‹ Étude Sur les Chroniques de FroissartChapitre 5 sur 10 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Mon cher Oncle et très- excellent Maître,

Si les Chroniques de Froissarl foarnissenl de faux renseig-nements et sont une source d’appréciations erronées sur la personne comme sur les actes de Derby, elles ne sont pas moins contraires à l’exacte vérité en ce qui touche le caractère et les diverses opérations du duc de Normandie dans la guerre de Guienne. L’examen de quelques faits isolés, notamment de celui qui se rapporte à l’affaire d’Angoulême, nous en a déjà fourni la preuve. D. Vaissete ne s’y trompait pas lorsqu’à la fin de sa note sur 1’ « époque et (les) circonstances de l’expédition de Henri de Lancastre, comte de Derby, en Guienne et en Gascogne», il écrivait ; « Au reste, nous pourrions relever plusieurs autres fautes de Froissart, mais cela nous mènerait trop loin (1). » Dacier et Buclion ont essayé de rectifier les erreurs de Froissart ; mais ces éditeurs n’ont certainement pas eu à leur disposition les éléments de rectification réunis par vous après plusieurs années de recherches : aussi, leur travail, demeuré fort incomplet, n’a pas fait sensiblement avancer Thistoire. Il faut l'avouer : la

(1) Uiü. de Lang., tome IV, p. 570.

nature de certaines assertions de Froissart est, si j’ose m’exprimer ainsi, tellement réfractaire à tout système log'ique d’interprétation, basé sur les données réellement historiques et certaines, que le contrôle méthodique et régulier en devient très-difficile, presque impossible. L’altération des noms propres, l’incertitude, la fausseté des dates, le mélange capricieux des faits, tout semble concourir à créer des obstacles, dont on ne saurait avoir raison qu’en abandonnant momentanément Froissart, pour substituer à son récit extraordinaire une narration appuyée sur les documents officiels et authentiques. C’est ce parti que je vais prendre , en faisant l’historique de la guerre de Guienne, depuis le moment où le duc de Normandie parut sur la scène jusqu’au jour où il leva le siège d’Aiguillon. Les faits qui, dans Froissart, se rapportent à cette période, sont compris dans les chapitres CCLI à CCLXIV, CCXCVIII à CCCI de la première partie du premier livre des Chroniques. Mon exposé n’aura certainement pas le charme du récit de Froissart; mais, à défaut de ce mérite, il offrira, je l’espère, celui d’exprimer autant que possible la vérité.

De retour de l’Écluse en Angleterre, Édouard III aurait envoyé, d’après les Grandes Chroniques de France, « gens d’armes et sergens aux archiers de Bordiaux, pour estre à l’encontre et au-devant du duc de Normandie, fils du roy de France, lequel, avecques grant compagnie de combateurs, avoit esté envoié en Gascoigne de par le Eoy (1). »

Ainsi, dès la ruiAure des trêves, le duc de Normandie aurait reçu l’ordre, et, à certains égards, les moyens de commencer les hostilités en Guienne. Mais, un peu plus loin, et à la suite d’un récit de faits qui se sont passés au mois

(I) Tome V, {). 439. Ed. P. Paris.

d'août 1345, les Grandes Chroniques : « En celuy an,

le Roy envola son ainsné fils Jehan, duc de Norraendie, en Gascoigne, contre le conte Derby, pour luy résister et pour garder le droit du Roy ; lequel conte y estoil venu à grant armée de par le roy d’Angleterre. Mais avant que le duc de Normendie peust venir en Gascoigne, ledit conte Derby prist la ville et le cbastel de Bergerac... Et si avoit pris encore avecques ledit conte Derby la ville de la Riolle. »

D’après ce qui précède , le duc de Normandie , envoyé une première? fois en Guienne, pour ouvrir les hostilités, aurait quitté ce pays, où il ne serait retourné, par ordre du Roi, qu’après que Derby aurait été maître de Bergerac et de La Réole, c’est-à-dire après le 13 novembre 1345.

« Et quant le duc de Normandie fu venu en Ga.scoigne, et il vit que pou ou noient il y povoit faire , il s’en retourna en France. »

C’est ici, pour la seconde fois, que les Grandes Chroniques nous représentent le duc de Normandie abandonnant la Guienne. Ce second retour du prince fut mal vu de Philippe de Valois, qui le renvoya en Guienne ; « Pourquoy, di.sent les Grandes Chroniqtœs^ quant il (le Duc] vit que le Roy, son père, en fu indigné contre luy, si s’en retourna le fils arrière, et mist siège devant Aguillou; et y demoura jusques au moys d’aoust. »

Ainsi, d’après les Grandes Chroniques, le duc de Normandie aurait paru, sur le théâtre de la guerre, à trois reprises différentes : d’abord, pre.sque à l’ouverture des hostilités; puis, après l’expédition de Derby en Périgord , et la soumission de La Réole aux Anglais; enfin, un peu avant le commencement du siège d’ Aiguillon.

Froissart ne dit rien de tout cela.

Un bon moyen de vérifier l’exactitude des Grandes Chroniques me semble consister dans la composition d’un itinéraire du duc de Normandie, au moyen des documents les plus authentiques. Ce travail offre des dilficultés de plus d'un

g-enre. A la vérité, il est loisible à cliacun de dépouiller les g-randes collections, et d'y relever soit les pièces émanées du duc de Normandie, soit celles qui, d’une façon moins directe, se rapportent à la personne et aux divers actes de ce prince pendant la période qui nous occupe. Mais il est un écueil contre lequel viendront se briser les efforts de plus d’un travailleur, si les recberclies ne sont pas conduites d’après certaines règles, d’après certains principes, que les traités de diplomatique me paraissent avoir trop laissés dans l’ombre. Pour prévenir tout mécompte à cet égard, je pense qu’il ne sera pas superflu d’intercaler ici quelques observations, auxquelles leur caractère didactique ne saurait rien enlever de lïntérêt que je ne puis me dispenser de leur attribuer.

Dans la plénitude de sa souveraineté , Philippe de Valois puisait le droit de faire délivrer, au nom du duc de Normandie, et en l’absence du prince, des actes qui touchaient particulièrement aux intérêts de ce dernier. La différence entre ces actes et ceux qui émanent directement et, si j’ose ainsi parler, personnellement du duc de Normandie, consiste dans une formule Anale. On peut établir, en règle générale, que le duc de Normandie est absent de la localité où Pacte se délivre , toutes les fois que cette formule est conçue dans les termes suivants : a Par Monsieur le Duc, du commandement ou de la volonté du Roi. » Ainsi, le Trésor des Chartes (1) contient une grande quantité de lettres du duc de Normandie datées à Paris et au bois de Vincennes, dans les mois de janvier, février et juin 1346, pendant lesquels il est positif que le duc de Normandie se trouvait loin de Paris et du bois de Vincennes. Mais toutes ces lettres, sans exception , portent la formule : Par Monsieur le Pue., dxi, commandement ou de la volonté du Roi ; et, par conséquent, on se tromperait si on les faisait servir à la composition d’un itinéraire du duc de Normandie , en en déduisant la présence de ce prince dans la localité où elles sont données.

O) Arch, de l’Emp, Tr. des Ch. Reg. 75, f- 57, 61, 247, 269, 294, etc.

Le Duc, même dans les affaires les plus importantes, déléguait parfois son autorité à son conseil, considéré comme individualité collective, et qùelquefois même à un seul membre de ce conseil : et, par suite , il arrivait que, le même jour et dans des localités différentes, souvent fort éloignées, le duc de Normandie délivrait des lettres. Il est évident que le prince était seulement dans une de ces localités. C’est encore une formule finale qui doit tirer d’embarras et mettre en mesure de choisir, pour l’itinéraire, la localité où. le prince se trouvait en personne. Règle générale, lorsque le duc de Normandie est présent à la délivrance des lettres, la formule est , en français : Par Monsieur le I>u,c , et en latin : Per dorninum Ducem^ avec la signature d’un conseiller ou secrétaire à la suite. Parfois, les mots : Par Monsieur le I)uc,Per dominum Ducem, sont accompagnés des mots ; A la relation de, ad relationem, ou à votre relation, advestram relationem. Au contraire, quand le Duc n’assiste pas à la délivrance des lettres , . et que son conseil les donne sous le nom du prince, la formule est à peu près généralement conçue de la manière suivante : « Par Monsieur le Pue, à la relation de son conseil étant de présent à... »

Soit que cette dernière règle ait été ignorée de D. Vaissete, soit qu’elle n’ait pas été constamment présente à son esprit, on en constate la transgression dans V Histoire de Languedoc. . Le savant bénédictin a écrit que, « .sur la fin de mai, le duc de Normandielaissa la continuation du siège d’Aiguillon aux autres généraux, et se rendit à Toulouse pour la nouvelle assemblée des États de la Languedoc, qu’il y avoit convoquée, et qui devoit se tenir le dernier de ce mois.... Il donna commision... de faire des informations sur les lieux touchant l’état et le nombre des feux, par des lettres données à Toulouse le 4 de juin (1346). » Il ne paraît pas que, pour établir la présence du duc de Normandie à Toulouse sur la fin de mai,

D. Vaissete ait eu d'autre raison que celle qui se fonde sur la délivrance des lettres de ce lU'ince, le 4 de juin, à Toulouse. Cette raison est insuffisante. Loin que les lettres en

question légitiment l’assertion de D. Vaissete, elles en démontrent au contraire, dans une certaine mesure, l’inexactilude, précisément à cause dé la formule finale, qui est ainsi conçue : « Par Monsieur le Duc^ à la relation de son conseil estant de présent à Toidouse. « Comme terme de comparaison, et pour mieux accentuer la signification réelle des formules finales, voici la date et la formule finale dmn acte émané du duc de Normandie en personne : « Donné en noz tantes devant Aguillon le IIIP jour dejning, l'an de grâce' mil CCC quarante et six. Par Monsieur le : (signé) Mellou.» Or,

selon moi , il n’y a pas à hésiter pour prononcer si, le 4 juin 1346, le duc de Normandie était à Toulouse ou devant Aiguillon. Son conseil était certainement à Toulouse : il avait qualité pour agir comme aurait agi le prince lui-même; tandis que cette qualité faisait défaut au secrétaire Mellou , qui, à moins d’avoir un blanc-seing et les pouvoirs suffisants pour le remplir, ce qui n’est pas à présumer, se serait bien donné de garde de délivrer un acte public au nom du duc de Normandie.

C’est en se guidant d’après les principes ci-dessus exposés que l’on parviendra à composer un itinéraire judicieux du duc de Normandie , depuis le commencement jusqu’à la fin de son séjour en Guienne. Quant à moi, je m’y suis astreint rigoureusement, et, en le déclarant ici, je réponds d’avance aux critiques qui pourraient m’être adressées pour avoir négligé certaines lettres du duc de Normandie.

A tous les titres, le fils aîné du roi de France devait, à défaut de son père ,. être chargé du commandement en chef et de la direction suprême de la guerre de Guienne. Dans les négociations d’où sortit, presque au même moment où les trêves étaient rompues entre la France et l’Angleterre, la

réunion du Dauphiné à la France, le duc de Normandie venait de donner des preuves d’une extrême habileté politique, en même temps que de l’ardeur de ses désirs pour l’agrandissement de la patrie commune. Ses voyages tout récents en Languedoc et dans une partie de la Guienne avaient dû lui fournir l’occasion d’étudier les mœurs, le caractère, les besoins et les aspirations des peuples du Midi, dont les intérêts de toute nature pouvaient trouver une satisfaction aussi complète et aussi facile dans une voie contraire à celle dans laquelle les poussait la politique des Valois. Les libertés publiques ne laissaient pas que de s’épanouir sous le joug de l’Angleterre, et la France n’avait encore rien à donner à la majeure partie des populations de la Guienne pour remplacer les grands avantages qu’elles retiraient des transactions avec Bordeaux, qui était, au quatorzième siècle, le centre commercial par excellence. Le terrain n’était pas sans danger : le •devoir de Philippe de Valois fut d’y aventurer son fils aîné. C’était comme une conséquence naturelle de la faveur que , quelques années auparavant, il avait accordée aux « prélatz, barons, nobles, communes et autres subjets de la conqueste

faite par . le roy Charles . et depuis par (Philippe

lui-même) en Agenois et en Gascoigne, en Pierregort, en Quercin et en Xanctonge, qui, » s’étant plaints de ne pouvoir «joïr ne user d’appellations et d'exemptions, si comme il faisoient avant -ladite conqueste, » avaient obtenu que le fils aîné des rois de France fût désormais « seigneur sans moyen (c’est-k-dire seigneur direct) de ladite conqueste (1). »

(1) Pliilippe... savoir faisons... que, comme les prélaz, Parons, nobles, communes et autres subjels de la conqueste faite par... le roy Charles... et depuis par nous en Agenois et en Gascoigne , en Pierregort , en Quercin et en Xanctonge, ne puissent joïr ne user d'appellations et e.vemptions si comme il faisoient avant ladite conqueste , pourcc qu’il estoient parmis et appliqués en noslrc propre demainc sanz moyen, et lesdiz prélaz , barons et nobles nous aient requis, et Icsditcs communes et bonnes villes aient consenti et conscillié, par le profit de nous et dudit pais, que nous vousissions faire seigneur sanz moïen de ladite conqueste nostre.... fil .lehan, duc de Normandie, afin qu’il puissent user et joïr de leurs dites appellations et c.xccptions et autres privilèges... en telc manière que les

Le 2 août 1345, le duc de Normandie était à Carcassonne (1). 11 partit probablement de là pour aller rejoindre son père dans le Maine, en traversant le Périgord, à peu près vers Tépoque où Derby s’emparait de Bergerac et des lieux environnants. L’on voit, en effet, d’une part, Philippe de Valois, le 8 août, à Sablé, nommer Pierre de Bourbon, son lieutenant « en toutes les parties de la Languedoc et de Gascoigne (2) ; » d’autre part, le duc de Normandie, au mois d’août, au Mans, faire un don à Alix de la Ville au fournier (3). Le 2 septembre 1345, le duc de Normandie était à Marmoutiers, près de Tours , d’où il manda au sénéchal de Carcassonne de se trouver, avec toutes les milices de la sénéchaussée, le 11 du même mois, à Angoulême (4). Le duc de Normandie se rendit ensuite à Poitiers.

Profitant du passage du prince dans Poitiers, les Augustins de cette ville en obtinrent alors des lettres d’amortissement

ainsnez fils du roy de France soient seigneurs sanz moyen de ladite conqueste... et s’il avenoit que le roy de France qui sera pour le temps n’eut point de fil, le gouvernement de ladite conqueste demourast au roy de France jusques au tant qu’il y eut fil ; pour ce est-il que nous , eue très grant et meure délibération en nostre grant conseil, oye la requeste, consentement et conseil dessusdiz... voulons... et eslablissons... nostre... filz Jehan, duc de Normandie, seigneur sanz moïen de toutes lesdites conquestes, soient citez, cliastiaux, forteresses et villes, fieux, bornages, soient ès frontières de nostre royaume ou autre part... et donnons audit Jehan... fout le droit que nous avons... en ladite conqueste , sauf et retenue à nous et à noz successeurs roys de France la foy et hommage lige de nostredit fil, et la souveraineté , ressorts et appeaulx... par tèle manière que quant ledit nostre ainsné fil vendra au gouvernement du royaume de France il baille... ladite conqueste à son ainsné fil... et ainsi sera fait et gardé touz jours dor en avant perpetuelment... et se il avenoit qu’il ne eut point de fil de roy de France... le gouvernement de ladite conqueste demourroit au roy de France jusques autant qu’il eut fils du roy de France qui deust succéder audit roïaume... Ce fu fait à Pons Sainte Maixance l’an de grâce MCCCXL lit au mois de mars. Pai; le Roy ; P. Dannov. (Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. G8, P GO.)

(1) D. Vaissete : HisL de Languedoc , tome IV, p. 257.

(2) Idem , ibid.

(3) Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, p. 117.

(4) D. Vaissete, loco cil.

pour « le lieu où il sont demourant à présent , assis ou viel marcliié, » qui leur avait été donné à perpétuité par Herbert Berlan, chevalier. En é'chang-e de celte faveur, les relig’ieux s’en gagèrent, entre autres choses, à dire, pour le duc de Normandie et pour les siens, tous les jours, à perpétuité, <( une oroison espéciale en la première messe célébrée audit lieu, » et, chaque jour, sa vie durant , une messe de Notre- Dame (1).

Le prince amortit également à Poitiers, au mois de .septembre 1345, au profit de frère Guillaume Picherer, chanoine de Saint-Hilaire, chapelain d’une chapellenie fondée en l’aumônerie de Sainte-Marthe de Poitiers, et de ses successeurs dans ladite charge, une rente annuelle et perpétuelle de cinquante-quatre sous donnée par la fondatrice, feue Agnès, femme de Pierre de la Charité (2).

(1) Jehan, etc... savoir faisons... que eue considération à la dévote et liumble supplication à nous faite par les religieux , le prieur et les frères de Saint- Augustin du couvent de Poitiers, contenant comme Herbert Berlan, chevalier, leur ait donné à perpétuité... le lieu où il sont demourant à présent, assis ou viel marchié, qui contient par tout un arpent de terre ou environ, et avoit accoustumé à valoir aus possesseurs et censiviers d’iceluy dix et nuef livres et quinze soulz chascun an, et de fons de terre sept deniers et maille... nous leur weillions... confermer; nous, qui désirons du devin service l’accroissement afin que nous participions aus biens espirituels que desorenavant seront faiz ou dit couvent et église , ausquex il nous ont accueilli de leur bonne volenté, et en icehiy lieu nous ont offert à dire pour nous et pour les nosfres perpétuellement touz les jours une oroison espéciale en la première messe célébrée audit lieu , et chascun jour une messe de Nostre-Damc , tant comme nous vivrons... ledit lieu... amortissons et le establissons lieu religieux... et octroions ausdiz religieux... que il le tiengnent... sanz ce qu’il... puissent estre contrains à le mettre hors de leurs mains, et sanz en payer finance... Et ([ne ce soit ferme chose et estable à touz jours, nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres... Donné et fait à Poitiers l’an de grâce mil CCCXL et cinq ou mois de septembre. Par Monsieur le Duc, à la relation de mess. R. Danne'ville et Ay. de Hauteville-Ilayes. (Arch. de l’Emp. Tr. des C.h., reg. 68, pi(''ce 106, P 61, verso.)

(2) Jehan, etc... savoir faisons... comme Agnès jadis famé de Pierre de la Charité , pour la fondation d’une chapellenie assise en l’église de l’aumosnerie de Sainte-Marthe de Poitiers, pour faire le service divin... ait donné perpétuelment et héristahlemcnt aus chapellains... qui desservent et desserviront ladite chapellenie , cinquante et quatre sous de rente annuel

Il confirma la cession de la haute, moyenne et basse justice clans la ville de « Avena, » qu’il avait faite à Pierre de risle, par lettres datées à Cahors, lé 22 septembre 1344 (1), et celle d’un marché à Forz, faite h Jean de Nanteuil, en 1270, par Alphonse, comte de Poitiers (2).

Le 19 septembre , il ordonna à son trésorier, Bernard Freinant (Fermant ou Fermant, ouFremaut), de délivrer à Philippe Gisler, maître de «ses g-arnisons de blés, foins et avainnes, » l’arg’ent nécessaire «pour charroy et toutes autres choses nécessaires qui li convendront pour traire lesdites g’arnisons, » jusqu’à son retour de ce « présent voyage de Gascongne (3). »

Le 23 septembre, il accorde des lettres d’État à Adam Tadde, qui avait envoyé son fils, « avec armes et chevaux, selon son estât, pour servir Sa Majesté et ledit duc de Normandie , en ces présentes guerres (4) . »

Le duc de Normandie quitta Poitiers vers la fin de septembre, et prit le chemin de Limoges, probablement avec l’intention d’aller faire tête à Derby, qui, précisément, vers ce temps-là, opérait dans les environs de Périgueux. En

et perpétuel... et frère Guillaume Picherer, chanoine de Saint-Ylaire de la celle {sic) de Poitiers, et cliapellain de ladite chapellenie, nous ait humblement supplié que nous voilliens admortir lesdiz cinquante et quatre soulz de rente, nous... admortissons. Donné à Poytiei’S, l’an de grâce mil trois cenz quarante et cinq, ou mois de septembre. Par Monseigneur le Duc, présent son ausmonier. (Arch. de l’Erap. Tr. des Ch., pièce 118, f® 66, verso)

(1) Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, h’ 98, 95.

(2) Idem, ibid.

(3) Jehan, ainsné ülz, etc... A nostre amé et féal trésorier Bernart Fermant salut : Nous vous mandons que à nostre amé Philippe Giler , maistre de nos garnisons de hless, foins et avainnes, vous bailliez et délivrez tout ce qu’il li convendra d’argent, pour charroy et toutes autres choses nécessaires qui li convendront pour traire lesdites garnisons quelque part que nous soions et allions, dès le jour de la date de la commission qu’il a, sur ce ,. de nous, jusques à ce que nous pourrons estre retournez de nostre présent voyage de Gascongne... Donné à Poitiers, le XIX® jour de septembre, ’an de grâce mil CGC quarante et cinq... (Bibl. lmp. Mss. Titr. or., vol. 53.)

(4) Bibl. lmp. Mss. Ext. des Reg. du Parlem. H., 115.

passant à Chauvigny, en Poitou, dans les derniers jours de septembre, il donna des lettres d’amortissement en faveur d’Augier Mercer ou Mercier, arcbiprêtre de Montmorillon (1).

Dès les premiers jours d’octobre, le duc de Normandie était arrivé à Limoges , d’où il s’empressa de mander, le 4 et le 5 octobre, aux olRciers de la sénéchaussée de Carcassonne, de lui envoyer tout l’argent qu’ils pourraient amasser pour soutenir la guerre (2) , autorisa les habitants de Limoges à fortifier leur ville (3) , donna des lettres d’amortissement en faveur de Guillaume Tranchelion, écuyer (4) , des Augustins de risle d’Albi (5), et diverses lettres de rémission (6). Le comte d’Armaguac et Louis de Savoie étaient alors auprès de lui ; et c’est à la sollicitation du premier qu’il accorda des lettres de rémissiou pour Pierre-Bernard d’Anhac, jadis viguier du temporel de l’évêque de Maguelonne, de Guillaume d’Anhac, son fils, et de Bernard Guayna de Bruniquel, serviteur dudit Pierre, lesquels avaient participé à la mort d’Étienne Perdigonis, prêtre, familier de l’évêque de Maguelonne (7). Louis de

(Ij Arch. de l’Emp. Tr. des Cli., rcg. G8, C 428.

(2) D. Vaissete ; Hisl. de Lang., tome IV , p. 257.

(8) Arch. de l’Emp. Tr. des Ch. , reg. G8, f”* 89, 98, pièce 151.

(4) Idem , ibid.

{b) Idem, Ibid.

