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passais dans le corridor en sortant de mon service; cette fois j’eus l'air préoccupé et il ne put appeler mon attention par ses regards.
Le 27 au matin, lorsque j’arrivai dans mon cabinet peu d’instants après ma visite, je le trouvai près de la porte et il me demanda d’un ton très visiblement gêné la permission de m’entretenir un instant. Je le fis entrer et sans lui donner le temps de se remettre de son émotion, je lui dis entrant brusquement en matière : « Vous êtes un » farceur ; vous jouez un mauvais jeu, el puisque vous venez me » parler, voici en deux mots ce que je veux vous dire à vous seul ; » je me proposais de vous dire cela d’ailleurs demain matin en » pleine salle devant tous les autres malades. »
Il voulut protester de son innocence et commença à me dire avec volubilité qu’il était réellement malade, que cet abaissement de température de la main remontait à son enfance, qu’il avait été soigné longtemps par un professeur de l’école de Bordeaux, etc.
Mais je ne le laissai pas continuer quand je vis que peu à peu il reprenait son assurance ; je lui imposai silence et lui dis à mon tour. « Vous êtes ennuyé d’être au service et vous espérez vous faire » réformer par ce moyen qu’on vous a suggéré. Or prenez garde, > les simulateurs, lorsqu'ils sont découverts sont punis de prison et » peuvent même être envoyés dans les compagnies de discipline.
» Si vous étiez, ajoutai-je, le premier venu ignorant et grossier, » je ne prendrais pas la peine de vous prévenir du danger auquel « vous vous exposez, mais comme vous êtes instruit, intelligent et > que vous appartenez à une famille honorable, je vous laisse le » choix de votre conduite après vous avoir renseigné sur ses consé- > quences.
> Vous m'affirmez que vous êtes malade ; très bien. Je vous laisse » jusqu’à demain pour réfléchir. Si vous comprenez d'ici là que vous » êtes dans une mauvaise voie, vous me direz demain, quand je > passerai près de votre lit, que vous allez mieux. Après-demain que » vous êtes guéri, je vous mettrais alors simplement exeaf, et vous » ferez votre service sans qu’il soit plus question de votre cyanose et » de votre refroidissement de la main droite.
» Si, au contraire, vous êtes bien certain de ne pas être un simu- » lateur, et bien! je continuerai mon expérience. Si vous êtes » réellement malade, vous aurez gagné votre procès; mais ‘si je » démontre votre fraude, et je suis certain de la démontrer, car vous
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> êtes moins habile que X..., dont je suis cependant venu à bout, > je vous préviens, et cela sur ma parole, que je ferai mon devoir » tout entier sans me laisser toucher par vos supplications ou celles >. de vos parents.
> Je suis ici l'expert de l'État, et vous pouvez être certain, si » vous fraudez, que mon rapport à l'autorité militaire vous enverra > eu prison, sinon aux compagnies de discipline et fera inscrire le > motif de votre punition sur votre livret. Or, pour un grossier > manouvrier cette punition serait déjà très pénible. Pour vous elle le » sera doublement parce qu’elle entachera votre honneur militaire, » et vous voyez d'ici les circonstances morales qui en découlent. »
D... fut mis en considération par ces paroles, il me demanda la faveur d’un congé de convalescence, mais je le renvoyai impérativement à son lit, lui disant que je n’avais rien à ajouter à mon ultimatum.
Le lendemain, quand j’errivai au lit de ce jeune homme, il me dit en rougissant qu'il allait mieux, qu’il était certain de guérir prochainement, etc. Enfin je dois ajouter qu’à partir du moment de sa sortie de l'hôpital, D... n’a plus parlé du refroidissement de sa main droite, qui d’ailleurs n'existait plus. »
Ne pouvant nous étendré comme il conviendrait sur ces sortes de simulation, nous nous sommes borné à citer des faits caractéristiques entre tous. Nous nous réservons de traiter plus particulièrement la simulation au point de vue spécial aux industries.
Ayant eu l’avantage de remplir, pendant près de .deux ans, les fonctions d’interne à la « Maison de Secours aux blessés de l'Industrie », nous avons pu voir défiler devant nous, de très nombreuses variétés de fraudes, auxquelles se livrent certains ouvriers, quand ils espèrent tirer de leur blessure un bénéfice plus ou moins important. Nous avons pu, grâce au fonctionnement de cet établissement, recueillir tous les documents qui nous ont servi pour notre thèse.
Cette institution, véritablement philantropique, a été créée en 1885, par un homme de haute valeur, M. Batteur, ingénieur