CHAPITRE QUATRIÈME
Syphilis.
A. Exposé des caractères de la syphilis.
Des quatre maladies constitutionnelles, admises par Baz'n, la syphilisest celle qui paraît aujourd’hui la mieux délimitée et celle dont l’interprétalioii soulève le moins de diverg’ences Elle offre, en effet, une éliolog'ie plus nette, une marche plus rég’ulière, et des caractères plus déterminés.
Quelques auteurs, se fondant sur les descriptions plus ou moins vag*ues des anciens ou sur de simples règ'iemenls de police, font remonter l’ori«’ine de la syphil is à la plus haute antiquité. Mais ce ne n’est g’uère qu’à la fin du xv° siècle que les médecins ont laissé des documents précis, à la suite d’épidémies diffuses. Parmi eux, Fl ascator, Jean de Vig*o, qui décrivirent les syphilides, admettaient une contag*ion à distance. Fernel, en 1545, établit la transmission de cette maladie par contact direct. Déjà, en 1519, Ulricli de Hutten esijuissait les premiers linéaments de la syphilis viscérale en rattachant à la vérole certaines paralysies. A la fin du XVI® siècle, Fallope, puis 1 hierry de Héry insistent sur la coloration et l’induration de certains ulcères vénériens. Au milieu du siècle suivant, on rattache à l’exem-
pie de Fabre les accidents les plus divers à la syphilis. Celte période d’ex.ig-ération dura jusqu’à l’éj.oque où Hunter établit la spécificité du chancre, et étudia la contagion des accidents secondaires. Ce fut B. Bell qui, le premier, sépara la syphilis de la blennorrhagie, au commencement de ce siècle. Avec Broussais, 1 école physiologiste chercha en vain à rejeter la spécificité de la syphilis. Bicord faisait reposer le diagnostic de celte maladie sur l’auto inoculation du pus chancreux ; ce fut Bassereau qui distingua du chancre induré le chancre simple, non suivi d’accidents constitutionnels. Bien que les anciens aient déjà rattaché quelques troubles viscéraux à cette maladie constitutionnelle , l’histoire de la ! syphilis viscérale est toute moderne.
Bazin (1) définit la syphilis : une maladie constitution- I nelle contagieuse, inoculable, essentiellement hérédi- I taire, continue ou intermittente, d’une durée ordinai- I rement fort longue, marchant de la périphérie vers le ) centre, de la peau vers les viscères, et se traduisant par : des affections résolutives d’une part, ulcéreuses de l’au-
i tre, et sur tous les systèmes anatomiques par deux proj duits morbides : la gomme et l’élément fibro-plastique.
Cette définition pourrait être acceptée dans tous ses I points si l’énoncé relatif à la marche de la maladie était absolument exact. C’est une opinion généralement acceptée que la syphilis attaque d’abord le système tégumentaire (le plus superficiel) pour se fixer, dans ses périodes ultérieures, sur les viscères. M. le professeur
(1) Bazin. Leçons sur la syphilis, 1866.
Fournier s’est attaché àcombattre cette opinion et à mon* trer que la syphilis dans sa période secondaire est tout aussi profonde, tout aussi viscérale que dans la période tertiaire. On admet g’énéralement aujourd’hui trois périodes dans la marche de l’affection. Bazin admettait quatre périodes, mais les deux dernières n’en font qu’une pour les auteurs modernes.
La première 'période est signalée par l’apparition du chancre eiÇimi à l’arrivée des éruptions cutanées. Elle est caractérisée par le développement d’un chancre induré au point qui a subi la contagion. L’accident primitif est lui-même précédé d’un temps d’incubation variable, dont la durée moyenne est d’une trentaine de jours. Le chancre s’accompagne d’une adénopathie qui siège dans les ganglions auxquels aboutissent les vaisseaux lymphatiques du territoire infecté. Ce bubon syphilitique est généralement composé de ganglions multiples tuméfiés, durs, indolents, et se caractérise par l’absence de phlegmasie et par sa résolution spontanée. Une lymphangite chancreuse est le trait d’union qui relie le chancrQau bubon.
La deuxième période ou période secondaire^ dit M. le professeur Fournier (d), « est constituée par l’ensemble des accidents qui succèdent au chancre à courte échéance (c’est-à-dire dans le cours des premiers mois, de la première, de la deuxième, au plus delà troisième année) et qui ont pour caractère habituel de n’intéresser les tissus que d’une façon superficielle et relativement bénigne. »
(1) Fournier, Leçons sur la syphilis, 2* édition, 1881.
On trouve dans cette période des accidents locaux et g’énéraux.
Les accidents locaux sont, en première ligne, les syphilides cutanées et muqueuses. Les éruptions cutanées sont : des syphilides érythémateuses (roséole simple, ortiée ou circinée); des syphilides papuleuses (papulo-squameuses, papulo-croûteuses, papulo-érosives) ; des syphilides vésiculeuses ; des syphilides pustulo-crustacées (acnéiformes, impétigineuses, ecthymateuses ; des syphilides bulleuses (pemphigus et rupia) ; des syphilides pigmentaires.
Les syphilides muqueuses sont toutes humides, esseni tiellement contagieuses, non auto-inoculables. Voici la classification qu’en donne M. le professeur Fournier : syphilides érosives, papulo-érosives, papulo-hypertrophiques, enfin ulcéreuses. Les trois premières corres- I pondent à la dénomination générale de plaques mu- [ queuses.
I On observe ensuite des localisations sur diverses ré- ) gions ; nous citerons : l’onyxis et le périonyxis, l’alopécie, des adénopathies secondaires froides, le plus souvent ■ symptomatiques; des affections des organes des sens, telles que l’iritis, la kératite, la choroïdite et la névrite optique. Sur l’appareil locomoteur, on observe la myo-
isalgie, la contracture, l’afiaiblissemeut et le tremblement musculaire; des périostites accompagnées de douleurs spéciales, des céphalées, des pleurodynies, ij: des synovites secondaires et des arthralgies.
I L’appareil respiratoire est celui que la syphilis laisse i le plus souvent indemne. Les lésions laryngées sont i cependant plus fréquentes encore que ne le feraient
supposer les troubles de la phonation. Ces lésions se traduisent sous deux formes : un érytlième laryngé et une laryngite hyperplasique consistant dans une turg’escenre ditïuse delà muqueuse hyperémiée et épaissie.
Le système nerveux offre des affections très variées ; les phénomènes douloureux dominent et consistent en des névralg’ies et des céphalf^es nocturnes; on observe des paralysies localisées, surtout sur le moteur oculaire commun ; plus rarement survient une hémiplég-ie faciale. La syphilis exaspère les névroses ou peut les faire naître de toutes pièces; telles sont l’hystérie et l’épilepsie secondaires signialons; enfin la torpeur intellectuelle (?).
Les phénomènes g’énéraux ont été particulièrement étudiés par M. le professeur Fournier, Il indique, dans cette période, la fièvre syphilitique, soit symptomatique des éruptions intenses, soit essentielle; elle consiste, dans ce dernier cas, en accès intermittents ou vag’iies et irréguliers, ou bien elle suit une marche continue. Les malades présentent des troubles de caloricité tels que algidité des extrémités, frissons, accès de chaleur suivis de sueurs iroides. Ces phénomènes sont remar- (|uables surtout chez les femmes, qui accusent souvent à un haut degré unechloro-anémie et une asthénie profondes.
