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HYPOTHÈSES SUR LE MODE DE PRODUCTION ET L'ORIGINE DES ALCALOÏDES

De tous les problèmes soulevés par la découverte des alcaloïdes d'origine microbienne, l’un de ceux qui ont le plus passionné les chercheurs, et à juste titre, car il est l’un des

plus intéressants et l’un de ceux dont la solution ouvrirait le plus de voies à la thérapeutique, est le suivant : Le mécanisme de production de ces alcaloïdes.

Le but de la thérapeutique des maladies infectieuses est en effet non seulement d'éliminer les toxines de l’organisnre, mais plus encore de les empècher de s'y former, et ce but sera singulièrement facilité quand on saura exactement par quel mécanisme les microbes fabriquent ces substances.

Malheureusement, en dépit des nombreux travaux publiés sur la question, nous en sommes encore réduits à émettre des hypothèses que rien n’a encore vérifiées.

Le premier auteur qui se soit occupé de cette question est M. À. Gautier qui, dans deux notes communiquées à l’Académie de médecine, les 19 et 26 juillet 1881, établit que les poisons putréfactifs se forment sous l'influence de la vie des ferments et des tissus aux dépens des matières protéiques.

Vers la même époque, les études de Brieger semblent confirmer cette manière de voir et ce savant considère la peptotoxine, dont nous reparlerons, comme la première étape de ce

dédoublement des matières protéiques.

fournissent le gs ro T sont la sine, de chair de

é eu

io obtient Ja Neurdiné par la décompose tion di jaune

a œuf. (par Le eau de baryte) Her privé de la choline par l'alcool. |

Il admit alors qu’elle existait en Re dédoublable

À par ébullition avec l'eau de baryte. Identiquement, dans la

viande fraiche, la neuridine serait engagée dans une combinaison semblable aux lécithines et le processus putréfactif détruirait cette combinaison et mettrait en liberté la neuridine qu il dédoublerait à son tour. :

Brieger admit que la décomposition, par le processus putréfactif, de la lécithine donnait la choline, qui en perdant une molécule d'eau, donne la névrine : cette déshydratation de la

choline a été produite par Brieger en Ja chauffant en tube

scellé avec l'acide iodhydrique.

Brieger démontra de mème la production de la triméthylamine par dédoublement de la névrine.

En 1892, Hueppe admit la même hypothèse pour la production des poisons produits par les microbes pathogènes : « Ces poisons, dit-il, sont produits par la décomposition de l’albumine morte ou vivante, »

Ro

Les travaux de Bergmann, Schmiederberg et ceux de Roussy vinrent infirmer ces assertions. Ces savants en opérant avec de la levure de bière réduite à l’autophagie et éloignéepar conséquent de toute matière albuminoïde produisait cependant une - substance appelée sepsine par les premiers, pyrétogénine par

le troisième. :

Popoff en laissant pourrir le liquide de culture de Pasteur absolument exempt de matières albuminoïdes et dont la seule substance azotée est le succinate d'ammoniaque, produisit en injectant ce liquide à des animaux les mêmes phénomènes qu'avec les matières albuminoïdes putréfiées. On pouvait, 1l est vrai, alléguer que l'introduction des microbes putréfactifs pouvait causer ces accidents, mais le mème reproche ne pouvait être adressé à Bergmann, qui stérilisa son liquide par la chaleur avant de l’injecter.

Schuller, avec le liquide de Cohn et plusieurs élèves de Pachoutine vérifièrent l'exactitude de ces faits et se crurent autorisés à affirmer que : « Les poisons microbiens sont le résultat de l'action synthétique des microbes et non pas de la décomposition des matières albuminoïdes. » ee.

Cantani, expérimentant avec des cultures de bacille cholérique, constuta que, au moment de la vie du microbe, le liquide de culture est acide et non toxique, puis quand les bactéries cessent de se développer et se déposent, le liquide devient aicalin et de plus en plus toxique. Il en conclut que le poison bactérien serait renfermé dans le corps des bactéries et il en serait extrait très lentement par le liquide dans lequel ces bactéries macèrent. Il supposa mème que la toxicité des bactéries était analogue à celle de certains champignons, hypothèse admissible d'autant plus facilement que la substance toxique des champignons, la muscarine, présente beaucoup

d'analogie avec les alcaloïdes mierobiens.

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En 1888, Gamaleia démontra la toxicité des cadavres de bactéries tuées par la chaleur en opérant sur le bacille du choléra et le Vibrion avicide tandis que Buchner retira une substance alcaloïdique de la substance même du bacille typhique et du bacille pyocyanique.

Koch extrait de même du bacille de la tuberculose des substances que nous étudierons plus tard.

Nous rappellerons aussi les travaux publiés par Guinochet en 1892 sur les produits sécrétés par le microbe de la diphtérie. Dans ce mémoire, il se demande si les produits toxiques du microbe de la diphtérie sont des produits de décomposition des matières albuminoïdes ayant servi d'aliments au microbe (suivant l'hypothèse allemande) soutenue par Brieger et Hueppe ou s'ils résultent d’un processus synthétique?

