‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 5 sur 34 · SERRE · texte numérisé non relu

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coupé les pouces à ses deux jeunes fils, pour les dispenser du service militaire. « Equitem romanum, quoad duobus filiis adolescentibus causa detrectandi sacramenti, pollices amputasset, ipsum bonaque subjecit hastae ».

Ce mode de simulation paraît avoir été assez répandu, puisque c'est à cette mutilation que l'on attribue l’origine du mot poltron: « pollex truncatus ».

Plus qu’en tout autre pays peut-être, la simulation s’exerça en France : elle y atteignit un degré qu’elle n’avait nulle part. On peut même dire qu’elle y sévit comme une épidémie à une époque devenue lointaine.

Le moyen-âge entier fut rempli de ces fraudes éhontées, dont le but était d’exciter la commisération publique, quand elle ne servait pas à se faire dispenser du service militaire ou des charges civiles. Les rues étaient pleines de faux mendiants. Les parvis d’églises en regorgeaient. On en voyait, qui se boursouflaient le scrotum en s’injectant de l’air dans le tissu céllulaire : ils étalaient impudiquement aux yeux des passants leurs organes génitaux, excitaient leur pitié et se disaient atteints d’éléphantiasis.

Bien plus, tromper devint un art: il eut ses disciples et ses maîtres, ses formules et ses cliniques. Cette Faculté d’un nouveau genre s'appelait la « Cour des Miracles ». A. Paré, qui longuement s’est étendu sur ce sujet, a décrit minutieusement quelques types de ces simulateurs.

« Autres, s’enveloppent la tête de quelque méchant drapeau, > se couchent dans certains lieux où le monde passe, deman- » dent aumône avec une voix basse et tremblante comme » Ceux qui ont un commencement de fièvre et ainsi contre- » faisant être bien malades. Le monde en ayant pitié leur » donne et cependant n'ont aucun mal. — Autres se disent > ictériques et avoir la jaunisse, se barbouillant tout le visage bras, jambes et poitrine avec la suie délayée en eau ». Ces artifices quoique grossiers réussissaient : mais ils n'étaient pas les seuls et leur énumération occuperait plusieurs chapitres.

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Longtemps on a vu les simulateurs n’avoir d’autres buts que l'exemption des charges militaires ou l'excitation de la pitié publique. Plus tard, la simulation change d’aspect : elle s'étend à tout le peuple; on la voit même à la Cour.

Sous Louis XIII, les courtisans se disaient atteints de vapeurs comme leur maître.

Pendant le règne du Roi Soleil ce fut la fistule à l'anus qui fut en faveur. « On entend parler tous les jours, dit Dionis, d'opérations qu’on en a faites à des personnes qui n’en paraissaient point incommodées. C’est une maladie qui est devenue » à la mode depuis celle du Roi.

» J’en ai connu plus de trente qui voulaient qu'on leur fit » l'opération et dont la folie était si grande qu'ils paraissaient » fàchés lorsqu'on les assurait qu’il n’y avait pas de nécessité » de la faire ».

Pendant la Révolution et le premier Empire, loin de diminuer, les fraudes augmentèrent en notable proportion. Fodéré dit qu’on. se montrait très sévère aux Conseils de révision et c’est à peine si l’on épargnait les infirmes (1813).

Les exigences de la guerre diminuërent peu à peu : cette sorte de fraude finit par disparaître presque complètement ; mais Ja simulation devait trouver plus tard un aliment iné-

puisable dans l’industrie toujours grandissante. = Le nombre toujours croissant des usines, leur diversité, la quantité desvuvriers employés, enfin la création des assurances contre les accidents donna successivement naissance à de nouvelles sortes de simulation aussi variées que nombreuses.

Néanmoins, tant que l’on resta dans le domaine des petites industries, tant qu'il fallut s'adresser aux particuliers pour réparer le dommage, les simulateurs conservèrentune certaine retenue. Il n’en fut plus de même — lorsque furent créées les grandes industries, — lorsque la direction de ces établissements passa aux mains de quelques fonctionnaires représentants d'une Compagnie anonyme, — lorsqu'enfin l’on put

s'attaquer à une dénomination financière impersonnelle.

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Ainsi que le disait T. Gallard, dans une étude sur les maladies simulées iue à l’Académie de médecine de Paris le 17 février 4880 : « Le chiffre de l'indemnité allouée se maintenait toujours > dans des limites fort restreintes, lorsqu'il s'agissait de le > faire payer par de simples particuliers, dont les ressources > étaient le plus souvent insuffisantes. Il n’y avait donc pas » alors un grand appât pour le lucre, ni par conséquent pour > le vol et la fraude, aussi les simulations étaient-elles fort > rares. Il n’en a pas été de même, lorsqu'au lieu de simples > particuliers, on a pu mettre en cause de grandes Compagnies > industrielles ou financières, dont les richesses anonymes > pouvaient satisfaire toutes les convoitises. Sous le moindre s prétexte, on s’est cru autoriser à réclamer des sommes » considérables ; puis, une fois la réclamation faite, il a fallu » la justifier, soit en exagérant les symptômes d'une maladie » réelle, soit en attribuant à cette maladie une autre cause » que celle d’où elle provenait réellement, soit en dissimulant » tout à fait ».

Faire une étude approfondie de la simulation serait certes un travail intéressant au plus haut chef, mais considérable et en dehors des limites de notre modeste ouvrage.

Nous aurions aimé néanmoins envisager la question de la simulation dans l’armée ; mais les résultats des conseils de révision sont secrets. Nous ne pouvons que le regretter. Nous aurions voulu montrer jusqu'où peut aller J'ingéniosité de certains individus pour se soustraire au service militaire, ou pour obtenir des indemnités, des pensions.

L'observation suivante, que nous avons résumée d’après un article de l« Union medicale » du 24 mars 1894, en est un exemple bien curieux.

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