‹ Étude sur les cancers primitifs multiplesChapitre 6 sur 23 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Nous venons de voir dans le chapitre précédent la manière dont se formaient les tumeurs secondaires. Ordinairement, avons-nous dit, une ou plusieurs cellules se détachent de la tumeur primitive et vont au loin donner naissance à des tumeurs multiples en parcourant les diverses voies que nous avons indiquées. Mais est-ce à dire pour cela que les tumeurs multiples soient toujours le produit d’une tumeur primitive ? En d’autres termes chaque fois que nous nous trouverons en présence de plusieurs tumeurs cancéreuses devrons-nous toujours en conclure que nous avons affaire à une tumeur primitive ayant donné naissance à des néoplasmes secondaires ?

Les anciens anatomo-pathologistes n’eussent pas manqué de répondre par l’affirmative. Aujourd’hui les progrès accomplis par l’histologie nous permettent d’arriver à une conclusion différente et de dire :,à côté des tumeurs multiples par généralisation, il existe des tumeurs multiples primitives, c’est-à-dire des tumeurs se montrant à une même époque ou au

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bout d'un temps plus ou moins long, mais évoluant chacune pour leur propre compte et ayant entre elles une indépendance absolue.

Mais sur quoi nous baserons-nous pour affirmer que telle ou telle tumeur est bien primitive et ne dépend pas au contraire de telle ou telle autre } Il ne suffit pas, en effet, pour affirmer leur indépendance, qu’elles soient très éloignées de siège ou que les rapports de leur localisation soient tels qu’il paraisse impossible que la seconde puisse procéder de la première. 11 ne faut donc pas, à l’exemple de certains auteurs, s’empresser de conclure à l’individualité de deux tumeurs parce qu’on ne saisit pas les liens pouvant les unir. Procéder de la sorte serait agir à la légère et s’exposer à commettre de graves erreurs. Il est certain, en effet, que les généralisations les plus singulières ont été observées et que le siège d’une tumeur secondaire par rapport à sa tumeur mère peut être absolument quelconque.

De là, la nécessité d’un caractère nous permettant d’affirmer d’une manière absolue l’indépendance de deux tumeurs. Ce caractère, M. Bard nous le donne dans son intéressant article sur les cancers primitifs multiples paru en 1894 dans les Archives de Médecine. Il constate en une structure radicalement différente des deux tumeurs, c’est-à-dire, dont les dissemblances ne puissent pas être le fait de l’aspect différent de deux stades du développement d’un même néo-

plasme; il faut et il suffit pour cela que les deux tumeurs émanent de deux espèces cellulaires distinctes.

Il est, en effet, en pathologie cancéreuse une loi qui ne souffre pas d'exception et d'après laquelle une tumeur secondaire présente toujours la même structure que la tumeur primitive qui lui a donné naissance. Nous pourrons donc, en présence de tumeurs de structure différente, conclure à leur parfaite individualité, car, s'il en était autrement, si ces mêmes tumeurs étaient secondaires, elles devraient, en vertu de la loi précédente, présenter toutes une même structure.

Selon M. Bard, la preuve de l'indépendance de deux tumeurs paraîtra plus évidente si l'espèce cellulaire de chaque néoplasme est manifestement une espèce qui se rencontre normalement dans son lieu d'apparition. La démonstration sera plus élégante encore, si l'on constate l'existence de noyaux de généralisation distincts et propres à chaque tumeur.

Ces deux derniers caractères, toutefois, ne nous paraissent pas indispensables, car nous estimons que chaque fois que nous nous trouverons en présence de deux néoplasmes, ayant chacun une structure radicalement différente, ce caractère nous suffira à lui seul pour affirmer leur individualité.

Par contre, lorsque nous aurons affaire à une ou plusieurs tumeurs de structure identique devrons'-

nous toujours en conclure que ce sont là des tumeurs secondaires, dépendantes les unes des autres. Nous ne le croyons pas et nous considérons même que soutenir une telle assertion serait aller contre la logique. Du moment où, en effet, nous admettons la concomitance possible de tumeurs de structure différente, pourquoi ne pas admettre qu’il puisse en être de même pour des tumeurs de même structure, surtout si les localisations de ces tumeurs nous paraissent anormales. 11 est vrai que dans ces cas manquant d’un caractère que nous considérons comme nécessaire pour affirmer l’individualité de plusieurs tumeurs, il nous sera bien difficile, si non impossible d’établir leur indépendance.

C’est donc une simple vue de l’esprit plutôt qu’une proposition que nous voulons faire ressortir ici.

En somme, nous ne faisons qu’admettre la primarité possible de plusieurs tumeurs, de même structure. Toutefois, comme nous reconnaissons l’embarras où nous nous trouvons d’en faire la preuve, nous continuerons à ne considérer comme véritables cas de cancers primitifs que les cas nous présentant une structure radicalement différente.

Pour cette raison, nous avons divisé les observations que nous publions dans, cette étude en deux groupes.

Le premier comprend les cas de cancers primitifs multiples dans lesquels les tumeurs présentent une

structure identique. Ces dernières occupent le plus souvent des organes symétriques ou éloignés, ne présentant entre eux aucune relation anatomique, mais elles peuvent également siéger dans un seul et même organe. Nous avons déjà mentionné les raisons pour lesquelles il nous est impossible d’affirmer d’une manière absolue leur indépendance, aussi n’avons nous pas cherché à multiplier des faits passibles de toutes les objections. En les rapportant ici, nous avons voulu surtout éviter le reproche d’être incomplet et donner des exemples de ce que certains auteurs regardent comme des cas de véritables cancers primitifs multiples.

Le deuxième groupe, au contraire^ comprend les cas de cancers primitifs multiples dans lesquels les tumeurs présentent une structure radicalement diffé^rente, caractère qui* nous l’avons déjà vu, nous per^ met à lui seul de conclure d’une manière rigoureuse à l’indépendance absolue de chaque tumeur. Mais nous avons pensé que même dans ce groupe, il y avait lieü de distinguer, suivant que les organes affectés proviennent ou non d’un même feuillet blastodermique, aussi l’avons-nous subdivisé en deux sous-groupes ! i° Cancers primitifs multiples affectant des organes issusd’unmême feuillet blastodermique; 2°cancers primitifs multiples affectant des organes issus d’un feuillet blastodermiquedifférent: cesderniers devantêtre regardés comme le type idéal des cancers primitifs multiples.

Bernard 3

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