(G) Idein , ibid.

(7) Johannes, etc... notnm facimus quod , cum nuper Stephanus Pcrdigonis, presbiter, qnondam familiarius episcopi Magalouensis et pro ipso bajulus de Tenullo, et Petrns Bernardi de Auhaco , condominus de Fabricis, lune vicarius tcmporalitatis dicti episcopi, Giiillelmus de Anliaco, lilius suus, domicelli, et Bernardus de Guayna de Bruniquello, faniulus dicti Pétri, itinérantes infra dictam vicariam sibi ad invicem obviassent, et ex eo quod dictus vicarius, accédons versus dictum presbiterum, eidem arma (pie portabat removere vellct, rixa pridem, per verba irascibilia, ex quibus ad evagiuationem cutellorum seu ensium, fuit processum, inter ipsos , nequitur, mota fuisset , in qua predictus tilius, paternali motus affeclione, cum videret dicluui patreni suum verbis injuriari aut rebellari sibi, ense suo evaginalo, prefatum presbiterum vulnerassct, assistentibus sibi pâtre et famulo supradictis, ex quibus vulueribus, post paucos dies, dictus presbiter expiravit, supra morte hujusmodi et salve gardie regie fractione, in qua idem presbiter, tanquam familiarius dicti episcopi esse dicebatur, prefati pater, tilius et famulus delatl seu preventi etad jura vocati

Savoie était encore auprès du duc de Normandie, avec Louis de Poitiers, lorsque le Duc, se tenant toujours à Limoges, au mois d’octobre, fit don à Hélie du Sedor des biens du chevalier Hug'ues d’Abzac, qui venait de recevoir les Anglais dans son château delà Mongie (1).

Tout porte à croire que Villani et, après lui, D. Vaissete ont judicieusement avancé que le jour de la bataille d’Auberocbe, c’est-à-dire le 21 octobre 1345, le duc de Normandie n’était qu’à dix lieues du champ de bataille. Si, dans le cours du mois d’octobre et postérieurement au 4 et au 5, l’on est en mesure de constater le fonctionnement de la caisse de l’armée à Limoges, la pénurie de documents ofîiciels nous laisse dans une ignorance complète sur le séjour du duc de Normandie immédiatement après ces deux dernières dates. Mais il est à présumer que le prince dépassa Limoges , tira vers le Périgord, et ne changea de direction qu’après avoir appris le désastre d’Auberoche, qu’il aurait peut-être prévenu s’il eût pu opérer à temps sa jonction avec le comte de l’Isle.

Trois jours après la bataille d’Auberoche, le duc de Normandie était entré dans Angoulême. Là se trouvait Thévenin du Petit-Cellier, fils de Thomas et frère d’Enguerrand du Petit-Cellier. A la suite d’une dispute, près de l’hôtel de la Licorne, à Paris, Thévenin avait eu le malheur de donner un coup mortel à Guymar le Barbu, frère de Jean le Barbu, procureur au Châtelet de Paris. Le meurtrier prit la fuite , et

ad viam banni fuerunt in curia Rectorum Montis-pessulani... Nobisque , per dilectum consanguineum nostrum comitem Armaniaci , fuerit supplicatum ut dictis accusatis seu delatis gratiam , super et de premissis , facere dignaremur ; nos, igitur, conteraplatione dicti consanguinei nostri , considerationeque servitiorum à dictis delatis, in armis, cum grata promptitudine... gcnitori nostro et nobis , in guerris regiis, tam modernis quam elapsis temporibus, impensoruni... omnem penam... quittamus... Datum Lemovic. Anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo quinto mense octobris. Per dominum ducem , presentibus dominis, comité Aremaniaci et L. de Sabaudia. Cbaillon. (Archives de l’Emp. Tr. des Ch., rcg. 68, pièce 111, f° 64, verso.)

(1) Voir la pièce ci-devant, p. 44.

fut condamné par contumace au bannissement. La g’uerre de Guienne lui fournit l’occasion de rendre des services au duc de Normandie, qui, pour l’en récompenser, et aussi en considération des services rendus par son père et par son frère, lui accorda des lettres de rémission, à Angoulême, le 24 octobre 1345 (1).

Six jours plus tard, 30 octobre, le duc de Normandie fit un don de deux mille écus d’or à Hélie, sire de Bourdeille et de Brantôme, pour l’indemniser des pertes qu’il avait subies à l’affaire de Bergerac, où cet écuyer avait été fait prisonnier (2).

Dans le courant de l’année 1344, Beimard Bérenger de , Pierrepertuse., étant parvenu à s’introduire dans le château de Trévillac, sénéchaussée de Carcassonne, enleva Constance de Pierrepertuse , dame dudit château. Ramenée à son logis. Constance fut enlevée de nouveau par le même Bernard

(1) Jehan, aisnez filz du roy de France, duc de Normandie... A tous... salut. Supplié nous a humblement Thévenin du Petit Celier que, comme japieça, lui estant en la compaignie de Gieffrin de Poissi , à Paris , prez de rho.stel de la Licorne, certains débas et contans eussent esté meus entre ledit GielTrain, d’une part, et Jehan le Barbu, procureur au Chastellet de Paris, et feu Guymarle (sic) le Barbu, son frère, et plusieurs autres, lors estans en sa compagnie , d’autre part ; pour raison et occasion desquelz débat et contens , ycelles parties ensemble se comencèrent à entrebatre... les uns aus autres, d’espées et de coustiau.x, et tant flnablement que ledit suppliant , après ce que ledit Gieffrin ot esté navré ou bras ou paravant par ledit frère dudit Guymar, féri, d’une espée ou coutel, ledit Guymar a la, en l’eurc ou assez tost après, de vie à trespassement ; pour double duquel fait... ycellui suppliant s’est par lonc temps absentez du pais, et, pour ce, a esté appeliez aus droiz de nostredit seigneur et banniz de France... Savoir faisons que, eue considération aus bons et aggréables services que fist (à) nostredit seigneur et ses prédécesseurs feu Thommas du Petit Celier, père dudit suppliant, et que Engeran du Petit Celier, frère d’icelluy suppliant, a fait et fait de jour en jour... et aussi que ledit Thévenin nous a fait en cest voiage, où il est avec nous : nous à ycelui suppliant... pardonnons. En tesmoing de ce, nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes lettres. Donné à Engolesme, le XXIIII' jour d’octobre, l’an de grâce mil CCC XL cinq. Confirmé par le Roi, au bois de Viiicennes, le 9 décembre l.J'i5. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 75, pièce 489, f"’ 295, verso , et 296, reclo.)

(2) Bibl. lmp. Mss. Titr. scell., tome 142 , f" 29ül.

Bérenger, « à force d’armes, » et conduite hors du royaume de France , où , « en face de sainte Eglise , » elle devint réponse de sou ravisseur. La loi était violée ; Bernard fut jugé et condamné. Mais, au début de la guerre de Guienne, il accourut dans les rangs de l-armée du duc de Normandie, qui, sollicité d’ailleurs par le vicomte de Castelbon, Eoger- Bernard de Foix, accorda au coupable des lettres de rémission, à Angoulême, au mois d’octobre 1345 (1).

Pareilles lettres furent accordées, en même temps, à Hugues de Roussy, chevalier, vidame de Laonnois, à Gillot de Billy, écuyer, et à Jean le sergent, soupçonnés d’avoir contribué à la mort de Goubert Robant , et condamnés de ce chef. Le document porte que le chevalier Hugues de Roussy servait, en ce moment, en Gascogne (2).

(1) Jehan, etc. , savoir faisons que, comme en l’an derrain passé, Bernart Bérengier de Pierrcpertuise , escuier, familier de nostre amé et féal chevalier monsieur Rogier Bernart de Foix, vicomte de Chasteaubon, fust entrez ou chasteau de Trevillac, en la sénéchaussée de Carcassonne, ouquel chastel il eust trouvé Constance de Pierrepertuise , damoiselle , dame dudit chastel, et d’icelli emmené avecques li, laquelle, depuis ce, li fu tolue par les genz dudit chastel et remené en yceli, et, après ce, en ycelle mesme année, ledit Bernart, à force d’armes, fust entrez en iceli chastel, avec plusieurs autres ses complices , et eust emmené ycele damoiselle hors du royaume de France , pris à espouse ycelle en face de sainte Eglise... de la volenté et consentement d’icelle damoiselle ; et comme, à cause dudit fait, ledit Bernart et ses complices soient encouruz envers (le Roi) et nous en aucune paine , il nous ait humblement supplié que , sur ce, li vuilliens faire grâce, nous... pour contemplation de nostredit chevalier Roger Bernart, et en récompensation des bons et aggréables services que ledit chevalier et Bernart ont faiz... en guerres et ailleurs... pardonnons... Donné à Engoulesme , l’an de grâce mil CGC XL et cinq ou mois d’octobre. Par monsieur le Duc, à vostre relation ; Hayes. (Arcb. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, pièce 188, fo 99, recto.)

(2) Jehan, etc.; savoir faisons... que, comme monsieur Hue de Roussy, chevalier, vidame de Laonnoys, Gillot de Billy , escuier, et Jehan le sergent , pour le temps sergent dudit vidame en la terre de Clarcy , ses familiers et complices, soient souppeçonez de la batoure faite en la personne de Gobert Robant et de son frère , estanz en la sauvegarde (du Roi), de laquelle bateure mort s’ensui , en la personne dudit Gobert Robant, et ledit frère affolé de ses membres... et comme ledit chevalier, tant pour lui comme pour les dessusdiz Gillot et Jehan, ses familiers... nous a humblement supplié... que, sur ce , 11 veillions estre gracieux... pourquoy nous...

GeofFroi Morel, serg’ent d’armes, accusé d’homicide, reçut ég’alement, à Angoulême, des lettres de rémission du duc de Normandie (1), qui, de plus, confirma des lettres d’absolution en faveur de Jean et de Bouchard de les Rouppenons (2). Les premières furent délivrées en présence du comte de Blois , et les secondes, à la relation de R. d’Anneville et d’Hélie de la Burgdère, le même, sans doute, que cet Hélies de la Brugiera que l’on trouve, au mois de juin 1345, agissant à Pons, conjointement avec Fouques de Mouras, en qualité de commissaire en Saintonge, « suz la pourvéance et ourdenance des chasleaux et fortilèces, seurté et garde du pays de Xanctonge (3) . »

1). Vaissete rapporte (4) qu’en exécution d’un ordre du duc de Normandie, adressé au duc de Bourbon à la fin d’octobre, ce dernier, qui avait convoqué la majeure partie de son armée à Agen pour le 8 novembre, « changea le lieu de l’assemblée... et fit savoir à ses milices de se rendre incessamment à Cahors. » Ce contre-ordre suffirait à lui seul pour ébranler et détruire l’échafaudage si ingénieusement élevé par M. Ribadieu dans le but de défendre, ou plutôt de substituer Caudrot, sur les bords de la Garonne, à Auberocbe, enPéri-

attendans les bons et agréables services que ledit chevalier a failz... et fait à présent en noz présentes guerres de Gascoigne , où nous sommes, et les pertes et domages (lu'il a, pour ce, soustenus... audit monsieur Hue de Roussy et complices... pardonnons... Ce fu fait et donné en Angolesme, l’an de grâce mil CGC quarante cinq ou moys d’octobre. Par monsieur le Duc, présent le conseil. ÎIayes. (Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, pièce 189, f® 99, recio.)

(1) Remissio facta Gaufrido Morel. A Angoulême en octobre 1345. Avec la formule : Par monsieur le Duc , présent monsieur de Bloys : [Signé) Hayes. (Tr. des Ch., JJ. 68 , pièce 104.)

(‘2) Conflrmatio absolutionis Johannis et Bouchardi de les Rouppenons^ par le duc de Normandie. Ce fu fait et donné à Angoulesme, l’an de grâce mil CCC XL et cinq ou mois d’octobre. Par monsieur le Duc, à la relation de mess. R. de Anneville et He. de la Burgière. J. le Clerc. Collation est faite avec l’original par moy J. le Clerc. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., JJ. 68, pièce 224, f'" 420 et 5.)

(3) Bibl. lmp. Mss. Titr. orig.

(4) llist. de Lang., tome IV, p. 157.

g'ortl. En effet, la défaite du comte de Flsle sous les murs de Caudrot n’oblig'eait en aucune façon le duc de Normandie à chang’er le lieu de réunion du corps d’armée du duc de Bourbon; mais il en était autrement, si le comte de l’Isle avait été battu à Auberoche, en Périg-ord : car il devait arriver naturellement à l’esprit du duc de Normandie que Derby, dans l’ivresse de son succès, n’abandonnerait pas immédiatement un théâtre où semblaient le retenir les faveurs de la fortune. En cela, le duc de Normandie se trompait ; et, par une manœuvre des plus adroites, provoquée par la conduite coupable des habitants de La Eéole, le rusé lieutenant d’Édouard III fit tourner à son profit des dispositions qui auraient pu devenir si funestes pour lui. La nouvelle concentration des efforts du duc de Normandie manquait son but : l’ennemi qu’elle voulait écraser n’était plus là ; il se transportait précisément sur un terrain que la malheureuse tactique du prince mettait, complètement et sans obstacle, à sa disposition.

Avant que le roi de France eût donné le comté de Poitiers au duc de Normandie, l’abbaye de Charroux, de fondation royale, ressortissait à Poitiers, pour raison des biens qu’elle possédait en Poitou et dans la Marche. La donation royale n avait rien changé au ressort. Les religieux de Charroux , désirant provoquer une modification , parce qu’ils appréhendaient que le ressort aune juridiction comtale n’altérât la nature et le caractère de la fondation de leur monastère, s’adressèrent au duc de Normandie, qui, par lettres données à Angoulême , le 3 novembre 1345 , autorisa les requérants à porter désormais leurs causes au juge du partage de Limoges (1).

(1) Johannes... notum facimus quodnos, audita supplicaîLone religiosorum virorum abbalis et conventus monasterii Karrossensis, de fundatione regia, priorisque ac singularum ipsius monasterii personarum , asserentium quod ipsi, ratione bonorum et rerum suorum que et quos in Pictavensi et Marchie comitatibus, ratione dictorum monasterii, prioratuum et menbrorum, tenent et possident, in Pictavia, antequam, ex dono regio, prefatus comitatus ad nos noviter devenisset et nostro domanio, virtute dicti doni, fuisset

Le 7 novembre, à Ang-oulême, le duc de Normandie, qui avait retenu Gaston, comte de Foix, avec trois cents hommes d’armes à cheval, et mille hommes de pied, pour garder les frontières de Marsan, de Gavardan, de Captieux, etc., ordonna aux trésoriers des guerres de payer à Gaston de Foix les gages nécessaires pour soutenir sa compagnie (1).

Enfin, ce fut encore à Angoulôme , dans le mois de novembre 1345, que le duc de Normandie anoblit Bertrand de Viviers (de Vivariis), citoyen de Beaucaire (2), confirma les lettres d’anoblissement de maître Laurent Poussart (3), et donna à Eobert de Lorriz et à Peronnelle, sa femme, des immeubles à Richebourg (d).

Ce dernier don est confirmé par le Roi, avec cette importante clause finale : « Et pour ce que ce soit ferme chose et estable à touz jours, nous avons fait séeller ces lettres de nostre grant séel. Donné ùEngoulesme, après et depuis ce que les lettres de nostre dit filz, ci dessus encorporées , furent faites et données , l’an de grâce mil CCC XLV dessusdiz. » Les termes de celte clause permettent d’avancer que le roi de France fut à Angoulême dans le courant de novembre 1345 : il y aurait, dans ce cas, séjourné quelque temps, s’il était vrai, comme

applicatiis, l’ictavis, dicti rcligiosi priorcsque et singularcs ipsius monasterii personc ressortir! consircverant, et , ne a domanio regio, occasionc divisionis ipsius comitatiis pictavensis separari vadeantur (sic), ressortum ipsorum religiosorum coram judicc pariagii apud Lemovicos, dicto domino genitori nostro immédiate subjectos, ordinare de nostra speciali gratia dinaremqs ; cupientes igitur prcfatos rcligiosos in concessis libertatibus... fovere, et sub domanio regio remanere, ne a corona Francie separi (sic) videantur, judicem ipsius paragii prefatum dicti loci de Lemovicis ant ejus locum tenentem eidem monasterio Karrosscnsi prioratibnsque ac menbris... constituimus... coram qiio causas ipsorum religiosorum prioratuumque et meiibrorum prefalorum, in casu ressorti supcrioritatis quam aliter... agitari, terminari... volumus... Datum Angolesme 111* die mensis novembris anno Domini millesimo trescentesimo quadragesimo quinto. Confirme par le Roi en mai 134G. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f® 466.)

(1) Bibl. lmp. Mss. Doat, vol. 189, f- 181.

(2) Arch. de l’Emp., Tr. des Chart., reg. 68.

(3) Arch. de l'Emp. Tr. des Ch., reg. 68.

(4) Idem, ibid.

le dit D. Vaissele (1) , qu’il s‘y trouvait déjà dès le 25 octobre. L’hésitation, sur ce point, ne saurait être interdite, si l’on considère que, le 23 octobre 1345, Philippe de Valois délivrait, à Paris, des lettres autorisant un impôt au profit de la ville de Saiut-Valéry-sur-Mer (2).

Je ne trouve aucun acte qui m’autorise à constater la présence du duc de Normandie à Angoulême après le 7 novembre 1345. 11 est possible que le prince, reconnaissant l’impuissance de lutter avantageusement contre Derby, qui, victorieux dans le Périgord, enlevait La Réole au roi de France, et voyait en môme temps accourir sous la bannière anglaise de puissants seigneurs de la Guienne, il est, dis-je, possible que le duc de Normandie remonta vers le Nord pour y attendre les effets des mesures prescrites par Philippe de Valois et par lui-même, dans le but d’arrêter les progrès des Anglais. 11 passa, en effet, au mois de novembre 1345, à Caunay, où il confirma un droit d’usage dans la forêt du Trait, accordé par lui à Regnauld d’Aulnai (3], et à Lusignan (4), où il donna en héritage à Jean de Gencourt,

(1) Hisl. de Lang., tome IV.

G) Ordonn. des Rois de France , tome XII. ,

(3) Ârcli. deFEmp. Tr. des Cli., reg. 75, f« 209 .-—Gaunay, canton de Sauze, arrondissement de Melle, département des Deux-Sèvres.

(4) Donum factum ad heredilalem Johanni de Gencuria, sculifero, caslri du Goulet, cum iwrlinenciis suis, quod ante capiebat et lenebal ad vilam.

Jehan ainsné lilz... du roy de France, duc de Normandie... savoir faisons... que... nous, en considération auz bons et aggréables services que ledit Jehan (qualifié plus haut; Jehan de Gencourt), à présent escuier de sa cuisine (celle du Roi)), a faiz à nostredit seigneur et à nous, tant en noz guerres comme ailleurs , et fait encore de jour en jour... avons donné... et donnons... audit Jehan de Gencourt... les dessusdits emolnmens dudit chastcl que nostre dit seigneur li avoit donné à sa vie, à tenir... par luy ses... hoirs, successeurs... perpétuellement et hérifablement à tousjours... Et pour ce que ce soit ferme chose et estable... nous avons fait mettre nostre seel à ces présentes lettres... Ce fu fait à Âlisignen, l’an de givace mil CGC quarante et cinq ou mois de novembre. Par monsieur le Duc, présent monsieur le duc de Bourgogne. Mellou. — Sine financia Juslic. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch. , reg. 75 , pièce 14, f® 4, verso.)

écuyer de la cuisine du roi, le château du Goulet et ses appartenances, que ledit écuyer tenait déjà à vie. Le duc de Bourgogne assistait à la délivrance des lettres du duc de Normandie en faveur de Jean de Gencourt.

Dès le 23 novembre 1345, le duc de Normandie était arrivé à Châtillon-sur-Indre, d’où, ce jour-là même, il mandait à Bertrand de Baux, chevalier, seigneur de Courtesson, capitaine en Périgord, et au sénéchal de Périgord, ou à leurs lieutenants, de mettre le comte de Périgord en possession réelle et corporelle de certains droits qui lui appartenaient en vertu d’un compromis avec le roi de France (1).

La petite ville de Châtillon-sur-lndre paraît avoir été le quartier général du duc de Normandie, depuis la fin de novembre 1345 jusqu’en février 1346. C’est là que nous le reprendrons après avoir raconté les diverses opérations du duc de Bourbon, depuis le mois de septembre 1345 jusqu’au moment où le duc de Normandie se mit à la tête de l’armée qu’il conduisit au siège d’Aiguillon.

(I) Johannes primogenitus... regis Franciæ etc. Dilecto nostro Bertraiulo de Baucio, militi , domino de Corteso, capitaneo in partibus Petragoricensis depiitalo, cl sciicscallo Petragoriccusi , velloca teiientibus eorumdem, saliitcm. Cum olim commune debitum dicto domino genitori nostro, in villa Petragori et ejns suburbiis, et jurisdictio qiiam idem dominus genitor nosler habct in Paragio cum capitule ecclesiæ beati Frontonis Petragoricensis, in parrocliia dictæ ccclcsiaî , dilecto et fldeli nostro comiti Petragoricensis , in dcduclionem partis mille ducentarum librarum turonensium annui et perpetui redditus , (juas idem dominus genitor noster eidem comiti assignais et assiderc tcnebalur, ratione cujusdam compositionis inter dictum genitorcm nostrum et dictum comitem olim i'actæ, super tolo jure et deveno quod dicto comiti competebat , in terra ([uæ fuit Ilcginaldi de Pontilnis, quondam domini de Brageraco , nllimi defuncti, in dictum dominum genitorem nostrum translata, fuerunt assignata et liberata, ipsæque assignatio et liberatio, per. nos et , deinde, per dictum dominum genitorcm nostrum , fuerint confirmatæ ; mandamus vobis et vestnim cuilibet commitlendo quatenus possessionem realem corporalcm Iradatis, etc. Datum.sub sigillé nostri sccrcli in absentia niagni, Castcllioni supra Adriam die vigesimo tertio novembris anno domini millesimo trccentesimo tiuadragesiino quinte. (Bibl. lmp. Mss. Moreau, 230, copié sur le .titre original, cote 42, ou chap. XXXVlll de l'Inv. de Périgord.)

Muni des pleins pouvoirs du roi de France, le duc de Bourbon se rendit d’abord à Cabors, où, le 22 septembre 1345, il nomma des commissaires pour rechercher les droits du Roi dans la province, et pour soutenir la guerre (1).

