‹ Étude sur le travailChapitre 57 sur 106 · VIN · texte numérisé non relu

VIN

Le 1,4 de litre O'IO

On voit que c'est l'équivalent de la ration de guerre.

Ces chiffres qui remontent à vingt-cinq, vingt et seize ans doivent être modifiés pour l'ouvrier des grandes villes et de presque toutes les maaufactures, mais ils expriment encore la vérité pour l'ensemble

1. Ces chiiTtes sont donnés par M. L. Breyband, dans ses Études sur les manufactures (le coton) ; ils ont été relevés par lui sur les règlements de la Société induâtrielle de Mulhoase. Cet chi(Tres sont reproduits dans Tenquôte décennale faite par cette mCine Société en

des ouvriers a^ricoles^ dont la dépense annuelle se fixe comme suit :

Alimentation, 360 jours à fr. 75. . . . 273' 75 Pour les jeunes ouvriers agricoles, les vêtements et le linge peuvent être réduits de

m à 100 francs 100

Pour le loyer qui, la plupart du temps, est

en famille 20

Entretien, chauffage 20

Menues dépenses 26 25

Total 440^00

Une journée de 1 fr. 50 suffit donc au jeune ouvrier agricole pour pourvoir aux nécessités de son budget. Il y a même des journées inférieures à ce prix; mais la moyenne générale des journées agricoles oscille aujourd'hui entre 1 fr. 80 et 2 fr. 26.

A la journée ordinaire de l'ouvrier agricole, il faut d'ailleurs ajouter la surpaye des journées de fenaison et de moisson, surtout Tàugmenlation provenant des prix de tâche, et enfin les douceurs que le jeune homme trouve au foyer paternel.

Dira-t-on quec*estêtre trop exigeant,pour le jeune homme, que de lui demander quelques années d'un régime sobre, réglée sain, tel que TÉtat l'offre au soldat pendant cinq années ? S'il n'est pas capable de se les imposer, qu'il ne hausse jamais sa prétention au delà du cercle étroit où l'enferment sa mollesse et son manque de cœur. Il n'est pas, fait pour s'élever dans les rangs de l'armée industrielle et pour y conquérir le moindre grade. Il aurait fait un mauvais soldat; il ne fera jamais qu'un médiocre ouvrier et un pauvre citoyen. On peut prédire à l'avance l'usage qu'il fera de son bulletin de vote. Il est prédestiné aux bandes

démagogiques, et, par elles, à la misëre. Une seule chose peut le sauver s'il a le bonheur d'être agréé par une femme vaillante et économe.

Passons maintenant aux ouvriers des villes, des mines et des manufactures.

Pour eux, le salaire est généralement et nécessairement plus élevé. Les vivres sont plus chers, non seulement dans les villes, mais dans les grandes agglomérations industrielles, et la lutte pour les procédés perfectionnés est bien plus ardente dans Tindustrie que dans l'agriculture. Aussi, et parallèlement à une augmentation au prix des denrées qui n'est pas moins de 25 à 28 pour 100 depuis 1867 (sauf le pain dont le prix n'a pas varié), la hausse des salaires, depuis la môme époque, est de 35 à 40 pour 100. Je donnerai môme des exemples de hausse plus forte.

Le prix de fr. 73 pour la nourriture par jour d'un ouvrier peut donc être aujourd'hui compté pour! franc et, comme il est admis par les statisticiens que le logement, le vêtement et les autres dépenses, entrent pour un tiers dans la dépense totale, c'est Ifr. 50 par jour qu'il faut compter, soit, pour les 365 jours de Tannée, 547 fr. 50. Pour couvrir cette dépense, il faut une journée de 1 fr. 823.

Il n'y a plus dans les manufactures et dans les villes, de journées de 1 fr. 823, sauf pour des enfants ou pour des vieillards ; mais ceux-ci ont d'autres ressources.

Mais l'ouvrier, se met en ménage et les enfants viennent. Qu'arrive-t-il alors du budget du père de famille?

Ici encore, la statistique nous apprend que, dans le ménage ouvrier, la dépense de la femme est des deux

tiers de celle du mari, et la dépense de Venfant, moitié de celle de la mère. Admettons le cas le plus ordinaire, celui de deux enfants; nous aurons :

Dépense da père 547' 50

— de la mère 375 »

— des deux enfants 375 »

Total 1297^50

Il faut une journée de 4 fr. 325 gagnée par le pfere, s'il a seul la charge du ménage; mais si la journée de la femme est seulement 1 fr. 323,1a journée du mari peut se réduire à 3 francs. Or, il y a, dans la grande industrie beaucoup de journées supérieures à 4 fr. 323, et il n'y en a pas d'inférieures à 3 francs.

