‹ Étude sur les cancers primitifs multiplesChapitre 8 sur 23 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Tumeurs cancéreuses multiples chez une femme opérée d’un èpilhèlioma du clitoris, — Léger.

B... Caroline, âgée de 62 ans, entra le 12 août 1873 à l’hôpital Cochin, salle Saint-Jacques, n° 12, (service de M. Després). Elle présentait alors un épithélioma du clitoris, développé depuis un an. L’ablation de la tumeur fut faite le ier septembre. Un mois après, le développement de bourgeons charnus exubérants fît craindre une récidive, mais ils disparurent rapidement après des cautérisations au nitrate d’argent.

Il existait en même temps chez cette femme une tumeur du sein droit. Cette tumeur, dont le début remontait à 3 ans, offrait les caractères d’un adénome; pourtant elle était ulcérée en un point et avait par là, donné lieu à des hémorrhagies assez abondantes ; elle présentait en outre vers sa partie supérieure une partie fluctuante, contenant certainement un liquide dont la coloration paraissait, par transparence, violacée. La malade mourut d’épuisement.

Autopsie. — Pas de lymphangite pelvienne ; les ganglions auxquels aboutissent les lymphatiques des organes génitaux ne présentent aucune altération.

Utérus normal.

Les reins contiennent des noyaux cancéreux dont quelques-uns commencent à se ramollir. On trouve aussi des noyaux dans les poumons. Le poumon gauche présente, au sommet, des adhérences intimes avec la plèvre pariétale. Il est, en ce point, creusé d’une vaste caverne dont les parois sont recouvertes d’un putrilage grisâtre. Le lobe moyen du poumon droit présente aussi une tumeur saillante à sa face externe, et qui à la coupe paraît ramollie et constituée par une matière analogue à celle qui tapisse les parois de la cavité du poumon gauche. La tumeur du sein est formée presque entièrement par une poche remplie d’un liquide sanguinolent ; cette poche repose sur une base indurée. Les parois, examinées au microscope parM. Després, sont formées par des culscle-sacs glandulaires séparés par des éléments fîbroplastiques.

OBSERVATION III (Cancer des deux seins. — A. Gilbert)

E. T..., 41 ans, domestique, entrée le 26 avril 1884, à l’hôpital Tenon, salle Collin, n° 9.

Il y a trois ans, ont commencé à se manifester des élancements et des picotements dans les seins. Bientôt après, a apparu dans chaque sein une tumeur qui s’est accrue progressivement. Celle de gauche a pris un développement plus considérable que celle de

droite. Puis Tune et l’autre tumeur ont commencé à diminuer de volume.

Il y a quinze ans environ, se sont déclarées dans les côtés des douleurs qui augmentent d’acuité la nuit. En même temps se sont produites des quintes de toux violentes, sans expectoration. L’appétit et les forces ont disparu, l’amaigrissement s’est prononcé, et la malade est entrée à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Vulpian. Elle y est restée quatre mois environ sans modification appréciable de son état. Depuis sa sortie, elle a essayé plusieurs fois de se remettre au travail, mais les forces lui ont fait défaut. Elle entra à l’hôpital Tenon le 26 avril 1884.

Etat actuel (27 avril 1884, matin). — Aspect cachectique, teint jaunâtre, léger œdème péri-malléolaire, faiblesse extrême. Squirrhe atrophique du sein gauche, avec plaie linéaire profonde incomplètement cicatrisée, partant du mamelon et s’étendant vers l’aisselle dans une longueur de quatre centimètres. Squirrhe atrophique du sein droit, sans plaie, avec rétraction du mamelon. Ces deux seins, durs et petits, adhèrent à la paroi thoracique. Autour des seins, dans l’épaisseur de la peau, on trouve çà et là de petites nodosités cancéreuses disséminées.

L’examen physique de la cavité thoracique révèle les modifications suivantes : à l’inspection, le côté droit de la poitrine parait très notablement déprimé ; à la palpation combinée des deux mains, la différence de développement des deux côtés de la poitrine s’accuse davantage ; à la mensuration, l’on constate qu’à * droite la base du thorax a cinq centimètres de moins qu’à gauche.

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A la percussion, le côté droit de la poitrine est complètement mat dans toute sa hauteur, en avant et en arrière ; le côté gauche offre la sonorité habituelle.

A la palpation, les vibrations vocales sont absolument abolies à droite, en avant et en arrière ; la voix de la malade est, du reste, extrêmement faible, et les vibrations à peine perçues à gauche.

