EXAMEN DU PRODUIT PRIMITIF OU PÉTROCÈNE
Le produit complexe désigné sous le nom de pëtrocène représente l’ensemble des carbures formés vers la fin de la distillation industrielle. Il est d’un vert éclatant, et cristallisé à peu près comme le blanc de baleine.
Analysé en bloc, il titre93 ,5 pour 100 de carbone.
Il commence à fondre vers 160 degrés, mais il 11’est en fusion complète qu’à partir de 180 ou 190 degrés.
Sa densité est de 1,206.
Enfin, il commence à entrer en ébullition dès aoo degrés, et la température s’élève ensuite bien au delà de l’ébullition du mercure.
Nous avons dit déjà que, chauffé avec un quart à peu près d’acide sulfurique, à deux reprises différentes, il laisse un produit inattaqué qui représente les paraffines, à peine 6 pour 100 du poids total.
Le corps est d’abord pulvérisé aussi finement que possible, afin de favoriser l’épuisement par l’alcool, qui s’effectue dans un appareil à reflux.
Après une heure environ d’ébullition de l’alcool à 95 degrés, on filtre bouillant. On sépare ainsi le produit en deux parties :
i° Un résidu insoluble ;
2 0 Une partie soluble.
Examinons-les.
i° Solution alcoolique. — La liqueur est d’un rouge verdâtre, extrêmement fluorescente. On réitère l’opération jusqu’à ce que les liqueurs soient à peine teintées de jaune
clair. De la sorte, l’alcool enlève environ le tiers en poids du produit (17 grammes sur 5 o).
L’alcool filtre, bouillant, abandonne par refroidissement un corps cristallin, d’un jaune verdâtre, pesant un peu plus de 5 grammes.
J.a composition de ce carbure est complexe; on peut dire cependant qu’il contient de l’anthracène, qu’on peut isoler par plusieurs cristallisations dans l’alcool, et-reconnaître en le transformant en picrate, ou mieux encore en anthraquinone fusible à 270 degrés.
Quand l’anlliracène a été suffisamment isolé par des cristallisations dans l’alcool, il donne aussi, par le réactif anthracénonitré de M. Fritzsclie, la coloration rose violacé caractéristique.
L’alcool filtré froid, et demeuré fluorescent, retient encore une dizaine de grammes de carbures, que l’on précipite par fractions au moyen de l’eau.
C’est dans ces produits que se rencontrent surtout les paraffines, inattaquables par l’acide sulfurique concentré, et dont nous avons signalé plus Itaut le point de fusion, qui s’élève jusqu’à 90 degrés, et la densité, voisine de 0,994; leur examen n’a pas été poussé plus à fond.
2 0 Examen du résidu insoluble dans l’alcool. — L’intérêt, en effet, se porte de préférence surle résida insoluble dans l’alcool bouillant, qui présente une teneur en carbone faite pour éveiller l’attention, car elle ne tombe jamais audessous de 9^,5 et dépasse souvent beaucoup ce chiffre.
Là se trouvent donc concentrés les carbures incomplets les plus élevés.
Ce produit forme la partie principale de la masse du pétrocène et de ses dérivés. Nous avons dit que c’est environ les deux tiers de la quantité totale.
On épuise cette masse pulvérulente, mais cristalline, par l’éther à froid. Ce dissolvant s’empare d’une quantité assez considérable de carbures, dont la nuance varie du jaune
carbures incomplets tirés des pétroles. 33 blanchâtre à l’orangé, en passant par le jaune le plus pur.
On distille incomplètement l’éther, on filtre à froid pour séparer le dépôt, qui est d’un jaune franc et nettement cristallin. Le liquide foncé retient un corps de nuance orangé rougeâtre.
En reprenant ces produits obtenus par l’éther au moyen de l’alcool et du pétrole léger, on en peut retirer de l’anthracène, du pyrène fusible à + 142°, des traces de clirysène, de chrysogène, et aussi le corps récemment désigné par M. Fittig sous le nom de fluoranthène.
Après lavages convenables, j’y ai également rencontré le corps signalé par M. Fritzsche comme fusible â + a 35 °, et donnant immédiatement, et à froid, des points rouges en présence d’une solution alcoolique d’acide picrique.
L’eau mère qui a fourni le pyrène (principalement par l’essence de pétrole) retient uneportion de la matière fluorescente; l’addition d’alcool précipite mal ces carbures. Leur proportion, en tout cas, est très-peu considérable.
Le résidu indissous par l’éther, et dont la nuance verte s’accentue de plus en plus, est ensuite soumis à l’action du sulfure de carbone ou à celle du chloroforme, employé d’abord à froid, et enfin à chaud. On dissout ainsi lapresque totalité du résidu.
C’est la solution sulfocarbonique qui, par la quantité et la variété des produits qu’elle contient, réclame un examen plus attentif et approfondi.
Sa nuance est très-foncée. Quand on la laisse s’évaporer à l’air libre, il ne tarde pas à s’y déposer un corps en cristallisations mamelonnées dont la nuance est ce vert éclatant et riche que présentent les carbures cristallisés primitifs. Cette couleur, par une simple recristallisation dans le pétrole ou la benzine, passe au jaune à peine verdâtre.
On évapore donc la majeure partie du liquide, et il se précipite tout d’abord le corps jaunâtre dont nous venons