La syphilis, dans cette période, porte aussi son action sur les viscères; on observe alors une dyspnée intermittente, vespérale et indépendante de toute lésion; des pal |)itations ou une accélération simple du pouls; 1 appétit est diminué, exagéré ou dépravé (boulimie secondaire) ; chez la femme on constate des troubles mens-
r truels, de la leucorrh(5,e, des métrorrhag*ies ; enfin les I avortements sont fréquents.
: La période tertiaire, é.Q.r\{ M. Fournier, « est constituée
par les accidents qui ont pour habitude de ne se manifester qu'à un âge plus ou moins avancé de la maladie, et pour caractère d’intéresser les tissus d’une manière ' profonde et grave. » L’époque d’apparition de ces accidents est indéterminée, et ceux-ci peuveuL survenir trois, quatre, dix et même quai’anle ans après l’infection.
« Les manifestations tertiaires, dit le même auteur (1), ont pour premier attribut d’être discrètes i comme nombre, souvent même isolées et solitaires. » Du côté de la peau, on note des syphibdes papulo- ! tuberculeuses, luberculo-ulcéreuses, tuberculo-crus- (itacées, presque toujours serpigineuses. Dans les tissus [dermique et cellulaire sous-cutané, on remai que des ■ gommes diffuses ou circonscrites; du côté du tissu i osseux, on observe des exostoses, des périostoses, des !cai‘ies et des nécroses, reconnaissant pour origine un i processus gommeux. A cette période, la syphilis est plus fixe et plus profonde dans ses manifestations. Par -ses produits hyperplasiques et gommeux, tendant à 1 rélimination, elle produit des désordres locaux très [graves. On voit alors la destruction des cartilages et des os du nez, des perforations de la voûte et du voile du ipalais, des glossites tertiaires, des lésions génitales,
Itelles que le testicule syphilitique elles gommes, des ilésioris anales, rectales (ulcérations, rétrécissements),
I (1) Fournier, Leçons sur la syphilis tertiaire, du Journal de l’Ecole de a médeciné.
des arthropathies (tumeurs blanches syphilitiques), des g’ommes viscérales (foie, poumon, cœur), et des accidents cérébraux d’une extrême gravité étudiés sous le nom de syphilis cérébrale.
Enfin, pour M. le professeur Parrot, le rachitisme serait une manifestalion héréditaire de la syphilis j et pour Bazin les lésions viscérales de la période tertiaire constitueraient uue période quaternaire distincte, correspondant à la quatrième période des autres maladies constitutionnelles.
B, Des bronchites chez les syphilitiques.
Depuis la fin du xvii® siècle, jusque vers le milieu du nôtre, on a décrit sous le nom de phthisie des ulcérations du poumon, des bronches et du larynx, qu’on rapportait à une orig“ine syphilitique, et l’on expliquait par nne répercussion diverses affections des voies respiratoires apparaissant au moment où cessaient des écoulements virulents et disparaissant lorsque ceuxci se rétablissaient. Morton (1), Astruc (2), Fr. Hoffmann (3), Morg-ani (4), De Home (5), Swediaur (6), Car-
(1) Morton. Phthisiologica, caput VIII. De phthisi a suppressione gonorrheæ virulente fluxus ortâ.
(2) Astruc. De morbis venereis, t. I, cap. ili, § 9, p. 425.
(3) Fr. Hoffmann. Medicina rationalis systematica, t. III et IV. De lue venereâ, p. 424.
(4) Morgagni. De sedibus et causis morborum, t. II, epistola XXII, art. 10, 11, p. 182.
(5) De Home. Différentes méthodes d’administrer le mercure, t. II,
p. 162. In Journal de médecine militaire, t. III, p. 215.
(6) Svirediaur. Maladies vénériennes, 4® édition, t. H, p. 169.
rère(l), Hunter(2), Petit-Radel (3),Beaumès(4),etc.,cités I par Lag'neau, sig’nalentla trachéite^ la bronchite, Y asthme & et Id^phthisie, parmi les affections qui peuvent relever y de l’infection syphilitique, et ils rapportent des observa- J lions dans lesquelles ces diverses affections n’ont cédé P qu’aux médications antisyphilîtiques. Portai (5), pense P que l’action exercée par la syphilis sur les g*landes lym- [j phatiques du poumon détermine une sorte de phthisie, l J.-L.-G. Schrœder van der Kolk (6) admet une phthisie g syphilitique spéciale, sans tubercules, sans induration [| pulmonaire, et caractérisée par des ulcérations siég g’eant dans, le lobe moyen, tout près de l’origine des [| bronches. Les symptômes ordinaires seraient peu acs centués tant que l’ulcère est peu étendu; on n’observe- 1 rait qu’un peu de toux et d’émaciation ; plus tard ces
ulcères fournissent du pus, mais la rougeur des pom- I mettes ferait souvent défaut. Joseph Franck (7) définit . ainsi la phthisie syphilitique: « L’érosiotide la membrane < mucineuse des bronches, du parenchyme pulmonaire et 1 des glandes du poumon, causée par le vice vénérien, i! constitue la phthisie pulmonaire syphilitique.
«La phthisie syphilitique est dite latente lorsque le ! malade vénérien se plaint de dyspnée, de toux accompagnée de crachats, tantôt en petit nombre et purulents,
(1) Carrère. Maladies vénériennes chroniques sans signes évidents
(2) Hunter. Traduction de Richelot, 1845, p. 535.
(3) Petit-Radel. Maladies syphilitiques, 1812, t. II, art. II, p. 30.
(4) Beauraès. Phthisie pulmonaire, 1805, 1. I, section ii, p. 421.
(5) Portai. De la phthisie vénérienne, art. 10, p, 325.
(6) J.-L.-C. Schrœder van der Kolk. Observations anatomo-pathologiques, 1826, p. 129.
(7) Jos. Frank. Pathologie méd., t. IV, p. 267.
tantôt en «Tand nombre et muqueux, et lorsqu’en même temps il maigrit.
« La maladie se développe lorsqu’il survient un enrouement, une petite tièvre lente, qui augrnentent les autres symptômes, surtout le soir.
« La confirmatioM de la phthisie syphilitique s’annonce par une maigreur croissant de jour en jour, la fièvre hectique, la toux, accompagnée de crachats purulents et sanguinolents, et par l’extinction de la voix.
« L’infection se manifeste assezordinairement par
une douleur, le soir, à un cartilage ou à la côte supérieure, que le toucher augmente, et par des pustules ulcérées à la face La phthisie syphilitique primitive,
quoique confirmée, est combattue quelquefois miraculeusement, pou vu que le malade n’ait point fait auparavant abus du mercure... »
ISous voyons déjà la bronchite ulcéreuse des syphilitiques séparée nettement de la tuberculose. « La syphilis, écrivait le D'' William Murik (1), développe un état cachectique particulier, et ainsi, par son action, engendre indirectement les tubercules. » Cet auteur déclare que la syphilis se développe dans les poumons sous les formes variées de bronchite, de pneumonie ou de: broncho-pneumonie \ mais il pense, avec Graves, que le* poison vénérien tend à se porter principalement sur la: muqueuse, et il cite l’opinion du Sadowski, de Prague, d’après laquelle la bronchite syphiliti(jue seraiti caractérisée par des ulcéi'ations petites et nombreusespouvant affecter la membrane jusque dans les pluspe-tites ramifications.
(1) W. Munk. Gazette médicale de Londres, avril 1844.
