‹ Étude sur les carbures incomplets qui prennent naissance accessoirement dans le traitement industriel des pétroles d'AmériqueChapitre 20 sur 36 · L. mUKIEll · texte numérisé non relu

L. mUKIEll

de parler. On le purifie en le lavant à l’éther froid à plusieurs reprises, et finalement on le dissout à l’ébullition, dans l’essence de pétrole bouillant de 90 à 110 degrés environ.

Par refroidissement, on obtient une magnifique cristallisation d’un corps jaune clair fusible à -+- 248°. Il se présente sous forme de prismes rhombiques. On peut également le faire cristalliser dans la benzine, qui l’abandonne en lamelles brillantes et comme micacées.

Ce corps, difficilement soluble dans l’éther et le sulfure de carbone, l’est davantage dans le chloroforme. C’est le produit désigné sous le nom de chrysène parla majeure partie des auteurs allemands.

Les dernières portions des lavages à l’éther se chargent d’un corps fusible vers 200 degrés, d’un jaune plus accentué que le précédent, dont il offre à peu près la composition centésimale (94.7 pour 100 de carbone), répondant à (C 6 H S )" ; pour n — 6, on a C 86 H 1S .

La solution sulfocarbonique concentrée qui a déposé le corps dont il vient d’être question est ensuite analysée et précipitée partie par partie au moyen de l’alcool.

Une première addition de 2 volumes environ d’alcool précipite un corps gris jaunâtre, peu abondant, mais intéressant néanmoins. L’addition ultérieure d’alcool, même jusqu’à 6 ou 8 volumes de la liqueur primitive, 11e précipite plus rien.

Mieux vaut donc, dans ce cas, arrêter à 3 volumes la quantité d’alcool et revenir ensuite au moyen de l’eau. Le précipité gris jaunâtre est difficile à recueillir; sa densité est voisine de celle du mélange sulfocarbonique, et, comme il est extrêmement ténu, il passe facilement à travers les filtres. On parvient cependant à le rassembler en abandonnant les liqueurs au repos pendant plusieurs jours. Le liquide surnage alors le dépôt grisâtre, qu’on recueille sur un filtre.

Ce corps pulvérulent contient de l’oxygène, ainsi que le montrent les dosages effectués sur ce produit simplement desséché.

C’est une substance peu soluble dans l’alcool et l’éther; mais l’essence de pétrole incolore et non fluorescente devient, à son contact, verdâtre et manifestement fluorescente, absolument comme le sont les pétroles du commerce.

Ce corps est donc, au moins pour une partie, la cause de la couleur et de la fluorescence bien connue des pétroles.

Il parait contenir des traces de chrysène et de chrysogène, sans doute avec un peu de pyrène et probablement aussi des carbures plus élevés ; mais le composé oxygéné qui en forme la majeure partie n’est autre qu’un mélange de quinones où domine la chrysène-quinone, ainsi qu’on s’en est assuré de la manière suivante :

La matière grisâtre, traitée à froid par de l’acide sulfurique pur, se dissout en prenant immédiatement la nuance lilas dite caractéristique de la chrysène-quinone.

Cette chrysène-quinone est régénérée par simple addition d’eau à la solution sulfurique, ce qui a permis de vérifier ses propriétés, et notamment son point de fusion, vers a4o degrés.

Je me suis d’ailleurs assuré, en oxydant directement le chrysène par le bichromate de potasse en solution acétique, que la chrysène-quinone qui prend ainsi naissance offre bien toutes les propriétés énoncées plus haut.

Le liquide alcoolique qui a fourni le mélange de quinones dont il vient d’être question est sensiblement décoloré ou tout au plus teinté de jaune; sa fluorescence est également plus faible, mais encore notable ; on le soumet à la précipitation fractionnée au moyen de l’eau.

Il suffit d’ajouter à la liqueur de son volume d’eau pour obtenir de suite un précipité jaune orangé volumineux et comme caillebolté.

l. PRinxiEn.

