‹ Étude sur le travailChapitre 83 sur 106 · M. L. REYBAUD SUR LES SALAIRES · texte numérisé non relu

M. L. REYBAUD SUR LES SALAIRES

« Dans le ménage du puddieur (quatre bouches), il aura fallu, en moyenne, pour la subsistance, 40 centimes par tête et par jour, 1 fr.60 ; pour l'entretien, 10 centimes, soit 40 centimes; pour Técole et les menus frais, 10 autres centimes, soit 40 centimes; pour argent de poche, 30 centimes, c*est le moins avec un puddieur ; impositions, 5 centimes, en tout 2 fr.7o, soit pour Tannée 1 003 fr. 75, ce qui laisse au puddieur, sur 1,500 francs de recette, un excédent annuel de 496 fr. 2o. Voyons maintenant le manœuvre. Il y a cinq bouches à nourrir ; mais dès que les forces leur viennent, les enfants sont aux champs et en tirent une portion de leurs vivres. Avec 30 centimes par tête et par jour, le ménage pourvoit, tant bien que mal, à leur subsistance ; total, 4 fr. 50. L'école est gratuite, et, avec 5 centimes par tête et par jour, on pourvoit h l'entretien, soit 25 centimes Le total arrive à l fr.75 par jour, et pour Tannée à 638 fr. 75, ce qui laisse au manœuvre, sur 900 francs de recette, un excédent de 261 fr. 25.

« La balance est jusqu'ici en faveur du puddieur, mais, par un autre côté, les situations se rejoignent. Il y a deux filles chez le puddieur, trois garçons chez le manœuvre. Dans les premières années, ûlles ou garçons, peu importe, c'est seulement, pour le moins avantagé des deux, une bouche de plus à nourrir ; mais quand viennent les quatorze ou quinze ans^ insensiblement les garçons se mettent à la besogne et fournissent, jusqu'à Vàge de vingt et un ans, un supplément de ressources qui n'est point à dédaigner ; mettons 1 fr. 25 par tête et par jour, ensemble 3 fr. 75, soit 1,125 francs pour Tannée, et pour cinq ans, 5,625 francs. Ces garçons auront mis de côté et au delà de quoi se faire remplacer, quand viendra le tirage au sort, tandis que les filles du puddieur auront une dot naturellement dévolue sur l'épargne paternelle. Tout se passe donc à souhaitdans les deux situations que nous avons décrites et qui finissent par se niveler. Les chiffres en sont de tout point exacts et ont été recueillis dans une enquête où les maires sont intervenus. Une conséquence est à tirer de ces exemples, c'est que la vertu de l'épargne n'est pas

moindre dans les petits salaires que dans les grands, qaand les circonstances s'y prêtent et que le génie de la prévoyance s'en mêle. On peut même en suivre ici les effets sur la seconde génération. Lestrois garçons du manœuvns continueront l'œuvre de leur auteur, les gendres du puddleur, celle de leur beau>père ; ils ont en plus, pour euxmêmes et pour leurs enfants, ce qu'une instruction plus complète ajoutera à leurs moyens d'acquérir ; c'est ainsi, pour l'avancement de nos communautés, que, désormais, les bonnes familles se forment ; l'esprit de conduite est, pour elles, la véritable noblesse du temps. »

Sur le travail mixte à la campagne, l'auteur trace, dans une autre de ses études, un tableau qui répond aux déclamations dont certains salaires sont Tobjet par leur extrême • modicité. L'explication est pleine d'intérêt et de vérité**

« Le prix du salaire urbain peut être évalué par jour, quoiqu'il y ait un peu d'éventuel dans le calcul ; pour le salaire rural, il est impossible de prendre la même base. Rien de moins déterminé ni de plus susceptible de variation que la journée du travail industriel, là où il ne relève que de la volonté, et où d'autres travaux l'interrompent. Quand on dit, par exemple, qu'une brodeuse gagne 50 à 60 centimes par jour, cela ne signifie pas qu'elle gagne, pour trois cents jours ouvrables, 150 et 180 francs par an. Elle y arriverait, si elle brodait constamment sans se détourner ni se distraire : mais ce n'est jamais le cas. La broderie ne vient qu'après le soin de la ferme, du bétail, du ménage, comme intermède et comme supplément. On y met la main quand on veut et on en tire ce que l'on peut. Une brodeuse, en moyenne, n'obtient guère, de son crochet, que 70 h 80 francs par an. Elle a reçu le tissu, le dessin, le coton à broder; elle rendra l'ouvrage au bout de quatre, cinq, six mois, à son gré et sans échéance précise. .\ raison de celte latitude, elle regarde moins au prix des façons. Il en est à peu près de môme pour les mousselines ; le

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