A l’auscultation de la respiration, en avant, sous la clavicule droite, inspiration et expiration lointaines, à timbre métallique ; sous la clavicule gauche, respiration puérile ; en arrière et à droite, au niveau des fosses sus et sous-épineuses, murmure vésiculaire à peine perceptible, résultant probablement de la propagation du murmure vésiculaire du poumon gauche ; au niveau du tiers inférieur, abolition du bruit respiratoire ; en arrière et à gauche, dans toute la hauteur, inspiration supplémentaire, expiration soufflante, quelques petits râles sous-crépitants disséminés.

A l’auscultation de la voix : à gauche, en avant et en arrière, retentissement normal ; à droite, en avant et en arrière, absence de retentissement, pas de broncophonie, ni pectoriloquie, ni egophonie.

Expectoration pituiteuse assez abondante. Toux fréquente, quinteuse, pénible. Douleur vive dans l’épaule droite.

Rien d’anormal à l’examen du cœur.

Langue rosée, humide. Grande diminution d’appétit. Pas de ballonnement du ventre. Pas d’augmentation appréciable du volume du foie et de la rate. Tendance à la constipation. Pas d’albumine dans l’urine. ,

i6 mai. — L'état général n'est pas sensiblement modifié. L'examen méthodique de la poitrine donne les mêmes résultats que le jour de l'entrée de la malade à l’hôpital. Douleurs vives, spontanées, et provoquées par la percussion, transitoires et tenaces, occupant les* régions scapulaire et sous-claviculaires droites. Impossibilité du décubitus latéral droit ou gauche ; le décubitus latéral droit est impossible à cause des douleurs vives qu'il provoque ; le décubitus latéral gauche occasionne immédiatement une toux opiniâtre et fatiguante, ainsi qu’une dyspnée excessive.

Le 27. — La cachexie se prononce davantage. La toux- est de plus en plus fréquente ; elle se montre aussitôt que la malade se couche sur le dos ou sur le côté, et s'accompagne d'une oppression extrême. La station assise est seule supportée.

27 juin. — Sous la clavicule droite, le long du bord droit du sternum, a apparu, depuis hier, une tumeur arrondie, du volume du poing d'un adulte, mate à la percussion, obscurément fluctuante et complètement réductible par la compression. Cette tumeur n'est pas animée de battements isochrones à ceux du cœur. Dans l'aisselle droite, existent plusieurs ganglions du volume d'une noisette ; dans l’aisselle gauche les ganglions ne sont point tuméfiés. Pendant trois heures, ce matin, la malade a été suffoquée par des accès de toux quinteuse, accompagnés de douleurs vives le long du bord droit du sternum.

4 juillet. — La cachexie fait des progrès rapides. La tumeur sous-claviculaire n'a pas augmenté de volume. L'exploration thoracique ne fournit aucun

signe nouveau. La malade reste perpétuellement assise dans son lit ou sur un fauteuil.

Le io. — Mort, le matin à 5 heures.

Autopsie (12 juillet). — Chaque sein est transformé en une masse squirrheuse peu volumineuse, adhérente au squelette thoracique, criant sous le scalpel, et fournissant par le raclage une minime quantité de suc cancéreux. Les nodosités sous-cutanées, disséminées autour de la région mammaire, sont également squirrheuses et pauvres en suc. Les ganglions axillaires du côté gauche sont peu augmentés de volume ; les ganglions axillaires du côté droit sont tuméfiés, indurés et, assez riches en suc cancéreux.

La plèvre droite contient quatre litres environ d’un pus jaune verdâtre, grumeleux, non fétide, qui s’est fait jour à travers le premier espace intercostal, donnant ainsi naissance à la tuméfaction sous-claviculaire droite qu’on avait notée pendant la vie. Les deux feuillets de la plèvre sont épaissis et apparaissent recouverts de débris pseud-o-membraneux. Ils ne fournissent point de sucre par le raclage, sur une section perpendiculaire à' leur surface, et ne sont le siège d’aucun noyau carcinomateux, ni d’aucune infiltration néoplasique en nappe. Le poumon droit est ratatiné et ne renferme point de noyau cancéreux.

La plèvre gauche et le poumon gauche sont sains. Le péricarde viscéral présente quelques taches laiteuses. L’endocarde est normal. Le cœur pèse 310 gr. La colonne vertébrale et les côtes ne renferment aucun nodus néoplasique. Le foie est muscade et pèse i38ogr. La rate offre à sa surface des plaques de

péritonite chronique ; elle est dure et pèse 160 gr. Les reins sont congestionnés ; leur poids est de i6o à 165 gr. L’encéphale est normal.

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