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Des marniéres ouvertes sur deux de ces points et assez rapprochées l’une de l’autre, laissent apercevoir l'épaisseur de l’alluvion qui surmonte le substratum miocène, argilo-calcaire, exploité comme marne. Là, ce qui reste du dépôt argilosiliceux et caillouteux n’a qu’une faible épaisseur, variant de 20 à 40 centimètres.
Les plaines étant cultivées en entier, les labours ne cessent de ramener et d’éparpiller à la surface du sol des cailloux fréquemment déplacés ; il y en a d’entiers, par conséquent à contours usés et lisses, d’autres ont été éclatés et sont restés anguleux.
Parmi ceux qui ont subi cette modification, il est aisé d’en distinguer qui affectent nettement les formes pour ainsi dire typiques, que les archéologues attribuent au premier âge de le pierre (âge de la pierre taillée ou paléolithique), tandis que d’autres spécimens ne présentent ces mêmes formes qu'incomplétement réussies, rebuts ou simples ébauches.
On y rencontre aussi de nombreux éclats, dont certains doivent être considérés comme intentionnels, tandis que d’autres peuvent n’avoir été que le résultat de la
taille des objets ayant reçu des formes déterminées.
Mais, avant de signaler les types ouvrés et variés que nous avons retirés du gisement de Roqueville, je crois essentiel d’entrer dans quelques détails touchant l’état de la surface de ces engins, très-sensiblement modifiée par un long séjour dans le lehm ou postérieurement altérée par l’action des agents atmosphériques. Ces remarques sont de tout point applicables aux cailloux taillés de toutes les stations de la région.
La première de ces modifications, celle qu'ils ont subie à la suite d’un séjour prolongé dans le lehm, consiste en ce que leur surface, de grenue qu’elle était, est devenue unie, luisante et comme savonneuse, en acquérant une sorte de couverte ou de patine, comme on a pris l'habitude de le dire, qui, plus ou moins accentuée, a fini par adoucir toutes les aspérités produites par la taille. De là résulte l’aspect vermiculé offert par la plupart de ces objets.
La deuxième des modifications présentée par nos cailloux taillés leur est advenue plus tard, lorsque, retirés de la couche de lehm, ils ont été ramenés à la surface du sol où, subissant plus ou moins longtemps l’action des agents atmosphériques, leur patine a fini par disparaître parfois en entier. Comme résultat de cette seconde altération, leur surface a repris un état grenu, qui pourrait être mal à propos attribué, si l’on n’était averti, à l’usure qu’ils auraient éprouvée, après leur
taille, à la suite d’un long transport par des eaux courantes.
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Après ces remarques, dont nous aurons bientôt à tirer des déductions, arrivons aux objets eux-mêmes : ceux-ci reproduisent des types suffisamment variés, trouvés sur un grand nombre de points de notre localité, rarement dans des dépôts quaternaires non remaniés, comme il a été dit, mais en abondance dans la couche arable et, par suite, à la surface du sol; tels sont ceux, appartenant à ces deux catégories,
que j'ai fait représenter dans mes études de 1865 ! et de 1868°.
Des engins de l’âge paléolithique, taillés par percussion et similaires aux nôtres, ont été signalés dans un très-grand nombre de localités, en France et ailleurs, et ont été dénommés, par les auteurs qui les ont étudiés, soit d’après leur forme, soit en se reportant aux usages, restés pourtant jusqu'à présent très-hypothétiques, que les hommes de cet âge en avaient fait. De ces deux modes de nomenclature, j’adopte le premier qui, purement descriptif, ne laisse rien préjuger des intentions prêtées à
ceux qui façonnèrent ces pierres”.
Les plus communes de ces formes retirées du gisement de Roqueville, ce qui est vrai aussi pour celles des autres stations de la région sous-pyrénéenne, rentrent dans une même catécorie. Elle comprend tous les cailloux éclatés rendus plus ou moins cunéiformes, mais assez variables entre eux par des détails secondaires. Ces coins ont pour caractère essentiel leur disposition triangulaire, présentant une grosse extrémité ou téte et une petite extrémité, pointe ou sommet, ou, si l’on veut, un gros
et un petit bout.
