‹ Étude sur les alcaloïdes d'origine microbienneChapitre 23 sur 28 · PRODUITS AU COURS DE DIVERSES AFFECTIONS · texte numérisé non relu

PRODUITS AU COURS DE DIVERSES AFFECTIONS

Broncho-Pneumonie.

Dans une communication à l’Académie des sciences lue dans la séance du 20 avril 1895, M. Villiers annonçait qu'il avait retiré par la méthode de Stas des organes de deux enfants morts de broncho-pneunomie consécutive à la rougeole, un alcaloïde liquide volatil et possédant une odeur piquante, sternutatoire, une saveur peu marquée, mais une goutte de sa solution placée sur la langue détermine une sensation de cuisson et un picottement prolongé. Cette base ne réagit pas sur la teinture de tournesol, elle est mise en liberté par les bicarbonates alcalins et l’éther peut alors l'enlever de ses solutions aqueuses. :

Son chlorbydrate cristallise nettement en prismes blancs opaques, non déliquescents. Elle se rencontre surtout dans le poumon, le foie et les reins.

Dans une deuxième note lue le 14 mai 1885, M. Villiers constatait la présence des alcaloïdes microbiens dans les urines de personnes atteintes de rougeole, diphtérie, pneumonie, phtisie et d’un malade atteint d'un abcès à la tête, s

DRASS

Fièvre puerpérale.

Bourget, dans une thèse soutenue devant la Faculté de Médecine de Genève, en 1887, déclare que :

1° L’urine des malades atteintes de fièvre puerpérale, affection causée, comme on le sait, par le streptocoque, contient des bases

‘très toxiques dont la production atteint son maximum pendant la période aiguë de la maladie et diminue avec les phénomènes morbides.

2° Les bases déterminent chez les animaux les mêmes troubles que certaines ptomaïnes.

3° Les différents organes d’une malade morte de fièvre puer-

pérale contiennent des principes toxiques semblables par leurs effets physiologiques aux bases toxiques de l'urine.

4 Les produits extractifs présentent toutes les réactions générales des alcaloïdes végétaux et des ptomaïnes.

5° Ils peuvent, dans une expertise médico-légale, en imposer pour un alcaloïde végétal ou tout au moins gèner les réactions spéciales de ces derniers.

Dans une note à l’Académie des sciences en 1892, Griffiths, appliquant la méthode dont nous avons parlé ultérieurement, isole la substance dont parle Bourget et la décrit comme une substance cristalline blanche, soluble dans l’eau et donnant une réaction alcaline et dont la composition centésimale répond à la formule C* H* Az 0°, elle donne un chlorhydrate et un chloraurate cristallisés et cette solution est précipitée en rouge par l'acide tannique ; en jaune par l'acide picrique ; en blanc brunâtre par l'acide phosphomolybdique.

Elle est très toxique.

ipo

Charbon et Morve.

Nous avons vu que c’est l'étude du bacille anthracis, agent virulent du charbon, qui suggéra à Toussaint l’idée d’une action chimique des microbes. L'étude des substances chimiques sécrétées par le bacille anthracis fut tentée par plusieurs savants, mais ce fut seulement en 1886 que Hoffa cultivant le bacille du charbon sur la viande ou dans le bouillon, obtint une ptomaïne peu toxique qu’il appela anthracine.

L'étude des substances solubles des cultures de la bactérie charbonneuse fut reprise par Martin, qui publia les résultats de ses expériences le 22 mai 1890 dans le Proceedings of the Royal Society of London. Et parmi ces produits de nature diverse se trouvait un alcaloïde entièrement soluble dans l'alcool éthylique et amylique dans l'eau, mais insoluble dans la benzine, le chloroforme et l’éther.

Cet alcaloïde en se dissolvant dans l’eau lui communique une réaction fortement alcaline, aussi s’unit-il très facilement aux acides pour donner des sels bien cristallisés, desquels ül peut être isolé sans difficulté. Il peut être caractérisé par les réactifs habituels des ptomaïnes, sauf par l'iodure double de mercure et de potassium qui ne le précipite pas. Doué d'une toxicité faible, il perd en grande partie cette toxicité sous l'influence de l’air.

L'étude chimique du microbe de la morve a conduit à la découverte de la malléïine, extrait glycériné analogue à la tuberculine dont nous avons déjà parlé, et des cultures du bacille de la morve on a isolé une ptomaïne répondant à la formule CSHAZ 05; l'histoire et l'étude chimique de cette ptomaïne ne

présente rien d'intéressant, car ce n’est pas à elle, mais à une

ae

toxine diastasique qu'il faut rapporter les propriétés physiologiques de la malléïine si précieuse pour le diagnostic précoce de la morve latente.

Scarlatine.