Mais il y a des ménages où se trouvent plus de deux enfants. Par quel miracle le budget ouvrier peutil y satisfaire? Par l'énergie combinée du père et de la mère, puis des enfants à mesure qu'ils arrivent à l'âge de travail. Toutes les familles, il faut bien les reconnaître, n'offrent pas ce courage et ces vertus; dès lors, le problème de leur existence change de face ; et c'est dans les deux parties suivantes de ce livre que nous l'examinerons.

Je veux cependant montrer un exemple de familles de cinq à huit personnes.

Je trouve cet exemple dans le rapport sur l'enquête décennale faite, en 1878, par une commission composée de trente-deux chefs des principales maisons de l'Alsace et notamment de Mulhouse. Le rapport a été inséré dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, pour 1878.

Parmi les tableaux annexés au rapport, je trouve

tZH ÊTL'DE SLfi LE TBATAIL

Ut f4*U'.\(i diHaillé des d^peos^» de iyc«rr.t=r>^ 4e se-xe p\hiHp^4*% ouyr\é'S%, composés de q»a^rt-iirrri«ît |;4:nionrun, dont cinqoaote-sîx enf&nîs, ««r >^z«els vingt ont de quinze à viogt-einq ans.

I^;m d/f[M;nftrrH sont divisées ea cinq colonaes. savor:

1^ fifliio qui ^nf re dam U dépense le taie p<!«r 31 p. t*».

Ka vifiride — — — 1* —

l.#î hiit -- — __ 13 —

l.ïfjnr.<?rle — — — ^ —

Iw;» U'ptttiue.u et fiiyrftneii dépenses — 1( —

IM>> p. tôt.

Lfe norntm; d<;H parties prenantes a été de quatreviri^Utiuit, donl »(;ize Mes chefs de lamîlle^ à dépense i'itUl't'Cf et hoixante-douze à deux tiers de dépense /^quivaliifil k 4K k dépense entière, soit^ en tout,

04 [lartieH prenantes.

U d/'|inmr; tolale a été de 17 599^15

Pour soixante-quatre personnes, c'est une dépense nnnuelle de 275 francs, par jour, de Ofr. 76. Il est évident que leH{)èreH de ces Jeunes gens de 15 à25 ans ont eu une; part pluH forte que lesjeunes enfants ; et il est iU'iuoîiii'i) aussi, par cet exemple, que les charges des farnilleH ne H'aeeroisflcat pas en proportion directe du nombre des enfants.

Le rapport de l'enquôte décennale constate que les prix des cil/îs ouvrières de Mulhouse, sous la surveillance de la Société industrielle, est aujourd'hui de 1 franc; je rappelle qu'en 1858 et 1867, il était de Ofr. 75.

Ce prix de 1 franc se retrouve dans beaucoup de documents émanés de sources très différentes.

La Société alimentaire de Grenoble * fournit à ses sociétaires :

Le déjeuner pour 25 centimes.

Le dîner, suivant que Ton prend une

part ou deux de pain 45 à 50

Le souper 25

95 c. à 1 fr.

« On s'accomodc fort bien de ce régime que 10 ou 20 centimes améliorent notablement. N'oublions pas que les aliments sont préparés avec un véritable soin, avec beaucoup plus de soin que dans la plupart des ménages ^ »

En Suisse, où les institutions et les associations fondées en vue du bien-être de l'ouvrier sont très nombreuses, on cite notamment pour Talimentalion, les Fourneaux économiques de saint Gall, Winther- Ihur, Bâle, etc. La portion entière de soupe (3/4 de litre) se vend 10 centimes ; le demi-portion, 5 centimes ; une grande portion de légumes, 15 centimes ; une portion de pommes de terre, 10 centimes ; une portion de viande, 30 centimes. L'ouvrier jeune, ou l'homme fait, l'ouvrière femme ou fille, peuvent ainsi se composer une nourriture saine et suffisante pour 75 centimes à 1 fr. 10 ou 1 fr. 20.

A Zurich, la Société alimentaire fournit, pour huit francs par semaine, 1 fr. 13 par jour : le matin, le café au lait et une demi-livre de pain; à midi et le soir, de la soupe, un plat de viande, et un plat de légume. Ce régime qui comprend deux plats de

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