De Cahors, le duc de Bourbon alla à Gourdon, où il était en personne dès le 27 du mois de septembre (2). Peut-être y séjourna-l-il pour y rassembler ses troupes, jusqu’au 8 octobre. Le 8 octobre, en effet, il manda de Gourdon au bailli d’Auvergne de créer foire et marché au lieu de Mainsac, si, après information préalable, cette création lui paraissait avantageuse pour la contrée et utile aqx intérêts du Roi, comme le prétendait le sire deCoursan, « lequel, disait le Duc, est venuz en nostre compaignie, ès parties de Gascoigne, à chevaux et armes, avecques certain nombre de gens d’armes souffisant, pour servir mondit seigneur le Roy et nous, en ces présentes guerres de Gascoigne (3). »

C’est encore au mois d’octobre et à Gourdon que le duc de Bourbon donna des lettres d’absolution en faveur d’Yche-

(1) Ordonn. des Rois de France, tome III, p. 154 et suiv., et D. Vaissete : Uist. de Lang. , tome IV, p. 257.

(2) Idem , ibid.

(3) Pierre, duc de Bourbon... au bailli d’Auvergne salut. Comme nous avons entendu que nostre amé et féal le sire de Cousan, lequel est venuz en nostre compaignie ès parties de Gascoigne à cbevaus et armes avecques certain nombre de genz d’armes souffisant pour servir mondit seigneur le Roy et nous en ces présentes guerres de Gascoigne , tiegne le chastel et ville de Mainsac du fief de Monsr le Roy, et audit chastel et ville ait bien lieu et place... pour avoir marchié et foire... pourquoy il nous a... supplié que li vueillons ottroier... marchié à sesdiz chastel et foire de Mainsac... nous mandons à vous... que s’il vous appart estre ainsi que lesdits marchiez et foire soient en accroissentent {sic) et proffit dudit fief de Mons' le Roy... ottroiez... ledit marchié et foire... Donné à Gourdon, le VHP jour d’octobre l’an de grâce mil CGC XLV. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, pièce 334, P* 201 , 202.)

ron et Aubertin Serra (ou Serta), à la sollicitation de noble homme le seig’neur de La Tour, « considérans, dit le titre, les bons services que ledit seigneur de La Tour a faiz et fait à Monseigneur le Roy en ces présentes guerres, qui est avec nous en noble et grant compagnie de gens d’armes (1]. »

Soit qu’il crût le pays suâîsamment gardé de ce côté, soit qu’il fût mal instruit sur la marche du comte de Derby, soit dans le but d’opérer une diversion utile pour dég*ager le Périgord et attirer Derby en Agenais , soit , enfin , pour tout autre motif, le duc de Bourbon se dirigea de Gourdon sur Agen, où il était arrivé dès le 15 octobre 1345. A la date de ce jour, il donna, à Agen, des lettres de grâce en faveur de Pierre Mantonnier, pour les services qu’il avait déjà rendus aux présentes guerres de Gascogne, et à la sollicitation de messire Robert Daufin , chevalier, « qui est en nostre compagnie en honorable compagnie de gens d’armes (2). »

Le 18 octobre, le duc de Bourbon manda le comte de Foix, qui, s’il faut en croire D. Vaissete (3), se prépara à l’aller joindre à la tête de ses vassaux. Quelques jours après, il convoqua la noblesse et deux mille sergents à pied de la sénéchaussée de Carcassonne, avec ordre de se trouver à Agen le 8 de novembre (4).

Le 22 octobre, le duc de Bourbon, étant à Agen, fit don d’une rente annuelle et perpétuelle de cent livres tournois , à prendre par an , en trois termes , sur le trésorier royal de Cahors, à Pierre d’Agraulet, damoiseau, pour le récompenser des services rendus dans le passé et de ceux qu’il ne cessait de rendre, en chevaux et eu hommes, dans la présente guerre de Gascogne, et aussi pour l’indemniser des dommages que les guerres avaient causés audit damoiseau (5).

(1) Arcli. de l’Erap. Tr. des Ch., reg. 76, f® 199.

(2) Ârch. de i'Emp. Tr. des Ch., reg. 76, P 155.

(3) IHst. de Lang., tome IV, p. 257.

(4) Idem, ibid.

(5) Le duc de Normandie à Agen , le 24 août 1346, confirma les lettres suivantes du duc de Bourbon :.Petrus, du.v Borbonie, cornes Claromontensis et

D’Ag-en, le 7 novembre, le dnc de Bourbon adressa au sénéchal de Carcassonne l’ordre de suspendre ou remettre une amende encourue par les consuls d’Albi (1]. Il adressa de la même ville, le 9 novembre, au sénéchal de Toulouse, l’invitation de prononcer sur les différends entre l’évêque d’Albi et les g’ens du Roi au sujet du territoire de Ausaco (2) ; et, le 16 novembre, au trésorier du roi, à Cahors, Tordre de rembourser mille livres de petits tournois à la communauté et à des particuliers de Cahors, qui avaient prêté pareille somme à Henri de Montig-ny, pour le service du Roi (3).

Le désir d’être agréable, ou tout au moins de ne pas déplaire, de la part du duc de Bourbon, semble particulièrement se manifester dans ce dernier document. En donnant des ordres pour Textinction de la créance des Cadurciens, le duc de Bourbon connaissait les embarras de la caisse royale,

Marchie, camerarius Francorum {sic) et locum tenens domiaî mei regis Fraucie in partibus Occitanie et Vasconie, notum facinuîs... quod nos, attentis serviciis bonis et gratuitis per nobilem Petruni de Agrauleto, domicellnm , dicto domino meo régi Francorum, in suis guerris, retroactis temporibus, bene et fîdeliter impensis, et quod, de die in diem, in presenti guerra Vasconie, in equis et armis, impendere non desinit... in recompensationem dictorum serviciorum, et in remunerationem eorumdem et quorumdam dampnornm per eumdem domicellum passorum, ratione guerrarnm... eidem nobili l’etro de Agrauleto... cenlum libras turonensium parvorum reuduales.... habendas.... anno quolibet, tribus terminis, in talibus cousuetis, in et super tliesaurarium regium Caturci... Actum et datum Agenni die vicesima secunda mensis octobris anno domini millesimo CGC® XLV“. Le titre de la pièce est : Donum factum Petro de Agrauleto domicello, G librarum terre ad liereditatem. (Arch. de l’Emp. Tr. des Gh., reg. 76, pièce 61 , f® 52.)

(1) Bibl. lmp. Mss. Doat, 133.

(2) Bibl. lmp. Mss. Doat , 109.

(3) Petrus , dux Borbonensis , cornes Glarmontensis et Marchiæ camerariusque Franciæ ac locumtenens domini mei Francorum regis in Occitanis partibus et Vasconiæ, thesaurario regio Gaturci aut ejus locum tenenti salutem. Ad suplicationem dilectorum nostrorum et fidelium Gonconsulum et universitatis civitatis Gaturci , dicentium et asserentium quod , cum ipsi dudum nobili et potenti viro Henrico de Montanbi, tune sencscallo Gaturcensi, amicabiliter mutuaverint mille libras turonensium parvorum , quas idem dudum senescallus prædictus de singularibus personis civibus de Gaturco particulariter recepit , pro honore et comodo regiis observando et

el n’ignorait pas qu’il pourrait devenir très-difficile d’en tirer même mille livres pour rembourser une vieille dette , alors qu’il faudrait payer comptant des objets de première nécessité pour l’armée. Mais, si les créanciers ne recevaient pas immédiatement une satisfaction complète, il fallait sauvegarder la bonne foi du débiteur, et persuader effectivement que, si la couronne ne payait pas ses dettes, ce n’était pas faute de bonne volonté, mais uniquement par suite d’une pénurie , de tous points explicable , après les sacrifices pécuniaires nécessités pour l’accroissement territorial du royaume et par une guerre entreprise pour la défense de la patrie.

Le 18 novembre, le duc de Bourbon, toujours à Agen, délivra des lettres d’État à Renaud d’Albenas, servant dans la compagnie de Bernard de Penne, seigneur delà Guépie et capitaine de Lauzerte (1). Le 24 novembre, il constitua une rente au profit de Jacques Ysalguier, écuyer, fils aîné de Bernard-Raymond Ysalguier, chevalier, de Toulouse, en considération des services du père (2).

rcsistendü insultibus iuimicorum clicli domiiii mei regis, ccrtis termiiiis, jam . ut dicunt , prætcritis, cxsolvciulas , do quibus cxtant publica iiistnijuenta per cumdeni tune senescallum prædictiim uiedio juranieiito, ut asscrunt, vallata ; volunius et vobis districte præcipimus et maudanuis quatenus, visis præsentibus, iiidilitatc absque alterius maiidati expectatione , omui excusatione et diiïugio cessantibus quibuscuinque, dictis suplicantibus ac singularibus personis omnibus dictæ civitalis , prout quilibet ipsoriira, pro parte una, iiovcritis pcrtincre , dictas mille libras turoiicusium parvorum , juxta formam et tenorem dictorum instrumentorum obligatorum, de quibus liquebit, de pecuiiia regia vesfræ receplæ exsolvatis , aiit ipsos iu talibus et sufficientibus locis et personis in debilis regiis assignetis, quod ab liujusmodi assignationc brevem consequi valcant at(|ue possint solutionenqet ol) vestri dcrectum dicti suplicantesadnos, dccætcro, pro præmissis, non veniaut conquesturi, præsentes litteras una cum litteris rccognitoriis de soluto vel assignato et dictis instrumentis a dictis suplicaiitibus et personis prædictis pênes vos retinendo, quibus mediaiitibus, id ([uod eisdem exsolverilis vcl assignaveritis gentes Caméra'' compotorum l’arisius in vestris compotis allocabunt et de vestra deducent recepta. Datum Agcnni die décima sexta novembris, anno domini millcsimo trecentesimo quadragesimo (piinto. l’er dominum Ducem, ad rclationem domtui Pétri de Casaton. Camias. (Bibl. lmp. Mss. Doat, 119, 1'*’ 103 et suiv.)

(1) Bibl. lmp. Mss. H, 115.

(“2) Arcb. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, f® 165.

Du 24 novembre au 24 décembre 1345, je perds de vue le duc de Bourbon. Les actes émanés de lui pendant cette période d’un mois sont-ils à jamais perdus, ou momentanément égarés ? ou bien cette absence de documents écrits estelle l’effet de circonstances exceptionnelles, qui, retenant constamment sur les champs le duc de Bourbon, ne lui auraient pas laissé le loisir d’occuper sa chancellerie à libeller des protocoles? Il est bon de noter qu’elle coïncide assez exactement avec l’époque oii Derby poursuit, sur les bords de la Garonne, le cours de ses succès de Périgord : le 13 novembre , l’heureux capitaine anglais est dans la ville de La Réole ; il reçoit la soumission et les offres de service de Galhard de Durfort, dont la défection entraîne celle d’un grand nombre de seigneurs du pays ; tout semble échapper à la fois des mains de la France ; et , pour comble de malheur, celui dont la présence était le plus capable de maintenir dans le devoir les volontés chancelantes et troublées par les obsessions incessantes et diverses de l’Angleterre , le fils du roi de France, le duc de Normandie, l’âme de l’entreprise, celui-là s’éloigne de la Guienne ! Resté seul pour faire face à tout, le duc de Bourbon dut avoir de plus fréquents entretiens avec ses soldats qu’avec ses clercs.

Quoique, vers la fin du mois d’octobre 1345, le duc de Normandie eût prescrit au duc de Bourbon de rassembler ses troupes, non plus à Agen, comme il avait été ordonné dans le principe, mais à Cahors, il ne paraît pas que le rassemblement général ait eu lit u dans cette dernière ville. Sans doute le duc de Bourbon , mieux placé en Agenais que le duc de Normandie à Angoulême pour juger la situation, au moment où Derby, vainqueur à Auberoche, abandonnait le Périgord, parvint à faire comprendre au fils du roi qu’il était plus avantageux de persister dans le premier dessein en rassemblant les troupes à Agen. En ce cas, les événements lui auraient singulièrement donné raison ; et il n’est pas douteux que si la ville d’Agen eût été trop dégarnie, surtout après la reddition honteuse d’ Aiguillon, 10 décem-

Lre 1345, elle n'efit eu à supporter de terribles assauts, et peut-être à subir forcément le joug de l’Angleterre.

Il ne faut donc pas s’étonner de retrouver le duc de Bourbon à Agen, le 24 décembre 1345, après une absence d’un mois. Au 24 décembre 1345, la présence du duc de Bourbon à Agen est constatée par un acte dont voici l’analyse : Hugues Gautier, de Villefranche de Rouergue, venait d’élever des fortifications dans un lieu appelé Lodemaramli, et près de la ville : si l’ennemi s’emparait de ces fortifications, il en profilerait, nécessairement, pour ravager et détruire les propriétés, et la ville entière, qui, de toute ancienueté, était le siège et la demeure du sénéchal. Voulant obvier à ces périls, le duc de Bourbon manda d’Agen, le 24 décembre 1345, au sénéchal de Rouergue ou à son lieutenant, ainsi qu’à son chapelain Henri le Greve {alias\e Grivele ou de Griyelle), de faire à ce sujet, et au plus vite, une enquête secrète; et il ordonna que, si les fortifications dont il s’agissait présentaient en effet un caractère dangereux, elles fussent mises sous la main du Roi, avec défense audit Hug’ues Gautier de continuer les constructions à cetle place jusqu’à nouvel ordre (1).

(1) Petrus (lux Borboniæ , cornes Claromontis et Marcharuin, camerarius Franciæ locumquc tenens doniini mei regis Franciæ in Occitanis et Vasconiæ partibus , seiiescallo Rullienæ vel cjus locum tenenti, nec non dilecto nostro Henrico le Grevé capellano nostro salutem. Ex insinuatione clamosa consuUim et universitatis Villæfrancbæ, senescallo prædicto præcepimus (piod Hugo Gallerii dicta; villæ (luoddam æditicium de novo in loco vocato Lodemaramli , forli et perverse, prope dictam villani ædiücare facit, magna fortalitia inibi construendo, iiuod si forsan per inimicos et rebelles domini mei regis ac villæ prædictæ aliqualiter capi, furari aiit alias proditionaliter occupari contingeret, Iota villa et habitatores ac bona eorundeni, quæ villa est locus principalis in quo sedes et mansio continua senescalli ab antique existit, in momento possent destrui et omnino depradari, quod caderet in domini mei regis vituperium et universitatis prædictæ damnum , ac totius reipublicæ scandalum non modicum et gravamen ; volentes igitur pro posse, nt tenomur, talibus periculis eminentibus obviare, vobis et vestrum cuilibet committimus et mandamus quatenus de et super prædictis corum circunstantiis vos diligenter et secrete informetis, et si, per dictam informationem, vobis constiterit de præmissis, dictum ædificium ad manum dicti domini mei regis ponatis : inhibendo eidem Hugoni

Le 28 décembre, toujours à Agen, le duc de Bourbon confirma les privilèges accordés, le 21 novembre précédent, à la ville de Saint-Geniez, moyennant la somme de cent livres tournois, par ses commissaires dans la sénéchaussée de Rouergue (1).

Le 17 janvier 1346, le duc de Bourbon, encore à Agen, fit remise aux habitants de Rodez de toute amende encourue ou h encourir pour un prétendu fait d’usurpation sur une propriété épiscopale. Il s’agissait d’une place où les habitants du bourg de Rodez avaient élevé des constructions après en avoir extrait des ossements humains. A l’encontre del’évêque, les hahitants prétendaient que cette place, au lieu d’être un ancien cimetière, était un lieu profane et public , où le comte de Rodez avait coutume de faire battre monnaie ; où se tenaient les foires et marchés; où, de tout temps, on avait vu des constructions ; où avaient eu lieu des exécutions capitales, sans que l’évêque eût songé à purifier la place. Ils ajoutaient que cette place était du fief du comte de Rodez et de l’arrière-fief du Roi; qu’on ne voyait pas trace de sa consécration comme cimetière; que l’on trouvait des ossements partout ; etc.

S’il était sage de ménager jusqu’aux susceptibilités du clergé , dans un moment où , par de généreuses concessions , le Souverain Pontife autorisait le roi de France à user, dans une certaine mesure , des richesses de l’Église pour soutenir la guerre, il était également politique de ne pas froisser les intérêts populaires à la veille du jour où la royauté allait demander aux populations des sacrifices de toute nature. Dans ses actes, le duc de Bourbon paraît avoir assez constamment obéi à cet ordre d’idées, dont l’influence inspira

ex parte regis ne in dicto loco aliqualiter ædiücare præsumat, quousque per nos aliud super lioc fuerit ordinatum : mandantes omnibns domini mei regis et nostris subditis ut vobis et cuilibet vestrum in præmissis pareant efïïcaciter et intendant. Datum Âgenni, die vigesima quarta decembids, anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo quinto.... (Bibl. lmp. Mss. Doat, 147.)

(1) Ordonn. des Rois de France, tome 111, p. 154.

peut-être la décision qui eut pour effet de favoriser les prétentions des habitants de Rodez, au préjudice des droits prétendus de l’évêque (1.1

(1) Pelrus, dux Borboncnsis, cornes Claromontensis et Marcliiæ, camerarius Franciæ, locumcfiie tenens domini mei regis Francise in partibns Occitanis et Vasconiæ, nniversis præsentes litteras inspecturis faciinus notum esse quod, cum Riitlienensis episcopus, asserens se esse in gardia dicti domini mei regis nna cum bonis suæ ccclesiæ Rutbenæ, et plateam burgi Ruthenæ, quain esse cimiterium affirmât, et denunciasset, in curia Franciæ, consules dicti burgi de novo edifflcasse in dicta platea, et quædam fideliuin corpora sive reliquias e.\bumasse, salvam gardiam reintegrari, et consules ipsos, in cerlam pecuniæ summam, pro emenda prædictorum regia, condempnari, et ex parte consulum fuerit propositum dictam plateam esSe locum prophanum et usui publico destinatum, et se ædifficasse in dicta platea et in ccrto loco prophano, et in quo monetæ comitis Ruthenæ cudi consueverunt, forique mercataet nundinæ comuniter teneri, et in quo domus privatorum et ædifficia fuerunt tantis temporibus quod bominum memoria iu contrarium nonexistit, quodque , in dicta platea , quamplures executiones criminosorum factas fuisse, detruncationes membrorum, absquereconcilialione episcopi cujusquam, et quod est de feodo comitis Rutbenæ et retrofeudo dicti domini mei regis, et quod alias per aliquem catbolicum non reperitur, facta consc'cratione platea, quod cimiterium prætenditur per partem episcopi memorati, et quod, in loco Ruthenæ, per lideles ab iiifidelibus hac- Wus acquisifo , in domibus , campis, ortis privatoruni , et aliis locis vilibus et proplianis dicti Burgi quamplurima ossa reperiuntur, quæ infidelium comuniter estimantur, et taies liabet vulgi comunis opinio babitantium iu eadem; et, ex prædictis, se juste ædifficasse proposuerint , et absque pæna et emenda se esse dixerint, et dictam salvam gardiam nullatbcnus reintegrare, nec se nec comunitatem Ruthenensem, pro præmissis, puniri debere; et cum prædictaa karissimo consanguineo nostro comité Rutbenæ et Armaniaci acquisiverint, et ca tencant, in emphiteosis contractum, sub censu annuo, ab eodem, et pro prædictis, cum depiftatis per dominuni genitorem nostrum, nomiuc dicti domini regis, finaverint, et eum ad dictas fines quamplurima proposita fuerint, per partes ipsas, coram coraissariis per curiam Franciæ super lioc deputatis, et facta super lioc inquisitione perfccta et adjudicandi remissa in curia Parlamenti, et per dictum carissimum consanguineum nostrum comitem Ruthenæ et Armaniaci, a quo dicta platea in feodum et ad censum ac pentionem annuam teneri dicitur, ut est præmissum, licet innocentes se asserant, ut omnem pœnam et emendam, si quam super hoc comiserant vel incurrerent, sibi remitteremus, supplicatum extiterit ; nos, moti contemplatione ejusdem, omnem pœnam et emendam si quam, pro præmissis, consules ipsi vel eorum comunitas incurrerint, non obstante quod dicta causa pendcat, aut remissa extiterit in Parlamento, sibi, de gratia speciali et ex nostra certa scientia, et plenitudine regiæ potestatis, in bac parte, nobis attributæ et inferius insertæ, remittimus per præsentes, salvo jure episcopi memorati, quod sibi salvum esse volumus nec prætextii

A partir du mois de janvier 1346, l’action du pouvoir personnel du duc de Bourbon en Guienne et Languedoc m’échappe, et je vois surgir, pour ainsi dire, à sa place, l’action, à certains égards souveraine, d’un prélat considérable, qui avait été déjà lieutenant général du Roi en Gascogne, Agenais, Bordelais et Saintonge, et qui possédait l’entière confiance de Philippe de Valois et du duc de Normandie : je veux parler de Jean de Marigny, évêque de Beauvais, que nous allons trouver à Chàtillon-sur-lndre, auprès du fils aîné du roi de France.

La petite ville de Châtillon-sur-Indre paraît, ai-je dit, avoir servi de quartier général au duc de Normandie pour les préparatifs de sa dernière expédition en Guienne. Le Prince, nous l’avons vu, s’y trouvait déjà dès le 23 novembre 1345. 11 y était aussi le 25 du même mois. Ce jour-là, il ordonna la remise du lieu et château de Blanzac, entre les mains d’Aymeric de la Rochefoucauld, aussitôt que le roi l’aurait à son obéissance, soit parla force des armes, soit autrement (1).

præseutis gratiæ', aliquod præjudicium generelur. Datum Agennii die décima septimajanuari anno domini millésime trecentesimo quinte... (Bibl. lmp. Mss. Doat, vel. 132.)

d) ... Jehannes, primegenitus... regis Francerum... dux Nermandie... universis... salutem. Netum facimus qued, cum elim locus sive castrum de Blanzaco, lune Guidonis, domini de Rupefulcaudi, patris quondam Aymerici domini de Rupefulcaudi, militis, per quosdam inimicos dicti domini nostri genitoris et nostros , captus fuerit et occupatus, et adhuc occupatus detinealur per eosdem, pluraque emenda, maleflcia atque dampna, per occupatores predictos, deinde in terra domini nostri genitoris et nostra et subditorum nostrorum, perpelrata fuerint et commissa, nos , habite respectu ad grata et ulilia seryieia per dictum Guidonem patrem quondam dicti Aimerici, tempore quo vivebat, et per ipsum dominum , in guerris nostris impensa, et que de die in diem Aimericus impendere non cessât , et etiam attente quod dictus locus sive castrum occupatus fuit occupatus absque dolo, facto, culpa et negligentia dictorum

Blanzac, dont les La Rochefoucauld étaient seigneurs, se trouve seulement à quelques lieues d’Angoulême. Les Anglais s’en étaient emparés du vivant de Gui de La Rochefoucauld , père d’Aymeric , c’est-à-dire avant l’arrivée du duc de Normandie à Angoulême, fin octobre 1345. Malgré l’incommodité d’un pareil voisinage, le duc de Normandie ne fit aucune tentative sur Blanzac, ou, s’il essaya d’en chasser les Anglais, il échoua dans son entreprise, puisque la présence de ces derniers au château de Blanzac est attestée antérieurement et postérieurement au mois d’octobre 1345, c'est-à-dire avant et après le séjour du duc de Normandie en Angoumois. Quelle que soit l’hypothèse à laquelle ou s’arrête, on en peut tirer l’induction que, avant la bataille d’Auheroche, la plus grande partie des troupes avait été envoyée en Périgord, pour arrêter les progrès du comte de Derby, et qu’après le bataille, les débris disponibles de ces troupes, joints au noyau plus ou moins considérable qui n’avait pas été engagé, ne constituaient plus qu’une force insuffisante pour tenter une entreprise de quelque valeur, comme celle d’attaquer le château de Blanzac, occupé par les Anglais. Là se trouve peut-être le vrai motif de la retraite du duc de Normandie vers la Loire, retraite qui favorisa merveilleusement les projets du comte de Derby.