Par dessiccation, ce carbure se fonce en couleur et le pétrole bouillant lui enlève un carbure jaune orangé (chrysène?) fusible vers a 5 o degrés, un autre fusible vers 280 degrés, qui parait être le chrysogène, et laisse un corps brunâtre, fusible seulement au delà de 290 degrés.

Une plus grande addition d’eau fournit une émulsion jaune blanchâtre qui contient peu de carbure. Le point de fusion de ce carbure est voisin de 260 degrés, ce qui le rapproche du corps dont il sera question plus loin.

Enfin on force la proportion d’eau de façon à rendre insoluble le sulfure de carbone qui se précipite, entraînant avec lui les dernières portions de carbure restant dans les liquides.

Ces carbures, solubles dans le sulfure de carbone, et dont le point de fusion est élevé au delà de 200 degrés, qui accompagnent le chrysène et le chrysogèue, sont simplement mentionnés ici. Nous les retrouverons, en plus grande abondance, à propos du produit suivant; c’est pourquoi nous nous bornons à de simples renvois destinés à faciliter les rapprochements.

Quant au liquide hydro-alcoolique, on le filtre, et, par distillation, on se débarrasse de l’alcool et des traces de sulfure de carbone. L’eau qui reste eu dernier lieu ne contient généralement pas de produit soluble.

Toutefois, un traitement conduit avec soin m’a donné, après évaporation du liquide aqueux au bain-marie, un très-léger résidu organique dont je n’ai pas encore suffisamment précisé la nature pour en parler ici. Ce doit être un corps oxydé, comme un acide ou un phénol.

Couleur et fluorescence des pétroles. — Mais, avant de passer outre à l’examen ultérieur des carbures, je crois utile de dire un mot ici de la cause probable de la couleur et de la fluorescence bien connues des pétroles.

Le produit dont l’examen fait l’objet de ce travail pré-

CARBURES INCOMPLETS TIRÉS DES PÉTROLES. '5j sente, en effet, les carbures divers dont l’ensemble produit les effets en question.

Plusieurs de ces carbures élevés, tels que le pyrène, le chrysèue, le fluoranthcne, le paraclirysène, le chrysogène, etc., sont jaunes, à l’état libre ou en solution. C’est la nuance principale.

Une autre nuance vient s’y joindre: c’est le rouge brun, qui résulte de la dissolution du benzérythrène et des carbures supérieurs, auxquels il est bon d’ajouter les quinones ou produits d’oxydation de ces corps.

Nous venons de voir se manifester l’existence de la chrysène-quinone, à laquelle il faut joindre, sans nul doute, la pyrène-quinone et les composés d’origine analogue qui se forment par simple oxydation en présence de l’air.

Il suffit, en effet, de mettre en solution dans la benzine (laquelle est sans action sur le sulfate d’indigo) la plupart des carbures supérieurs à l’anthracène, et cette expérience a été effectuée sur plus d’une dizaine, pour constater que des quantités notables de sulfate d’indigo sont décolorées à froid, en même temps qu’il se produit des corps oxydés, parmi lesquels on a retrouvé la chrysène-quinone.

Enfin, il ne faut pas oublier non plus qu’à partir de l’anthracène tous ces carbures sont fluorescents et même d’une manière extrêmement marquée. Cette fluorescence, qui diminue et finit par disparaître à la lumière, est généralement bleue, tirant plus ou moins sur le violet, et cèlte nuance contribue sans aucun doute à la couleur verdâtre des pétroles, en même temps qu’elle produit la fluorescence elle-même.

Tel est l’ensemble des causes qui paraissent produire par leur superposition l’effet polychroïque si mauifeste dans certains cas, et notamment dans les produits non épurés. La dépuration industrielle, basée sur l’emploi de l’acide sulfurique concentré, enlève, en effet, la presque totalité

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