Luff, appliquant la méthode de Griffiths aux urines d'un malade atteint de la scarlatine, isola, en 1889, un alcaloïde blanc de structure semi-cristalline, donnant un précipité jaune pâle avec l'acide phosphomolybdique et l'iodure double de mercure et de potassium et un précipité jaune avec lacide picrique, mais ne précipitant pas par le tannin.

Griffiths, en 1891, obtint de son côté cette base et complète ainsi sa description : cette base, faiblement alcaline, soluble dans l’eau, forme un chlorydrate et un chloraurate cristallisé, donne un précipité blanc avec l'acide phosphomolybdique et sa composition lui assigne la formule C*H°Az0"*.

Oreillons.

Griffiths, en 1891, dit avoir isolé des urines d'un malade atteint d'oreillons, une ptomaïne cristallisée en aiguilles prismatiques, très toxique et répondant à la formule C°H®AZO*. TI ajoute que cette base se transforme en créatine, puis en méthy-

guadinine.

Érysipèle.

La ptomaïne, extraite en 1892, des urines des érysipélateux par Griffiths, est une substance blanche cristallisant en lanelles orthorombiques solubles dans l’eau et à réaction faible-

ment alcaline.

rt bre

Ses solutions salines donnent un précipité floconneux avec le bichlorure de mercure, grenu avec le chlorure de zinc, ce précipité se dissout à chaud en se décomposant. Le réactif de Nessler donne un précipité vert, lacide picrique un précipité jaune légèrement soluble, il en est de.mème du chlorure d'or. Les acides phosphomolybdique, phosphotungstique et tannique précipitent également cette base érysipeline répondant à la formule C'H®Az0*. Elle est toxique (Bulletin de la Société chimique, 1892). :

Rougeole.

Décelée par M. Villiers, isolée par Griffiths en 1892, cette

ptomaïne qui répond à la formule de la glycocamidine

__ /CHAz FC T NCHAz OC

H.. Az est cristallisée en petites lames blanches solubles dans l’eau à réaction alcaline. Les solutions sont précipitées en aiguilles prismatiques par le bichlorure de platine et le bichlorure de mercure et en blanc par les acides phosphomolybdique, phosphotungstique et picrique.

Elle est très toxique.

Coqueluche.

M. Afanassief a trouvé dans les crachats des coquelucheux un bacille cultivant sur la gélatine et les pommes de terre et qui produit dans ces cultures la ptomaïne que Griffiths avait isolée en 1892 des urines des mêmes malades. Cette ptomaine

est blanche, cristalline, soluble dans l’eau, donne un chlorau-

rate et un chlorhydrate cristallisés, un précipité blanc par l'acide phosphomolybdique, jaune avec l'acide picrique, marron avec l'acide tannique, et sa formule établie par l'analyse est

CES A7 07 Eczéma.

Griffiths a isolé des urines des eczémateux en 1893 une substance qu'il à appelée eczémine, à laquelle il a assigné pour formule C7 H' Az O.

C'est une substance blanche cristalline, soluble dans l’eau, faiblement abcaline, donnant un chlorhydrate, un chloraurate et un chloroplatinate cristallisés, précipitant en brun avec l'acide phosphomolybdique, l'acide picrique et le nitrate d’argent, en vert avec le bichlorure de mercure. |

Sa solution injectée à des animaux produit une inflammation

locale (même après stérilisation), uue forte fièvre et la mort.

Grippe.

Griffiths et Ladel (CR Académie des sciences du 12 septembre 1892) ont isolé des urines des malades atteints de la grippe une ptomaïne blanche cristallisée en aiguilles prismatiques, soluble dans l’eau, faiblement alcaline, donnant un chlorhydrate, un chloraurate et chloroplatinate cristallisé précipitant en brun par l'acide phosphotungstique, en jaune par l'acide phosphomolybdique et par l'acide picrique, en rouge par l'acide tannique, en brun par le bichlorure de platine ainsi que par le réactif de Nesler.

Elle répond à la formule C° H° Az 0", est très toxique et

pyrétogène.

SO

Cancer.

Griffiths, dans une note à l'Académie des sciences en date du 11 juin 1894, dit avoir isolé des urines d’une malade atteinte d'un cancer utérin une ptomaïne blanche cristallisée en aiguilles microscopiques, solubles dans l’eau, à réaction alcaline formant un chlorhydrate, un chloraurate et un chloroplatinate cristallisés, donnant un précipité jaune‘avec l'acide phosphotungstique, brun avec l'acide phosphomolybdique et avec le bichlorure de mercure, rouge avec le nitrate d'argent.

Cette base répondrait à la formule C° H° AzO*, et serait très toxique.