Les affaires du comte de Périgord devinrent naturellement fort troublées dès le début môme des hostilités entre la France et l’Angleterre. C’était sur son terrain et à ses dépens que Derby étendait sa conquête : l’Anglais se servait des dépouilles du comte pour récompenser les partisans dévoués

patris et lilii ; volentes dicto Aymerico facere gratiani specialem, eidem... concessimus et... concedimus quod, dum dictas locus sive castrum de Blanzaco, vi armorum vel aliter, ad mauus et obedienciam dictidomini nostri genitoris et nostram devenerit, quod dictus locus sive castrum , con {sic) suis juribus et pertinenciis universis, dicto Ayni|prico, fllio et eredi dicti quondam Guidonis, et suis remaneat... Actum et datuni Castelioni supra Adriam die vicesima quinta novcmbris : Aimo domini M" CGC® quadragesimo quinto. — Confirmé par le Roi en mai 1346. (Arcb. de l’Emp. Tr. des Ch. , reg. 75 , pièce 108 , fo 55, verso, et 56, recto.)

de l’Angleterre, donnant, par exemple, le lieu de Maurens, à Bertrand de Pomiers. Les représailles semblaient légitimes , et le comte de Périgord saisissait sans doute toutes les occasions de rattraper d’un côté ce qu’il perdait de l’autre. C’est ainsi qu’il obtint les biens du seigneur de Montant, rebelle à la France. Les lettres de don, émanées du duc de Normandie, sont datées de Châtillon-sur-Indre, le 27 novembre 1345 (1).

C’est encore au mois de novembre 1345, et à Châtillon-sur- Indre, qu’il intervint, entre le duc de Normandie et le comte de Périgord, une convention aux termes de laquelle le comte était tenu de garder ses châteaux et places frontières, exposés aux attaques de l’ennemi, avec deux cents hommes d’armes et quatre cents sergents, depuis le 11 novembre 1345 jusqu’à Pâques 1346 (2). Cet acte appartient à une date postérieure de quelques jours seulement à la fête de Saint-Martin d’hiver, 11 novembre 1345, ainsi que l’indiquent les expressions « a festo heati Martini hiemalis nuper 'præterito. »

Rien ne prouve que le duc de Normandie ait séjourné à Cbâtillon-sur-Indre depuis la fin de novembre jusqu’au 20 décembre 1345 ; mais je ne connais pas de documents qui établissent ailleurs sa présence pendant ce laps de temps : chacun reste donc, jusqu’à plus ample information, libre de penser et de dire comme il lui conviendra. Mais,- à partir du 20 décembre , les documents revenant à notre aide nous empêcheront de nous égarer. Donc, le 20 décembre 1345, par un mandement général donné à Châtillon-sur-Indre , le duc de Normandie ordonne que son amé et féal l’évêque de Beauvais, « lequel, dit-il, estpar-deçà avec nous, de nostre commandement, ait et prengne, pour l’estât de sa personne, et pour les gens d’armes de son hostel , pour chascun jour, depuis le quinzième jour de ce présent moys de décembre, en quelconque lieu qu’il soit, en demeurant avec nous, ou

(1) Voir ci-devant, p. l‘21.

(î) Voir ci-devant, p. 95.

en quelque lieu que nous l’envoions, vint livres parisis, jusques il sera retournez en son hostel de Braelle, duquel sien retour nous voulons et li octroions... qu’il soit creu par son simple dit ou ses lettres patentes (1). »

Deux jours après, le duc de Normandie délivre le mandement qui suit : « De par le duc de Normendie et de Guyenne, Bernart Fermant ou vous noz autres trésoriers, nous vous mandons, et à chascun de vous, que, veues ces présentes, vous bailliez et délivrez à nostre amé et féal conseiller l’évesque de Beauvez, lequel nous envolons présentement en Tholosain et ès parties de par delà, pour certaines et grosses besoignes, suz son estât, de vint livres parisis par joiir, que nous li avons ordoné à prendre , quatre cenz livres tornois , lesquelz, parmi ceste cédule et quittance de lui, nous voulons estre alloez en vos comptes sanz contredit. Donné à Chasteillon-suz-Aindre, le vingt-deuxième jour de décembre l’an de grâce mil CGC quarante-cinq. Par Monsieur le Duc : J. DE Vernon (2). »

L’évêque de Beauvais toucha le jour même ses 400 livres tournois, et donna quittance à Châtillon-sur-Indre (3).

Ce fut encore à Châtillon-sur-Indre, le 22 décembre 1345, que le duc de Normandie accorda des lettres d’État à son messager « Girardin Riz d’Aingnel... lequel, dit le prince, a esté et est continuellement en nostre compaignie... dès le jour que nous partismes du Maine, pour venir en ce présent voyage, jusques après nostre retour des parties, où nous entendons à aller en ce dict voyage... (4).

Les mots « dès le jour que nous partismes du Maine pour venir en ce présent voyage » annonceraient-ils que, entre la fin de novembre et le 20 décembre 1345, le duc de Normandie aurait fait un voyage au Maine ? Au moyen d’une interprétation affirmative, on comblerait la lacune que nous avons

(.1) Bibl. lmp. Mfs. Gaign., 151.

2, 3) Bibl. lmp. Mss. Gaign., 152.

(4) Bibl. lmp. Mss. H., 115.

regrettée dans l’ilinéraire du Prince. Mais, sur cette question, je n’ose pas émettre un avis.

Le 26 décembre 1345, le duc de Normandie, étant à Cbâtillon-sur-lndre , délivra un certificat à PefiFet d’obtenir des lettres d’État pour Guillaume Oudart, chevalier (1).

Le 2 janvier 1346 trouva encore l’évêque de Beauvais à Châtillon-sur-Indre , où le prélat donna quittance de six cents livres tournois à Bernart Fremant (2).

Enfin, au mois de janvier 1346, toujours à Cbâtillon-sur- Indre, le duc de Normandie donna à Jean de Dreux, bailli royal audit Châtillon, et maître des garnisons du Duc, «pour le temps de ces présentes guerres.... usaige de boys en la forest de boys Ogier... pour la nécessité de la maison et barbegemens que il a à présent en la ville de Biaulieu-souz- Locbes, en la manière et condition que li ont et prennent certains usagiers, c’est assavoir messires Régnant de Précigny, Raoul de Précéaux, maistre des requestes de nostre hostel, et Pierre de la Broce, chevaliers, le prieur de Villars, et le prieur de Bois-Richier... (3). »

Dans les premiers jours de janvier 1346, le duc de Normandie fit un déplacement dont nous trouvons la preuve dans

(1) Bibl. lmp. Mss. H., 115.

(2) Idem, ibid.

(3) Jehan, etc... savoir faisons que nous, pour considération* et en rémunération de plusieurs bons et aggréables services que Jehan Dreux , à présent son baillif de Chasteillon-sur-Aindre , et maistre des garnisons de nostre hostel, pour le temps de ces présentes guerres, a fait ès dis offices et autrement ores et aultrefois à nostre... père... donnons audit Jehan Dreux et à ses hoirs usaige de boys en la forest de boys Ogier... pour la nécessité de la maison et harbegemens que il a à présent en la ville de Biaulieu-souz-Loches , en la manière et condition que li ont et prennent certains usagiers, c’est assavoir mess. Regnaut de Précigny, Raoul de Précéaux , maistre (des) requestes de nostre hostel , et Pierre de la Broce , chevaliers, le prieur de Villars et le prieur de Boisrichier... Et pour que ce soit ferme chose et estable... nous avons fait mettre nostre seel de secret, en l’absence du grant, à ces lettres... Donné à Chasteillon-sur- Âindre, l’an de grâce mil CGC XLV, ou mois de janvier. — Confirmées par le Roi en juillet 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 77, pièce 28, f- 17, recto.)

\ Histoire de Languedoc^ où D. Vaissete s’exprime en ces termes : « Il (le duc de Normandie) envoya de Loches, en Touraine, le 6 de janvier de l’an 1345 (1346), Philippe de Prie, chevalier, son maître d’hôtel, dans les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne, pour y faire préparer un train d’artillerie, qui devoit être composé du tiers de celle qui étoit conservée dans divers châteaux de ces deux sénéchaussées, avec ordre de la conduire à Toulouse, où il avoil fait la semonce de son armée au 3 de février suivant. »

Des lettres d’État accordées par le roi de France le 12 janvier 1345 (1346) nous apprennent que Thibaut de Gandoviller, échansou du duc de Normandie, était, à cette époque, parti pour la g-uerre avec son maître (1).

Le 16 janvier 1346, le duc de Normandie est à Loches, où il délivre des lettres d’État en faveur de Regnaut de Précigny, sire de Marans, « lequel, dit le prince, nous avons envoyé, commis et ordonné... ès parties de Marant, pour garder et conforter le puis... et ès parties d’ilecques (2). » Le service de Régnault de Précigny à Marans ne commença ([ue le 2 février 1346, et durait encore au 8 juin 1346, époque à laquelle Jean de Prie, chevalier, capitaine de La Rochelle et des lieux voisins, déclarait que la présence dudit Régnault et de ses gens d’armes était nécessaire « pour la garde et la défense dudit pais (3). »

Le duc de Normandie est encore à Loches le 17 janvier 1346, comme en témoignent les lettres par lesquelles ce

(1) Bibl. lmp. Mss. H., 115.

(2) hkm, ibiil.

(3) A liaus et puissans seigneurs mess” tenans le l’arlemcnt du Roy nosfre sire, à Paris : Jean de Prie, chevalier du Roy nossirc et capitaine de la Rochelle et des lieux voisins... Plaise vous sçavoir que , du commandement de... Mons'le duc de Normandie, noble homs Mons'' Régnault de Précigny, chevalier, est à Marant, et ès parties d’ilecques, et gens d’armes avec luy, à la garde et défense dudit pais, et pour résister aux anemis, y est et demeure, et lesd. gens d’armes, dès la Chandeleur, l'an de grâce 1345, jusques à présent , et encore convient qu’ils y soient continuellement, pour la garde et défense dudit pais... Donné à la Rochelle , le 8 jour de juin , l’an de grâce 1346. (Bibl. lmp.)

prince manda à Tévêque de Beauvais de réunir « les prélats et personnes d’ég-lise, les barons et autres nobles, communes et bonnes villes de la Languedoc... à Toulouse... (1). »

M. Henri Martin rapporte (2) que Philippe de Valois « chargea le duc de Normandie d’assembler à Toulouse les États de la Languedoc , le 17 février. » Cette assertion n’est pas tout à fait exacte ; car, s’il est vrai de dire que Philippe de Valois chargea le duc de Normandie d’assembler les États de Languedoc, il ne l’est point d’avancer que le roi de France ait fixé le jour et la réunion des États. « Pour ce que, dit le Roi, s’adressant au duc de Normandie, telz des sénéchaussées de nostre royaume plus briefvement et à moins de treval et de cous (et non pas de ce7is, comme l’a imprimé D. Vaissete), et de frais, pourront estre assemblez par devant vous que par devant nous, avons ordené qu’à certaine journée vous les fassiez appeller par devant vous. » Sur ce , le duc de Normandie, étant à Loches, le 17 janvier 1346, chargea l’évêque de Beauvais de convoquer les États à Toulouse, « à certain jour, le plus hrief que vous pourrez bonnement, con- .sidérés les distances des lieux. »

Et c’est, enfin, l’évêque de Beauvais qui, par lettres circulaires, datées à Toulouse le 27 janvier 1346, convoque les États de-Languedoc dans cette ville pour le 17 février 1346 (3).

Le 1'"' février 1346 , le duc de Normandie était revenu de Loches à Chàtillon-sur-Indre, où, ce jour-là même, il fit à Bernard de Grésinac, chevalier, un don de deux cents livres tournois de rente annuelle et perpétuelle, à prendre sur les biens des rebelles des sénéchaussées de Périgord et de Querci, et provisoirement sur la recette de Cahors (4).

Le duc de Normandie avait donné à l’hôpital ou Maison- Dieu de Neaufle, près de Gisors, « cent soudées de bois par

(1) D. Vaissete ; Hisl. de Lang., tome IV, p. “257.

(2) Hisl. de France, tome V, p. 79.

(3) D. Vaissete, loco cii.

(4) Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, l'®246.

livre à prendre et avoir, chacun an , perpétuellement » en ses bois de « Bleuf, pour le chauffage dudit hospital. » A la supplication de son chapelain et aumônier, « Hue de Neaufle,» fondateur et donateur de cet hôpital, le Prince, par lettres données à Châtillon-sur-Indre, au mois de février 1345 (1346), octroie « que le maistre ou gouverneur dudit hospital puisse convertir en édifices et autres nécessités dudit hospital, sans vendre, le bois qui livré li sera pour lesdiles cent soudées ou partie d’iceli... (1). »

C’est encore à Châtillon-sur-Indre, au mois de février 1346, que le duc de Normandie accorda des lettres d’anoblissement à Guillaume de Savigniac, clerc du Roi et du Duc, et à Annet Longeti de la Crète, père de la femme dudit de Savigniac, en récompense de leurs services (2).

Enfin, dans le courant du mois de février 1346, on trouve encore le duc de Normandie à Loches, où il donne au couvent de Rangerais, ordre de Cîteaux, diocèse de Tours, vingt livres tournois de rente ù prendre par an, et en deux

(1) Jehan, ainsnez lilz... du Roy de France, duc de Normandie, savoir faisons.,. que, comme japiéça nous aions donné à l’hospital ou Maison- Dieu de Neaulle, prèz de Gisors, cent soudées de bois par livre à prendre et avoir, chacun an, perpétuellement, en nos bois de Bleuf, pour le chauffage dudit liospital... Nous... à la supplication de nostre anjé et féal chapellain, maistre Hue de Neaufle, à présent nostre aumosuier, qui a édifié, fondé et donné de ses biens ledit hospital... avons octroié et octroions... que le maistre ou gouverneur dudit liospital puisse convertir en édifices et autres nécessités dudit hospital, sans vendre, le bois qui livré li sera pour lesdites cent soudées ou partie d’iceli, si comme bon li semblera... Donné à Chasteillon-sus-Aindre , l’an de gràce'mil CGC quarante cinq ou mois de février. Confirmées par le Roi , à Paris, en avril 1345 (1346). (Ârch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 75, pièce 494, f« 294, verso.)

(2) Johannes... notum facimus... quod nos, attendentes probitatis et virtutuni mérita quibus dilectus et lidelis magister Guillelmus de Savigniaco , domini genitoris nostri et noster clericus, ac Annetus Longeti deCreta, pater u.xoris dicti clerici nostri, ornati existunt... grataque et acceptabilia servicia per dictum clericum nostrum eidem domino nostro et nobis fidelitcr et diligenter longediu impensa... ipsum clericum nostrum... ncenon et Annetum predictum... nobilitamus... Datum apud Castellionem , aimo domini millesimo CGC® quadragesimo quinto mensc februarii. Confirmées par le Roi, en avril 1347. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f’ 475.)

termes, sur les « proffiz, yssues et revenus du tabellionnage de Loches, » sous certaines conditions, et en échange d’une rente en nature que ledit couvent avait à prendre en la forêt de bois Ogier (1).

D. jVaissete rapporte (2) que « le duc de Normandie tint, de son côté, à Toulouse, au jour marqué, les États de la Languedoc. » La présence du duc de Normandie à Toulouse, le 17 février, ne me paraît pas incontestablement établie. L’on voit, en effet, dans les actes émanés du Prince, en con- .séquence des résolutions prises par les États, des expressions qui semblent annoncer que le duc de Normandie ne présida pas les États de Languedoc , à Toulouse, le 17 février 1346. C’est son grand conseil étant à Toulouse , « nostrum magnum consilium existens in Tolosa, » qui traite avec les États; c’est par les ordres, par le commandement du Prince que les délibérations ont lieu, « de mandata nostro-, » mais ce n’est jamais en sa présence, sans quoi il n’eût pas omis de spécifier cette circonstance caractéristique (3). D’un autre côté, l’abbé de Foulhiac, dans ses Chroniques manuscrites du Querci, rapporte que, le 13 mars (1346), le duc de Normandie, passant à Cahors, reçut, en présent, des habitants de cette ville, cinquante-deux livres en argenterie^ cinquante livres de costimens, deux quintaux de cire, et deux cent vingt-six setiers (le vin, entre blanc et vermeil. Or, ce passage du Prince à Cahors, le 13 mars 1346, semble indiquer non pas que le duc de Normandie venait de Toulouse, mais bien qu’il allait à Toulouse. L’on ne s’explique pas, en effet, le motif qui, de cette dernière ville, l’aurait conduit à Cahors au début d’une expédition qui devait aboutir au siège d’ Aiguillon ; tandis qu’il a dû nécessairement trouver la ville de Cahors sur la roule qui, de Loches ou de Châtillon-sur-lndre , le conduisit à Toulouse. Mais celte conjecture est positive; car le duc de

(1) Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 75, P 248.

(2) Hül. de Lang., tome IV, p. 258, et aux Preuves, p. 205.

(3) Idem, ibid.

Normandie était le 22 mars à Moiitauban. Le 13 mars précédent, il ne venait donc pas de Toulouse.

Peut-être conviendrait-il de chercher, pour la reprise de Miramont et de Villefranche par le duc de Normandie, une date entre le moment où le prince partit de Châtillon-sur- Indre ou de Loches, et le jour où il passa à Cahors, c’est-àdire une date dans le mois de février ou dans les treize premiers jours de mars 1346 : car il ne serait plus sérieux de soutenir, avec Froissart, que le duc de Normandie, parti de Toulouse après la tenue des États , et tramant à sa suite « cent mille têtes armées, » ait été prendre Miramont et Villefranche, assiégé Angoulême etc. , pour revenir sur ses pas mettre le siège devant Aiguillon. L’on comprendrait sans difficulté que la reprise de Miramont et celle de Villefranche aient arrêté le duc de Normandie, et qu’il ne soit pas arrivée temps à Toulouse pour présider les États. Son passage à Cahors viendrait, en outre, confirmer notre opinion sur le Miramont et le Villefranche précédemment tombés au pouvoir de Derby; la dernière localité, surtout, ne saurait être que Villefranche-de-Belvès, sur la frontière du Querci et non loin de Cahors. Au surplus, comme je ne possède aucun document irréfragable en faveur de Thypothèse que je viens d’émettre, je serais contrarié qu’elle fût considérée autrement qu’à l’état d’idée incomplète et dépourvue des qualités qui font le mérite des affirmations incontestables.

Quoiqu’il en soit, le terrain avait été préparé, lorsque le duc de Normandie fit en février ou en mars 1346 son apparition sur les bords de la Garonne. A cet effet, l’évêque de Beauvais, Jean de Marigny, donna des preuves d’une intelligente activité, dans l’exécution des ordres qu’il reçut du roi de France et du duc de Normandie ; il serait injuste de lui dénier ce mérite, qui va ressortir de quelques circonstances dans le détail desquelles il convient d’entrer actuellement.

Au début de la guerre de Guienne, les populations de Languedoc montrèrent une tiédeur significative, qni se traduisit par une foule de difidcultés, d’abord dans l’octroi, puis dans la perception des subsides indispensables à Philippe de Valois pour faire la guerre. C’est pourquoi, à la fin du mois d’août 1345 , le Eoi nomma de nouveaux commissaires pour engager les nobles et les peuples de la sénécliaussée de Languedoc à lui accorder un subside pendant six mois , et pour traiter avec les communautés du pays (1). Tristement signalés par les revers des armes françaises, par des pertes territoriales importantes , les quatre derniers mois de l’année 1345 avaient épuisé et au-delà les ressources que la couronne s'était procurées par des moyens dont l’usage n’avait jusque-là présenté rien de contraire aux mœurs politiques et sociales de l’époque. En présence des caisses vides, des vaincus mis à rançon, des populations serrées de près par les Anglais victorieux, des seigneurs plus ou moins puissants qui , sans considération pour l’intérêt dynastique comme pour l’intérêt national, avaient l’habitude de louer leurs services, pour ainsi dire, au plus offrant et dernier enchérisseur, il fallait que Philippe de Valois se procurât de l’argent à tout prix.

A l’égard des États de Languedoc, la couronne procéda suivant des errements à peu près infaillibles en tous temps mais surtout à une époque où ce que l’on pourrait nommer des plaies sociales était, sinon radicalement guéri, au moins temporairement et artificiellement soulagé par des procédés fiscaux. Le 31 décembre 1345, Philippe de Valois manda de Paris au duc de Normandie : « Nous avons entendu, par la

(1) D. Vaissete ; Hist. de Lang., tome IV, p. 255.

relation de plusieurs dig’nes de foy, que nos subgiez et nostre peuple se tiennent à moult grevez de plusieurs impositions, gabelles et charges, qui ont été faites pour cause de nos guerres, et aussi de plusieurs nos prévôs, fermiers, et aussi de la grant et excessive multitude de nos sergens et de commissaires envoyez par nostre royaume sur plusieurs et divers cas, dont nous avons grand compassion et très-grand desplaisance en cuer, et voulentiers y pourveyrons des meilleurs et plus agréables remèdes que nous pourrons. Et pour ce qu’il se puisse mieuls et plus agréablement fayre, avons ordené d’avoir, sur ce, le conseil et avis des prélats et personnes d’église, des barons et autres nobles, des communes et bonnes villes de nostre. royaume (1). » Tels sont les motifs invoqués par le Roi pour ordonner à son fils aîné de convoquer les États de Languedoc; mais, au fond, ce qui préoccupe Philippe de Valois, c’est moins la ré formation d’ahus criants, d’excès insupportables, que la faculté d’en tirer un subside pour faire face aux innombrables besoins qui l’environnent.

Comme je l’ai déjà dit, le duc de Normandie adressa de Loches, le 17 janvier 134G, à son mandataire l’évêque de Beauvais, déjà rendu à^ Toulouse, l’ordre qu’il venait luimême de recevoir de son père ; et, en exécution de cet ordre, Tévêque de Beauvais convoqua les États de Languedoc, à Toulouse, pour le 17 février 1346.