Acôtéde labronchiteai»*uëet del’astlime, La^’nea.n (1) étudie dans sa thèse les affections pulmonaires graves qu’on a rattachées à la syphilis. « La dénomination de phthisie, employée le plus souvent par les auteurs, écrit Lag-neau, avait l’avantage d’expriaier parfaitement l’état de marasme, de consomption, résultant des affections pulmonaires syphilitiques g’raves; mais aujourd’hui que les progrès de l’anatomie pathologique ont fait constater que cet état général était dû à des lésions diverses dont l’aviscujtation, la percussion et autres moyens d’investigation permettent de rec(»nnaître l’existence pendant la vie, ou peut établir qu’il y a une bronchite ulcéreuse, une pneumonie chronique, une tuberculisation syphilitique ou production de gommes, et peut-être même une pleurésie, qui déterminent l’ensemble des symptômes autrefois désignés sous le titre de phthisie vénérienne ou syphilitique. »
Stokes (2) signale l’apparition, peu de temps après hinfection vénérienne, d’une inflammation aiguë des bronches, différente des bronchites vulgaires et comparable suivant lui aux exanthèmes syphilitiques. 11 insiste, avec le D'' Byrne. sur les phénomènes d' alternance de balancement que présentent ces bronchites, souvent brusques et fébriles, tantôt avec des éruptions secondaires, tantôt avec des manifestations lichénoïdes ou ulcéreuses d’une syphilis plus invétérée. 11 indique ensuite l’existence d’une bronchite chronique qui revêt les apparences de la phthisie, qui aboutit comme elle à
(1) Lagneau. Des maladies pulmonaires causées ou influencées par la syphilis Th. Paris, 18j1, p. 82.
(2) Stokes. Diseases of the cbest. Dublin, 1887, p. 92.
riiecticité, mais qui en diffère par le désaccord qui subsiste assez long*temps entre les sig*nes physiques et les sig*nes g'énéraux.
Grisolle (1), qui cite les travaux de Munck et de Sadowski, écrit : « ... le virus vénérien peut produire des ulcérations sur la muqueuse laryng*o-trachéale et devenir ainsi une cause de phthisie. On en trouve plusieurs exemples dans le mémoire de Trousseau et Belloc. »
M. Hayem (2) résume l’opinion de Stokes et conclut:
« De toutes les broichites symptomatiques, la syphilitique est la moins sujette à contestation, puisqu’on a trouvé des lésions syphilitiques de ces org*anes. Les symptômes du côté des bronches se montrent à la période dite secondaire et à. la période tertiaire. Stockes admet deux variétés de bronchite syphilitique, l’une aig’uë, l’autrechronique. Dans la première, il y aurait une irritation bronchique analog’ue à celle des exanthèmes, et Stokes ajoute qu’elle peut disparaître au moment de i l’éruption et qu’elle se montre à une petite distance de la contamination. Le même auteur cite des cas de bronchite subite et g’rave observés chez des syphiliti- j ques par le D*" Byrne à Lock-Hospital, mais l’on pourrait ' facilement soutenir qu’il n’y avait là que de simples complications.
« La bronchite chronique se montre à l’époque de l’éruption g^ommeuse, de l’affection des os, de la syphilis hectique, et l’on sait qu’à ce moment l’on peut observer des ulcérations de la trachée. On a sig^nalé aussi des lésions pulmonaires dansla syphilis infantile,
(1) Grisolle. Traité de pathologie interne, t. II, p. 179.
(2) Hayem. Des bronchites, th. Paris, 1869, p. 93. ’
mais ces dernières ne portent pas spécialement sur les bronches. »
Walshe (1), après avoir sig*naléla bronchite aig'uë et fébrile qui peutprécécler la roséole et disparaître quand celle-ci se produit, ou remplacer l’éruption lorsqu’elle se trouve brusquement supprimée, insiste sur l’absence d’induration pulmonaire qui peut permettre de différencier la bronchite chronique des syphilitiques de l’inflammation tuberculeuse.
Loin de considérer ces bronchites comme de simples complications, le professeur Sohnitzler (2) affirme nettement leur nature spécifique. Il déclare que la syphilis pulmonaire évolue non seulement sous la forme grave de la pneumonie interstitielle, mais aussi fréquemment sous la forme de catarrhe bronchial et pulmonaire. Il a constaté que, dans beaucoup de cas, aux
catarrhes syphilitiques du larynx et de la trachée, particulièrement lorsqu’ils remontent à une date ancienne, s’ajoute un catarrhe des bronches qui doit être rapporté à tamême cause morbide. Ce catarrhe bronchique, qui cède
i ordinairement au traitement antisyphilitiqiie, app.iraîtrait souvent, comme celui du pharynx et du larynx, de 7nois après ïinfection. Aussi l’auteur affirme-t-il que les affections catarrhales lég’ères des bronches et des ^ poumonsdoi vent être rattachées à la syphilis secondaire, 8 et les inflammations g’raves, plus enracinées, à la période tertiaire. On ne devra, toutefois, admettre uneafa fection syphilitique des bronches que si l’on ti'ouve en
(1) Walshe. Maladies de poitrine, p. 272.
Schnitzler. Die Lüngen-syphilis undihr Verhàltriss zur Lungenscliwindsücht, in Annales de dermatologie, 1880, p. 351.
.Scblemmer. i-j
même temps des symptômes non équivoques de syphilis dans d’autres org-ones, et notamment dans les régions pharyngiennes et laryngiennes.
Nous avons vu déjà signalée la broncho -pneumonie chez les sujets syphililiques. La broncho-pneumonie, écrit M. Roger (1), '« est également, dans certains cas, la fin d’un coryza syphilitique (syphilis du poumon ?). » M. Joffroy (2), dans une note, cite l’opinion de M. Damaschino, qui regarde la broncho-pneumonie comme un accident ultime, fréquent, chez les enfants syphilitiques.
Nous croyons devoir rapprocher de cette communication l’opinion de M. le professeur Fournier qui pense que chez les enfants on a souvent attribué à la scrofule des affections directement imputables à une syphilis héréditaire.
Enfin, indépendamment des affections bronchiques signalées par M. Blachez (3) dans le cours de la syphilis tertiaire et causées par le développement de tumeurs gommeuses, nous indiquerons l’existence d’une trachéo-bronchite accompagnée d’adénopathie que M. Baréty (4) tend à rattacher à l’infection syphilitique.
(1) Roger, Art. Broncho-pneumonie, in Dict. des sc. méd,, p. 34,
(2) Joffroy. Des différentes formes de la broncho-pneumonie. Th. Parisj 1880, p. 136.
(3) Blachez. Art. Rétrécissement des bronches^ in Dict, encyclop des SC. méd., p. 712.
(4) Baréty. Th. 1874, p. 80.
Caractères des bronchites observées chez les syphitiques.
En énumérant les bronchites qui ont été sig*nalée3 chez les sujets syphilitiques, nous avons constaté que la question de nature de ces affections est beaucoup moins controversée ici que chez les arthritiques, chez les herpélique.'s et les scrofuleux, et que la plupart des auteurs s’accordent à reconnaître des bronchites véritablement symptomatiques de la maladie vénérienne. Etudions à présent les caractères qui ont été assignés à ces affections dans le cours de la syphilis récente et dans le cours de la syphilis invétérée.
a. Dans le cours de la syphilis récente. — Les recherches de Graves, de Stokes, de Munk et de Lagneau, nous : montrent qu’à l’époque des éruptions dites secondaires
) on peut voir survenir des bronchites aiguës, qui parfois I précèdent l’éruption et qui plus souvent lui succèdent, t Elles apparaissent brusquement et peuvent disparaître t très rapidement pour faire place à l’exanthème, soit fî| spontanément, soit sous l’influence du traitement. Elles s’accompag'nent d’un mouvement fébrile accentué, b| d’une dyspnée intense et d’une expectoration rapidement muqueuse et g’énéralement abondante. L’auscul- ;dl dation révèle, d’après Lagneau, une inflammation très ¥ vive des bronches, et l’oppression a été plusieurs fois assez intense pour nécessiter la saignée.