Ce que les ouvriers se proposaient d'obtenir consistait, en définitive, à convertir un caillou en un outil ou arme, outil et arme peut-être à la fois, triangulaire ou
ovale-triangulaire, à tête plus ou moins obtuse et élargie, à bords habituellement
amincis et à pointe aiguë.
A. Voir Fossiles et cailloux travaillés des dépôts quaternaires de Clermont et de Venerque, pp. 9 et 20, avec figures.
2. Voir mes Études d'archéologie primitive, déjà citées. Consulter aussi les dessins des quatre planches qui accompagnent, dans la même livraison de la Revue archéologique du Midi de la France, le travail de M. V. d’Adhémar : Faits nouveaux concernant l'âge de la pierre taillée.
Les exemplaires typiques, ayant servi aux dessins accompagnant les Mémoires cités dans cette note, ont été donnés, ainsi que bon nombre d’autres spécimens de cette nature, au Musée d'histoire naturelle de Toulouse, par MM. d’Adhémar et Noulet. Depuis, plusieurs dons sont entrés au Musée. Il vient de recevoir le produit de mes récoltes à Roqueville, par conséquent les objets qui sont décrits et représentés dans le présent Mémoire.
3. Il est presque inutile de faire observer que les divers types que nous allons décrire se rapportent à des formes tranchées, que des formes intermédiaires relient parfois entre elles.
Les cailloux employés pour être ainsi modifiés ont reçu la taille parfois sur la totalité de leur surface, en procédant par éclats rares et larges ou par éclats réduits et très-répétés. Dans ces deux cas, il ne reste rien ou presque rien des contours primitifs des cailloux, mais il en est d’autres qui n’ont été taillés qu’en partie; c'est alors la portion qui représente la grosse extrémité ou tête du coin qui est restée intacte dans une étendue plus ou moins grande, la pointe étant toujours le produit de la taille. Enfin, certains coins résultent d’un grand et même très-crand éclat, modifié par des retouches sur une seule ou sur les deux faces à la fois. Nous avons ainsi des coins taillés des deux côtés, ou retaillés seulement d’un seul côté, de divers gisements, entre autres de celui de Roqueville, sans que l’on puisse tirer aucun caractère d'âge de ces deux modes de taille.
Les dimensions de nos coins, pris dans leur ensemble, sont fort variables ; nous en connaissons qui atteignent près de 30 centimètres de long ; le plus petit, qui nous vient de Roqueville, n’a que 84 millimètres; le plus grand de cette localité mesure 179 millimètres.
Voici l’ordre que j’ai cru devoir adopter dans l'exposition des principales formes secondaires auxquelles on peut ramener nos cailloux rendus cunéiformes, en allant des plus archaïques, ou qui semblent telles, à celles qui sont le résultat d’une taille
perfectionnée ’.
1° Les Coins à pointe taillée dans un caillou plus ou moins allongé, ayant la tête ou grosse extrémité restée intacte. — Cette forme offre de nombreuses différences quant à la portion laissée intacte; très-étendue dans certains coins, elle est trèsréduite dans d’autres, si bien que dans ce dernier cas, la pointe seule a été façonnée, ce qui semble démontrer que dans ces engins cette partie était principalement utilisée.
Nous avons fait représenter comme type de cette forme, qui n’est pas três-commune, le caillou retiré du gravier sous-lehmien quaternaire de Venerque, PI]. I, fig. 1
et un exemplaire plus petit du gisement de Roqueville, PI. I, fig. à.
R° Coins à quatre pans. — Type épais, primitif, obtenu par la taille à très-
1. Les Celts ou coins en pierre polie, improprement nommés Pierres de foudre, Haches celtiques, qui sont d’un âge plus récent que ceux que nous étudions, montrent, ainsi qu’on l’a fait observer, une disposition inverse; ils ont, de même que les coins taillés par éclats qui nous occupent, une grande et une petite extrémité, mais c'est la grande qui porte le tranchant, le bout opposé, plus ou moins obtus, n'ayant servi qu’à fixer le celt dans la main ou dans un manche.