11 serait très-difficile, siuou impossible , de relever tous les emprunts contractés par la couronne pour soutenir la guerre. Ses agents faisaient appel aux petites comme aux grosses bourses ; mais le débiteur ne s’acquitta pas toujours de la même manière: parmi les créanciers, les uns furent remboursés en espèces sonnantes , les autres se contentèrent de faveurs et de privilèges , qui finissaient toujours par représenter de l’argent, sous un régime où la qualité des personnes réglait et déterminait à certains égards la qualité des

(I; D. Vaiss., Ioco cil., aux Preuv., col. 204.

impôts. Parmi les trésors (jui excitaient la convoitise légitime de Philippe de Valois, il faut placer en première ligne celui du Pape.

Le roi de France, ayant donc tourné ses regards du côté d’Avignon, envoya dans la cité pontificale un des agents les plus actifs , les plus insinuants, les plus rusés de son entourage, Kobert de Lorriz. De Koël 1345 à la Saint-Jean 1346, c’est à-dire dans l’espace de six mois, Robert de Lorriz fit trois voyages à Avignon (1], trois voyages fructueux, comme vous l’allez voir. D’abord, il tira du Souverain Pontife 330,000 florins ; puis, le cardinal de Périgord prêta 20,000 florins ; et, enfin, 2,000 florins furent fournis par l’évêque de Narbonne. Plus tard, le prêt du cardinal s’augmenta de < 4,000 florins. Au total, Robert de Lorriz emporta de la cour

(1) Philippe, etc... savoir faisons... que comme nostre amé et féal chevalier et conseiller Robert de Lorriz, nostre secrétaire, entre Noël, Pan quarante et cinq, et la S.-Jehan-Baptiste, l’an XLVl ou environ, feist, pour nous et de nostre commandement, trois voiages à Avignon pour aucunes besognes .secrètes où il üst l'onneur et prouflit de nous et de nostre royaume, et pour cause de ses despens et pour les mises qu’il üst ès trois voiages dessusdis, il reçut de nos trésoriers, à Paris, à trois foiz, trois cenz livres parisis forte monnaie lors courant , et de Pierre Sentisse, nostre receveur, de Nynics, deux cenz llourinz de Flourencc de bons po^s , d’une part, et VU cenz llourins de Flourencc dudit pois , d’autre part, et cent livres parisis en flourins de Flourencc, pour quatorze sols la pièce, d'autre part ; item, depuiz Noël derrainement passé nous Fenvoiasmez en Loherainc devers nostre trèschère nyèce la Duchesse de Loheraine, pour nos bcsongnes secrètes, pour lequel volage et pour ses dis despens, il reçut lors de noz trésoriei's, à Paris, soixante livres parisis ; item, depuis Pasquos dcrrenièrcmenl passé, nous l’envoiasmes à Avignon par devers nostre très-saint Père, pour nos Jjesongnes secrètes, pour lequel volage et pour ses dis despenz, et pour les mises qu’il y üst, il reçut de nos trésoriers, à Paris, deuz cens livres tour nois ; de tous lesquels voiages dessusdis et de toutes lesdites sommes d’argent ([u’il reçut pour cause desdis voiages et de scs dis voiages, il a encore à compter ; et pour ce nous a supplié que sur ce li volsissions faire grâce et pourvoir à la seurté de li et de ses hoirs... Nous... li avons donné et donnons... toutes les sommes d’argent... qu’il reçut pour cause desdis voiages... Donné en nos tentes de lez Calais, le derrenicr jour de juillet, l’an de grâce mil CGC quarante et sept. — Par le Roy ; VnnuiÈHE, sine financia. Au bas : S. Dyo. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, pièce 249, f" 431, verso, et 432, reclo.)

d’Avig'non une somme l’oncle de 390,000 florins, dont l’emploi fut réglé par Philippe de Amlois de la manière suivante :

1° 100,000 florins au duc de Normandie, pour la guerre de Guienne ;

2*" 70,000 florins à Pierre Sentisse , receveur du Roi à Nîmes, « pour bailler et départir à plusieurs Gennevois » venus au service du Roi et du duc de Normandie ;

3® 210,000 florins qui furent apportés au roi , et , par son « commandement... mis en certain lieu... »

Total : 386,000 florins (1).

Où passèrent les 4,000 florins de surplus? Je l’ignore; mais il est à présumer que Robert de Lorriz se remboursa , sur cette somme, des dépenses faites par lui dans ses trois voyages à Avignon, dépenses dont le montant détaillé fut r.églé à ; 1° 300 livres parisis, forte monnaie, soldées par Pierre Scati.sse ; 2° 200 florins de Florence, de bon poids ;

(1; Pliilippo, etc., .savoir faisons... que comme nous cnvoissioiis, l'an passé, nostre amé et féal chevalier cl conseiller Robert de liOrriz, nostre secrétaire, à Avignon, pour emprunter argent de nostre trés-saint l'èrc le Vape et de autres ; et nostredit S. -Père nous presta lors par parties trois.cens et trente raille llonrins de Flonrence de fort poiz, et nostre très-clier et féal ami le cardinal de Pierregort vint mile llorains d'or de Flonrence dudit pois, et nostre amé et féal l'évesquc de Verbonne II'" llonrins de Flonrence, dudit pois ; item, ledit cardinal nous presta depuis quatre mil flourins de Flonrence dudit pois ; lesquelles sommes montent sur le tout trois cens ([ualrc vins six mile tlourins de Flonrence, dont ledit Robert, après ce qu'il ot fait lesdis empruns, nous rendit compte en la manière qui s’ensuit, c'est assavoir; G'” desdis llonrins furent cnvoicz, de nostre commandement, par Jehan le breton, d'Orlicns, à nostre très-cher et amé lils le Dde de Normendie et de Guienne, qui lors estoit pour nous nostre lieutenant ès parties de la Languedoc, et deux cenz et dix mille en furent apportez par devers nous et mis en certain lieu de nostre commandement, et soissante et sèze mile en furent baillez par parties de nostre commandement à Pierre Sentisse, nostre receveur de A'ymes, pour bailler et départir à plusieurs Gennevois qui vindrent ou service de nous et de nostredit lilz... Pourquoy, nous qui volons en ce garder de dommage ledit Robert et scs hoirs, le quittons et délivrons perpcluelmenl de toute la somme de tlourins dessusdis... Donné en nos tentes de lez Calaiz, le derrenier jour de juillet, l’an de grâce mil CGC quarante et sept. — Par le Roy; Verrière. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, pièce 246, f® 431, reclo.)

3“ 140 florins de Florence ; 4" 100 livres parisis en florins de Florence.

En même temps que le Souverain Pontife , le cardinal de Périgord et l’évêque de Narbonne assistaient le roi de France, François Raymond, citoyen d’Avignon, et Paul Mathe, marchand de Florence, suivant la cour de Rome, devenaient les créanciers de Philippe de Valois pour une somme de 20,000 florins d’or de Florence, de bon poids, qu’ils prêtèrent amiablement, et que Philippe reçut des mains de Robert de Lorriz. Par acte authentique du 19 février 1345 (1346), le roi de France s’engagea à rembourser les 20,000 florins à ces deux prêteurs ou à l’un d’eux , ou à leur ordre , au terme de la Toussaint 1346, et en fit assignation sur les dîmes ou dixièmes accordés par le Pape dans les provinces de Narbonne et de Lyon (1).

La date du 19 février 1346 et la circonstance que Philippe de Valois reçut les 20,000 florins en question des mains de Robert de Lorriz, permettent d’avancer que, dès le 19 février 1346, ce dernier était déjà de retour de son premier voyage à Avignon. Peut-être apportait-il avec lui les 100,000 florins destinés à la guerre de Guienne, et s’empressa-t-il, après avoir reçu les

(1) Philippe... roy de France... sçavoir faisons que nous devons et sommes loyalement tenus et obligez à nos amez François Raymond, citoyen d’Avignon, et Paul Mathe, marchand de Florence, suivant la cour de Rome, en la somme de vingt mille florins d’or de Florence, de bon pois, lesquels ils nous ont prestez amiablement, et les avons eus et retenus de eux par la main de nostre amé et féal secrétaire, maistre Robert de Lorris, etle.s avons mis et convertis en nostre proflit, lesquels vingt mille florins dessusdits nous leur promettons rendre et payer, ou à l’un d’eux, ou à leur vray commandement, portant ces lettres, du terme de la Toussainls proche venant, avec tous coutz et dommages qu’ils soustiendront par deffaut de leurdit payement, et à les en faire assigner sur les desiemes à nous octroyez par nostre trèssainct père le Pape, qui seront levez ès provinces de Narbonne et de Lyon, audit terme de la Toussaints, et desmantenant les y assignons, et, pour ce, obligeons, envers eux, nous et nos hoirs, et les biens de nous et de nos hoirs, et, par spécial, lesdits desiesmes, jusques à la somme d’iceux vingt mille florins. En tesmoin de ce, nous avons fait sceller ces lettres de nostre grand séel, données au boys de Vincennes, le dix neufviesme jour de février, l’an de grâce mil trois cens quarante et cinq... (Bibl. lmp. Mss. Doat, 243, f“ 165.)

ordres du Roi , de se rendre auprès du duc de Normandie , et de verser dans ses caisses la somme importante qui devait servir à pousser les choses avec vigueur. Dans ce cas, on comprendrait que le duc de Normandie ait prolongé son séjour soit à Loches, soit à Châtillon-sur-Indre , et n’ait pris le chemin de la Chiienne qu’après avoir reçu les secours en numéraire expédiés par son père ; on s’expliquerait ainsi naturellement qu’il n’ait pas présidé les États de Languedoc, à Toulouse, le 17 février 1346.

Le Souverain Pontife était encore venu au secours du roi de France en lui accordant, pour trois ans, le produit des dîmes ecclésiastiques. Mais le recouvrement de cette contribution se ressentait de la rigueur des temps tout comme la perception des deniers publics ordinaires. L’argent, devenu de plus en plus rare, se montrait de plus en plus timide et craintif, si l’on peut ainsi parler ; les agents chargés de la perception étaient d’une lenteur compromettante pour en opérer le versement dans les coffres de l’État : c’était, par exemple, le cas à Sarlat, à deux pas de l’ennemi. Le sénéchal de Périgord et de Querci était obligé d’adresser aux collecteurs des injonctions pressantes. «Les nécessités du Roi sont évidentes, disait Guillaume de Montfaucon; le souverain a besoin de toutes ses l’essources pour repousser l’ennemi. 11 y a de l’argent dans Sarlat: qu’on me l’apporte partout où je serai, sous peine d’une amende de 20 marcs d’argent. Si quelque dépositaire ou débiteur de la dîme fait le récalcitrant, qu’on saisisse ses biens (1] ! »

(1) Guillelmus de Montefalcone, miles, senescallus Petragoriensis etCaturcensis... balivo regio de Sarlato vel ejus locumtenenti, et Rauleto de Fetramas (?) domicellis (?), salutem. Percepto per nos rclalu quod quamplures pecuniarum sunimæ decimæ regiæ penes diversas personas apud Sarlatum in deposito existant, de quibus dominus noster Rex indiget necessitate evidenti, quod inimicis suis rcpellendum, et eorum procaciam et malam et iniquam volontatcm dcpuniendum, mandamus et committimus vobis... sub pœnaviginti marcharum argent!... qualhenus dictas pecuniarum summa"s penes eos habeatis... et summas pecuniarum per vos recipiendas nobis adportetis, sine mora, ubicumque nos esse contingat. Si vero aliquis habens pecuniam in deposito, vel debitor decimæ supradictæ, contradictor vel re-

Au contraire des populations du Languedoc proprement dit, celles du Périgord, du Querci, de l’Agenais, montraient, pour la guerre, un dévouement, une ardeur d’autant plus méritoires, que leur situation était des plus difidciles, des plus critiques. D’un coté, serrées de près par les Anglais, dont plusieurs seigneurs du pays même favorisaient, en en profitant, les entreprises et les déprédations; de l’autre, maintenues dans le devoir par un certain attachement pour celui qui portait la couronne de France, et par l’incessante activité des officiers royaux qui, à divers titres, avaient pour mission de défendre les droits de Philippe de Valois, ces infortunées populations s’épuisaient à concourir aux dépenses générales nécessaires pour la défense du pays, en même temps qu’aux dépenses spéciales et locales , auxquelles il devenait impossible de se soustraire sans s’exposer au danger de voir les campagnes ravagées, les bourgs pillés et détruits, les familles anéanties par les excès d’une soldatesque dont les rapines suppléaient à l’insuffisance de la solde, dans un pays moins à ménager que les environs de Bordeaux. Les sacrifices offraient ici comme un double caractère: le désir de ne pas changer de maître, en acceptant Édouard III au lieu de Philippe de Valois, la nécessité d’une défense personnelle. Ce dernier point de vue ne devait pas être le moins puissant, à une époqffe où la nationalité

bellis ad vos tradendum existât, ipsum per arrestum suorum propriorum... et appositionem saisinæ in bonis suis compellatis... Datum in Monte Domæ , sub sigillé nostro proprio, 11 die decembris, anno domini 1345. (Bibl. lmp. Mss. Périgord, 12.)

A la suite de cette ordonnance, on en trouve une autre du chapitre de Sarlat, le siège vacant, ayant pour objet de provoquer, de la part des ecclésiastiques, le paiement de la dîme triennale accordée au roi de France par le Pape, dont la moitié se levait à la fête de l’Ascension et l'auti’e à la Toussaint. Le deuxième terme de la première année n’avait pas encore été payé par tous les ecclésiastiques, dans le diocèse de Sarlat, aux nones de décembre 1345, date du mandement du chapitre. (M., ihid.)

A la suite de cet acte est la quittance de Raoulet (Rauletus), collecteur de décimes pour la somme de 20 livres de petits tournois, payée par l’abbé de Cadouin, à raison de la susdite dime. — Daüim Sarlati die vi® decembris anno 1345. (Id,, ibid.)

française, encore à l’état de formation, ne trouvait à s’appuyer que sur les rudiments d’un dog-me politique qui ne fut complètement défini et consacré qu’à la fin du dix-huitième siècle.

Quoi qu’il en soit, malgré les lourdes chargées dont elles étaient déjà accablées par la nécessité de concourir au salut commun, la plupart des villes se résolurent à s’en créer de nouvelles pour se mettre à l’abri de la dévastation et du pillage des Anglais. Autorisée à se fortifier, la ville de Limoges ne dut pas, sous ce rapport, demeurer dans l’inaction. Des lettres d’État délivrées le 10 février 1345 (1346) à Fouques du Brueil, chevalier, prévôt de la ville et du château de Limoges, pour le duc de Bretagne, vicomte dudit Limoges, témoignent que, dans la crainte d’une surprise, on était obligé de faire nuit et jour bonne g’arde avec quantité de gens d’armes (1). APérigueux, on retirait du couvent des Frères prêcheurs une grande quantité de bois et de poutres pour employer aux fortifications de la ville, et aussi pour enlever à l’ennemi les matériaux dont il aurait pu se servir pour la confection d’engins contre Périgueux (2) ; on faisait rechercher des poutres dans les chantiers publics et privés ; on en prenait notamment quatre de douze pieds chacune, chez un clerc nommé B. de Combes, et on les utilisait à la confection de chats (cadafalas), sur les murs du côté de Limoges (3). A Cahors, on faisait de la nouvelle artillerie avec de la poudre à canon; on donnait cinq canons au duc de Normandie ; on construisait un mur d’enceinte, pour lequel on dépensait 5,600 livres tournois (4). Le 13 septembre 1345, la municipalité d’Agen distribuait 80 canons aux principaux habitants de la ville ; le 20 janvier 1346, avait lieu une nouvelle distribution d’artillerie (5). Lorsqu’on apprit à Audi la noutelle

(1) Bibl. lmp. Mss. H., 115.

(2-3) Bibl. lmp. Mss. Périgord, 13.

(4) Chroniq. mamiscriles du Quercy, par l’abbé de Foulhiac, et De la Poudre à canon et de son inlroduclion en France, Tg&T M. Léon Lacabane.

(5) Arcli. comm. BB., 1.

de la défaite des Français à Auberoche, les consuls convoquèrent le Conseil municipal, afin' de délibérer « sur la closture de la ville, pour empêcher l’invasion des ennemis anglais (1). )>

Toulouse ne voulut pas rester en arrière. Après avoir commencé à «refaire et reparier les fossez de ladite ville, et aussi reflfaire et redresser les portes d’icelle, et à faire eschafaux et autres œuvres à la deffence et tuition de ladicte ville, » les capitouls et les habitants de Toulouse s’aperçurent qu’ils ne pouvaient pas aller plus loin sans l’aide du Roi; en conséquence, ils demandèrent à Philippe de Valois de vouloir leur « octroier imposition de quatre deniers pour livre sur touts vivres et autres denrées qui ceront menées ou aportées pour vendre en ladicte ville, et, avec ce, leur... donner V® (500) livres de boys à prenre en » la forêt royale du « Fossoret, pour emploïer ès œuvres dessus dictes. » Le 6 décembre 1345, Philippe de Valois manda à l’évêque de Beauvais ce qui suit : « Nous, confions du cens et de la loiauté de vous, et pour ce que nous pensons que vous savez l’estât de ladicte ville, vous mandons et comélons que, se il vous samble que bon soyt de faire les choses dessusdictes, vous leur octroyez, de par nous, et dès maintenant, pour lors, ou cas que bon vous samblera, nous leur octroions que il puissent mètre imposition de IIII deniers pour livre ou dessouz ou ausi que bon leur samblera sur toutz vivres et autres denrées, qui seront vendues en ladicte ville, jusques à trois ans, à compter du jorn de vostre dict avis, et voulons que ceulz qui ceront par les dits suppliants à ce lever et distribuer députés leur jurent, présent nostre viguier de Thoulouse ou son lieutenant, que bien et loiaument se porteront, et ce que levé en sera ne convertiront, ne souffreront estre converti en autres usatges que sus est dit, et que, chascun an bon compte et loial rendront ausditz suppliants, apelé à ce nostre dit viguierjou son lieutenant, de ce que en aurront prins, levé ou receu; et

(1) lAFFORGfE': Hist. de la mile d’Aucli.

volons que de cesle imposition ne soient exemptez ne quitez, sergens, notaires, noz clercs ne autres ofldciers demourans en ladicte ville, fors en tant que, par raison ou par privilège, dont il feront prompte foy, il en deurent estre frans et délivrés; et avec ce, ou cas dessusdit, leur avons donné et octroié, donnons et octroions. ceste foys, par ces présentes, cinq cens livres de boys, pour emploïer ès œuvres dessus dites, à prenre en nostredicte forest du Fossoret, par la main des maistres de nos forests en ladicte sénéchaussée, ou de aucuns d’euls, et leur avons fait tripler ces lettres d’une mes'me tenur; mais nous volons que toutes n’aient ne puyssent avoyr que un seul effect... Donné à Froumont, le vFjour de dézembre, l'an de grâce M, CGC. XLV. Par le Roy: Bertier (1). »

L’évêque de Beauvais se donna bien de garde de surseoir à l’exécution des ordres du Roi : il s’assura de l’état des travaux de fortification de la ville de Toulouse , reconnut la nécessité de les continuer, et, en conséquence, adressa, de Toulouse, le 29 janvier 1345 (1346 ), au maître des eaux et forêts de la sénéchaussée, l’ordre de délivrer incessamment à qui de droit, sous peine de perdre son office, 500 livres de bois h prendre dans la forêt du Fossoret ou de Saint-Romain, ou dans tout autre bois plus rapproché et d’une exploitation plus facile pour la ville de Toulouse (2).

Le 13 février 1345 (1346) , l’évêque de Beauvais, se tenant toujours à Toulouse, enjoignit au sénéchal, aux juges ordinaires et au viguier de Toulouse, de n’exempter, sous aucun prétexte, les bourgeois , citoyens et habitants de Toulouse, soumis d’ordinaire aux tailles communes, du paiement des contributions imposées ou à imposer par les capitouls, pour la réparation des fossés et autres clôtures de la ville , en voie d’exécution (3).

(1) Arch. comr.i. de Toulouse.

(2) Arch. comm. de Toulouse, ürig. eu pareil. AA.

(3) Johannes, permissione divina, Belvacensis episcopus, Domini nostri regis ac ducis Normannie et Acquitanie consiliarius, senescallo, judicibus

Malg-ré 1o\is les sacrifices personnels que s’imposèrent les villes pour se mettre en état de résister à l’ennemi, malgré la lourdeur des charges particulières et locales qu’elles acceptèrent ou provoquèrent, elles consentirent, par l’organe des députés du tiers-état, à la levée, aux moindres frais qu’il serait possible, d’un fouage de dix sols par feu, payable pendant les mois d’avril, de mai et de juin, un tiers chaque mois, pour la continuation de la guerre, par provision et en attendant qu’on pût prendre d’autres arrangements. On convint, eu effet, de se rassembler à la fin de mai et de proposer alors des expédients pour faire cesser la gabelle sur le sel et l’imposition de quatre deniers pour livre , qui étaient extrêmement onéreuses au peuple , moyennant un certain nombre de gens d’armes que chaque sénéchaussée se chargerait d’entretenir (1).

Les désastres militaires qui signalèrent les premières années de la guerre de Cent ans expliquent et justifient, dans une certaine mesure, la pénurie des finances; mais on ne saurait guère attribuer qu’à une mauvaise gestion , qu’à une administration inconséquente, désordonnée et insouciante de l’avenir, le dénuement dans lequel se trouvait la couronne au moment où commença la guerre de Guienne. De là vint.

ordinariis et vicario Tliolose vel eorum locatenentibus salutem. Âd supplicationem siudici Gapitulariorutn Tliolose ex parte dicti domini nostri regis et ducis , voliis et vestrum ciiUibet, prout ad vos noveritis pertinerc , injungimus et inandamus quatenus, pretexlu appellationura vel alio quovismodo, predictos capitularios minime impediatis, aut a quocumque impediri qiiomodolibet permittatis, quominus burgenses et alios quoscumque cives et liabitatores Tliolose, qui contribuere consiieverunt communibus talliis et . collecîis dicte ville, pro bonis pro quibus contribuere consueverunt, possint compellere ad solvendum et contribuendiim talliis et collectis indictis et indicendis per eosdem Capitularios, rationereparationisvallatorumfossatorum et aliarum clausurarum dicte ville jam inclioate ; litteris in contrarium impetratis vel impetrandis de presentibus expressam non facientibus mentionern non obstantibus quibuscumque. Datum Tholose die Xlll februarii anno domini millesimo CGC XLV (134G). — Sceau 'pendant en cire rouge aux armes de l’Évêque. — (Arch. comm. de Toulouse. Original en parchemin AA.)

(1) D. Vaissete ; Hisl. de Lang.

pour Philippe de Valois, la nécessité de forcer l’impôt, si j’ose m’exprimer ainsi, et, dès le début , de tarir, jusqu’à uri certain point, les diverses sources qui devaient alimenter les frais onéreux de la guerre. L’achat du Dauphiné, celui de la seigneurie de Montpellier , viennent, heureusement pour la mémoire de Philippe de Valois, sauver son administration d’un anathème général.

