‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 26 sur 34 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

DE L'ALCOOLISME. — DE LA DÉCHÉANCE ORGANIQUE COMME CAUSE PRIMORDIALE DES BLESSURES INDUSTRIELLES.

Les progrès croissants de l'alcoolisme, qui tendent à faire de notre race une race de dégénérés, de concert en cela avec l'hérédité de certaines prédispositions morbides, telles que la scrofule et la syphilis. font surtout sentir leur influence néfaste sur les populations ouvrières des grands centres industriels.

La quantité de boissons alcooliques absorbées, et surtout leur mauvaise qualité, conduisent peu à peu ceux qui s’y adonnent à un état de décrépitude morale, autant que physique; et cela est à un point tel, que l’on peut presque affirmer, sans trop craindre de s’avancer, que, dans certains milieux, presque tous les ouvriers sont alcooliques à un degré plus ou moins avancé : ceci est particulièrement vrai dans le département du Nord. Ceux qui circulent le lundi dans les rues de villes ouvrières, comme Lille, Roubaix, Tourcoing, etc , etc. peuvent dire combien de cas d’éthylisme aigu ils ont rencontrés sur leur passage. Combien y àa-t-il, en plus de ceux-là, de cas d'éthylisme chronique, qui ne se révèlent pas à première vue ?

Si encore cela se bornaïit au sexe masculin ? mais, il est triste de le dire, les femmes dans certains centres, s’adonnent autant que les hommes aux boissons spiritueuses. Dans le ménage, on fait un abus parfois immodéré de café. Cette lente intoxication caféique, loin de corriger l’intoxication alcoolique,

-ne fait que se joindre à elle.

Voici donc des individus, qui, en admettant même qu'ils

Et

n'aient pas de tares héréditaires, ni de morbidités organiques, n’en sont pas moins des dégénérés. Leur résistance vitale en est amoindrie. Que sera-ce si leur profession les oblige à séjourner dans des endroits malsains, à se livrer à des occupations meurtrières, à absorber ces poussières, des germes, à être intoxiqué par le plomb, certains autres produits d’un maniement dangereux ? Les maladies, venant s’abattre sur eux, trouvent un terrain tout préparé, d'autant mieux, qu'en dehors de l'atelier, ils ne trouvent, ni hygiène, ni confortable. Les affections, mêmes bénignes, prennent des allures atoniques, s'installent comme certains parasites, et né tendent jamais à la guérison spontanée. La constitution de ces gens-là est en état d'équilibre instable, en imminence de faillite.

Poursuivons plus loin cette étude. Comprend-t-on quel pourra être l'enfant produit d'un père et d’une mère placés dans cet état de déchéance physique et morale ? Malingre, étiolé, voué dès son jeune âge au rachitisme, à l’athrepsie, il grandit tant bien que mal, en côtoyant toutes Les maladies. À son tour à peine formé, n'ayant souvent de bien acquis que des vices précoces, il s’en va à la fabrique, où ses jeunes poumons, avides d’air, ne respirent que miasmes et poussières !

Ces maladies n’entravent pas chez les femmes la fécondité ! il n'en est malheureusement pas ainsi: ce n’est pas un enfant qu'elles ont; c'est en moyenne cinq, six, jusqu'à douze, plus peut-être, en moyenne quatre.

On peut bien admettre qu'il n’en soit pas rigoureusement ainsi dans toute la France, mais nous n’hésitons pas à prétendre que ce tableau est malheureusement la peinture exacte de ce qui se passe dans toutes les régions, où il y a d'importantes agglomérations ouvrières. C’est en particulier ce que nous avons observé dans la région du Nord. Il est vrai que le département du Nord se trouve placé en tête pour la consommation de l'alcool. |

On conçoit de prime abord quel sera le rôle désastreux des manifestations alcooliques à l'état aigu sur des individus dont

les occupations exigent de la force, de l'adresse, ou de la précision et de l'équilibre. Nous ne citons que les rattachears dans les filatures, les employés aux scies circulaires par exemple, les couvreurs, les manœuvres de maçons.

1 serait puéril de vouloir démontrer à quels dangers s’exposent ceux qui, atteints d’ivresse, se livrent à ces occupations là. L'ivresse malheureusement, chez beaucoup, est périodique et hebdomadaire, quand elle n’est pas systématique.

L'éthylisme chronique, quoique souvent moins apparent dans ses manifestations, n'est pas moins dangereux. Déterminant à la longue des troubles nutritifs, des lésions des divers organes, une diminution de la force musculaire, un affaiblissement général, un tremblement prononcé, il place l'organisme entier de celui qui en est atteint dans un degré d’amoindrissement, qui le rend moins apte à ses travaux habituels.

L'ouvrier qui en sera arrivé à cette période, sentant ses jambes fléchir, son outil lui échapper, renoncera-t-il à ses -

occupations ? Non certainement ! Si d'ailleurs le patron veut le remplacer, il protestera avec la dernière énergie.

Voicidonc un individu, qui sera en état de réceptivité accidentelle, si l’on peut dire ainsi, — comme il se trouve en état de réceptivité morbide.

Nous savons que l’état d'ivresse constatée, peut enlever au blessé le bienfait de l'indemnité à laquelle il a normalement droit. Mais, si l’éthylisme aigu est facile à remarquer en temps ordinaire, il n’en est pas de même après un traumatisme.

L'entourage se garde bien de donner des renseignements ; généralement on fait l’éloge du blessé, qui était d'une sobriété exemplaire, qui ne buvait jamais : c'était un père de famille qui restait chez lui quand les autres allaient au cabaret. Voilà ce que l'on nous dit souvent : voilà ce que l’on nous disait un jour, qu'étant de garde aux hôpitaux du Havre, on nous amenait un blessé. Cet homme était placé sur une charrette à bras; il était dans le coma, avait une respiration stertoreuse. En vain nous demandons quelques éclaircissements : on nous répondait

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