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HISTORIQUE

La connaissance des cancers primitifs multiples est de date relativement récente. C'est, en effet, à l'année 185 5, date à laquelle parut le traité d’anatomie __ pathologique de Rokitanski, que semble remonter leur histoire. Encore cet auteur avance-t-il leur possibilité sans en donner aucune preuve.

Broca, il est vrai, rapporte dès 1852, dans les mémoires de l'Académie Nationale de Médecine , quatre cas de cancers multiples qu’il considère comme primitifs : deux se rapportent au foie, un au poumon, l’autre à la vulve. Mais, formés par des noyaux situés dans le même organe et séparés entr'eux par des espaces de tissus sains, ces cancers, tout au moins ceux du foie, ne nous paraissent être autre chose que

des cancers secondaires.

En 1859, von Bruns admet également dans son

Traité de chirurgie pratique, la possibilité de la mulJ. tiplicité des cancers primitifs, mais pas plus que

Rokitansky, il ne donne de preuve venant confirmer sa manière de voir et il faut arriver à Tannée 1860 pour trouver le premier cas considéré par certains comme tel.

A cette époque, en effet , Billroth, dans son manuel de pothologie chirurgicale générale, cite un cas de cancer de Testomac chez un homme auquel on avait enlevé un cancer de Toreille, et il admet une affection double primaire. La même année, Virchow ^-^^3met également la multiplicité du carcinome primaire.

Dans la thèse du docteur Heurteaux, soutenue à Paris en 1860, nous relevons les lignes suivantes relatives à une forme de cancroïde par lui observée.

(( Presque toujours le cancroïde est unique, on a (( cependant vu des malades porter à la fois deux ou | (( plusieurs de ces productions parfaitement distinctes (( et ayant débuté en même temps ou à des époques (( variables, sans qu'on pût les regarder comme des (( cancroïdes par infection , puisque les malades (( n'étaient pas encore arrivés à la période de cachexie. (( Ces exemples sont- tout-à-fait analogues à ceux (( dans lesquels des tumeurs cancéreuses multiples se (( développent d'emblée, comme manifestation pri- (( mitive de la diathèse )).

Certes, en considérant la période de cachexie comme la seule époque à laquelle puissent apparaître les tumeurs secondaires, Heurteaux se trouve en

désaccord avec les idées aujourd’hui régnantes, mais peu importe. Ce qu’il y a d’intéressant à noter, c’est que déjà à cette époque la possibilité de l’apparition de plusieurs tumeurs primitives était admise en France.

En 1874, von Volkman décrit une série de cas de cancers multiples de la peau de la face, se présentant chez les paraffîneurs et les ouvriers des fabriques de goudron. Ces observations furent complétées en 1880, par Tillman qui rapporte un cas de carcinomes primaires au scrotum et à l’avant-bras chez un paraffineur.

Inspiré par Volkmann, Schuchard continue cett£, étude et rapproche de ces cas ceux de carcinomes multiples primaires chez les vieillards atteints de séborrhée sénile. Dès lors, les observations de cette nature abondent : Schimmelbusch, Kaposi, Kaufmann, en citent un certain nombre.

Comme on le voit, la plupart de ces travaux s’appuyaient sur l’apparition de tumeurs cutanées de sièges divers mais de structure identique, aussi leur primarité fut-elle mise en doute par grand nombre d’auteurs.

Bard les considère encore aujourd’hui comme des généralisations multiples d’un néoplasme primitif unique, généralisations facilitées à distance par la similitude de structure du tissu récepteur.

Nous ne sommes donc plus étonné quand nous .

voyons Lancereaux écrire, dans son Traité d'anatoraie pathologique (1875-1877) :

« Outre la propriété d'envahir les tissus voisins, les tumeurs épithéliales ont encore la propriété de se propager à distance, car la néoplasie épithéliale est toujours primitivement solitaire , et c'est seulement au bout d'un temps plus ou moins long que surviennent des tumeurs secondaires. ))

C'est probablement encore pour le même motif que certains cliniciens font remonter l'histoire des cancers primitifs multiples à l'année 1878, époque à laquelle parut la Monographie de Kauffmann et dans laquelle sont reproduits plusieurs cas cités quelque temps auparavant par Winiwarter. Cette étude est, en effet, la première où l'on voit citer des cas de carcinomes multiples primaires observés dans les viscères.

Quoi qu'il en soit, les observations se succèdent dès lors, mais en petit nombre.

Dans son article, paru en 1883, dans la (( Gazette médicale de Prague )), sur la multiplicité des carcinomes primaires, Beck divise les cas publiés en trois catégories suivant leur valeur démonstrative. Il n’en conserve que cinq de la première catégorie, c'est-àdire dans celle où la preuve complète de l'indépendance réelle des carcinomes trouvés chez un même individu a été fournie par l'examen microscopique ; ce sont :

i° Un carcinome de la glabelle observé trois ans après l'ablation non suivie de récidive d'un carcinome de la lèvre inférieure (Winiwarter).

2° Un cancroïde de la paupière supérieure enlevé à un homme qui mourut six ans après d'un épithéliome cylindrique du rectum (Kauffmann).

3° Un carcinome de la vulve chez une femme de cinquante-deux ans dont l'opération fut suivie de mort qui permit de constater à l'autopsie un carcinome fibreux du colon ascendant (Chiari).

4° Un carcinome de la vessie avec carcinome de l'estomac trouvés simultanément sur un sujet mort pendant l'anesthésie pratiquée pour une taille (Stzumann).