Pour résoudre ce problème, il cultiva le bacille de Loffler dans l’urine humaine, milieu dépourvu d’albumine, et il constata que cette urine ayant servi de milieu de culture, filtrée au filtre Chamberland et injectée à des cobayes, produit les mêmes accidents qu'une culture faite avec un bouillon riche en albumine, mais avec une moindre intensité. Il tira de cette expérience la conclusion suivante : la toxine de la diphtérie ne dérive pas nécessairement de matières albuminoïdes, elle peut être élaborée en l'absence de ces matières. Il constata en même temps, et cette constatation est importante, que l'urine injectée ne donnait aucune des réactions des matières albuminoïdes méme après concentration dans le vide.

Cependant, M. Guinochet n’osa pas nier la nature albuminoïde du poison et se retrancha derrière le défaut de sensibilité des réactifs. Voici donc un certain nombre de travaux qui semblent autoriser à formuler en face de l'hypothèse de Brieger et de Hueppe la suivante : Les poisons bactériens sont le

résultat de la synthèse créatrice des bactéries et proviennent des

\ corps bacillaires et leur nuéure chimique est identique avec celle.

des nucléines.

Tel était l’état de la science sur cette question . deux médecins lyonnais, MM. Courmont et Doyon, lui firent faire un.

grand pas en démontrant que l'existence des deux hypothèses était le résultat d’une étude incomplète et de l'insuffisance des notions acquises sur la nature des poisons microbiens. Nous parlerons avec plus de détails de cette communication quand nous traiterons des produits du bacille de Nicolaier et pour l'instant nous donnerons simplément les conclusions du travailde MM. Courmont et Doyon, et leurs conséquences.

Il est probable: que d’autres substances microbiennes dites toxiques doivent, comme les toxines du bacille de Nicolaier, agir comme des ferments solubles BOUT produire des 10Hne aux dépens de l'organisme.

Cette conclusion d'un travail sur lequel nous reviendrons plus longuement à cause de l’intérèt qu'il présente a l’avan-

tage de concilier les deux hypothèses qui précèdent et elle

nous servira également à expliquer les divers résultats, en.

apparence contradictoires, auxquels nous arriverons dans l’étude des produits solubles sécrétés par les microbes pathogènes. Il ressort en effet de cela que le microbe élabore aux dépens de sa substance même un ferment soluble qui détermine dans l’organisme malade une fermentation au cours de laquelle les alcaloïdes microbiens PESPREn naissance aux dépens des cellules de notre organisme.

Ces : deux nn sont en effet nettement différentes l'une de l'autre : la substance provenant de la synthèse créatrice des corps bacillaires est une diastase amorphe soluble dans l’eau, insoluble dans l'alcool qui la précipite de ses solutions aqueuses; son action sur l'organisme n’est pas immédiate,

ce n'est qu'au bout d’un certain temps d’incubation que se pro-

) —uU— f ES = Û duit la fermentation qui donne lieu . la Droduction des alca- Fe loïdes dont nous “parlerons dans le chapitre suivant.

Nous n'acceptons pas complètement les conclusions du travail de MM. Courmont el Doyon, car il existe des cas où l'organisme en dehors de toute infection microbienne fabrique des ptomaïnes : c’est ce que nous avons observé personnellement en étudiant la toxicité urinaire de malades atteints d’affections chirurgicales non infectieuses et soumis à de grands traumatismes accidentels ou opératoires.

Nous avons, pendant les deux ou trois jours suivant le traumatisme, trouvé une toxicité urinaire de deux à quatre fois plus élevée qu'à l’état normal. Nous avons cru devoir attribuer cette augmentation de la toxicité urinaire à la présence de ptomaïnes complexes {elles se distinguent des leucomaïnes par leur puissance toxique) dont l'injection déterminait la mort des lapins et cobayes avec des phénomènes de narcose. Nous étions forcés d'admettre que ces ptomäïnes éliminées par l'organisme en dehors de toute infection microbienne et uniquement sous linfluence des traumatismes, étaient des produits fabriqués par les cellules traumatisées. Ce fait joint à l'absence presque constante des ptomaïnes non putréfactives dans les bouillons de culture des microbes pathogènes nous porte à admettre que les alcaloïdes dont la production est attribuée aux microbes pathogènes sont en réalité des produits sécrétés par la cellule animale et utülisés par elle dans sa défense contre le microbe pathogène.

Nous nous proposons de continuer ces recherches et d’en publier ultérieurement les résultats complets.

La diversité de ces résultats et de ces hypothèses peut d’ailleurs s'expliquer par la gradation insensible qui existe des albumines inoffensives aux ptomaïnes, aux toxalbumines et

même aux ferments diastasiques.

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