Celte bronchite qui apparaît souvent sans cause apq préciable peut aussi succéder à l’angine, et disparaît •g généralement avec les accidents secondaires.
L intensité et la brusquerie de cette forme permettent de la diflérencier des bronchites ordinaires qui peuvent oflecter, d’une manière purement accidentelle, un sujet syphilitique.
b. Dans le cotirs de la syphilis invétérée. — A une période plus avancée delà syphilis, nous voyons mentionnées des bronchites intermittentes et des accès d’asthme véritable. Lagneau cite une observation d’asthme reparaissant périodiquement, la nuit, vers trois heures du matin dans le cours d’une syphilis ancienne, et g*uéri par le traitement mercuriel. Nous croyons devoir rapporter ici cette observation empruntée à Bell :
Vers le mois de janvier 1784, je fus appelé par un malade nouvellement arrivé dans la ville; il avait des ulcères sur diverses parties du corps et des extrémités, et il était en outre depuis longtemps tourmenté par un asthme ; il voulait particulièrement me consulter pour ses ulcères. Il en avait un large immédiatement au-dessus du grand trochanter de la cuisse droite, un sur la partie moyenne et la plus saillante de chaque jambe; chacun de cesdeux derniers pénétrait jusqu’au tibia ; il y en avait un sur la poitrine, et le sternum paraissait épaissi dans cet endroit sans être cependant carié ; un du côté gauche, qui s’étendait sur la 7° et la 8® côte; il y avait enfin un petit ulcère sinueux sur la partie moyenne et externe du bras droit. On reconnut, en sondant cet ulcère, qu’il se prolongeait jusque sur la surface du cubitus, qui était raboteuse dans l’étendue d’un pouce. On apercevait, en outre, plusieurs petits ulcères sur jles doigts des deux pieds. Ces derniers ulcères, ainsi que les autres, étaient sordides; ils rendaient une matière ténue et fétide ; leurs bords avaient cette rougeur érysipélateuse qui caractérise fréquemment les ulcères vénériens.... Le malade avait fait d’abord fort longtemps usage du mercure à trois dili'érentes reprises ; chaque traitement avait duré neuf dix semaines, tous l’avaient soulagé, mais aucun des trois ne put guérir un seul de ces ulcères. Les symptômes d’asthme subsistaient depuis cinq ans;
ils s’étaient manifestés sans qu'on pût en cormattre la cause, et ils étaient peu à peu devenus plus graves; aucun remède n’avait pu les modérer, excepté l’opium qui ne produisit même qu’un soulagement passager. Outre la difficulté de respirer habituelle, il était sujet à des accès périodiques plus graves, qui le mettaient quelquefois en danger d’être suffoqué. Ces accès survenaient le plus souvent pendant le sommeil et, en général, avec une grande régula^ rité, vers les 3 heures du matin.
Le malade avait alors 43 ans environ ; il m’avoua avoir beaucoup souffert de la syphilis dans sa jeunesse. J’insistai sur la nécessité d’administrer le mercure à plus forte dose qu’on 7ie l’avait fait jusqu’alors. Il commença le traitement le 44 janvier; il se fit d’abord, tous les soirs, une friction avec un gros d’onguent mercuriel, en même temps qu’il prenait, matin et soir, une des pilules bleues. Il employa tous les jours deux gros d’onguent pendant le cours d’une semaine, et il continua le même nombre de pilules, jusqu’à ce que sa bouche fût très vivement enflammée, et qu’il s’établît une forte salivation, ce qui arriva au bout d’une quinzaine. A cette époque, on quitta les pilules et on se borna à un gros d’onguent mercuriel par jour. On se contenta d’appliquer sur les ulcères le cérat ordinaire qu’on renouvelait matin et soir. Avant la fin delà troisième semaine, les ulcères étaient détergés, et la matière qu’ils rendaient avait plus de consistance. Les accès d’asthme n’étaient pas non plus, à beaucoup près, aussi violents. Après avoir pris, pendant sept semaines environ, le mercure, tous les ulcères étaient parfaitement guéris, excepté celui de la partie externe de la cuisse et ceux des jambes. Ces ulcères même étaient fort diminués, et la guérison n’en paraissait retardée que par le mauvais état des os qui étaient au-dessous ; ces os se trouvaient dénués de périoste et raboteux dans quelques endroits. Le malade respirait alors avec facilité, et il n’avait éprouvé aucun accès violent d’asthme depuis que sa bouche avait commencé à être complètement enflammée par le mercure. On suivit le traitement avec la même vigueur jusqu’à la fin de la treizième semaine; alors je le fis cesser; l’asthme était absolument dissipé, et tous les ulcères bien cicatrisés excepté les trois dont j’ai parlé. Aucun de ces ulcères ne guérit au bout d’un an révolu. A cette époque, une portion étendue du tibia de la jambe droite, paraissant s’exfolier et se détacher, après avoir coupé la partie exfoliée, je l’emportai aisé-
ment, et en quinze jours l’ulcère fut cicatrisé. Celui de l’autre jambe guérit de même, au bout de trois ou quatre mois, après qu’il se lut détaché une petite portion du tibia qui avait la forme d’un épi. L ulcère situé sur le trochanter n’était pas cependant cicatrisé ; il en était sorti de temps en temps des esquilles. L’asthme
n a pas leparu depuis, et le malade est bien portant aujourd’hui en janvier 1797.
Nous rapportons encore à la fin de cette étude une autre observation de Bell, qui montre un asthme préexistant, ag*g*ravé uotablement par la syphilis et cédant complètement à la médication antisyphilitique.
Lag*neau admet aussi une bronchite chronique, sans ulcération, caractérisée uniquement par une toux persistante, une douleur pectorale, et une expectoration plus ou moins abondante. 11 cite plusieurs observations à l’appui. Nous nous contenterons de reproduire ici la suivante, qui est empruntée à Schwartze :
« Vir juvenis, robustus et bene valens, tussi corripiebatur cum sputis copiosis et frequentibus, contra quam varia per aliquot tempus remedia adhibebantur... præter tussim et sputa, quæ tamen mane imprimis copiosissirria erani, nil mali vel molesti, neque dyspnæam, neque febrem, neque virium diminutionem æger sen- 1 tiret;... elapso mense,... de ulcéré in crure, ex contusione nato 1 ille conquerebatur.... Ex quo autem hoc ulcéré æger laborabat tussis cum sputis sponte et penitus evanuit.... Venerea se quondam affectum fuisse labe confessus..., Præscripsi mercurium sublimatura corrosivum sueto more, qui quidem tain egregie proficiebat, ut elapsis vix duodecim diebus dolor omnis. evanesceret ulcusqueadeo coarcteretur, ut sanum se esse »
Nous avons choisi cette observation, parce que la cessation brusque de la toux et des crachats au moment
où le virus dirig’ea son action sur le membre inférieur, avant toute médication mercurielle, permet de croire cju’aucune ulcération ne s^etait formée dans les bronches.
