‹ Étude sur les alcaloïdes d'origine microbienneChapitre 6 sur 28 · HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DES ALCALOÏDES D'ORIGINE MICROBIENNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA DÉCOUVERTE DES ALCALOÏDES D'ORIGINE MICROBIENNE

Bien avant d’être isolés et caractérisés chimiquement, les Alcaloïdes microbiens avaient été soupconnés ; et, si leur véritable nature n'a été connue que depuis une vingtaine d'années, leurs effets physiologiques avaient été signalés dès la fin du xyut siècle par le chimiste allemand Seybert qui, en 1758, constatait la puissance toxique du pus, du sérum sanguin et de la viande pourrie.

Gaspart ayant injecté à des animaux une infusion de viande putréfiée observa divers accidents suivis de mort et que, dans un mémoire publié en 1822 (Journal de physiologie), il attribua à un poison contenu dans la viande putréfiée. I chercha à caractériser ce poison et le reconnut différent des acides

sulfhydrique et carbonique, mais identique à l’ammoniaque.

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A la suite de Gaspart, Boyer et Bonnet attribuèrent successivement à l’ammoniaque, à l'hydrogène sulfuré et au sulfhy-

drate d'ammoniaque la toxicité des produits organiques putré-

fiés.

caractérisa le poison putride et démontra « qu'il n’est pas volatil mais fixe, 4 fois plus soluble dans l’eau que dans l’alcool et inorganisé ».

Ces allégations furent confirmées en 1866 par Hemmer et Schweninger qui, dans un mémoire sur linfection putride et ses causes, affirmèrent la multiplicité des poisons putréfactifs.

Le premier de ces poisons fut obtenu cristallisé en 1868, par Bergmann et Schmiederberg qui retirèrent de la levure de bière putréfiée un alcaloïde qu'ils appelèrent sepsine.

L'année suivante, Zuelzer et Sonnenschein traitant par l'éther une macération de débris anatomiques en retirèrent un alcaloïde toxique se rapprochant par ses propriétés chimiques et physiologiques de l’atropine et de l'hyosciamine.

Le sang putréfié traité également par l’éther donnait à Schmidt et Petersen un alcaloïde analogue à la sepsine.

En 1871, Roch et Fasshbender trouvèrent dans le foie et la rate d'un cadavre une substance analogue à la digitaline tandis que Schwannert, dans les mêmes conditions, obtenait le chloroplatinate cristallisé d’une base huileuse incristallisable.

Une substance analogue à la conine et désignée par Hayer sous le nom de septcine, fut isolée dans les macérations anatomiques par Morquardt.

Tous ces travaux isolés n'avaient attiré que médiocrement l'attention du monde savant lorsqu'en 1872, un professeur de la Faculté de médecine de Paris, M. Gautier, remarqua que les matières albuminoïdes en se putréfiant devenaient alcalines et

que cette réaction alcaline n'était pas due à l'ammoniaque mais

C'est seulement en 1856 que le physiologiste danois Panum |

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à des bases alcaloïdiques dont il isola quelques-unes. Quelques années auparavant, Selmi, professeur de médecine légale à la faculté de Bologne, appelé à confirmer les affirmations de chimistes qui avaient cru trouver dans les viscères du général Gibbone, la delphine, démontra que l’alcaloïde en question n’était pas la delphine, mais un alcaloïde d’origine animale provenant de la putréfaction du cadavre. Deux procès semblables amenèrént Selmi à des constatations identiques ; et, ayant expérimenté sur des cadavres dont il connaissait la provenance, il annonça dans un premier mémoire (30 juin 1872) :

1° Que l'estomac des personnes ant succombé à une mort naturelle contient des substances qui se D avec les réactifs comme certains alcaloïdes végétaux ;

2° Que ces produits ne sont ni la créatine, ni la tyrosine ;

3° Que l'on retrouve des produits analogues dans l'alcool ayant servi à la macération des pièces anatomiques.

Enfin, dans un second mémoire du 6 décembre 1877, Selmi affirmait avoir obtenu deux alcaloïdes, l’un fixe et l’autre volatil, en soumettant à la putréfaction de l’albumine pure.

Non seulement Selmi poursuivit cette étude au point de vue de la médecine légale au moment où l'affaire Brandes- Klebs en Allemagne, permit à Otto de vérifier ses allégations, mais il entrevit l'intérèt que présentait sa découverte au point de vue de la pathologie et il trouva même des ptomaïnes de la fièvre typhoïde, du tétanos et de la pneumonie.

Liebermann, Van Gelder, Spica, Gianelli et Corona, Brouardel et Boutmy, Wolkenhaar rencontrèrent successivement dans un certain nombre de cadavres des alcaloïdes putréfactifs auxquels on donna le nom de ptomaïnes.

En 1876, Nencki donna l'analyse et l'étude chimique de la collidine obtenue par la putréfaction de la gélatine, et plus

tard, en 1881, Gautier et Etard firent les mèmes études pour

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la parvoline et l'hydrocollidine tandis que Guareschi, Mosso et Oeschner de Coninck en 1883 étudièrent la corindine.

Si Gautier et Selmi avaient les premiers donné l'élan dans cette étude des alcaloïdes putréfactifs, les progrès réalisés sont dus surtout à l'Allemand Brieger qui isola successivement les piomaïnes produites au cours de la putréfaction de la viande, du poisson, du fromage, et étendant ses études aux microbes pathogènes, isola les bases sécrétées par le bacille de la fièvre typhoïde, du tétanos, et du choléra. Il émit mème certaines hypothèses sur la constitution chimique et l'origine de ces corps, hypothèses que nous étudierons plus loin.

Avec Brieger reprenant Les idées de Selmi, l'étude des alcaloïdes microbiens s'étend : ce ne sont plus seulement les microbes de la putréfaction que l’on observe, mais aussi ceux qui causent les principales maladies de l’homme et des animaux. Outre les ptomaïnes que nous venons de citer, il obtient en effet celle du staphylocoque pyogène aureus, les quatre toxines du tétanos, concurremment avec Ferran de Barcelone, il isola une substance analogue dans les cultures du bacille virgule du choléra (1897). Hoffa retira une toxine de la culture sur viande hachée du bacille anthracis.

D'autre part, s'ils ne parvenaient pas à les isoler, un certain nombre de savants prouvaient l'existence des toxines dans les cultures de microbes : tels Pasteur, pour le choléra des poules; Charrin, pour le micrococcus pyocyaneus; Arloing, pour le Bacillus anthracis ; Chauveau.

Bouchard, Villiers et Pouchet retrouvaient un certain nombre de ces toxines dans les urines pathologiques et étudiaient ainsi plusieurs de ces corps que nous retrouverons dans la suite.

Ces savants indiquaient ainsi une voie qui ne pouvait que prendre une impulsion considérable avec les progrès des

études bactériologiques ; aussi voyons-nous par la suite d'im-

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portants travaux sur les poisons bactériens faits par Lôffler, Koch, Charrin qui, par ses études sur le bacille pyocyanique, nous donne une théorie de l’action des microbes pathogènes, Manfredi et Traversa étudient les toxines du microbe de l'érysypèle; Griffiths s'attache surtout à retrouver des ptomaïnes dans les urines de personnes atteintes de maladies infectieuses et isole plusieurs de ces substances dont il nous donne la for-

mule et les propriétés chimiques.

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