Parmi les mesures fiscales auxquelles eut recours Philippe de Valois , il ne faut pas oublier de noter celle qui atteignait indistinctement les ofliciers publics à tous les degrés. Une ordonnance royale du 2 octobre 1345 prescrivit la retenue d’une année de leurs appointements à tous les officiers, depuis le chancelier jusqu’aux huissiers du Parlement , qui touchaient plus de trois sous parisis par jour. Par ce moyen , le trésor royal put, en effet, conserver quelque argent; mais le procédé n’était, au fond, qu’une véritable extorsion, dont le culte d'un patriotisme ardent et pur pouvait seul modifier le caractère. L’offrande qui n'est pas volontaire cesse d'être méritoire. A coté du résultat financier poursuivi par Philippe de Valois, l’application de cette mesure pouvait en produire d’autres d’une extrême gravité. Dans les temps de détresse, les principes de morale sont plus ou moins compromis : or , le nombreux personnel administratif, atteint par l'ordonnance du 2 octobre 1345, disposait d’une foule de moyens pour atténuer, à son profit, les effets désagréables d'une mesure aussi rigoureuse qu’arbitraire; seulement, c'était toujours aux dépens des populations; en sorte que, de direct qu’il était par rapport aux fonctionnaires, l’impôt devenait indirectement effectif pour le peuple : en somme , c'était encore lui qui payait. Aussi, la rigueur , la violence des agents du pouvoir ne tardèrent pas à provoquer un mécontentement général auquel l’ordonnance royale du 15 février 1346 eut pour objet apparentée mettre un terme, tandis que le but réel était encore de se procurer de l’argent. A la vérité, et l'on ne doit pas négliger ce point de vue , l’ordonnance royale du 2 octobre pouvait servir à Philippe de Valois de motif pour

pressurer davautag-e ses sujets et adoucir en même temps leur détresse , en leur disant que les fonctionnaires publics , dépendant de la couronne , étaient les premiers à donner l’exemple des sacrifices nécessaires au salut de la patrie.

Une foule de détails, de graves intérêts, des motifs puissants de convenance appelaient à Toulouse le duc de Normandie, soit au moment où se réunirent les États de Languedoc, soit quand ils se séparèrent , soit enfin au moment où le corps expéditionnaire formé à Toulouse se mit en mouvement pour marcher vers Aiguillon. Toutefois , je suis forcé de convenir qu’à part l’indication équivoque et vague de D. Vaissete, relativement à la présence du duc de Normandie à Toulouse, lors de la tenue des États de Languedoc , je ne connais jusqu’à présent aucun monument historique qui permette d’afidrmer avec certitude que le duc de Normandie fût présent dans Toulouse, soit en février, soit en mars 1346. Tout, dès lors, porte à croire qu’il laissa constamment à ses agents, à son grand conseil , le soin de régler les mesures tendant à préparer les ressources indispensables pour mener la guerre avec vigueur , se réservant la haute et souveraine surveillance des autres opérations et d’une organisation qui paraît avoir eu son centre le plus actif et, en quelque sorte, définitif dans la ville d’Agen.

Quoi qu’il en soit , on trouve le duc de Normandie à Montauban le 22 mars 1346 : il y délivre, à cette date , des lettres de rémission en faveur des habitants qui avaient jugé, condamné et exécuté Jacques Carbonelli, pour avoir pris part au pillage de Eéalville et de Mirabel , en compagnie de troupes anglaises. Ces lettres de rémission , dont j’ai parlé plus longuement dans ma troisième Lettre, étaient de nature à produire un excellent effet sur les populations ; en voyant

le pardon souverain s’étendre sur une communauté tout entière , convaincue manifestement d’avoir violé la loi, foulé aux pieds des droits sacrés , entrepris audacieusement sur les prérogatives mêmes de la couronne , on en venait presque naturellement à considérer ces méfaits comme des fautes vulgaires , des délits de peu d’importance, lorsqu’ils étaient le résultat d’un sentiment patriotique, comme dans le fait des habitants de Montauban. Leur action anti-légale avait eu pour objet de mettre Montauban et les lieux voisins à l’abri de périls plus grands que ceux dont avaient soufiért Mirabel et Réalville : « Ut majora mtarentm pericula que in dicta villa Montis-Albani et locis circumvicinis... fieri spcrahantur . » Une absolution générale ne consacrait-elle pas le droit de tout entreprendre , de tout oser, en prévision des malheurs et des calamités que la guerre traîne avec elle ? La morale sociale pouvait ne pas trouver son compte dans ces principes , mais ils étaient devenus une nécessité de la situation ; et la résistance du duc de Normandie aux supplications des Montalbanais aurait eu forcément pour effet immédiat de semer dans le pays un découragement et une désaffection dont il fallait que le prince se gardât avec soin, au moment où la grande lutte allait commencer.

Le 27 mars 1346, Guillaume de Montfaucon, sénéchal de Périgord et de Querci, fut institué capitaine dans ces parties. Au mois de novembre 1345 , Bertrand de Baux , seigneur de Courteison, s’attribuait la qualité de «capitaine de Pierregourt et de Caoursin », et, à ce titre , commettait M'' Giles d’Arlo, chevalier, à recevoir, en l’absence des maréchaux de France, les montres de gens d’armes, par ordre donné à Angoulêrae, le 7 novembre 1345. Guillaume de Montfaucon succéda-t-il à Bertrand de Baux, ou les deux capitaines exercèrent- ils leurs fonctions en même temps ? Je ne peux rien dire à ce sujet. Mais je ne saurais me taire sur l’intérêt que m’a présenté le document dans lequel j’ai trouvé la date de la nomination de Guillaume de Montfaucon à la charge de capitaine de Périgord et de Querci; c’est un vidimus du 11 juillet 1351, par

lequel Alexandre de Crèvecœur, garde de la prévôté de Paris, déclare avoir vu deux actes, dont voici la substance : Jean de Montfaucon, fils et héritier de feu Guillaume, reçut, le

10 décembre 1350, cinquante- trois livres seize sous dix deniers tournois, et, le 6 juillet 1351, mille deux cents livres tournois , sur la somme de cinq mille neuf cent sept livres huit sous huit deniers tournois , de Dili moneta , valant deux mille neuf cent cinquante-trois livres seize sous dix deniers tournois , monnaie courante , due audit feu Guillaume de Montfaucon pour le reste des gages de Sindon de Mar, chevalier, six autres chevaliers bacheliers, un écuyer hanneret, deux cent trois autres écuyers et cent quatre-vingt-deux sergents de pied de sa compagnie, ayant servi du 27 mars 1345 (1346] au 13 septembre de la même année. Le 9 juillet 1351,

11 restait encore à payer 1,600 livres; et, ce jour- là, les trésoriers du Roi, à Paris, adressèrent au collecteur du dixième, dans le diocèse de Sens, l’ordre de rembourser en deux termes la somme encore due à Jean de Montfaucon, héritier de son père, l’ancien sénéchal de Périgord et de Querci (1). L’intérêt

I) A tüuz ceulz qui ces lettres verront, Alexandre de Crevecuer, garde de la prévosté de Paris, salut: Savoir faisons que nous, l’an de grâce mil CGC cinquante et un, le lundi, onziesme Jour de juillet, veismes une cédulle ou escroc du trésor du Roy nostre sire , contenant ceste fourme : « De summa Y™ IX' VIII librarum VIII solid. VIII denar. turonens. de viU moneta, que valent 11“ IX“ LUI libras XVI solid. X denar. turonens. monete nunc currentis , débita quondam defuncto domino Guillelmo de Montefalconis, quondam militi et senescallo Petragoricensi et Caturcensi, pro residuo vadiorum domini Sindonis de Mar, militis, et VI aliorum militum bacalariorum, unius scutilTeri bannereti , Ib III aliorum scutifferorum, et IX" 11 servientium peditum de sua comitiva, deservitorum in dictis partibus a XXVII luartis CCCXLV, qua die fuit institutus capitaneus ibi, usque ad XllI dicm septembris CCCXLYl®, per cedulam Radulplii de Insula, tune locum tenentis Johannis Cliauvelli, tbesaurarii guerrarum regis : Jobannes de Montefalconis , lilius et lieres predicti domini Guillelmi babuit, X* die decembris GCCL', GLIII libras XVI solid. X denar. turonens. dicte monête tune currentis; et, die date presentis cedule , XII' libr. turonens. fortium; residuum, videlicet XVI' libre turonens. fortis monete predicte debitur eidem. Scriptum in dicto tbesauro domini regis, Parisius , VI die julii anno M. GGGLI. » Et estoit ainssi signé, si comme il appert : G. Michae- Lis. Item, veismes lettres scellées des seaulz des trésoriers du Roy nostre sire,

de ce vidimus résulte, à mes yeux, des détails relatifs à Guillaume de Montfaucon , et surtout à la créance de ce personnage sur le trésor royal. En droit , les services militaires étaient payés quand ils étaient rendus , et parfois même d’avance; en fait, les embarras du trésor avaient souvent pour conséquence l’ajournement du prêt , c’est-k-dire de la paye ou solde au prix de laquelle les services militaires avaient été acceptés par le pouvoir. Dans l’espèce, l’ajourne- 'ment se prolongea au-delà de cinq années; et ce terme, en regard de la modicité relative de la somme , contribue à dénoter la pénurie du trésor royal.

On peut tirer une induction analogue du fait suivant, relatif précisément à Bertrand de Baux. Bertrand , en qualité de sénéchal de Saintonge, sous le gouvernement du Prieur d’Aquitaine, servit en Poitou et en Saintonge, du 5 septembre 1346 au 12 décembre suivant, ayant avec lui Jean Fillet , écuyer, messire Pierre d’Abocson, chevalier, un autre chevalier bachelier, cinquante-deux autres écuyers et cent sergents de pied. Le 11 décembre 1350, par conséquent quatre ans après l’expiration du temps de service, il était encore dû, sur les gages de la compagnie du sénéchal, 914 livres 19 sous 11 deniers tournois (1).

si comme il appert , contenant cestc fourme : Les trésoriers du Roy nostre sire, à Paris, au Collecteur du disième ou diocèse de Senz, salut ; Nous vous mandons, commandons et enjolngnons estroitement que vous paies et délivrez à Jehan de Montfaucon, lilz et hoir de feu messire Guillaume de Montfaucon, ou à son certain commandement, la somme de seize cens livres tournois à lui deuz par une escroe du trésor cousue à ces présentes , c'est assavoir : au terme de la Magdeleine prochain venant, la moitié de ladite somme, et, au terme de la Chandeleur après enssuivant , l’autre moitié : et bien vous gardez que eu ce n’ait aucun dellaut ne delay en aucune manière, non obstant mandemens, ordenances ou delTences quiexconques à vous i)ar nous faites ou à faire au contraire sur quelconque fourme que elles soient; et par rapportant lettres de quittance dudit Jehan avec ladite escroe et ces présentes, ladite somme vous sera alloéc en vos comptez et rabatue de vostre recepte, sanz aucun contredit. Donné à Paris le IX' jour de juillet, l’an MCCCLI. Et nous à cest présent transcript avons mis le seel de la prévosté de Pïiris, l'an et le jour dessuz diz. (Orig. en pareil, trouvé dans les arch. du château de Chaumont, en Charolais.)

(1) Nostre sire le Royjest tenu à messire Bertran des Baux, chevalier.

Le 30 mars 1345 (1346), le duc de Normandie, à Montauban, ordonna, commeje l’ai déjà rapporté dans la quatrième Lettre, à Bernard Freinant de payer 50 livres tournois au chevalier Jean des Essars, sire d’Ambleville, pour l’indemniser de la perte de « certain harnaiz » englouti dans les eaux du Lot, lorsque le sire d’Ambleville passa cette rivière pour rejoindre l’armée du duc de Normandie.

Enfin, les consuls de Montauban profitèrent de la présence du duc de Normandie dans cette ville pour en obtenir, dans le même mois de mars, le privilège de connaître et de décider de toutes les causes civiles, sommairement et de -piano, jusqu’à 10 livres tournois (1).

Le 5 avril 1346, arriva dans la ville d’Agen le duc de Normandie, accompagné du duc de Bourgogne, du comte de Boulogne, de l’évêque de Beauvais, du duc d’Athènes, du maréchal de France et du grand maître des arbalétriers. Il demanda aux consuls d’Agen un contingent de mille hommes pour l’armée d’ Aiguillon : les consuls déclarèrent qu’il ne leur paraissait pas à propos d’envoyer ni hommes, ni argent, attendu que la ville d’Agen était cernée par les Anglais, qui occupaient les lieux de Castelsagrat, Bou ville, Bajamont, Montclar, Montanhac, et, ajoute le document auquel j’emprunte ces détails, a pf opter odiwm Genesiorum (2). » Ces der-

sire de Courteson, de Brantoul et de Plaisien, jadis sénéchal de Xaintonge, pour le demourant des gaiges de Jehan Fillet, escuier, messire Pierre d’Abocson, chevalier, 1 autre chevalier bacheliers, LU autres escuiers et C sergenz de pié de la compagnie dudit seneschal, desserviz ès parties de Poitou et de Xanctonge, depuis le V' jour de septembre CCCLXVljusques au XII' jour de décembre ensuivant exclut, souz le gouvernement du Prieur d’Acquitaine, lors capitaine souverain ès dictes parties, en la somme de neuf cenz quatorse livres dix-neuf soulz et onze deniers tournois; par compte fait à moy Benoist Caillemouton, clerc et lieutenant de Jehan Chauvel, trésorier des guerres du Roy nostredit seigneür. Escript à Paris souz mon signet le XI» jour de décembre, l'an mil CGC cinquante... (.Sîÿnd) J. nE Donchy (Donchery). (Bibl. lmp. Cabinet des titres, série des originaux.)

(1) Arch. comm. de Montauban.

(2) Arch. comm. d’Agen. BB., 1.

niers mots exigent une explication, que je suis en mesure de donner immédiatement.

Pendant que le duc de Bourbon rassemblait les troupes à Agen, il s’éleva, dans la ville, une rixe ou chaude mêlée entre les Génois ou Toscans et les gens de noble Gui de Comminges. Dans celte rixe, les Génois tuèrent un domestique de Pierre Pélicier, bourgeois d’Agen, nommé Arnauld Boat. Comme, le lendemain, ils persévéraient dans leurs mauvaises intentions, la communauté d’Ag’en réunit la force armée pour tirer vengeance du meurtre d’Arnauld Boat. Les Génois furent vigoureusement attaqués ; deux ou trois d’entre eux furent pris, livrés au prévôt et au bailli d’Agen, et enfin massacrés; les autres prirent la fuite; quelques-uns, s’étant réfugiés dans des maisons particulières, y furent poursuivis, et leur expulsion violente fut accompagnée de traitements criminels. En définitive, les Agenais eurent le dessus ; mais les Génois n’étaient pas hommes à pardonner purement et simplement : leur rancune persistait, et, s’ils ne recherchaient pas expressément l’occasion de se venger, il faut croire qu’ils étaient toujours disposés à la saisir, si, par accident, elle s’offrait à eux. C’était bien là l'opinion des con- .suls d’Agen, qui, s’habituant à considérer les Génois comme des ennemis personnels, ne les distinguaient pas, sous ce rapport, de l'ennemi commun, de celui contre lequel la ville était obligée de se tenir constamment en garde. \ raison des faits que je viens de raconter, le duc de Normandie accorda à la communauté d’Agen des lettres de rémission, le 23 août 1346 (1).

(1) Johannes, etc., universis... saliitem... cum dato nobis intelligi quod nnper... duce Borbonie, tune... domini genitoris nostri in partihus Occitanie locum tencnte in Agenno existent i, quodam die, suborta rixa sen cauda

Celle lulle el l’élal de méfiance réciproque , enlre les Agenais el des mercenaires appelés à défendre une pairie qui n’élail pas la leur, se Irouvaienl mal placés au débul de la campagne : on pouvail y voir un pronoslic fâcheux. El, de fail, les événemenls ne tardèrenl pas à prouver que la solde même élail impuissante à retenir dans les rangs de l’armée française ces étrangers que, seul, l’appât du gain y avait introduits. Le 22 mai 1346, le duc de Normandie «ordonna de faire arrêter et emprisonner, dans la sénéchaussée de Carcassonne et ailleurs, plusieurs gens d’armes, Génevois (Génois) et Italiens, qui avaient quitté l’armée. Les Anglais excitèrent cette désertion par leurs émissaires ; ils en envoyèrent d’autres dans la province sous des habits déguisés de Frères Prêcheurs ou Mineurs, et de pèlerins, qui coururent le pays, et tâchèrent de faire soulever les peuples contre le Eoi. Amalric de Voisins, seigneur de Couffoulens, lieutenant du sénéchal de Carcassonne,

melleya inter Genosios seu Toscanes et gentes nobilis Guidonis de Convenis, militis, tune existentis in servicio regio apud Agennum, accidit quod dicti Genoesiiseu Toscani quemdam mancipium Pétri Pelicerii, burgensis Agenni, vocatum Arnaldum Boat, intra civitatem Agenni, ante domum communem vel de prope, cum armis interfecerunt; et crastino die tune dictis Genoesiis seu Toscanis in malicia sua perseverantibus et armatis in Agenno existentibus, communitas dicti civitatis seu major patrie (?pour23flrs) ejusdem, turba coadimata in armis contra ipsos se preparavit, et volens vindictam assumere de offensa, homicidio, injuria et murtro per ipsos Genoesios seu Toscanes perpetratis et commi.ssis in personam dicti Amaldi interfecti, duos vel très de dictis Genoesis seu Toscanis, existentibus tune in servicio regis, in manibus prepositi guerre et bajuli seu regentis bailli viam Agenni vel alterius offleiarii regis seu nostri, infra dictam villam captes, arrestatos et inprisionatos cum armis interfecerunt et alios fugaverunt, quosdamque ex ipsis in quibusdam domibus Agenni, in quibus se intruserant, et domos predictas expugnaverunt, causa dampnifîcandi eosdem, quedam alia crimina circa hoc committendo ; notum facimus quod nos, attendentes quod dicti Genoesiiseu Toscani fuerunt causa, culpa et initium dicte rixe... attendentes et legalitate, constantia et fldelitate quas consules, universitas et singulares persone dicti civitatis Agenni habuerunt et habent... erga dictum genitorem nostrum et nos, omnes penas criminales et civiles... remittimus, pardonamus et quitamus... Datum XXIII die augusti anno domini CGC" XL sexto. Fer dominum Ducem, qui sub signare voluit. J. Dally. (Arch. comm. d’Agen.)

donna des ordres très - sévères, le 16 de mai, pour les faire arrêter (1). »

Revenons au duc de Normandie.

Le jour même de son entrée dans la ville d’Agen, 5 avril 1346, le duc de Normandie adressa au juge ordinaire de Carcassonne l’ordre de prendre au plus vite les mesures les meilleures sous tous les rapports pour régulariser la levée du subside de 10 sous par feu, consenti par les communautés de Languedoc (2).

Le 7 avril, le Prince manda, d’Agen, au sénéchal et au receveur du Roi à Toulouse, de se conformer strictement aux prescriptions contenues dans les lettres accordées aux tabellions et notaires créés par les capitouls, relativement au paiement de l’impôt d’un marc d’argent (3).

Du 7 au 9 avril, le duc de Normandie fit un déplacement. A la dernière de ces dates, on le trouve à Moissac, délivrant des lettres d’Élat en faveur de Philippe de Lévis, vicomte de Lautrec, et de Bertrand de Lévis, son frère, chevaliers, qui ont servi et servent dans les présentes guerres de Gascogne, tant par eux que par leurs gens d’armes de cheval et de pied, qu’ils tiennent dans la garnison du château de la Fots, sur les frontières des ennemis (4).

Le 10 avril, le prince adressa d’Agen au sénéchal de Carcassonne l’ordre de convoquer, pour le dernier jour de mai, à Toulouse, les prélats, barons, nobles et communautés de sa sénéchaussée (5) .

(1) Uisl. de Lang., tome IV, p. 260.

(2; D. Vaissete : Hisl. de Lang., tome IV, col. 205j aux Preuves.

(3) Ârcli. comm. de Toulouse, ÂA., 4.

(4) Bibl. lmp. Mss. H., 1 15.

(ô) D. Vaissete, loco cil., col. 209 et suiv., aux Preuves.

Du 10 au 15 avril, le duc de Normandie a dressé ses tentes devant Aiguillon. La preuve en résulte de la date des lettres de rémission accordées à. Agnès de Ciisorn, veuve de feu Béraut de Montagut, chevalier [1) . Cette date est ainsi conçue : « Ce fu fait en nos tentes devant Aguillon, l’an de grâce mil CGC quarante et cinq ou mois d’avril. » En 1346, Pâques tomba le 16 avril, et c’est de ce jour seulement que la chancellerie du duc de Normandie commença à faire usage du millésime 1346; et comme rien ne vient établir que le Prince ait campé devant Aiguillon avant le 10 avril, il faut nécessairement conclure que les lentes furent dressées entre le 10 et le 15 avril 1346. Au surplus, voici une preuve plus directe à ce sujet. Le 16 avril 1346, le duc de Normandie campait déjà sous les murs d’Aiguillon, puisqu’à la date de ce jour, et en ses « lentes devant Aguillon, » ce prince accorda des lettres de rémission à Thévenin Cadot, de Sainte-Mariele-Bois, qui avait blessé Huguenin Lebret, boucher, mort depuis du «feu saint Anlhoyne et saint Andrieu, » qui s’était mis à son bras. Les lettres sont accordées en considération des services rendus par ledit Thévenin « en la compagnie

de . Girart de Guyre, chevalier, maréchal « du duc de

Bourbon (2).

(1) Jehan, etc., savoir faisons... que, comme Agnès de Cusorn, vefve de feu Beraut de Montagut, chevalier, ou temps de la rébellion faite et commise contre (le Roi) et nous, par Gaubert de. Cusorn, escuier, ladite Agnès et sa famille eust commise en la maison et lieu dudit Gaubert, et continuellement illec demeuré Jusques à micaresme derrenièrement passée, ou environ, et, avant ce, Guillaume Ernaut de Aussat et Arnaut de Saint-Geneis li feussent tenuz en certaine somme d'argent, tant pour occasion de son douaire comme autrement, et ledit Gaubert, lequel est venu de nouvel à nostre obéissance, nous ait humblement supplié que, combien que, pour raison de ladite résidence que ladite Agnès avoit faite en sadite maison et lieu, durant ladite rébellion, touz ses biens... feussent confiquiées (sic) (au Roi) et à nous, que nous volsissions... pardonner... savoir faisons que nous... pour contemplation dudit Gaubert... à ladite Agnès... pardonnons... Ce fu fait en nos tentes, devant Aguillon, l’an de grâce mil CCC quarante et cinq, ou mois d’avril. Confirmées par le Roi, en septembre 1346. (Arcb. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f» 448, reclo.)