Griffiths propose de lui donner le nom de cancérine. Au cours de recherches que j'ai entreprises sur l'urine des cancéreux de diverses localités dont parle Griffiths et même dans les urines de deux malades atteintes de cancers de l'utérus, en prélevant les urines directement dans la vessie, je n'ai pu retirer de 10 litres d'urine une trace de cet alcaloïde, je pense donc qu’il est peu téméraire de la considérer comme caractéristique du cancer; ainsi que son nom semble l'indiquer, elle est plutôt à mon avis le résultat d'association.

Mais le cas choisi par M. Griffiths ne nous parait pas à l'abri de toute critique, car il s'agissait d'un cancer inévitablement exposé, par son siège, aux infections microbiennes secondaires susceptibles de déterminer à elles seules la production de toxines dont la résorption serait suivie d’une éliminatiou par le rein.

Ces toxines pourraient ainsi donner lieu à des constatations analogues à celles que Griffiths a cru devoir attribuer unique-

ment au cancer.

Dans les expériences que nous poursuivons déjà depuis près

re ne #1: — res = de deux & ans avec M. le professeur Duplay sur la toxicité de l'urine des cancéreux, qui n’a en réalité jamais été démontrée d’une façon indiscutable, nous nous sommes attachés précisé ment. à choisir autant que possible des cas dans lesquels au- : cune infection no bicioe secondaire n’était à redouter et où, par conséquent, la cause d'erreur signalée plus haut n'existe 2 pan. . te > ù

C'est ainsi que les néoplasmes du sein du testicule de la parotide de la peau mème (avant toute ulcération) pouvant être considérée comme aseptiques au point de vue des complications microbiennes secondaires, c’est à un des cas de ce genre que nous avons cru devoir nous attacher plus spécialement.

Nous avons fait des recherches dans douze cas de cancer épithéliaux à l'abri de toute infection extérieure par le siège anatomique et nous n’avons pu trouver aucune substance toxique caractéristique dans l'urine. |

Nous pouvons mème ajouter que, dans trois autres cas susceptibles d’être considérés comme compliqués d’infection. microbienne secondaire, comme le cas de M. Griffiths (2 cas de cancer utérin et un cancer ulcéré de la langue), nous n'avons pas été plus heureux en suivant exactement la technique indiquée par M. Griffiths.

Il nous semble donc résulter de ces recherches que, contrairement à l'opinion qui tend à se généraliser un peu trop hâtivement, la toxicité des urines des malades atteints de cancers proprement dits, c'est-à-dire de cancers épithéliaux, est aussi peu démontrée que la présence, dans ces urines, d'une toxine spéciale.

Dans un cas de sarcome il nous a été possible d'obtenir des résultats que nous allons exposer.

Il s'agissait d’un sarcome mélanique diffus de la légion lom-

bosacrée chez une femme de 28 ans, qui a séjourné dans la

que. chirurgicale de l'Hôtel- Dieu, dans le courant de juin

1896 : aucune des tumeurs multiples qui constituaient la lésion Ro

ne ‘s'était encore ulcérée, ce qui la plaça dans des conditions | désirables. Ajoutons que la malade-était inopérable, mais que le diagnostic clinique à été confirmé par l'examen histologique d'un fragment enlevé au, bistouri sur l’une des tumeurs.

Dans les expériences sur la toxicité urinaire chez cette malade, nous avions pu provoquer des phénomènes convulsifs différents de ceux que produit l'urine normale.

Nous nous sommes donc demandé si ces phénomènes étaient dus à la matière colorante ou à une toxine particulière, et : pour résoudre cette question nous avons entrepris les deux séries de recherches suivantes.

500% d'urine ont été additionnés de 50° de sous-acétate de plomb liquide et le mélange, jeté sur le filtre, nous à donné un liquide filtré incolore et un précipité blanc, noircissant à l'air.

Ce précipité délayé dans l'alcool amylique donne après filtration une liqueur incolore, mais brunissant à l'air, et l'évaporation de cette solution nous a fourni des lamelles blanches d’une substance noireissant à l'air également, et qui nous a paru être la matière colorante caractéristique de l'urine mélanique.

Cette matière colorante est insoluble dans l’eau. Injectée en suspension dans ce véhicule sous la peau d'un lapin, elle n’a produit aucun phénomène apparent. Les phénomènes convulsifs ne sauraient lui être attribués-

Nous avons ensuite pris 2600% d'urine représentant la quantité émise en trois Jours. Cette urine, préalablement neutralisée avec du carbonate de soude, a été évaporée à la température de 40° environ, et amenée en consistance sirupeuse, l’'évaporation en consistance d'extrait sec a été obtenue dans le vide en présence de l'acide sulfurique. |

L'extrait sec ainsi obtenu a été repris par 100% d'éther et la solution filtrée. re ;

L'évaporation à l’air par la température ordinaire de ce soluté éthéré nous a fourni un résidu d'apparence huileuse pesant 0", 95.

