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toujours qu'il était d'une sobriété exemplaire ! Nous annonçions à ceux qui l'avaient amené que son état étant grave, il importait de lui donner des soins énergiques, d’où dépendaient son rétablissement, et qu'il était de la dernière importance de savoir s’il ne s'agissait pas d'ivresse. Ceci se passait pendant le transport de l'individu dans les salles.
Perché sur sa charrette, il ne nous était pas accessible. Enfin l’un des ouvriers qui étaient là, plus intelligent que les autres, nous prit à part et nous confia — en grand secret — que cet homme aussi sobre, avait bu à un fut de rhum d’origine, sur le quai de débarquement où ils travaillent. Tous en avaient fait autant, après quoi ils avaient rétabli la plénitude du fût avec un peu d’eau.
Nous demandâmes alors quelle quantité de rhum le malade avait pu absorber. Elle fut évaluée à un « bon litre »! Nous étions renseignés, ce qui n’empêcha malheureusement pas notre ivrogne de mourir dass la journée, sans d’ailleurs reprendre connaissance, bien qu’on ait épuisé sur lui toute la thérapeutique usitée en pareil cas.
Cela nous apprit à nous défier des hommes trop sobres. et des rhums d’origine! e
Nous pouvons donc dire qu'il faut peu compter sur les renseignements fournis par l'entourage. Ce sont généralement des compagnons qui ne se livrent pas entre eux.
Peut-on se fier, pour affirmer l'ivresse sur quelques émanations d’aldéhyde? Non. Les personnes quiont donné les premiers soins, ont pu donner un peu d'alcool au blessé pour le ranimer.
Lui-même a pu boire «un petit verre » avant son accident : il n’en faut pas davantage parfois pour donner au blessé une haleine aldéhydique.
S'il est dans le coma, cet état est-il dû à l'alcool comme dans le cas que nous citons plus haut; ou bien au schock, comme dans une autre observation...
Alors même que l'état d'ivresse est manifeste, on hésite encore sur la valeur à lui attribuer, troublé que l'on est par
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la crainte de priver un innocent de l'indemnité à laquelle il a droit.
S'il n’est pas facile d'apprécier, ainsi qu’il convient, la part qui, dans un traumatisme, revient à l'éthylisme aigu, il est bien plus difficile de s’en rendre compte quand il s’agit de l’éthylisme chronique.
Que ne doit-on pas dire alors au sujet de la déchéance organique, qu'il s'agisse de diathèses, de prédispositions morbides, héréditaires ou acquises, de tares anciennes ou nouvelles? Comment reconnaître ce qui est le fait du traumatisme lui-même, et ce qui doit être imputé à l'organisme? On comprend aisément que tel ouvrier, qui a eu une ancienne fracture de jambe à cal veineux, une entorse avec ankylose consécutive à un ulcère de jambe, une gomme, est plus maladroit dans les mouvements de ce membre. De même les rachitiques, ceux qui présentent une malformation squelettique quelconque, sont plus malhabiles en leurs mouvements.
C’est ce qui fait que l’on voit des ouvriers, qui sont beaucoup plus facilement blessés que les autres.
Les deux observations suivantes corroborent ce que nous avançons.
OBservATION LX VI.
D. E., manœuvre, âgé de 50 ans, a reçu un coup dans les reins.
Le 15 avril 1894, il n’y a pas de trace de contusion ; mais cet individu possède une cyphose dorso-lombaire très marquée et bien suffisante pour expliquer des douleurs de cause rachidienne.
L’intéressé avoue qu’il a eu souvent « des petits mals de reins » mais qui n'ont pas été jusqu’à l’empècher de travailler.
OgservaTION LXVII.
Une varouleuse, âgée de 16 ans, a fait un faux pas en circulant dans la fabrique le 1° Mars 1894.
Le lendemain, le membre inférieur droit est entièrement déformé par le rachitisme : il existe une sorte de génu-valgum. Cependant ce n'est pas un génu-valgum ordinaire. La déviation siège au niveau du quart supérieur du tibia. L’axe de la cuisse tombe à treize centimètres en dedans de l’axe du pied. Il y a, en outre, une hydarthrose récente du genou droit. La blessée reprend son travail le 6 mars.
Beaucoup d’entre ces gens connaissent leurs tares. Ils se rendent compte de leur inaptitude à remplir, comme autrefois, leurs fonctions ; ils se rendent compte de la diminution de leur force physique; aussi, qu'il leur survienne un accident, ils feront tout ce qu'ils pourront pour profiter le plus possible de cet état de blessé, auquel ils sont presque fatalement voués.
Mais, nous dira-t-on, que faire ? Comment remédier à cet état de choses? — Sans vouloir pénétrer dans des questions économiques et sociales qui ne sont pas de notre ressort, — nous croyons que la solution vraie est dans l'hygiène des ouvriers et dans la suppression de l'alcoolisme.
Des commissions d'hygiène et de salubrité existent dans toutes les grandes villes.
Elles ne fonctionnent pas suffisamment en général, ou bien elles fonctionnent encore trop mal. C’est un tort. L'hygiène dans le foyer, dans la maison, comme dans les usines et les ateliers, est d’une rigoureuse nécessité. Ii y a beaucoup à faire dans cet ordre d'idées.
La suppression de l'alcoolisme, cela semble une utopie; et cependant cela est réalisable. Et, par alcoolisme, nous ne voulons pas entendre l'usage de l'alcool ; nous n’envisageons que l'abus. L’alcoolisme, pour nous, n’est que l’intoxication due à l'alcool, mais surtout cet empoisonnement, cent fois plus dangereux, que déterminent les substances chimiques, les produits empyreumatiques, qui forment maintenant la base des boissons du peuple.
Empêcher ces fraudes, ces falsifications; ne livrer au commerce que de l'alcool pur; n'est-ce pas supprimer l'alcoolisme ? Le moyen ? Pourquoi l'Etat n’en prendrait-il pas le monopole? Cela ne vaudrait-il pas mieux que celui des allumettes ? C’est un échange et tout sera pour le mieux.