Mais nous croyons que la plupart des bronchites chroniques sig*nalées chez les syphilitiques s accompafî*naient d’ulcérations des bronches. D’une part, l’expression de phthisie employée par la plupart des auteurs pour désigner ces bronchites chroniques, les sig*nes de consomption et d’hecticité sur lesquels ils insistent ; Je caractère 'purulent et parfois sanguinolent des crachats qu’ils décrivent, et d’autre part les résultats rapides et durables du traitement spécifique, nous portent à penser qu’il s’agissait dans beau nombre de ces cas soit d’une pneumonie chronique, soit d’une bronchite avec ulcérations;, comme celles qu’on a décrites depuis le milieu de ce siècle.
Stokes, en parlant des bronchites chroniques, qui simulent la phthisie, chez les syphilitiques, insiste, au point de vue du diagnostic, sur le défaut de concordance qui existe entre les symptômes généraux et les signes fournis par la percussion et par Tauscultation : Alors que l’état général indique un degré de consomption déjà très-avancé, la poitrine est sonore à la percussion et les bruits anormaux signalés à l’auscultation sont des râles muqueux et épais. Voici, du reste, d’après Lagneau, les signes propres aux bronchites chroniques ulcéreuses des syphilitiques : mal de gorge, gêne de la déglutition, enrouement, toux, chaleur et constrietion de la poitrine, crachats muqueux, épais ou clairs, deve nant purulents, sanguinolents; douleur, Le soir, à la côte
supérieure OU nu earlilag'e correspondant, sonorité du thorax à la percussion, râles muqueux à l’auscultation ; symptômes g-énéraux g*raves, tels que fièvre hectique* faiblesse, amaigrissement, etc. Nous croyons utile de reproduire ici l’observation citée dans sa thèse, à la suite du passage suivant emprunté aux articles de William Munk (1) :
« Le D-- Sadowski, de Prague, établit qu’une trèscommune conséquence de la bronchite syphilitique est l’ulcération de la membrane ; que les ulcères sont de petites dimensions, mais excessivement nombreux, et peuvent, en quelques circonstances, être découverts sur la plus grande portion de la membrane, même dans les plus petits tubes. Le cas suivant, qui eut une fatale terminaison en septembre 1839, confirme l’opinion cidessus exprimée. »
Un jeune gentleman, âgé alors de 19 ans, 'contracta la syphilis à Paris, durant l’été de 1837. Il prit du mercure, mais il le fit irrégulièrement et inefficacement. Les symptômes primitifs s’effacèrent, et en arrivant à Vienne, où il passa l’hiver, il entreprit un traitement par la salsepareille; il en obtint une grande amélioration ; mais dans l’automne de 1838, étant alors dans le nord de l’Italie, il fut pris d’un grand mal de gorge; à cela se joignit de l’enrouement, une ulcération au voile du palais, une éruption de couleur cuivrée sur la peau, des nodus, des douleurs nocturnes et de fortes transpirations. Cet état empira graduellement, et je le vis pour la première fois, en août 1839, à peu près trois mois après son retour en Angleterre. Il était alors confiné dans son lit, était émacié et affaibli, avait une toux fréquente et excessivement incommode, une copieuse expectoration purulente, en même temps que des symptômes qui ne laissaient aucun doute sur l’existence
(l) W. Munk. Gazette médicale de Londres, avril 1841.
d’une maladie laryngée. La poitrine était parfaitement sonore^ mais un ronchus muqueux épais était évident dans toute l’étendue des poumons. On lui avait ordonné la quinine et l’iodure de potassium avec des anodins pour les nuits, mais il s’éteignit, complètement épuisé, le 15 septembre.
De nombreuses petites ulcérations existaient 'sur la muqueuse tapissant le larynx ; il n’y en avait pas dans la trachée ; mais au-des~ sus do la bifurcation^ elles apparaissaient de nouveau, devenant de plus en plus nombreuses dans les petites ramifications. Dans les plus petites divisions des bronches, il y avait une suite continue d’ulcérations; les ulcères isolés s’étaient, à ce qu’il semblait, réunis entre eux. Les bronches étaient remplies d’une matière purulente, et les lobes inférieurs des poumons étaient légèrement con- I gestionnés.
j On est en droit de se demander si, dans bien des cas de bronchites observées chez les sujets syphilitiques, l’inflammation des bronches n’est pas causée et entretenue par la présence d’ulcérations spécifiques ou par l’existence de tumeurs g’ommeuses qui produisent des rétrécissements et des phénomènes de compression ag’issant, soit sur les conduits bronchiques directement, soit sur les rameaux nerveux et par leur intermédiaire sur les bronches. Les ulcérations de la trachée et des L bronches, faisant suite à celles du larynx, répondent I parfaitement aux symptômes exposés par Munk :
' « Quand la membrane interne des voies aériennes est
r affectée, dit-il, une sécrétion se produit aussitôt ; du [ larynx, d’abord, s’échappe avec difficulté un mucus épais ; dans les bronches, un mucus clair, mais néanmoins tenace, fluide, abondant, obstrue par sa présence, f les tubes, donne lieu à l’enrouement et à la fréquence i de la respiration ; il perd plus ou moins rapidement et ^ complètement le caractère muqueux, en devenant abon-
dttïit^ puvulcnt 6t diffluGïit.,,, On trouvGra C[U6, lorscjue l’expectoration survient, les symptômes de type hectique apparaissent, ou, s’ils existent déjà, ils sont matériellement ag’g’ravés... »
Les phénomènes de compression nerveuse et bronchique, joints à l’abondance et à la purulence des sécrétions, expliqueraient l’intensité de la dyspnée et sa forme quelquefois paroxystique. « Dans certains cas desyphilis constitutionnelle, dit M. Bartb, on observe des catarrhes trachéaux et bronchiques développés souvent sans cause extérieure appréciable, qui se caractérisent par une toux fréquente, une expectoration muqueuse abondante, et s’accompag’nent fréquemment d’un degré de dyspnée avec imminence d’asphyxie ; les résultats de l’auscultation, en faisant constater une diminution unilatérale ou générale du bruit vésiculaire, permettent d’y reconnaître l’effet delà compression d’un ou plusieurs points des conduits aériens. Ces catarrhes sont-ils dus à des ulcères avec bords saillants, développés sur la face interne de la trachée-artère ou des bronches ? à des œdèmes sous-muqueux ? à des intumescences ganglionnaires ? à des périostoses de la face antérieure des vertèbres ? à des gommes développées de toutes pièces sur le trajet des conduits aérifères ? — Quoi qu’il en soit, nous avons vu des cas de ce genre où les accidents les plus formidables mettaient la vie dans un péril imminent, et où la présence de quelques ulcères rebelles sur la figure ou sur le cou, nous ayant mis sur la voie
(1) Barth. Art. Bronchites, in Dict. encyclop. des sciences médicales, p. 737.
\ de la vraie nature du mal, un traitement antisyphilitique a été suivi d’une g*uérison inespérée. »
Les altérations syphilitiques des bronches, qui consti-c tuent la cause la plus fréquente des rétrécissements par i lésion propre des conduits aérifères, sièg*ent ordinaire-, I ment à la partie inférieure de la trachée ou à rorig*in'e I des bronches. « Elles apparaissent g*énéralement à la période tertiaire, dit M. Blachez (1). La forme primitive de ces lésions paraît être celle de tumeurs occupant plutôt le tissu sous-muqueux que l'épaisseur de la muqueuse elle-même. Wag*ner a vu, dans l’épaisseur des. parois bronchiques, des petits nodules g’ommeux. Ailleurs c’est une altération diffuse consistant en une sorte ■ d’infiltration plastique du tissu sous-muqueux.
