La Genèse^ chap. ii, v. 5 et
. Telle est la rtglc que je me suis imposée, la croyant seule bonne pour l'étude que j'entreprenais, et il faut bien que j'ajoute que, si je Tai entreprise, c'est qu'ayant consacré toule ma vie au travail, j'ai pu Tenvisager et l'étudier sous toutes ses faces*.
Si je joins à cela que je ne me suis- mis à l'œuvre qu'avec la ferme volonté de dire, toujours et en tout, la vérité telle que ma longue carrière me Ta montrée, j'aurai exposé tous mes litres à l'attention de ceux qui voudront bien me lire. .
Il a été beaucoup écrit sur ce sujet difficile et' complexe du travail, du salaire, du capital, des relations du salaire et du capital. Les moralistes, les publicistes, les économistes, et, parmi eux, des hommes éminents s'en sont occupés. Nous possédons ainsi un nombre considérable d'ouvrages d'un grand et solide mérite. Notre richesse môme est si grande, à cet égard, qu'on peut se demander si un livre de plus était bien nécessaire.
Au point de vue de la science, il ne Tétait assurément pas ; aussi n'ai-je pas eu l'idée de faire une œuvre de science pure.
Constater par la double et parallèle étude des sen-. liments et des faits, des idées et des résultats acquis, la marche en avant des sociétés modernes et particulièrement de la nôtre dans les voies de la production et du travail, sur le terrain et avec l'aide de la
1. Depuis cinquante-huit ans, je vis parmi de nombreux ouvriers ; le travail et les travailleurs se sont ainsi montrés à moi, sous les points de vue les plus différents. *
J'ai donc pu me croire quelque compétence dans les questions de travail : l'espoir de les traiter ulilenient a seul produit ce livre.
-Liberté et de I'Esprit Chrétien*, IîîI a été mon dessein. J'ai dû appeler à mon aide Tliistoire, la morale, l'économie politique et la statistique. Je n'ignorais pas que je m'écartais ainsi des voies scientifiques; mais, je viens de le dire, la science n'était pas mon but.
Je me suis trompé, si j'en dois croire quelques critiques qui ont contesté la justesse et l'utilité de cette conception.
Je pourrais me défendre par d'autres témoignages plus nombreux dans le sens contraire. Mais ce mode sommaire de discussion ne saurait suffire ici. Il faut examiner l'objection en elle-même ; elle se résume comme suit :
« Le travail est un fait purement économique ; la science, qui traite de cet ordre de faits, a résolu tous les problèmes qu'il comporte; elle a démontré que la liberté y suffît à tout; elle n'a pas eu- à recourir au sentiment religieux, à l'esprit chrétien, à la cliarité ; c'est égarer la science que la conduire sur ce terrain qui n'est pas le sien. Le travail n'est d'au-
d. Dans la première édition, au lieu de cette grande expression : l'esprit chrétien, j'ai employé une expression plus grande encore : la charité ; je la prenais dans son sens le plus large et le plus élevé, celui do saint Paui^ de saint Augustin, de saint Thomas, de Bossuet, de toute l'Église.
Informés que je préparais une seconde édition, des amis, se fondant sur cette considération que, dans le langage usuel, le mot de charité a été détourné de son sens, ne s'applique . plus qu'à l'aumône, et que, compris ainsi, il n'exprime pas la pensée première de ce livre, m'ont conseillé d'y substituer le mot d'esprit chrétien.
J'ai cédé, bien qu'à regret^ reconnaissant que les habitudes de langage ont une force d'inertie qui ne peut être dédaignée ou vaincue que par des écrivains ayant une grande notoriété et une autorité certaine dans les lettres (Note de la seconde édition).
cune religion, étant de toutes ; l'économie politique ne doit donc pas être mêlée à la religion sous peine de la défigurer et de compromettre Tune et l'autre. »
En est-on bien sûr? Pour Thonneur, le progrès et l'influence de l'économie politique, est-il bien certain que l'objection soit sans danger ? Une science qui s'occupe des intérêts matériels humains est-elle vraiment fondée à ne tenir aucun compte des sentiments moraux, des vertus sociales qui ont une si grande action sur les intérêts matériels? N'est-ce pas l'exposer de gaieté de cœur au reproche de rigorisme étroit, d'insuffisance et d'impuissance ?
M. Mignet, ce juge si compétent, dans sa Notice historique sur M. de Sismondi, a dit de lui : « Cet économiste généreux qui a voulu introduire des sentiments humains dans une science jusqu'à lui inexorable comme le calcul*... » De telles paroles sontelles un blâme? Et celles-ci sur M. de Gérando, l'auteur du traité de la Bienfaisance publique : « Cet immense et généreux travail, où se trouventles belles annales de la charité dans tous les temps et chez tous les peuples..., où s'apprennent les méthodes les plus propres à diminuer la souffrance sur la terre ^.. » N'est-ce pas un éloge à l'honneur de celui qui a cru que, pour être utile à l'humanité, il ne fallait pas affecter de planer au-dessus d'elle ?
Est-il vrai d'ailleurs que le travail soit exclusivement une question économique ?N'implique-t-il pas une question sociale, ou, si l'on veut éviter toute querelle de mots, une question de premier ordre au