CHAPITRE III
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On sait que la principale cause des accidents sympathiques est le traumatisme du premier œil. Ce sont surtout les plaies pénétrantes qui ont lésé l’iris et le corps ciliaire. Ni les blessures de la cornée, ni celles du cristallin seul n’entrainent d’accidents à l’autre œil. Ces accidents sont fréquents, au contraire, à la suite d’une plaie du bord de la cornée avec hernie de l’iris et lésion du corps ciliaire. La lésion peut être produite par des instruments piquants, tranchants ou contondants.
Les brûlures ne deviennent que très-exceptionnellement la cause des accidents sympathiques ; cependant on en connaît quelques exemples.
Une question très-importante est de savoir si une opération pratiquée sur un œil peut amener des accidents sympathiques. L’expérience a montré que V iridectomie n’est jamais suivie de symptômes fâcheux à l’autre œil. Quant à l’opération de la cataracte, M. Critchett (1) a vu, dans deux cas d' extraction de cataracte, éclater une iridocyclite sympathique de l’autre œil, Mais, dans ces deux cas,
(I) Ann. d’Oc., LI, p. 234.
la guérison de la plaie n’était pas régulière : il s’était formé un prolapsus de l’iris, qui causait une irritation prolongée. C’est évidemment à cette irritation continue de l’iris qu’il faut attribuer le développement de l’affection sympathique.
Viridodésis, en occasionnant un tiraillement continu de l’iris, doit prédisposer aux accidents sympathiques. Un cas, publié par M. Steffan (1), confirme pleinement cette vue théorique. C’est là môme une des principales raisons pour lesquelles l’iridodésis ne peut obtenir dans la chirurgie oculaire la place qui lui reviendrait au point de vue opératoire.
On a attribué une influence particulièrement funeste à la présence d’un co7'ps étixinger dans l’intérieur du globe. Bien que démontrée dans un grand nombre de cas, cette influence nous semble avoir été exagérée. Aussi nous ne partageons pas l’avis de M. Geissler C2) qui pense que la majorité des cas traumatiques, suivis d’accidents sympathiques, sont ceux dans lesquels un corps étranger a séjourné dans l’œil. Les statistiques basées sur de grands chiffres nous apprennent que les corps étrangers entrent à peine pour un tiers dans la totalité des cas traumatiques. M. Rheindorf (3) n’en a trouvé que 17 exemples parmi 75 cas d’affections sympathiques, dont 55 d’origine traumatique. Dans la statistique de M. Mooren, les corps étrangers jouent un rôle encore moins important.
Nous savons en effet que des accidents sympathiques extrêmement fâcheux peuvent se produire à la suite d’une simple
(1) Arch. f. Ophth. X, t, p. -128.
(2) Geissler. Verletzungen des Auges. Leipzig et Heidelberg ; 1864, p. 481.
(3) Sur rOphth. symp, Lille. 1864.
blessure, comme le prouvent les observations II etlll citées plus haut. D’un autre côté, il y a de nombreux exemples de blessures de l’œil, compliquées de la présence de corps étrangers, lesquelles n’ont pas amené d'accidents sympathiques. Des observations de ce genre ont été faites par par Magne (1), Richardson (2), Pagenstecher et Soelberg- Wells(3). M. Pamard (d’Avignon) (4) a vu un grain de plomb séjourner pendant quinze ans dans un œil, sans qu’il gênât en rien son congénère. Les corps' métalliques qui entrent dans l’œil peuvent s’enkyster et se loger dans des endroits où ils n’exercent pas d'irritation ; mais il est vrai qu'ils peuvent encore tardivement devenir la cause d’accidents très-graves, après avoir été portés sans inconvénient pendant des années entières.
Au nombre des corps étrangers exerçant une action sympathique, il faut aussi compter les cataractes abaissées ; il parait qu’elles figurent parmi les causes des ophthalmies sympathiques dans une proportion aussi forte que les corps étrangers venus du dehors. Sur 37 cas d’iridocyclite maligne, M. Mooren ne compte pas moins de 7 cas d’abaissement. Ce fait est un de ceux qui parlent le plus éloquemment pour l’abandon complet de cette méthode.
Les tumeurs intra oculaires peuvent également être considérées dans une certaine mesure comme des corps étrangers. En effet les néoplasmes de la choroïde ont amené dans quelques cas, très-bien constatés, des accidents sympathiques graves. M. Pagenstecher (5) a publié deux cas de ce
(1) Union méd., 1852, p. 586.
(2) Dubl. Quart. Journ. of med. Science; nov. 1859, et Arch. gén. de méd. février 1860.