(2) Jehan, ainsné filz... du Roy de France... duc de Normandie... A touz... salut. Thevenin Cadot, de Sainte-Marie-le-Bois, nous a humblement supplié

Il est bon de noter ici qae Froissart n’a jamais été bien fixé ni sur le commencement ni sur la fin du siège d’ Aiguillon. Dans le manuscrit de Rome, il dit que ce siège « dura moult longuement de l’entrée de march jusques en la fin doumois d’aoust, » D’après le texte de Buchon, le siège n’aurait commencé qu’à la fin d’avril ou dans les premiers jours de mai, pour se terminer à la Saint-Rémi, 1" octobre. Ces erreurs sont des plus évidentes et des mieux démontrées par les documents.

Arrivé à ce point de mon travail, j’éprouve le besoin d’examiner de plus près certaines assertions d’une de nos meilleures histoires de France, celle de M. Henri Martin.

« La victoire d’Auberoche valut au comte de Derby la conquête rapide de La Réole, de Sainte-Baseilhe, d’ Aiguillon, de Montpezat, de Villefranche : presque toute la Guyenne se rendit anglaise, sauf quelques- fortes places, comme Péri-

que, comme japiéca, entre luy, d'une part, et Huguenin Lebret, bouchier, d’aiatre, paroles rancuneuses fussent meues, et, par escliaufeture, ledit suppliant eust féru ledit Huguenin de la main, et, après ce, ycelluy, meu de mauvèse volonté, donné du poing parmi la teste audit suppliant, et lors, afin que greigneur inconvénient ne s’ensuit entre euls, sacha ledit suppliant son couslel, de quoy ledit Huguenin fu navré au braz ; pour laquelle navreure ledit Huguenin se fist appareillier à un barbier : et toutevoie, tant pour son mauvés gouvernement, comme pour le mauvais appareil dudit barbier, le feu Saint-.\nthoyneetSaint-Andrieu se pris! en son braz, et, pour ce, li fut coppé, de quoy il mourut, et vesqui trois semaines ou environ... que nous, sur ce, li voulions pourvcoir..Nous, considérans les bons et agréables services qu’il a faiz à nostredit seigneur et à nous, en la compagnie de nostre amé et féal GirartdeGuyre, chevalier, roarescbal de nostre amé oncle le duc de Bourbon... li avons remis... et pardonné... En tesmoingde ce, nous avons fait mettre le scel de nostre secret en l’absence du grant... Donné en noz tentes devant Aguillon, le XV1« jour d’avril, l’an de grâce mil CGC quarante-six. Confirmées par le Roy en juillet 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 74, pièce 423, f® 257, verso.)

gueux et Blaye : Angoulême capitula et promit de jurer i féauté au roi Édouard, si elle n’était secourue dans un mois;

Angoulême ne reçut aucun secours, quoique le duc de Normandie se trouvât à peu de distance, avec la noblesse du Poitou et des provinces voisines ; la capitulation fut exécutée, et les Anglais furent ainsi maîtres de la campagne entre la Garonne et la Charente. Philippe... avait eu l’humiliation de ne pouvoir empêcher la perte d’Angoulême, conquise presque sous ses yeux... Dès le commencement de février, la meilleure partie des forces féodales du royaume se réunirent à Orléans, à Rhodez, à Toulouse, puis se concentrèrent autour de cette dernière ville sous la bannière du duc de Normandie... Froissart prétend qu’il s’assembla dans Toulouse plus de cent mille « têtes armées. » Le comte de Derby, beaucoup trop faible pour tenir la campagne contre cette multitude, répartit ses troupes dans les forteresses. Le duc de Normandie reprit d’assaut deux ou trois châteaux de l’Agenais, alla recouvrer Angoulême et Saint-Jean-d’Angély, puis rentra en Agenais pour assiéger Aiguillon.... qui tint Jean et ses cent mille hommes près de quatre mois devant ses murailles (1).»

De toutes ces affirmations de M. Henri Martin, il n’en est peut-être pas deux qu’il convienne d’accepter comme exprimant la vérité des faits. , L'ensemble et les détails de ce récit ont contre eux le témoignage des documents officiels les plus dignes de foi. Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déjà dit touchantAngoulême; sur l’expédition en Angoumois, comme sur l’expédition en Agenais, Froissart a accumulé erreur sur erreur, et, en le copiant, M. Henri Martin a naturellement fourni des éléments de mauvaise qualité aux appréciations historiques. Je suis étonné, cependant, que, sans autre garantie qu’un texte des plus suspects, on ait avancé que le duc de Normandie, après la formation de l’innombrable armée qui devait échouer devant Aiguillon, avait repris d’assaut

(1) Hisl. de France, par Henri Martin, tome V, pag. 75 etsuiv.

deux ou trois châteaux de l’Ag-enais, recouvré Ang'oulême et Saint-Jean-d’Ang'ély, et était rentré en Amenais pour assiéger Aiguillon. Vous figurez-vous le duc de Normandie, traînant sur ses pas une armée de cent mille « têtes armées » de Toulouse à Angoulême, à travers un pays presque entièrement occupé par les Anglais; allant d’Angoulême à Saint-Jeand’Angély, et revenant presque à son point de départ, sans inquiéter autrement les Anglais dans une foule de positions récemment conquises ? Où sont les documents, les titres authentiques, au moyen desquels on défendra l’exactitude d’un pareil itinéraire? Peut-on même recourir à un texte positif et clair en ce qui concerne la prise de Saint-Jeand’Angély par le duc de Normandie en 1346, et avant lui par les Anglais, en 1345? Je ne le pense pas. Sur ce point encore, il existe autant d’erreurs que de mots. Enfin, il est inexact d’affirmer que le siège d’Aiguillon dura près de quatre mois: la vérité est qu’il dura plus de quatre mois; car, après avoir établi, comme je l’ai fait, qu’il commença du 10 au 16 avril 1346, je prouverai qu’il fut levé par le duc de Normandie le 19 ou le 20 août de la même année.

N’a-t-on pas raison de dénoncer la funeste influence de Froissart. lorsqu’on voit un des premiers historiens de notre époque alimenter son œuvre aux dépens d’un chroniqueur pour qui l’art de bien dire ne fut, la plupart du temps, qu’un moyen de déguiser la vérité ?

Le 19 avril 1346, le duc de Normandie, à peine installé devant Aiguillon, nomma des commissaires généraux et spéciaux chargés de ramasser de l’argent pour la guerre. Ces commissaires, au nombre de trois, à savoir : Guillaume Balbet, maître de la Chambre des comptes ; Pierre Autrebrier, chantre d’Amiens, et Gilles de Mondeslour, chanoine de Rouen, conseillers et maîtres des requêtes de I hôtel du Roi ,

devaient exercer leur commission dans les sénéchaussées de Toulouse, Carcassonne, Beaucaire, Rouerg-ue et Bigorre, et faire parvenir à Bernard Fermant, trésorier du duc de Normandie, le produit de leur perception. Les lettres du Prince leur donnaient plein pouvoir de «traitter, faire, recevoir et parfaire

finance, sur les débats, questions, controverses . cas de

possessoires, de nouvelletez et d’empeschemens, et turbations nouvelles pour cause de jurisdictions, ou autres... de prendre et faire prendre tous les biens meubles et non meubles des rebelles et traîtres... et iceus biens vendre, aliéner et esploiter, selon ce que bon leur semblera, et spécialement la terre de Faveulet, qui fut de Gaillart de Durfort et de ses frères...; de donner... consuls, sindics, foires, marchiez, privilèges et libertéz az prélats, nobles et communes desdites sénéchaussées, et de annoblir et nobiliter gens nobles, bastar légitimer... de muer terres et ressorts d’une seigneurie en autre; de faire partage ; de octroyer à lever fourches de nouvel à ceux qui ont toute justice haute et basse; de déterminer causes criminelles ou civiles, de sauvegardes.... de confirmer venditions faites sur divisions et desmembrations des fiefs et arrière-fiefs (du Roi et du Duc)... de faire et recevoir finances des fiefs, arrière-fiefs à les nobles mis et transportez en mains non nobles; de faire finances parles nobilitez... et de oyr tous plaintifs, qui des officiers royaux, fermiers, se voudraient plaindre, et de faire amende à partie et à nous ; de faire informations contre tous officiers royaux... de prier et de requérir, pour nous, prêts amiables à qui eux verront que bon sera ; de indire et imposer le subside ou foage nouvellement ordonné par nos gens estaus à Tholose, et lever et faire lever ez lieux desdites sénéchaussées où il n’a point été indit; et de prendre finances convenables sur les choses dessus dites et chacune d’icelles, et sur quelconques autres choses quelles qu’elles soient, dont bon leur semblera de lever, exiger, et exécuter l’argent qui, pour les causes dessusdites, nous sera deu, etc. (1). »

(1) Hiü. de Lang., tome IV, col. 206 et suiv., aux Preuves.

Il serait difficile d’imagdner des pleins pouvoirs plus complets pour se procurer de Targuent : le duc de Normandie ne néglig’eait, on le voit, aucun moyen de battre monnaie.

Les services financiers de l'armée du duc de Normandie furent installés au Port-Sainte-Marie. L’on retrouve, en effet, une foule de quittances datées dans cette ville, pendant le siège d’ Aiguillon.

Loin de suivre l’exemple des habitants d’Aiguillon , ceux du Port-Sainte-Marie luttèrent avec courage et succès contre les Anglais, et prirent même l’offensive en maintes circonstances; leurs agressions eurent souvent pour effet d’amoindrir les bénéfices des droits ou privilèges dont les coseigneurs d’Aiguillon avaient obtenu la concession ou le maintien, pour prix de leur lionleuse défection.

Dès le 24 août 1343, Eobert de Houdetot, chevalier, capitaine d’Agen et de Gascogne pour le roi de France, était installé au Port- Sainte -Marie ; c’est de là qu’il invitait Gaston , comte de Foix , à remplir les engagements qu’il avait pris avec le roi de France , relativement à la garde du Marsan, du Gavardan et autres terres : il lui mandait de répartir en garnisons frontières trois cents hommes d’armes de cheval et mille sergents de pied (1).

(1) ... Robbertus de Ilautatoto, miles, et capitaneiis Agenni et Vasconiæ pro domino noslro rege, cgregio viro, domino Gastoni comiti Fu.xi, salutem... Domini nostri regis... terrain ipsiiis invadcre et snbditis suis damna quamplurima inferre, et ob hoc ad resistendiim... vobis mandamus quatenus in equis et armis juxta statum vcstrum veniretispro defensione tcrræ dicli domini nostri regis et subditorum suorum, attendenfes qiiod terra Jrartiani, Gavardani et alia iiuviter per progenitorem vcstrum acquisita in dicto ducatu et in fronteriis inimicorum... custodia vobis mandamus quatenus de gentibus vestris Bearnii et aliis de quibus vobis videbitur usque ad nume-

La fidélité des habitants du Port-Sainte-Marie fut , dans cette période critique, soumise à de dures épreuves; elle ne faiblit pas un moment.

Galhard de la Mote, fils naturel de Bertrand de la Mole, chevalier, conçut, avec huit complices, le coupable projet de livrer le Port-Sainte-Marie aux Anglais. Sous ombre de dévouement pour le roi de France , dont ils se disaient les fidèles serviteurs, les conspirateurs parvinrent à s’introduire dans la ville. Leur ruse ne tarda pas à être découverte :-leur dessein criminel éventé, le péril fut conjuré. Les aveux les plus complets et les plus sincères furent impuissants à désarmer la fureur populaire. Au Port-Sainte-Marie comme h Montauban, on se détermina , par la considération et la nécessité de prévenir de plus grands malheurs en livrant les conspirateurs au dernier supplice. Des lettres de rémission , accordées par Philippe de Valois au mois de décembre 1347, semblèrent consacrer de nouveau le droit des villes de se faire justice elles-mêmes, lorsqu’il s’agissait de tentatives criminelles contre leur repos ou leur liberté (1).

rum trecentorum hominum armorum equitum et mille servientum peditum, loca fronteriarum terræ vestræ... stabilitare... et alla facieadum quas gentes usque ad dictum uumerum sic per vos in dictis stabilitis... vadia consueta retinendas. Concedentes vobis nihilominus quod per aliquem fidelem... et de ipsis gentibus disponere et ordinare possitis, prout vobis melius videbitur faciendum, quas... receptas thesaurario seu præposito guerrarum domini nostri regis mittetis sub vestro sigillo fidéliter interclusas... aulboritate thesaurarii guerrarum seu ejus locum tenentis, quod de vadiis dictorum hominum armorum equitum et peditum pro defensionc et custodia terræ vestræ concessorum vobis salisfaciat sine alterius expectatione mandati. Retinendo penes se litteras de soluto per quas soluta per ipsum domini cameræ compotorum l’arisius faciant in suis compotis allocari et de sua recepta deduci. Datum in Portu Sanctæ Mariæ, die vicesima quarta augusti anno domini millesimo trecentesimo quadragesimo quinto. (Bibl. lmp. Mss. Doat, 189, 1®* 152 et suiv., pièce incomp. et informe.)

(I) Philippus... notum facimus... quod, cum Galhardus de Mota, ülius naturalis Bertrandi de Mota, militis, una cum octo aliis hominibus suis complicibus, villam Portus Sancte Marie prodicionaliter capere, et eam, per ipsos captam et subjugatam,nonnullis inimicis nostris reddere promisissent et conati fuissent; postmodumque prodittores predicti, sic dictam villam capere et prodere cupientes et conantes ut dictum falsum eorum propositum^

Pour ne pas y revenir, je dirai ici que, dans le courant du mois d’août 1346, le duc de Normandie, se trouvant à Agen, et désirant récompenser les habitants du Porl-Sainte-Marie du dévouement dont ils n'avaient cessé de donner des preuves, les exempta de toute espèce de tailles, des impositions de quatre deniers pour livre , des péages, etc. ; il leur accorda le privilège d’aller et venir par tout le royaume de France, avec leurs marchandises, de faire le commerce partout où il leur plairait, sons être astreints à la moindre contribution, leude, impôt, ou autre tribut et servitude (1).

juxta ipsorum dolose opiuionis arbitriuni, ducereiiliir ad etleclum, fiiigeiites et simulantes sc fore nostros begnivolos et fidèles, aede noslra obedientia, dictam villam de qua ipsam sic reddere promiserant iuimicis predictis intrassent , quia propter stabilitatem et potentiam gentium arinorum , quibus dilecti et fideles iiostri cousulcs et babitatores dicte ville, cam , ad resistendum continue ipsis inimicis omnibus, pro custodia, tuitione et secura defensione dicte ville, permunierant, concedcntcs, iidem prodittores dictum suum propositum adimplere aut dictam villam caperc nequiveruiit, sed potius, cum eam sic capere niltcrcntur, per dictas gentes armorum pro dictis defensione et custodia constitutas capti fueruiit illico (?) et detenli: verumptamen, cum predictus Galbardus et quidam alius reatum suum ac prodilionem et promissionem hujusmodi, non coacti sed sponte, sfatim, confessi fuissent, publiée et secrete, et babitatores ipsi ne dicti malcfaclorcs remansissent ex diefo maleficio impuniti, et potentiam suorum armorum vel aliter nequitiam evasissent, et ex inde facilitas venie ipsis prodittoribus tribuisset occasionera vel materiam delinquendi, et ne postea dictam villam in aliquo subjugarent et gravarent, cum dictus Bertrandus quoddam castrum suum habeat de prope dictam villam, nonnulli ex dictis babitatoribus, tanquam veri obedientes et fideles nostri... ipsos prodittores viriliter occiderunt et morli tradiderunt. Nos... dictum factum mortis ipsius Galhardi et omnium complicinm suorum... remittiimis... Actum Parisius anno domini millesimo CGC™" XLVIP" mense decembri. Per dominum Regem in consilio suo ad relacionem domini Laudunensis episcopi. Gexene. (Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, pièce 238, f® 145, reclo.)

(1) Johannes primogenitus... régis Francie, dux Normanie,... uolum facimus... quod, cum dilecti et fideles... consules et babitatores ville Portas Sancte Marie, in fronteriis inimicorum existentis, tanquam fideles et obedientes... fideliler, legaliter et diligenter .servierint, tam in custodia dicte ville Portus Sancte Marie quam aliter, eorum corpora et bona sepissime contra inimicos expediendo {sic), pluraque dampna per cosdem inimicos eisdem illa(ta) fuerint, et nonnullas pecuniarum summas, ad commodumet honorem dicti domini nostri genitoris et nostri, liberaliter, gentibus nostris, duxerint porrigendas, ab quodam dictum dominum nostrum genitorein et

XIT

Situé non loin du confluent de la Garonne et du Lot, Aig-uillon, isolé de la rive gauche du fleuve, communiquait par un pont avec la rive droite du Lot. Lorsqu’on sait que la base des opérations du duc de Normandie s’étendait , sur la rive droite de la Garonne, depuis Toulouse jusqu’au Port-Sainte- Marie, il paraît logique de supposer que le prince établit d’abord son camp, en face d’Aiguillon, dans la presqu’île, entre la Garonne et le Lot. Cette hypothèse, si naturelle, serait pourtant ruinée d’avance par le récit de Froissart, qui suit : « Quand les seigneurs et les barons de France furent venus devant Aiguillon , ils regardèrent premièrement et considérèrent qu’ils ne pouvoient venir jusques à la forteresse , s’ils ne passaient la rivière, qui est large, longue et profonde. Or, leur convenoit faire un pont pour la passer. Si commanda le Duc que le pont fût fait , quoi qu’il en coûtât (1). » Cette rivière, large, longue et profonde, est-ce la Garonne, est-ce le Lot? Froissart ne s’explique pas à ce sujet.

nos ad mérita teneri rcptitamus ; ea propler, in remuueratiouera pro parte premissornm, predicti consules et habitatores et eorum successores, ex nunc in perpetuo, a quibuscumque talliis, impositionibus IIIl denariorum pro libra, pedagiis et aliis impositionibus quibuscumque, perpetuo sint convicti (?), soluti, liberi penitus... eisdem concedimus quod ipsi et eorum quilibet ac successores sui possint... per totum r5gnum Francie ire et redire, cum eorum mercaturis, et, ubicumque sibi placuerit, mercandizare, absque aliqua contributione seu exactione pedagii, leude, impositionis aut alterius tributi vel servitutis cujuscumque... que ut Arma et stabilitata perpetuo permaneant in futurum, iiostrum secreti, in absentia magni, presentibus litteris fecimus apponi sigillum... Actum Agenui anno Domini millesimo CCC>"» XLVI'“ mense augusti. Confirmées, avec éloges pour les habitants de Sainte-Marie, par le Roi, en décembre 1347. (Arcli. de l’Emp. Tr. desCh., reg. 76, pièce 239, f® 145, ve7-so.)

Le Duc accorda encore des privilèges aux habitants du Port-Sainte-Marie, par lettres datées et confirmées comme les précédentes, et qui sont au Trésor des Chartes, reg. 76, C' 145 et 146.

(1 ) Buchon, p. 214.

Je ne pense pas qu’il s'agisse de la Garonne ; car, les Français, maîtres de la rive droite , sur laquelle ils avaient tous leurs établissements, toutes leurs communications, auraient été plus qu’insensés en allant se poster sur la rive gauche pour attaquer Aiguillon, facilement accessible, pour eux, par le terre-plein de la presqu’île. L’on restera convaincu de cette vérité, après avoir examiné la carte de letat-major. Si, d’un autre côté, Froissart a entendu parler du Lot, il faut admettre que, partant du Port-Sainte-JÎIarie , oii se trouvaient installés les services financiers de l’armée, les Français auraient pris la peine de traverser cette rivière bien en amont d’Aiguillon, pour se retrouver plus bas, en face de cette ville, mais séparés du pied de ses murailles par toute la largeur du Lot. Pour moi , je ne puis croire que, pouvant s’établir avec moins de difficultés et plus avantageusement dans la presqu’île , les Français aient d’abord posé leur camp soit sur la rive gauche delà Garonne, soit sur la rive droite du Lot.

A la rigueur, la construction d’un pont sur le Lot par le duc de Normandie s’expliquerait par la nécessité où se serait trouvé ce prince d’établir des communications entre les deux rives, pour enlever aux assiégés l’usage du pont qui rattachait Aiguillon à la rive droite du Lot, et leur facilitait ainsi toute espèce de ravitaillements. Mais l’exactitude de ce fait n’affaiblirait aucunement celle de ma proposition au sujet du premier campement du duc de Normandie devant Aiguillon : ce campement s’effectua dans la presqu’île, entre la Garonne et le Lot.

Des fossés creusés de. main d’homme en avant d’Aiguillon, et peut-être du Lot h la Garonne, rendaient sans doute excessivement difficile et dangereux rinvestis.sement complet de la ville, môme par une armée fort nombreuse. C’est pourquoi la garnison aurait pu être aisément ravitaillée , comme elle le fut, soit par le Lot, soit par la Garonne, soit enfin par la pointe d’Aiguillon, c’est-à-dire au point de jonction du fleuve et de la rivière.

Sur ce sujet , comme sur beaucoup d’autres , Froissart est

d’une insufldsance extrême et d’une obscurité manifeste : en le suivant pas à pas, on arrive à des conséquences condamnées également par la topographie et par le sens commun.

xm

Je ne pense pas que le duc de Normandie ait jamais eu cent mille hommes à sa disposition sous les murs d’Âiguillon. Ce chiffre, fourni par Froissart, me paraît de beaucoup exagéré, et j’espère ne pas rester seul de mon avis, si l’on veut bien remarquer que la ville d’Agen ne fut sans doute pas la seule à invoquer des nécessités urgentes et légitimes pour se dispenser d’envoyer un contingent plus considérable au siège d’Aiguillon. Il ne pouvait pas se produire , surtout dans le commencement du siège, de prétexte assez puissant pour justiâer l’abandon, même momentané, des places qui, dans un certain rayon, demeuraient encore aux Français : c’eût été faire la part trop belle aux Anglais qui tenaient la campagne ou occupaient les garnisons autres que celle d’Aiguillon : on leur aurait ainsi livré volontairement, et sans défense, des positions qu’ils n’auraient pas tardé à rendre redoutables. D’ailleurs, le premier devoir, comme le premier soin, pour les populations, était de protéger le foyer domestique.

D’un autre côté, les forces militaires qui concoururent au siège d’Aiguillon ne furent pas réunies instantanément et du premier coup. Les rassemblements • furent successifs; le nombre des assiégeants s’augmenta peu à peu; mais il y eut des contingents qui , bien qu’appelés et formés , ne parurent jamais devant Aiguillon; de ce nombre fut un contingent à la composition duquel devaient concourir tous les hommes de la sénéchaussée de Nîmes, de l’âge de vingt ans jusqu’à celui de soixante (1).

(1) Inv. des ircli. comui, d'Alais, par Jacques Fabrega, à la mairie d’Alais.