Quelque soit le début de la lésion, son évolution est. identique; eile marche vers V ulcération. C est la deuxième période. Les ulcérations sont arrondies et ordinairement ^ profondes. Leur fond est constitué parles anneaux cartilag-ineux; mais ceux-ci peuvent être détruits, et l’ulcération a pour base les tissus ambiants infiltrés et épaissis. M. Lancereaux a vu, dans un cas, le fond de l’ulcère formé par un tissu fibreux dans l’épaisseur duquel se trouvaient plusieurs g*anglions lymphatiques. »
Ces ulcérations qui peuvent succéder à des gommes produisent des rétrécissements cicatriciels ou détruisent les cartilages, ce qui permet au conduit trachéo-bronchique de s’aff’aisser pendant l’inspiration et donne lieu à de violents accès de dyspnée avec toux quinteuse et cornage.
(1) Blachez. Art. Lésions syphilitiques des bronches, îu Dict. encycl. des 8C. méd., p. 718.
« Les symptômes, toujours fort obscurs, écrit M. Blachez, différent suivant que les lésions syphilitiques occupent la trachée ou les bronches.
Presque toujours le malade a présenté à une époque antérieure ou présente encore les sig-nes d’une laryngite syphilitique. A l’enrouement, à l’aphonie qui caractérisent cette laryngite, se joint la sensation d’un cha~ touillement plus profond que le malade localise à la partie supérieure du sternum. Bourdon a noté une inspiration sifflante, de l’oppression dans l’exercice, des accès de suffocation nocturne avec toux quinteuse et sèche ; plus tard^ à une période qui se rapporte probablement à l' ulcération,\\ y a une expectoration composée petits crachats nummulaires ou striés de sang (Vigla). La douleur locale aug’mente. » Au moment de la cicatrisation surviennent des désordres plus accentués: immobilisation du larynx pendant la déglutition ou la phonation, et menaces d’asphyxie.
« Les symptômes, continue M. Blachez, sont bien autrement obscurs quand il s’agit de lésions syphilitiques des bronches. Ce ne sont, à proprement parler, que les symptômes de la bronchite chronique ordinaire, et on ne peut soupçonner la nature de la maladie qu’en considérant la marche descendante des lésions qui envahissent successivement la gorge, le larynx, la trachée. Lorsque, chez un sujet qui a présenté cette série d’accidents, on voit survenir une bronchite avec crachats purulents, dyspnée plus ou moins intense, toux quinteuse, quand la maladie prend une marche chronique et qu’on assiste à un dépérissement progressif sans qu’on ait lieu de croire à la présence de tubercules, on
q peut incliner vers une bronchite syphilitique ulcé- 1 reuse. »
Je me rappelle avoir vu, dans le service de M. Gomd hault, au début de mes études, une jeune femme at- J teinte de syphilis, chez laquelle Taffection des voies res- I' piratoires présenta cette marche descendante et chroi nique, indiquée par M. Blachez. Cette malade avait jj depuis très long-temps un enrouement intense et con- I tinu; la voix était rauque, déchirée et parfois, aphone; [ puis il s’établit une bronchite chronique, en même r temps que se manifestaient les sig’nes d’une chloro-ané- \ mie très accusée. Quand la malade entra à l’hôpital de la Pitié, elle toussait fréquemment, elle était extrêmement anémiée, très ainaig’rie ; elle accusait des sueurs nocturnes, elle offrait des troubles de dysménorrhée; et, sans présenter encore de sig*nes g’énéraux qu’on pût qualifier de cachectiques, l’état g*énéral indiquait d’une manière évidente un dépérissement très notable. Cette malade avait eu, d’ailleurs, des habitudes alcooliques. Je me souviens que malgré le défaut de matité bien nette^ au moins au niveau des sommets^ et en l’absence de toute hémoptysie, on discuta plusieurs fois le diag-nostic de * tuberculose pulmonaire. A ce moment, plusieurs doig’ts étaient affectés d’onyxis et la malade seplaig’nait d'une otite suppurée et de douleurs névralg*iques nocturnes. Elle fut soumise à un traitement spécifique et quitta l’hôpital au bout de peu de jours. Je n’ai revu cette malade ; que six années plus tard, environ ; elle avait repris un I embonpoint parfait, sa voix était absolument normale ; depuis l’époque où elle avait été à la Pitié, elle n’avait plus toussé et n’avait pas cessé d’avoir une santé parfaite.
Bien que je ne puisse indiquer aujourd’hui d’une manière précise quels étaient les sig-nes fournis par l’auscultation et par l’expectoration, j’ai cru devoir faire mention ici de cette malade, parce que le rétablisseinent complet de la santé et la permanence d’une g’uérison aussi parfaite n’est g'uère compatible avec une tuberculose pulmonaire, et parce que, d’autre part, la marche de l’affection des voies respiratoires, rapprochée de la description donnée par M, Blachez, nous paraît permettre de rattacher, dans ce cas, les troubles laryng*o-bronchiques à l’infection syphilitique.
• Il semble résulter d’une observation de M. Baréty (1), que nous reproduisons à la fin de ce travail, que chez un sujet syphilitique l’inflammation du conduit laryng*obronchique peut s’accompagner d’une adénopathie des ganglions médiastinaux. Dans le cas en question, on observa un coryza suivi d’une trachéo-bronchite^ avec un souffle à la partie postérieure du sommet droit et des signes décompression trachéo-bronchique; tous ces accidents disparurent ou s’amendèrent sous l’influence d’un traitement antisyphilitique. Dans d’autres cas, cité par Beger, nous voyons mentionné, concurremment avec d’autres altérations des voies respiratoires, l’engorgement des ganglions bronchiques; -M. Blachez signale aussi, dans le Dictionnaire encyclopédique, l’existence de l’adénopathie bronchique, en traitant les lésions syphilitiques des bronches.
(1) Baréty. Loc. cit., p. 80 et 313,
Nous avons déjà parlé des productions g’ommeiises qui peuvent siég'er dans l’épaisseur des conduits aérifères et déterminer l’inflammation de ces canaux, notamment au voisinag’e de la bifurcation de la trachée.
Le D’’ Beg*er (2) rapporte le cas d’un individu qui fut atteint de laryng’ite syphilitique et qui mourut consécutivement à une ulcération de la trachée avec perforation de rœsophag^e. L’auteur insiste sur ce fait que c’est le premier exemple de perforation syphilitique faisant communiquer la trachée avec l’œsophag*e. On connaissait déjà les perforations causées par une altération syphilitique et s’ouvrant dans l’artère pulmonaire, dans l'aorte, et dans le médiastin antérieur.
La bronchite, chez les sujets syphilitiques peut, à une époque avancée, se présenter avec des allures aig*uës ; elle peut se terminer par une pneumonie avec production de tumeurs g'ommeuses dans le parenchyme pulmonaire et dans l’épaisseur des conduits bronchiques.
