CAUSES TOXIQUES
On sait qu'un grand nombre de substances toxiques sont utilisées dans le but de provoquer l'avortement. Les poisons se trouvent administrés soit par voie buccale soit sous forme d’injections intra-utérines. Nous allons envisager chacune de ces deux voies en tant que facteur de mortalité.
Le nombre des substances abortives absorbées par voie buccale est considérable. Leur ‘étude demanderait à elle seule un ouvrage entier. Nous allons noter seulement rapidement les substances toxiques dont lingestion a souvent provoqué la mort. L'usage populaire a, en quelque sorte, consacré un certain nombre d’agents abortifs parmi les plus dangereux. Il en est ainsi du mercure, de l’arsenic, du plomb, sans parler des substances d’origine végétale comme la rue, la sabine, l’armoise, l’ergot de seigle, etc. Nombre de ces substances sont encore couramment utilisées et provoquent souvent des empoisonnements mortels, souvent sans avoir pu déterminer lavor-
tement.
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L'absorption buccale de mercure, sous forme de mercure métallique incorporé dans un exeipient gras ou sous celle d’un sel (oxycyanure, chlorure), est encore très répandue, Le plomb, absorbé sous forme d'extrait de satürne, d’eau de saturne, de litharge, détermine encore trop souvent des empoisonnements mortels chez des femmes désirant se faire avorter. L’arsenic n’est plus employé que dans certains pays
étrangers.
L’ergot de seigle sous forme de poudre, d’ergotine ou d’un des alcaloïdes qu’il renferme est souvent employé et Dufour et Huber en ont observé un cas
s’accompagnant de gangrène.
L'usage des abortifs semble suivre certaines modes se propageant par des voies mal connues. Ainsi, pendant ces dernières années, le toxique abortif ayant déterminé le plus souvent la mort semble être lPapiol. On sait que celui-ci constitue une huile essentielle provenant de certaines variétés de persil. L’apiol est un mélange de plusieurs principes actifs. Tantôt ce qui domine, c’est un syndrome hépatonéphritique, tantôt au contraire ce sont des manifestations nerveuses qui frappent. La symptomatologie des intoxications apioliques est suffisamment diverse ‘pour que le diagnostic n’en soit pas toujours aisé. En éffet, dans tous les cas que nous venons de voir le rôle du médecin est souvent délicat. La femme n’avoue pas l’absorption d’une substance toxique ou
on
bien elle ne veut pas ou ne peut pas préciser de quelle substance il s’agit. Souvent même le médecin est délibérément induit en erreur.
Nous en arrivons à l'introduction intra-utérine d'agents toxiques abortifs. Ceux-ci peuvent être divisés en deux groupes :
a) Toxiques généraux, ceux qui agiraient également par voie générale, tels que le°’mercure;
b) Substances à action caustique locale, comme les alcalis et les acides.
En réalité, cette distinction est un peu schématique car certains toxiques généraux peuvent avoir un effet corrosif local et les substances caustiques peuvent déterminer une intoxication générale lorsqu’elles
sont résorbées à une concentration suffisante.
À un moment donné on employait en Allemagne des pommades abortives introduites dans le col de l'utérus. Ces pommades ont donné lieu à des accidents variés depuis lembolie graisseuse jusqu’à des nécroses utérines dues à la présence de produits irritants, en particulier d’alcalis libres (Vignes).
Parmi les substances éminemment corrosives, on a décrit les plus extraordinaires : lessive de soude (Dierks), acide sulfurique presque pur (Huet), ammoniaque (Tosetti), alun (Hulst), etc. Toutes ces substances déterminent la mort par des lésions locales nécrotiques qui, elles, donnent lieu secondai-
rement à de l'infection.