‹ Étude sur les blessures simulées dans l'industrieChapitre 9 sur 34 · DE LA SIMULATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA SIMULATION EN GÉNÉRAL

Simuler c’est chercher à tromper, à faire croire à quelque chose qui ‘n’a jamais existé ou déduire d’un fait vrai, des conséquences disproportionnées avec ce qui est juste.

Les raisons de la simulation sont nombreuses :

« Ob multas causas aegrotare se homines simulant » dit Zacchias. « Toute passion à satisfaire, tout intérêt à servir, peut, à un moment donné, devenir une cause de simulation. » (Edmond Boisseau). Mais, de tous les motifs qui portent l’homme à tromper, le plus fréquent, est sans contredit, l’appât du gain, le lucre.

C’est pour se procurer des avantages pécuniaires, que les uns inventent de toutes pièces un accident fictif, que d'autres entretiennent une plaie, que d’autres encore exagèrent les conséquences d’une blessure.

Cependant, parmi ceux qui trompent, il convient de faire une distinction. Parmi eux, en effet, il en est qui trompent avec la ferme intention d’en imposer, comme le font les escrocs; mais il en est d’autres qui trompent inconsciemment et ne cherchent à induire les autres en erreur que parce qu’ils sont eux-mêmes leurs propres dupes.

Un exemple fera mieux comprendre cette distinction.

Un ouvrier se présente réclamant des soins pour une brûlure qu'il s’est faite au pied avec de la fonte liquide. Après examen, on reconnaît qu'il s’agit d’une poussée furonculeuse.

Cet homme cherche certainement à tromper sachant bien

qu'il ne lui est pas arrivé d'accident. C’est un simulateur et un simulateur que l’on peut appeler de mauvaise for.

Tel autre au contraire raconte qu’il a ressenti subitement, en soulevant un fardeau, une violente douleur dans la partie inféro-latérale des lombes. Il croit s’être déchiré quelque chose. L'examen révèle une hypéresthésie localisée aux régions dorsolombaires. I1 s’agit là d’un lumbago de nature rhumatismale presque toujours, mais qui ne s'étant éveillé qu’au moment d’un effort violent, a fait établir, par celui qui l’a ressenti, une relation de cause à effet, et imputer une maladie à un traumatisme auquel on ne peut pas l’attribuer. Néanmoins cet homme a été induit en erreur par les apparences, aussi, peut on l’appeler un simulateur de bonne foi.

« Si l’on voulait s’en tenir au sens strict des mots, on ne » devrait étudier sous le nom des maladies simulées, que les » divers moyens frauduleux mis en usage pour faire croire à » un traumatisme, ou à une affection qui n'existe pas. Mais, > procéder ainsi serait n’envisager qu'un côté d’une question » en réalité beaucoup plus complexe. A côté du simulateur, qui > se donne les apparences d’un mal qu’il n’a pas, il faut de » toute nécessité, ranger le fraudeur, qui, accidentellement » malade ou blessé, exagère à dessein la gravité de son état, » ou cherche à en diminuer la véritable cause ; celui qui, » dans les mêmes conditions, aggrave son mal, ou en prolonge » la durée par des moyens artificiels ; celui qui, plus audacieux

‘» encore, a provoqué directement la maladie, ou bien fait ou

> fait faire la blessure dont il est atteint ; celui enfin, qui, à » l'inverse des précédents, mais toujours dans une même » intention dolosive, s'efforce de cacher une affection ou une » infirmité existante, et simule la santé comme d’autres la » maladie.

« Tous, bien qu'à des degrés différents et par des moyens » dissemblables, font une même œuvre de simulation. C’est » dire que, dépassant les limites étroites que semblait devoir > leur assigner leur nom, les maladies simulées doivent

Ro

> embrasser tout l'ensemble des fraudes, qui, dans des buts > variés, ont pour point de départ et moyen d'action, l’état de > santé (1).» Telle est en effet la conception qu'il faut se faire des maladies simulées.

La simulation pouvant porter sur toutes les maladies, nous devons nous restreindre et ne nous attacher qu'à quelquesunes d’entre elles; c’est pourquoi nous ne traiterons que dela simulation dans les blessures et plus particulièrement dans celles qui sont en rapport avec l’industrie.

Bien que la dénomination de blessures simulées ne soit pas à l’abri de toute critique, nous croyons devoir la conserver.

Certes, nous n'entendons pas les blessures avec le sens restreint que leur a donné la pathologie : nous ne pouvons les confondre avec les simples solutions de continuité. Pour nous, la blessure comprend la plaie, la contusion et même la plaie contuse. Bien plus, on doit encore tenir compte des désordres qui peuvent survenir consécutivement, et dont la lésion primitive n’a été que le point de départ. « En médecine légale, dit Legrand du Saulle, on comprend sous le nom générique de > blessure, tout désordre occassionné dans nos organes, par » l’application d’une violence extérieure, que le désordre soit > matériel, directement constatable par nos moyens actuels » d'investigation ou purement fonctionnel, qu'il soit le résultat » d’un coup porté directement, qu’il dépende d’une chute ou de ce que le corps a été poussé par la cause vulnérante, il constitue une blessure au sens médico-légal du mot. (2) »

Dans toute blessure ainsi comprise, il faut considérer trois phases :

1° Le traumatisme initial ;

2° La blessure proprement dite, c’est-à-dire le désordre causé par le traumatisme ;

(4) Nouveau dictionnaire de médecine et chirurgie pratiques. JAccou. Maladies simulées.

(2) LEGRAND pu SAuULLE. — Traité de médecine légale.

OR

3° Enfin, les suites et les conséquences de cette blessure.

La simulation peut porter sur ces diverses phases ; aussi, nous étudierons successivement :

La simulation portant sur l'accident initial.

La simulation portant sur la blessure.

La simulation portant sur les suites et les conséquences de la blessure.

Ce sera l’objet des chapitres suivants.

honte

Page 1