Le D" Beg'er cite le cas d’un ouvrier, âg'é de 33 ans, qui présenta d’abord les sig*nes d’une bronchite aig*uë suivi bientôt d’un amaig’rissement très rapide et d’un état g*énéral cachectique en raison duquel on porta le diag*nostic d’une tuberculose pulmonaire. Le 6 avril, la fièvre avait disparu; la toux était continuelle; l’expectoration était très pénible, et le malade rendait des crachats abondants, jaunes, sans fétidité et composés de mucus, d’épithélium et de détritus albumineux parmi lesquels on ne trouvait pas de fibres élastiques à cette
(2) Beger. Deutscher Archiv fûr klinik. méd., 1879, t, XXIII
époque. La respiration était diminuée comme chez les emphysémateux et la poitrine était partout sonore à la percussion, 1 auscultation révélait un mélange de râles secs et humides, petits et gros.
Le 8 avril, on note une élévation thermique et un état de cyanose accompagnée d’une émaciation de plus en plus accentuée.
Le 14 avril, le Wagner trouva dans les crachais ^des débris de tissus organiques dans lesquels il reconnut, à l’aide du microscope, des fibres élastiques, rubanées, allongées, juxtaposées et ramifiées, renfermant par places de nombreux noyaux, arrondis et parfaitement conservés, mais pas une seule cellule. Il considéra ces débris comme provenant de la muqueuse trachéale, infiltrée de produits syphilitiques. La suffocation devint bientôt imminente. Chaque inspiration se confondait avec un effort de toux avorté, et la mort eut lieu par asphyxie.
Parmi les résultats de l’autopsie, nous signalerons l’état des petites bronches qui sont dilatées, sans aboutir à de véritables déformations ampullaires. La muqueuse des petites ramifications est plus rouge, plus foncée que celle des gros canaux, dans lesquels les fibres longitudinales sont évidemment érodées. En outre, les ganglions bronchiques sont engorgés et l’on trouve une infiltration pneumonique dans les poumons.
Nous rapportons àlafin decetteélude une observation très intéressante publiée par le D' W. Hénop (1), dans laquelle f affection des voies respiratoires, accompagnée
(1) Hénop. In meger’s Archive fur kiinik med., 1879, t. XXIV, p. 50.
d’un état fébrile, au début, suivit une marche descendante. Il s’ag’it d’un matelot, âg*é de 18 ans, qui présenta d'abord un embarras gastrique fébrile accompagné de douleurs à la poitrine et d'un sentiment d'oppression au niveau du creux épigastrique^ on observa à ce moment des ulcérations pharyng*iennes, une éruption papuleuse très étendue, des vég*étalions anales et une induration préputiale. Le malade avait eu, deux ans auparavant, un ulcère du prépuce qui céda uniquement à un traitement local. Tous les accidents disparurent sous l’influence d’un traitement anti-syphilitique à l’exception d’une adénite g-énéralisée et peu douloureuse.
Huit mois plus tard il revint à l’hôpital tourmenté par une toux fréquente et par une dysphagie continuelle. L^examen de la poitrine ne présenta que tes sig’nes stéthoscopiques d’un catarrhe diffus^ accentué surtout audessous de la clavicule droite ; il n'y avait dans cette région aucune matité évidente, A ce moment existait une fièvre vespérale, il y avait des ulcérations pharyngiennes qu’un traitement mercuriel fit disparaître, mais l’état du malade était loin d’être satisfaisant. On entendait constamment des râles muqueux à bulles fines ^ notamment dans la partie inférieure du poumon gauche; la respiration était normale aux sommets. Les crachats ^ très abondants et muqueux, n'étaient pas mélangés de sang. A rinflammation des conduits laryngo-bronchiques, se joignait évidemment un état pneumonique, au moins localisé, du poumon, indiqué par une température élevée qui atteignit 40,6 le 25 et le 26 octobre au soir, et par des frissons de courte durée. 11 y avait alors une forte diarrhée et l’ensemble des symptômes présentés par le malade offrait, à l’excep-
Scblemmer.
tion de plusieurs tumeurs arrondies et d'aspect syphilitique siég’eant dans le pharynx, le tableau g’énéral d’une cachexie tuberculeuse. Le 27 octobre, une dyspnée violente sig’nala l’invasion d’une pleurésie et le malade mourut le 29, après avoir eu plusieurs pertes de connaissance.
Entre autres lésions révélées à l’autopsie, nous sig-nalerons ici la présence de tumeurs syphilitiques au voisinag*e des plèvres viscérales, eiun épaississement à la fois 'périphérique et concentrique des bronches dont le calibre était rétréci. On remarquait un nodus syphilitique au niveau du hile, avec tuméfactions péribronchiques. Dans le lobe postérieur du poumon g*auche, un nodus englobait une bronche fortement épaissie, obstruée par des concrétions caséeuses. En dehors des lésions pharyng-iennes, la muqueuse du larynx, de la trachée et des bronches était rouge, tuméfiée et ne présentait point de cicatrices. L’examen mi- ^ croscopique démontra l’absence de tubercules dans ces j produetions morbides.
Tandis que Zeissl indique l’absence de réaction fé- ! brile dans les affections syphilitiques du poumon, Baüni- î ler(l), se fondant sur plusieurs observations recueillies par lui, déclare qu’indépendamment de toute fièvre éruptive syphilitique, on peut observer une fièvre hectique qui donne lieu de croire à une pneumonie eatarrhale. Beg*er (2) insiste sur l’intégrité des sommets qui conffrme ici l’opinion de Grandidier, d’après laquelle le siège habituel des altérations syphilitiques pulmo-
(1) Baümler. In Ziemsen’s Handbüch der speciellen Path. u. Therap., Bd. III.
(2) Beger Loc. cit., 1872, Bd. IX.
nair6S S0raitle lobGn"‘.oyen du poinnon.ll failremarcfLiGr, en outre, que si le diag’uostic « syphilis pulmonaire » n’a pas été posé avec certitude pendant la vie du malade, la marrdie des accidents a fait discuter à plusieurs reprises la possibilité de cette affection.
Lag*neau, et plusieurs auteurs à sa suite, se sont demandé si, dans les affections des voies respiratoires, désig*nées autrefois sous la dénomination g-énérale de phthisie syphilitique, on devait admettre des cas de tuberculose pulmonaire, et si l’on devait croire à l’existence d’une tuberculose synhilitiifue. Lag*neau conclut en disant que la cachexie imprimée par la syphilis favo rise l’éclosion et le développement des tubercules. Bazin (1) cherche à différencier, en même temps que la phthisie scrofuleuse, la phthisie syphilitique de la tuberculose. « Dans la phthisie syphilitique, dit-il, l’affection a été précédée de la syphilis ; elie est quelquefois accompag'née de nodns, d’exostoses, de g*ommes cutanées et sous-cutanées, de laryng-ites syphilitiques, de douleurs nocturnes. L’affection a g*énéralement une marche lente ; et, comme dans la phthisie scrofuleuse, les g*raves désordres que l’on constate dans la poitrine forment un contraste frappant avec la bénig'nité des symptômes. Ajoutons encore que le traitement, par les résultats satisfaisants qu’il donne, vient rétrospectivement éclairer le diag*nostic. »
M. Blachez, en parlant des altérations syphilitiques des bronches insiste sur l’absence des tubercules dans
(1) Bazin. Leçons sur la scrofule, p. 472.
les lésions mentionnées. « Le parenchyme pulmonaire avoisinant, dit-il (I ), est ordinairement induré et comme rétracté par des tractus fibrineux qui sillonnent son épaisseur. On a remarqué que, dans aucun des cas observés, il n’y avait de tubercules. »
Nous croyons, avec la plupart des auteurs modernes, que la syphilis u’eng-endre pas directement la tuberculose et que les bronchites qui se développent dans le cours de la maladie vénérienne ne deviennent le point de départ d’une tuberculose pulmonaire que chez les sujets prédisposés à celte affection diathésique.