(3) Ann. d’Oc., LI, p. 236.
(4; Ann. d’Oc , XLIII , p. 23.
(5} Klinische Beob. Wiesbaden, 1862, p. 59 et 63.
genre. M. Mooren(l) en cite plusieurs, M. White-Cooper (2) mentionne un cas de cancer mélanotique, et M. Berlin (3) cite un cas de tumeur choroïdienne qui se distinguait par Textrême rapidité avec laquelle se développait Tiridocyclite maligne.
En admettant que les tumeurs intra oculaires puissent devenir la cause d’accidents sympathiques, nous avons déjà tranché dans le sens affirmatif la question tant discutée, à savoir si l’ophthalmie sympathique peut être la suite de maladies non traumatiques. Au commencement on n’a reconnu comme maladie primaire que les traumatismes. Taylor (3j est le premier qui ait fait connaître des exemples d’ophthalmie sympathique spontanée; il pense avec raison que ce n'est pas la blessure elle-même, mais les altérations morbides consécutives, qui amènent les symptômes fâcheux à l’autre œil. Or ces changements pathologiques du premier œil peuvent être occasionnés aussi par des maladies non traumatiques.
Presque tous les auteurs, qui depuis Taylor ont écrit sur notre sujet, adoptent cette manière de voir. 11 est vrai que les adversaires de l’affection sympathique spontanée peuvent objecter que la même cause constitutionnelle qui a produit la maladie du premier œil a également engendré l’affection du second. Mais cette objection perd beaucoup de sa valeur quand on se rappelle les faits suivants, qui nous paraissent bien concluants.
1“ Les accidents sympathiques se sont présentés à la suite de tumeurs intra-oculaires ; or^ il est inadmissible que la
(1) Ophth. Beob. Berlin, t867, p. 158.
('2) On Wounds and Injuries of the Eve, p. 301.
(3) Arch. f. Ophth. XIV, 2, p. 328.
(4) Ann. d’Oc. XXXIV, p. 263.
même cause interne qui a produit dans un œil un cancer mélanotique (W, Cooper) ou un sarcome de la choroïde (Pagenstecher et Berlin) ait donné naissance dans l’autre œil à une iridocyclite ou à des opacités du corps vitré, ou enfin à des trouLles fonctionnels,
2“ On a observé une grande série de cas d’iridochoroïdite sympathique spontanée, sans qu’il ait été possible de trouver une cause constitutionnelle quelconque.
3“ On a vu, dans un grand nombre de ces cas, que tous les traitements du deuxième œil sont restés infructueux et que l’énucléation du premier a amené ou la guérison ou une amélioration considérable.
Les maladies spontanées que l’on considère comme pou^ vant entraîner des affections sympathiques sont avant tout les iridochoroïdites, surtout quand il y a des désorganisations profondes, des dépôts calcaires, ou des hémorrhagies internes. L’iridochoroïdite mérite en réalité de figurer dans le nombre des maladies susceptibles de produire l’ophthalmie sympathique. Dans trois cas, nous nous sommes convaincu de cette influence d’une façon indubitable. On a aussi attribué le même effet à d’autres maladies : au staphylôme de la moitié antérieure du globe, à l’iritis (1), surtout quand elle a guéri en laissant des synéchies postérieures, et|mémeau glaucôme (AVarlomont (2) et Mooren). Quant au staphylôme, nous croyons qu’il y a des observations assez concluantes à cet égard, mais, pour ce qui concerne l’iritis simple et le glaucôme, nous pensons que les faits connus jusqu’ici ne permettent pas d^’attribuer à ces inaladies une action sympathique, la preuve
(l) V. Mackenzie, Traité des maladies des yeux : supplément publié par Mackenzie, Warlomont et Testelin. Paris, 1861», p. 387. (t) Ann, d’Oc., LI, p. 237.
vraiment décisive, c’est-à-dire l’amélioration à la suite de l’ablation du premier œil^ ne pouvant être donnée.
On a, en général, exagéré un peu la fréquence des formes non traumatiques, et nous ne saurions partager l’opinion de M, Mooren (1), qui croit qu’il y a énormément d’amauroses par suite d’iridochoroïdite que l’on explique ordinairement par une cause constitutionnelle, tandis que le second œil est frappé sous l’influence du premier. Nous pensons plutôt qu’on fera bien, en étudiant les affections sympathiques, de [s’en tenir surtout aux cas traumatiques, comme aux seuls dans lesquels la nature sympathique ne peut pas être révoquée en doute.