Audiganne, Les ouvriers d'à présent
viande par jour est celui d'homme dans la force de l'âge.
Un tableau analogue à celui que nous avons ana« lysé du rapport de l'enquête décennale de Mulhouse a été dressé pour l'Allemagne (Barmen, Etten, Aix-la- Chapelle, Dusseldorff, • Chemnitz, Berlin, Dresde, Stuttgardt, Munich, Francfort) et donne le détail de la dépense hebdomadaire de deux ménages. (Le tableau en contient en réalité treize ; mais l'un des budgets n'est pas complet).
Ces familles comprennent quatre-vingt-quatre personnes, le père, la mère, vingt-quatre adultes, trentesix enfants.
Le total de ladépense hebdomadaire d'alimentation a été de 244 fr. 40, soit 34 fr. 91 par jour, soit par personne, fr. 413.
La dépense totale hebdomadaire des douze familles, par la nourriture, le loyer, le linge et le vêtement, le culte et Técolage, Téclairage, le chauffage, l'impôt, les frais divers, s'est élevée à 360 fr. 83 ; la somme des salaires à 401 fr. 30. Deux des budgets présenten t un léger déficit.
J'ai puisé ces divers renseignements sur la Suisse et l'Allemagne dans les beaux livres de M. Pierre La vallée sur les Classes ouvrières en Europe.
Un document tout récent (24 avril 1880), émané de la Compagnie d'Orléans ^ donne les détails suivants sur les prix des réfectoires de la Compagnie, annexés à ses ateliers et situés dans l'intérieur de Paris et de l'octroi. On détaille un repas, comme il suit;
i. Compagnie du chemin de fer d'Orléans, Sote sur les institutions ondées en faveur du personnel ; voir l'appendice H.
deux repas semblables suffisent pour la journée :
Pain, la portion 0'05 à O'IO
Vin (1/4 de litre) 17
Soupe{pain, 45 grammes, bouillon, 500 grammes). 10
Viande (bœuf sans légumes) 15
Légumes assaisonnés (i/4 de litre) 05
Ceschiffres confirmentlargement ceux qui précèdent On sait de quel poids pfese Toctroi de Paris sur les comestibles et boissons.
Pour rester exactement dans la vérité, îl faut reconnaître que les prix d'alimentation que je viens de citer sont, pour la majorité des ouvriers, un minimum. Dans \esresiaurants à portion où vontla plupart d'entre eux, ils ont à supporter la part de bénéfice de l'établissement; ou s'ils obtiennent des prix semblables, ce ne peut être qu'aux dépens delà qualité. Danslesménages ouvriers, une femme économe, et de quelque savoirfaire, peut bien mieux atteindre ces prix, ou en approcher beaucoup.
Pour mieux fixer les idées sur ces questions des budgets ouvriers, questions si délicates, où l'on ne s'avance qu'au milieu d'embûches de tout genre, où Terreur et l'exagération sont si faciles, j'emprunterai quelques pages à l'auteur qui, selon moi, a le mieux étudié sous ses divers aspects les problèmes du travail, à la fois dans leurs généralités et dans leurs détails. Je veux parler de L. Reybaud, l'ami qui nous a été enlevé, il y a quelques années.
J'ai parlé ailleurs de sesEtudes sur les manufacture s faites par suite d'une mission que lui avait données l'Académie des Sciences morales et poli tiques.
2i2 ÉTUDE SUR LE TRAVAIL
Souvent associé à ses travaux, et plusieurs fois à ses visites dans les ménages ouvriers, je Tai toujours vu, par sa rondeur et sa franchise, par sa politesse simple et naturelle, obtenir l'attention et le respect des parents, les empressements souvent bruyants des enfants, et mettre, autour de lui, tout le monde à son aise; il interrogeait avec égards, acceptait d'abord tous les renseignements et chiffres qu'on lui fournissait, puis y revenait dans un second entretien, et unissait, presque toujours, par arriver à une confiance entière, et à la vérité ; mais s'il lui restait un doute sur les ciiiiïresqui lui étaient donnés, il ne les admetlait pas, suivant son expression, à V honneur de sa collection. Sa perspicacité n'était pas souvent mise en défaut.
Écoutons donc cet excellent homme, ce fin ctsagace observateur, sans nousinquiéter d'ailleurs de ce queses récits remontentun peu loin. Nous sommes sûrsqu'ils nous donneront la vérité d'hier. Pour avoir celle d'aujourd'hui, nous nous souviendrons que tout a haussé, le vivre, le vêtement, le loyer, etc., mais que le salaire a augmenté aussi, et dans une plus forte proportion. Le pain seul (chose grave, il s'agit du tiers de la dépense d'alimentation), le pain n'a pas haussé. Je parle des prix moyens observés sur plusieurs années.
J'emprunte le premier passage à la description des établissements métallurgiques si considérables dans l'industrie du fer, de Rive-de-Gieret de Saint-Chamond, dont les fondateurs, MM. Pétin et Gaudet, s'honoraient d avoir commencé par être des ouvriers.
« D'une série de calculs qui m'ont été fournis ou dont j'ai recueilli moi-môme les éléments, il résulte
que, dans la vallée du Gier, la dépense de bouche est en moyenne de 40 centimes par tête et par jour. Il va sans dire qu'au sein de la famille^ la distribution s'en fait très inégalement. Les travaux de force exigent une nourriture substantielle; il faut à l'homme delà viande et du vin; la femme et les enfants n'ont dès lors qu'une part bien réduite, du laitage, des farineux^ un peu de charcuterie dans les grands jours. C'est qu'il faut compter strictement. Dans le ménage qui nous sert de type, un couple et deux enfants, voici 584 francs absorbés en vivres sur 800 francs (minimum de la recelte annuelle'; il ne reste que 216 francs pour le loyer, Tentretien, le chauffage, l'école et les menus frais. Il y a insuffisance évidente ; le loyer seul emporte une centaine de francs; la ruine serait au bout, si la femme ou les enfants n'apportaient à la masse leur contingent de recette. Il ne manque pas, dans les ateliers ou dans les champs, de travaux qui leur soient appropriés; ils y vont d'instinct, vaillamment, presque sans apprentissage. La résidence n'est bonne, ni pour les oisifs, ni pour les vagabonds. Les salaires de 800 francs sont d'ailleurs le lot des manœuvres et des débutants. Pour peu que l'ouvrier montre d'intelligence et d'habileté de main, sa paye s'élève : c'est 900 et 1 000 francs dans les plus modestes catégories, 1 100 et i 200 et jusqu'à 1 oOO francs pour les hommes de choix. Dès lors la gêne cesse dans le ménage, elles conseils à propager au sujet de l'épargne ne sont plus une dérision. »