efforl musculaire
qu'il'doit s'imposer est un peu plus fort généralement
que celui du soldat en station, et inférieur à celui du soldat en marche. De grandes variations dans le régime se produisent d'ailleurs d'une contrée à une autre contrée. Il y a cependant des types auxquels on peut se rapporter avec confiance.
Voici, par exemple, l'ordinaire, en 1858, 1863 et 1867^ des cités ouvrières de Mulhouse qui sont des modèles sous tous les rapports :