Eléments de diagnostic.
Les caractères tirés de la bronchite elle- même ne fournissent g’uère ici d’éléments propres à éclairer le diag’iiostic. Nous voyons sig’nalées des bronchites aig'uës qui apparaissent brusquement et qui g’énéralement cessent rapidement aussi, soit sous l’action d’un traitement spécifique, soit sous l’influence d’une poussée éruptive, à l’époque des accidents secondaires. Elles s’accompag'nent de fièvre, de dyspnée, de céphalée, et d’une expectoration muqueuse abondante. Mais ce qui permettra réellement d’établir un lien entre ces bronchites ei la maladie constitutionnelle, c’est l’époque de leur apparition relativement assez rapprochée du début de l’infection, l’existence antérieure ou la coexistence d’une ang'ine spécifique ou d’aulres manifestations syphilitiques secondaires, et les phénomènes d’alternance et de balancement fréquemment sig’nalés entre cette af-
(1) Blachez, Art. Bronches, in Dict, encyclop., p. 719.
fection du conduit trachéo-l3ronchique et certaines éruptions exanlhémateuses.
Quant aux bronchites qui surviennent dans le cours d’une syphilis plus invétérée, elles pourront être confondues avec des bronchites subaig-uës et chroniques purement accidentelles, avec des bronchites et des accès d’asthme déterminés par l’existence d’une adénopathie simple, scrofuleuse, tuberculeuse ou même cancéreuse, enfin avec la phthisie pulmonaire, et, dans certains cas, avec des bronchites farcineuses. Nous avons vu que les bronchites qui se développent à une période avancée de la syphilis peuvent précéder l’apparition des lésions parenchymateuses et s’accompagner de phénomènes réactionnels accentués. En pareil cas, l’affection des voies respiratoires est loin de présenter le caractère apyrétique que quelques auteurs attribuaient à, la phthisie syphilitique. Les symptômes d’hecticité observés dans les cas de lésions complexes dont nous avons mentionné des exemples, montrent que le contraste signalé par Bazin entre les désordres thoraciques et la bénignité des symptômes généraux est loin d’être constant. Nous croyons, au contraire, avec M. Blachez et d'autres auteurs contemporains, que l’on peut souvent retourner cette proposition.
Lorsqu’il s’agira d’une bronchite chronique sans ulcération, c’est uniquement l’absence des signes plessimétriques et stéthoscopiques habituels de la tuberculose qui, en dehors des circonstances extérieures à la bronchite elle-même pourra établir le diagnostic. Les commémoratifs, les accidents concomitants, l’influence d’un traitement spécifique pourront servir à
différencier cette bronchite des autres bronchites chroniques quelconques, Lorsqu’il s’ag’it d’une bronchite chronique ulcéreuse le défaut de matité aux sommets, que 1 on constate généralement en pareil cas, peut fournir, malgré les phénomènes d’hecticité qui ont été signalés, un élément de diagnostic utile. Mais la coexis- ] tence des lésions osseuses au niveau des côtes supé- ^ rieures peut masquer la sonorité de la région ;
« S’agit-il d'une syphilis secondaire ou tertiaire, écrit M. Walshe (1), une bronchite chronique peut exister » en permanence. Les malades peuvent tousser, cracher des matières séro-purulentes ou muco-puruientes, avoir des sueurs nocturnes, de la fièvre hectique, perdre rapidement leurs forces et leur embonpoint, sans que cependant il existe chez eux des tubercules pulmonaires.
C’en est cependant assez pour justifier une forte suspicion de phthisie, si surtouton songe que la syphilisetle mercure ont une irrécusable aptitude à faire naître la tuberculisation pulmonaire quand ces deux influences lencontrent un terrain favorable.
« Comment arriver au diagnostic? Par le manque absolu de concordance entre les signes locaux et les symptômes généraux. Le malade atteint de bronchite syphilitique ne présente aucun sigme d’induration et à plus forte raison de consomption pulmonaire. Mais je dois signaler une cause assez singulière d’embarras pour le diagnostic. Les côtes de la région sous-claviculaire et la clavicule elle-même peuvent être épaissies par une péri stite et produire de la maûté, Cju’il est presque im-
(1) Walbhe, Loc. cit., p. 272.
possible de disting’uer d’une matité tuberculeuse du sommet. »
C’est, dans ces cas, à l’absence habituelle de phénomènes cavilaires proprement dits, ainsi qu’aux circonstances au milieu desquelles évolue l’inflammation du conduit laryng’o-bronchique et à la marche suivie par l’affection des voies respiratoires, que l’on devra s’adresser pour chercher une relation entre ces désordres locaux et la maladie syphilitique. Il en sera de même pour les cas où la bronchite sera sous la dépendance d’une adénopathie syphilitique et s’accompagnera des symptômes habituels de tout eng’org’ement des g’ang*lions bronchiques.
« En somme, dit M. Blachèz, lorsque, chez un sujet syphilitique, on observe de la dyspnée, du cornag'e, des accès de suffocation, on est en droit de soupçonner l’existence des lésions spécifiques de la trachée ayant déterminé des modifications dans le calibre du conduit aérien.
« Si plus tard une bronchite chronique se déclare, si on assiste à un dépérissement lent, sans qu’on puisse reconnaître les sig*nes caractéristiques des tubercules pulmonaires , on song*era à une bronchite syphilitique. »
Parmi les circonstances extérieures dont nous venons de parler, nous ne ferons que mentionner ici les commémoratifs et les manifestations diverses qui ont été indiquées dans notre exposé succinct des caractères de la syphilis. Nous insisterons seulement sur la fréquence des accidents pharyng-iens et laryng-iens concomitants, sur la forme névralg’ique des douleurs provoquées fré-
quenimenf parla périostite costale ou sternale, et enfin ] sur l’influence plus ou moins déterminée du traitement. j
Valeur pronostique. I
Si l’on veut apprécier la valeur pronostique d’une I
bronchite qui se déclare chez un sujet syphilitique, I
on devra se rappeler qu’à côté des bronchites plus ^ I
ou moins aig’uës que M. le professeur Hayem désig’ne ||
sous la dénomination caractéristique de bronchites || exanthématiques et qui disparaissent g*énéralement ||
sans laisser de traces, soit spontanément sous l’action || d’une poussée éruptive soit sous l’influence du traite- || ment, on a sig’naléjOn dehors des affections purement ac- ||
cidentelles des voies respiratoires, des bronchites chro- il niques qui peuvent provoquer de l’emphysème et des il dilatations permanentes, et des trachéo- bronchites ul- Il
céreuses pouvant s’accom paginer de rétrécissements ci- || catriciels et de productions g^ommeuses dans l’épaisseur 11 des parois bronchiques et dans le parenchyme pulmo- Il naire. Elles peuvent se compliquer, en outre, des acci- Il dents divers provoqués par une adénopathie bronchique. Il et d’autres lésions viscérales qui concourent aiL développement des phénomènes de cachexie et d’heclicité. Il* Enfin, Eadénopalhie semble pouvoir exister avec une inflammation des conduits laryngo-bronchiques sans autres complications, chez un sujet syphilitique. Quant 1 à la tuberculose pulmonaire, nous pensons avec bon l j,j nombre de médecins que son développement peut être favorisé par l’inflammation des canaux trachéo-bron- ^j, chiques, chez tout individu prédisposé.