5° Enfin un carcinome pavimenteux du col de l'utérus chez une femme de quarante-cinq ans accompagné d'un carcinome cylindrique gélatiniforme de l'S iliaque (Beck).

En 1885, Ricard rapporte dans sa thèse plusieurs cas de tumeurs malignes concomitantes chez le même sujet. Mais ces observations, se rapportant pour la plupart à des cancers doubles des organes pairs ou à des épithéliomes multiples de la peau, ne peuvent

être considérées comme des cas de véritables cancers primitifs multiples. Bard en effet n’en retient que deux comme assez probantes.

Ce sont les cas de Velpeau « squirrhe du .sein chez un homme opéré quinze ans auparavant pour

cancroïde de la lèvre » et de Hanot « cancer du foie et

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sarcome utérin simultanés ».

Abesser, en 1886, consacre sa thèse inaugurale aux quelques cas qui sont ceux cités par Kaufmann auxquels il en ajoute un personnel.

En 1887, Podrouzek adopte la classification de Beck et ajoute deux nouveaux cas aux cinq cas de ce dernier.

L’un est dû à Orth, qui a signalé l’existence, dans son musée, d’une pièce portant un cancer cylindrique typique de la muqueuse du pylore et sur la face de la séreuse de l’estomac un nodule colloïde qui n’était autre chose qu’un noyau secondaire d’un cancer colloïde du cæcum.

L’autre se rapporte à un fait nouveau observé par l’auteur dans le Laboratoire de Chiari, et qui concerne la coexistence, chez un homme de soixantequatorze ans, d’un carcinome fibreux du pylore, né des glandes muqueuses de l’estomac et d’un carcinome gélatiniforme du cæcum né des cryptes des glandes de Lieberkun de cet organe.

En 1888, M. Gilbert rapporte, dans son « Traité des maladies de foie » publié en collaboration avec le Dr Hanot, deux observations personnnelles de cancers primitifs multiples : la première concerne un cas de cancer primitif des deux mamelles, la deuxième , beaucoup plus intéressante, est un cas de cancer primitif du rectum (épithéliome cylindrique) avec conco-

mitance d’un cancer primitif du foie (adeno-cancer). Ce dernier, observé en 1883, a pour nous une très grande importance. Il est, en effet, en France du moins, le premier cas établissant histologiquement la possibilité du développement simultané de plusieurs épithéliomes primitifs.

A la même époque, Reichel publie plusieurs cas d’apparition simultanée de carcinomes dans le corps utérin et les ovaires. Ces cas, qui concernent des tumeurs de même nature, ne paraissent pas offrir les garanties nécessaires pour affirmer leur indépendance réciproque, aussi ne sont-ils relevés par aucun auteur subséquent.

Michelson dans sa thèse inaugurale en i88q, se montre moins sévère que Beck et Podrouzek dans ^appréciation de la valeur des cas publiés. Il réunit^ en effet, presque tous les faits connus, en faisant entrer dans son étude les cas où il y a eu implantation ou incubation et ceux où il y a apparition d’un carcinome primaire longtemps après qu’un premier cancer a été opéré et guéri, aussi arrive-t-il à trouver vingt cas qu’il considère comme des exemples de coexistence de carcinomes indépendants. Il les divise en deux catégories : la première concerne les cas où les carcinomes ont apparu plus ou moins simultanément et ont présenté une évolution parallèle, elle comprend neuf cas ; la deuxième catégorie réunit les cas dont l’apparition a été successive et séparée par

un intervalle de temps plus ou moins long, elle comprend les onze autre cas.

Les neufs cas de la première catégorie comprennent d’abord trois des cinq cas de Beck et l’observation d’Israël Abesser publiée en 1886, concernant un cancroïde de la langue, avec un carcinome cylindrique du jéjunum chez un homme de soixantesept ans. Les autres cas, moins probants, concernent des faits de cancers doubles ou de tumeurs multiples de la peau.

Les onze cas de la deuxième catégorie consistent presque tous dans l’apparition d’une tumeur maligne* un temps plus ou moins long après l’ablation d’une première tumeur dans la cicatrice même de la première opération ou dans son voisinage immédiat.

Peu de temps après Michelson, Schimmelbusch entreprend un travail plus vaste et encore plus complet. Il refait l’étude du cancer des paraffineurs* de celui consécutif à la séborrhée sénile, etc.., reprend les anciennes observations et accorde une large place aux cas de cancers par implantation, ainsi qu’à ceux où le second cancer apparaît plusieurs années après la guérison post-opératoire.'

En 1892, Bard, dans un intéressant article reprend la question de la multiplicité des cancers primitifs et publie un cas de cancers primitifs de l’utérus et de la tête du pancréas.

Il donne les caractères que doivent présenter

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les tumeurs multiples et analyse avec soin les travaux de Beck, Podrouzek et Michelson. Son étude est cependant incomplète, car il oublie de mentionner, malgré son importance, le cas de M. Gilbert observé à Thôpital Saint- Antoine en 1883.

L’année suivante, le docteur Mercanton publie, dans la Suisse Romande, toute une série de cas qu’il considère comme des cas de cancers primitifs multiples, mais qui manquent pour la plupart des caractères indiqués par M. Bard.

A partir de cette époque, tous les travaux sur ce sujet se bornent à la publication de quelques observations : telles sont celles de Dansac, Lannois et Courmont, Ombredanne et Fontoinon.

Citons enfin, pour terminer cet aperçu histo-^ rique, l’intéressant article de M. Letulle sur les cancers multiples du tube digestif paru dans la « Presse Médicale » en mai 1897.

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