Nous avons repris ce résidu par 100% de solution d'acide tartrique à 1/20 et la solution filtrée a laissé un faible résidu sur le filtre et elle était manifestement acide.

Cette solution a été neutralisée par le carbonate de soude, puis traitée par 60% d'éther. Après vingt-quatre heures de contact, pendant lesquelles nous avons agité fréquemment le mélange, nous avons décanté la solution éthérée et nous l'avons évaporée à l'air.

Le résidu de l’évaporation pesait 05°,52 et se composait de deux parties bien distinctes :

La plus abondante (2/3 environ) se présentait sous la forme d'un liquide huileux de couleur vert foncé, presque noir, légèrement fluorescent. Dissoute dans l’eau acidulée, elle a donné un précipité jaune sale avec l'extrait de Saturne.

Nous avons injecté cette solution à un lapin, qui a présenté des phénomènes de paralysie du train postérieur, une accélération très sensible de la respiration; ces phénomènes ont persisté trois jours, puis ont fini par disparaitre.

2° La deuxième partie était cristallisée en fines aiguilles blanches et nous avons pu en recueillir 05%°,15 environ.

Ces aiguilles sont insolubles dans l’eau, mais solubles dans les äcides sulfurique et tartrique étendus, et les solutions

acides nous ont donné avec :

Le bichlorure de mercure...... Un précipité blanc. L'acide phosphotungstique..... Id.

L’acide phosphomolybdique..... Un précipité gris noir.

L'iodure double de mercure et

DOS ND ne esse is.e QUn-précipiié-jaune:

La petite quantité de substances que nous avons obtenue ne nous à pas permis d'en établir la composition centésimale ni ‘d'en déterminer la formule, mais ses propriétés nous permettent de la considérer comme un alcaloïde pathologique différent de celui que Griffiths avait signalé dans l’urine des . cancéreux.

Nous avons expérimenté cet alcaloïde sur une souris, à laquelle nous avons injecté 1/10 de milligramme environ {une partie de la solution ayant été perdue} : elle a présenté des convulsions violentes et a succombé dix minutes après l’injection.

1 centigramme injecté dans la veine marginale de l'oreille d'un lapin de 1500 grammes a amené la mort après douze minutes de convulsions violentes.

Nous concluons donc de ces recherches à la présence dans les urines de cette malade :

1° D'un produit complexe, mélange d’alcaloïdes, analogue à celui trouvé par M. Pouchet et M"° Eliacheff dans l'urine normale :

2° D'une ptomaïne caractéristique de cette urine et qui lui donne des propriétés convulsivantes. » (Compte rendu Académie des sciences).

Nous n'avons cité ici la cancérine de Griffiths que pour montrer qu'elle résulte d’une infection secondaire, car nous ne sommes nullement persuadé de l'existence d’un microbe spécifique du cancer.

En ce qui concerne le sarcome mélanique, au contraire, nous serions plus volontiers porté à admettre l'existence d’un agent spécifique microbien.

Ptomaïne extraite des cultures du Micrococcus tetragenus.

Ce microbe a été isolé des crachats des phtisiques et il cultive très bien sur la gélatine peptonisée et ces cultures traitées par la méthode de Brieger donnent un corps solide blanc cristallisant en aiguilles prismatiques obtenu par Griffiths (C. rendus Académie des sciences 1892). Soluble dans l’eau, doué d'une réaction faiblement alcaline, elle forme un chlorhydrate, un chloraurate et un chloroplatinate cristallisés. Elle est précipitée par les acides phosphomolybdique, phosphotungstique et picrique. L'iodure de potassium et le bismuth donnent un précipité vert, le tannin un précipité marron. |

Cette base, dont la formule est C'HfAzO®?, est toxique et résulte certainement de la décomposition des matières albuminoïdes sous l'influence de la vie du microbe précité.

Ptomaines extraites des cultures du Hog-Gholéra,

Pneumo-entérite!.

Dans un travail publié en 1890 dans le Philadelphia med. new, Schwentz étudie les ptomaïnes contenues dans les cultures du bacille du Hog-Choléra, dans la peptone acide de bœuf : il traite ces cultures par le bichorure de mercure, décompose le précipité au sein de l’eau par l'hydrogène sulfuré, il obtint ainsi une liqueur dans laquelle il retrouva la cadavérine, une amine primaire et le sel d’un alcaloïde présentant les réactions suivantes: précipité jaune clair avec l'acide phosphomolyhbdique, aiguilles rouges avec l’iodure double de bismuth et de potassium, pré-

cipité blanc avec l'acide phosphorique, rouge brun avec liodure

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