Booillier, La vraie conscience y p
iO ÉTUDE SUR LE TRAVAIL
pas les moyens révolutionnaires, comme la suppre3sion du capital, ou la prise de la terre par le paysan, et de l'usine par l'ouvrier,* — ce qui n'est pas la suppression, mais le vol du capital, — font-ils appel aux corporations, aux associations, aux coopératives, à tous les moyens propres à remédier à l'isolement dii travailleur, et à former des groupes où les forces individuelles puissent se combiner et se grandir dans l'union. On ne saurait trop louer et trop encourager les efforts faits dans ce sens, mais à la condition pour leurs auteurs de ne jamais oublier que, dans cette voie, l'on n'aboutit qu'au vide, si les combinaisons tentées se bornent aux seules inspirations de la liberté. Sans Tesprit chrétien, sans le dévouement de tous à l'œuvre commune, sans le sacrifice enfin d'une part de la liberté de chacun, nulle association n'est viable. ' . "
Ces idées trouveront leur développement dans le cours de cet écrit.
Je passe à une autre objection :
« Pourquoi, m'a-t-on dit, avoir donné tant d'importance dans votre livre, aux sentiments affectifs et sociaux, et surtout au sentiment religieux? Pourquoi môme la première place ? car vos premiers chapitres leur sont spécialement consacrés. Il semble qu'il y ait là un parti pris, de votre part, contre le sentiment public. »
Je me sens très fort, par mes intentions, sur ce point. Dieu, me garde à jamais d'un parti pris contre tout ce qui est respectable et respecté! Mais une conviction sincère n'a-t-elle plus le droit de s'expri-
mer, si elle s'exprime d'ailleurs avec droiture et modération? Convaincu de toutes les forces de mon âme, que le sentiment chrétien peut seul nous sauver, je déguiserais, j'atténuerais ma pensée dans un moment où, à la honte de la fin de notre siècle, on s'abandonne à la persécution religieuse! N'est-ce pas rheure, au contraire, : — j'écris ceci le 18 octobre 1880, — de dirç franchement, résolument ce qu'on pense en matil»re religieuse* ?
N'est-ce pas le st|pict devoir de quiconque aime et cherche la vérité, de Texposer telle qu'il la voit, telle qu'il la sent?
On parle du sentiment public; mais duquel? Qui prouvera que la partie du public, dont j'exprime les idées et les tendances, soit moralement et intellectuellement inférieure à la partie du public qui les désapprouve?
S'agit-il ici d'ailleurs d'une conception nouvelle et dont je prendrais l'initiative ? Aucunement. Je ne suis pas le seul ni le premier qui, de noite temps, ait fait intervenir le sentiment religieux, l'esprit chrétien dans une question économique ou sociale.
A la tribune de la seconde Coostituante, de cette assemblée qui venait à peine de voter la Constitution républicaine, et dans laquelle s'agitaient tant' de passions violentes et antireligieuses, M. Thiers, ayant à s'expliquer sur la valeur sociale de la propriété, s'exprime ainsi :
«On cherche si l'origine du droit de propriété est humaine ou divine, question de mots ; ceux qui
1. Et je le pense plus (lue jamais, aujourd'hui (février 1884). ■ Noie de la troisième édition.
croient que cet univers est l'œuvre d'un être suprême doivent dire sans hésiter qu'elle est à la fois divine et humaine ^ »
« Nous pensons, dit Bastiat, que la propriété est d'ordre divin*. »
Et ailleurs : « Le monde social ne porte pas moins que le monde matériel l'empreinte d'une action divine, d'où découlent la sagesse et la bonté vers lesquelles doivent s'élever notre admiration et notre reconnaissance*. »
Dira-t-on que M. Thiers, à la tribune, parlait en homme d'État et non en économiste ? Dira-t-on que Bastiat, ce polémiste si brillant, n'a pas une autorité scientifique de premier ordre? Eh bien! adressonsnous au penseur entre les mains de qui l'économie politique s'est presque élevée à la hauteur d'une science exacte; demandons à Rossi, le dialecticien le plus jaloux de la rigueur logique, le géomëtre de réconomie politique, selon la très fine et très juste expression de M. Mignet, son sentiment sur cette question.
Voici sa réponse* :
« L'influence du christianisme sur l'éducation a été immense, lors même que, rapetissant ce grand sujet, on voudrait se borner à le considérer au point de vue économique.
« Les hommes sont frères. — Le travail est un devoir, — l'oisiveté est un vice. — Celui qui a fait valoir
1. Thiers, Discours sur le droit au travail, 13 septembre 1848. "2. Bastiat, Propriété et loi, t. l.