Les eng’ag’ements de service personnel, les quittances des chefs de compagnies, et d’autres documents que l’on 'trouve dans Y Histoire de Languedoc et dans le présent travail , fournissent quelques renseignements sur la formation de l’armée qui prit part au siège d’Aiguillon ; mais ils sont en trop petit nombre, et, en général, trop concis, pour qu’on en puisse déduire, avec exactitude, l’estimation numérique de l’armée du duc de Normandie. On est donc réduit à contester, comme je viens de le faire, par des considérations d’un autre ordre, le chiffre de cent mille têtes armées, donné par Froissart.

Le 20 avril 1346, Guillaume Raymond, sire de Gaumont, chevalier banneret, ayant avec lui un chevalier, 94 écuyers et 484 sergents h pied, commença son service « ès guerres de Gascogne, sous le commandement » du duc de Normandie (1).

Le 27 avril, le duc de Normandie, en ses tentes devant Aiguillon, délivre des lettres touchant les monnaies (2).

Le 29 avril, aux tentes devant Aiguillon , le duc de Nor- Vnandie accorde à Hautecœur de Poitiers 100 livres pour se remonter, attendu qu’il avait été fait prisonnier par les Anglais à Auberoche (3).

Le 30 avril, Emonet de Roussillon, écuyer, commence, avec deux autres écuyers , « en la compagnie et monstre dé messire Bertran des Baux, » son service en l’armée d’Aiguillon (4).

(1) Bibl. lmp. Mss. Lesi>ine. Périgord, 24, p. 61.

(2) Ordonn. des Rois de France , tome II, p. 242.

(3) Bibl. lmp. Coll, de Languedoc , vol. 97, P 37, et Titres scellés, vol. 154.

(4) Saichent tnit que je Emonet de Roussillon ay eu et receu de Jehan Chauvel, trésorier des guerres du Roy nostre sire, sur ce qui m’est deu pour les gaiges de moy et 11 autres cscuiers de ma compaignie, deserviz en ce derrenier host d’Aguilloii en Gascoigne, en la compaignie et monstre )dc

Enfin, dans le même mois d’avril 1346, et en ses lentes devant Aiguillon , le duc de Normandie , ayant égard aux services rendus par Raoul Gautier, écuyer, lui accorde l’autorisation d’édifier un colombier en son manoir de Hauteville , paroisse d’Orglandres. — Les lettres du Prince furent délivrées en présence de l’évêque de Beauvais : ce qui prouve que Jean de Marigny avait suivi l’armée jusque sous les murs d’ Aiguillon (1).

Du 30 avril au 10 mai 1346, les documents relatifs au duc de Normandie font complètement défaut. Au 10 mai, le Prince, dans ses tentes devant Aiguillon, fait remise à Bernard de Marcasto, d’une amende à laquelle il avait été condamné, et lui accorde, en même temps, des lettres d’absolulion pour certains autres cas (2) .

Le 18 mai, le duc de Normandie, dans ses tentes devant Aiguillon , vidime des lettres du duc de Bourbon (3).

Le 22 mai , il ordonne , comme il a été dit précédemment, d’après D. Vaissete, de faire arrêter et emprisonner, dans la sénéchaussée de Carcassonne et ailleurs, plusieurs gens d’armes génois et italiens.

Le 27 mai, toujours dans ses tentes devant Aiguillon , le duc de Normandie accorde des lettres d’État au chevalier

messire Bertran des Baux, sire de Brantor et de Plaisieu, souz le gouvernement de Mons'' le duc de Normendie, du derrenier jour d’avril CCCXLVI jusques au XXllII' jour d’aoust ensuivant, trente sept livres dix soulz tournoys, etc., etc. Donné à Paris, souz mon seel, le Vil» jour de novembre, l’an dessus dit. (Clairambault, Titres scellés, vol. 98, P* 76 et 43.)

(l) Jehan, ainsuez fllz du Roy de France, duc de Normandie... savoir faisons... que, pour considération des bons services que a faiz à nostredit seigneur et à nous, en ses guerres, nostre amé Raoul Gautier, escuier, nous, audit Raoul... avons octroié et octroions... que, en son manoir de Hauteville, en la paroisse d’Orglandres, il puisse faire faire et édiffier un columbier... Ce fu fait et donné en noz tentes devant Âguillon, l’an de grâce mil CGC quarante et six, ou moys d’avril. Par Mons' le Duc, présent Mons' l’évêque de Beauvais. Bayes. — Sine financia de mandate vestro. R. CiiAUVELLi. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 75, pièce 117, P 59, verso.)

f2) Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, P 161.

(3) Bibl. lmp. Mss. Doat, 103.

Ing’ier, seig-neur d’Amboise, et à Marie de Flandres, sa femme, « lequel seigneur , dit le texte, est avec nous suffi-

sanment appareilliez d’armes et de chevaux, pour servir .

en ces présentes guerres de Gascoigne (l). »

Sur la fin de mai, s’il faut en croire D. Vaissete (2), le duc de Normandie laissa la continuation du siège d’ Aiguillon aux autres généraux, et se rendit à Toulouse pour la nouvelle assemblée des États de Languedoc, qu’il y avait convoquée, et qui devait se tenir le dernier de ce mois. 11 y fut résolu que chaque sénéchaussée fournirait au Roi un certain nombre de gens d’armes entretenus, savoir un gendarme pour chaque centaine de feux, ou bien un équivalent, à raison de sept sols six deniers par jour pour chaque homme d’armes, et que, moyennant cet entretien, la gabelle sur le sel, les quatre deniers pour livre sur la vente des denrées, et généralement tous les autres subsides et fouages seraient supprimés. Sur ce pied, on comptait que la sénéchaussée de Carcassonne pouvait fournir 900 gens d’armes, et les autres à proportion. Le duc de Normandie ajourna les États au 15 de juillet suivant, pour perfectionner ce projet. Il ordonna, en attendant, de foire des informations sur les lieux, touchant l’état et le nombre de feux, par des lettres données à Toulouse le 4 de juin. Il envoya, en même temps, dans les sénéchaussées, l’ordonnance que le Roi avait publiée le 15 de février précédent, pour le bien du royaume et la réformation de divers abus dont les peuples se plaignaient, et il en ordonna l’observation .

La résolution des États de Languedoc à la fin de mai est un fait inconte.stable ; mais il en est autrement de la présence du duc de Normandie à Toulouse, à cette même époque. Je n’ai, à la vérité, aucun argument immédiat et direct à opposer à l’assertion de D. Vaissete; mais je répéterai ici que le doute, sur ce dernier point, est au moins autori.sé

(1) Bibl. lmp. Mss. H., 115.

(2) Hist. de Lang., tome IV, pag. 260 et suiv.

si, pour établir la présence du duc de Normandie à Toulouse vers la fin de mai, D. Vaissete ne s’est appuyé que sur les lettres données à Toulouse par ce prince , le 4 de juin. Ces lettres , en effet , sont délivrées par le conseil du duc de Normandie, ce qui n’implique pas nécessairement la présence du prince à Toulouse , surtout lorsqu’on peut produire un acte authentique du duc de Normandie , daté en ses tentes devant Aiguillon, le 4 juin 1346. Cet acte, le voici :

« De par le duc de Normendie et de Guienne, Bernart Fermaut, nous voulons et vous mandons que à Mestre Jehan . nostre Fol, ou à son certain commandement portant ces lettres, vous baillez et délivrez tantost et sanz aucun delay, ces lettres veues, toutes excusations cessanz, la somme de cent soulz tournois, les quels nous luy avons donnez ceste foys, pour achater draps, linges à gésir et robez, linges, et nous voulons ladite somme estre alloée en voz comptes et rabatue de vostre recepte sanz contredit par nos amez et féaulz genz des comptes de nostre très chier seigneur et père et de nous, à Paris. Donné en noz tantez devant Aguillon, le IIII®, jour de juing l’an de grâce mil CGC quarante et six. Par Mons'‘ le Duc. Signé Mellou. » — (Orig. en parchemin. Mss. DE Gaignères, vol. 560. Bibl. lmp.]

Le duc de Normandie, toujours d’après D, Vaissete , traita séparément , le dernier jour de mai , avec le clergé des provinces de Toulouse et d’Auch , qui offrit de fournir un aide pour l’entretien d’un certain nombre de gens d’armes, outre le décime qu’il payait. Il ajourna ce clergé à Toulouse au 8 de juillet suivant pour régler avec lui, et avec les gens de son conseil, la manière dont cette aide serait levée. Il paraît que chaque diocèse traita en particulier avec les commissaires du Roi ; nous voyons, en effet, que le clergé du diocèse d’Albi convint , vers le même temps , de donner au Roi et au duc de Normandie la somme de 1,100 livres tournois, sous diverses conditions.

Le duc de Normandie, qui était devant Aiguillon le 4 juin

1346, y était ég'alement en personne le 6 du même mois, ainsi que rétablissent des lettres d’absolution en faveur de Savarins de la Mola et de Raymond, son fils (1).

Le 16 juin, eut lieu sous les murs d’Aig’uillon un événement remarquable, dont l’annaliste Villani nous a conservé le souvenir, et qu’il ne faut point passer sous silence.

Donc , le 16 juin 1346 , deux grosses barques , chargées de victuailles et de fournitures diverses pour l’armée assiégeante, descendaient la Garonne. Dans le dessein de s’emparer de ce convoi, les assiégés firent une vigoureuse sortie par terre et par eau, et se ruèrent, avec une audace inouïe, sur les Français, surpris et déconcertés par cette attaque soudaine. La mêlée fut terrible ; les barques furent enlevées , mais les assiégés laissèrent sur la place des morts et des prisonniers. Parmi ces derniers se trouvait Alexandre de Gaumont.

A ne considérer que l’exactitude , ce récit est préférable à la prose imagée de Froissart. 11 n’oflfre rien de choquant, ni sous le rapport de la situation respective des combattants, ni sur le motif et les détails du combat. L’on y puise la certitude que le camp du duc de Normandie était établi dans la presqu’île, puisqu’il s’approvisionnait par la Garonne, et que les assiégés jouissaient de la faculté d’attaquer par terre un convoi descendant le fieuve. Cette attaque aurait pu s’exécuter sans que les assiégés fussent obligés d’en venir aux mains sur la terre ferme, si le camp du duc de Normandie eût été placé sur la rive gauche de la Garonne ; et s’il eût été placé sur la rive droite du Lot, le duc de Normandie se serait bien gardé de faire descendre par la Garonne, jusque sous les murs d’ Aiguillon, des barques chargées de provisions.

(1) Arch. de l'Emp. Tr. des Ch., reg. 78, f- 43.

Mais ce n’est point la seule conséquence qu’il y ait à tirer du récit de Villani. Villani cite, parmi les prisonniers faits, à cette occasion, par les Français, Alexandre de Gaumont; et , d’autre part , un « compte de la terre de Champagne , pour une année finie, à la Madeleine 1347, » nous apprend que, par lettres du 7 juillet 1346, confirmées par Philippe de Valois le 19 septembre 1347, le duc de Normandie fit un don de 500 livres à Kohert d’Augerant , chevalier , « en récompense de ses services, et que, de sa franche volonté, il bailla et délivra, audit duc, Alexandre de Gaumont, chevalier , ennemi du Roy, lequel il avoit pris à l'assaut du pont d’Aguillon, et duquel il eut eu grande rançon (1). »

Du rapprochement de ces faits, il ressort, à mes yeux, que la sortie des assiégés fut vigoureusement repoussée; que, forcés de battre en retraite, les Anglais furent poursuivis l’épée dans les reins; que le pont-levis, donnant accès dans Aiguillon, se trouva trop étroit pour recevoir tous les fuyards à la fois; que ce pont fut attaqué et défendu avec une extrême énergie; enfin, que les Français seraient entrés dans Aiguillon, si la porte n’eût été close, ou le pont-levis englouti, avant d’avoir livré passage à tous les combattants sortis d’Aiguillon. Parmi ceux qui arrivèrent trop tard pour se sauver, se trouva Alexandre de Gaumont.

La délivrance d’Alexandre de Gaumont fut mise à très-haut prix. Elle eut lieu très-probablement avant la levée du siège d’Aiguillon, ou immédiatement après; car le comte de Derby nous apprend qu’avant de- partir pour son expédition en Saintonge , c’est-à-dire dans les premiers jours de septembre 1346, il laissa vers le Bazadais Alexandre de Gaumont. Incapable de payer sa rançon avec ses propres ressources pécuniaires, le prisonnier eut recours à la bourse mieux garnie de ses amis; il emprunta notamment au comte de Derby une forte somme d’argent , pour le remboursement de laquelle il engagea ses terres et ses châteaux. Il mourut sans avoir ac-

(1) Bibl. lmp. Mss. Cabinet des titres.

quitté sa dette ; et, pour rentrer dans ses avances, le comte de Derby eut recours au roi d’Angleterre, qui, par lettres données à Westminster, le 13 mars 1348 , manda au sénéchal de Gascogne et au connétable de Bordeaux de faire diligence pour donner au plus tôt satisfaction au comte de Derby (1).

Le chevalier Pons Isalguier et le receveur de Toulouse étaient plus spécialement chargés d'approvisionner XMiel du duc de Normandie. Le premier avait fait des avances ou prêts considérables à cet effet. Le Duc avait affecté à ses propres dépenses le produit du décime ecclésiastique dans la province de Narbonne ; mais la rentrée de cet impôt ne s’opérait pas d’une manière convenable au gré du prince , dont les besoins étaient loin de diminuer. Aussi, le lendemain de la mémorable journée que je viens de rappeler, s’empressa-t-il d’adresser à qui de droit l’ordre suivant :

« Jehan, ayné fils et lieutenant du Roy de France, etc., aux collecteurs des disiesmes octroyez par la cour de Rome à nostre... père, députez en la province de Narbonne... Comme

(l)Rex senescaüo suo Vasconie et constabulario suo Burdigale salutem. Supplicavit nobis... Henricus, cornes Lancastrie, ut cum Alexander de Gamont, chivaler, jam defunctus, eidem comiti in magnis peuniarum summis de denariis, pro redempcione sua debitis, teneatur, pro quibus quideni summis, terre, tenementa, bona et catalla («c) que fuerunt eidem comiti obligantur, sicut per litteras obligatorias sigillé ipsius Alex, consignatas, et similiter per instrumenta publica inde confecta plenius poterit apparere, velimus eidem comiti pro bujusmodi summis ad opus suum levandis facere subvenire, nos... vobis mandamus quod omnem opcram et diligenciam quas comode facere poteritis, pro debitis illis, de terris et tenementis que fuerunt predicti Alexandri, ad opus dicti comitis, juxta foros-et consuetudiues parcium illarum levandis adhibeatis, ita quod predicto comiti respondeatur juxta tenorem literarum et instrumeutorum predictorum, et prout lex armorum racionabiliter exigit et requirit. Teste rege apud Westm., XIII die marcii (13 mars 1348). (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, reg. 75, f»221.)

nous avons ordoné tous les deniers qui sont venus et viendront des disiesmes de la dite province , tant que nos provisions pour nostre liostel seront payées, estre baillez et délivrez à nostre amé et féal chevalier Pons Ysalguier et au recepveur de Tholose ou leurs députez, pour tourner et convertir en la paye des pourvoyances et garnisons de nostre liostel, nous vous mandons... que, pour quelconque mandement que vous ayez... si en icèluy mandement ces présentes ne sont incorporées mot à mot, vous ne bailliez aucune chose des deniers desdits disiemes, mais tout ce que vous eu avez reçu.... vous bailliez et délivriez entièrement auxditz messieurs Pons et receveur de Tholoze ou leurs députez, pour tourner et convertir en la place de nosdites pourvoyances et garnisons, ce faites par telle manière qu’il n’y ayt deffaut, car si pour vous y ayt deffaut, nous vous en punirons si griefvement en corps et en biens que désormais en sera nouvelle.... Données au siège devant Aiguillon, le dix septiesme jour de juin l’an de grâce mil trois cens quarante six..,. » (Bibl. lmp. Mss. Doat, 243, P 176.)

Bertrand de Sos, écuyer, de la sénéchaussée de Beaucaire, avait servi dans les guerres de Flandres et de Picardie; il était dans Tournai quand le roi d’Angleterre assiégea cette ville; il s’était battu en Bretagne, et, au mois de juin 1346, se trouvait dans les rangs de l’armée française sous les murs d’ Aiguillon. L’éclat de ses services n’empêchait pas Bertrand de Sos de porter avec lui une tache d’autant plus funeste qu’elle le signalait constamment à Injustice du souverain, et privait le coupable de la jouissance de ses droits légitimes au sein de la société. Accusé de la mort du tabellion , maître Barthélemy de Born, Bertrand de Sos avait été condamné par contumace et traité juridiquement dans sa personne et

dans ses biens. Bertrand de Baux, sire de Courteison, plaida sa cause auprès du duc de Normandie , qui lui accorda des lettres d’absolution, en ses tentes devant Aiguillon, le 18 juin 1346 (1).

Le Prince était encore dans ses tentes devant Aiguillon, au mois de juin, lorsque, ii la sollicitation du chevalier Bérenger de Combrel, il anoblit Jean GaflPeur, du bourg de Rodez (2).

Postérieurement au 18 juin, le Prince quitta la première position qu’il avait prise devant Aiguillon. Soit qu’il se fût rendu maître du pont qui, dès avant le siège, mettait Aiguillon en communication avec la rive droite du Lot, soit que ses troupes eussent fait un pont sur le Lot en amont du premier, l’on trouve, au mois de juin 1346, le duc de Normandie établi dans ses tentes entre Aiguillon et Tonneins. Deux documents concourent à mettre ce fait hors de toute contestation.

Le premier consiste dans des lettres données aux tentes

(1) Jehan, etc... Senefié nous a nostre amé et féal chavalier Bertram des Baux, sire de Courtoison, que, comme Bertran de Sos, escuier de la sénéchaussée de Biaucaire, fust japiéça accusé de la mort perpétrée en la personne de maistre Bertelemieu de Boni, thabellion.... pour laquelle mort ledit Bertran de Sos a esté appellé aus drois (du Roi), et, en son absence, par ses contumaces ait esté procédé contre li et contre ses biens à certaine condempnacion, et ledit Bertran de Sos... ait servi... en... guerres de Flandres et de Picardie et en l’establie de Tournay, lorsque le roy d’Angleterre esloit devant , et aussi en Bretaigne et en Gascoigne, et fait encores présentement en nostre compagnie en ces présentes guerres... selon son pouvoir ; si nous a humblement supplié ledit chevalier que nous... vucillons audit Bertran de Sos.... pardonner... savoir faisons que nous... le restituons... à sa bonne famé et renommée... Donné en noz tentes devant Aguillon, le XVlIle jour de juing l’an de grâce rail CGC XLVI. Conürmées par le Roi en juin 1347. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., 68, pièce 120, f® 92, reclo.)

(2) Johannes... notum facimus... quod... attendentes virtutum dona in personam Johannis Gaffeur de Burgo Ruthenensi concurrentia.... necnon et contemplatione dilecti nostri Berangarii de Combret, mililis, pro eodein supplicantis, nos. . eumdem... cum posteritate... nobilitaraus... Datum in tentis nostris ante Aculeonem anno Domini M- CCC° XL® sexto mense junii. Confirmées par le Roi en juin 1347. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f- 456, verso.)

« entre Ag-uillon et Tonnins , Fan de grâce mil CGC XL et six ou mois de juing, » par le duc de Normandie, relativement à l’assignation, sur la recette de Toulouse, d’une rente annuelle et perpétuelle de cent vingt livres tournois, au profit de Pierre de Coingnery ou Comgnery, sire de Montcamp, par provision et jusqu’à ce que ledit Pierre fût rentré en possession d’une rente équivalente, qu’il avait compromise et perdue par suite probablement de son adhésion à la France (1).

Le second consiste dans des lettres de rémission, données par le duc de Normandie , en ses tentes « entre Tonnins et Aguillon , Fan de grâce mil CGC quarante et six ou mois de juing, » en faveur d’Arnaut de Pau, marchand, et de Jean, son fils, de Fleurence, au comté de Gaure, accusés d’avoir mis en circulation de « fausses monnaies, tant de Pymont comme autrepart, hors du royaume de France (2). »

(1) Jean, etc... savoir faisons... que, pour considération de la terre et rente que nostre amé Pierre de Coingnery (ou Comgnery), sire de Montcamp, lequel est retournez nouvelement àl’obedience (du Roi), prenoit en blocahcagnes (?), li avons donné... et donnons six vins livres tournois de rente annuelle et perpétuelle, à les avoir et prendre cliascun an sus la recepte de Thoulouse, jusques à tant que ladite rente ait recouvrée... Donné en nos tentes devant Aguillon et Tonnins l’an de grâce mil CCC XL et six, ou mois de juing. Confirmées par le Roi en septembre 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Cb., reg. 68, f® 442, verso.)

(2) Jehan, etc... savoir faisons... que oye la supplication de Arnaut de Pau, marchant , de Florence, et de Jehan, son filz, contenant que, comme ledit devant soit aprochiés en la court de Thoulouse de acheter et mettre fausses monnaies tant de Pymont comme autrepart, hors du royaume de France, et ja soit ce que par long temps enqueste ait esté comencée, et tesmoing receuz contre euls, nuis jugié n'a esté donnéz pour euls ne contre euls... et les diz supplians, comme ceuls qui sont vrais marchans, eussent acheté et vendu, si comme ce faisoient communément ou pais, un jour de marchié leur fut dit par les gens (du Roi) que la monnaie qu’il avoyent et tenoient est (étail) fausse, laquelle il avoient prise en change et aussi pour leur marchandise, et cuidoient estre bonne, et pour ce que par changeurs fu dit ycelle monnoye estre faite hors du royaume, ledit Arnaut doit et monstre (dit et monstra?) au baille et à plusieurs autres gens de ladite ville de Florence, que ycelle monnaie avoit eu de Gassion ou de Sensot de Curene, de Lettore (Lectoure), pour laquelle chose ledit Gassion ou Sansot fu pris et detenuz par aucun temps par les gens (du Roi)... savoir faisons que, pour considéra-

Le changement de position du duc de Normandie indique é\ idemment ou un certain progrès dans la conquête ou l’application d’un nouveau système d’attaque. Dans tous les cas, le nouveau poste occupé par le duc de Normandie lui permettait de couper plus efficacement Aiguillon de La Réole, et de priver ainsi les assiégés de la meilleure sinon de Tunique voie de ravitaillement.

« La belle défense d’Aiguillon, dit M. Henri Martin, couvrit de gloire Manni et le comte de Pembroke : ces deux braves capitaines comptaient être secourus, non par Derby, qui était à Bordeaux, avec quelques soldats, mais par Édouard lui-même, qui assemblait ses hommes de guerre et une grande flotte dans le port de Southampton (1). »

Je ne conteste pas que Tespérance des assiégés était du côté de l’Angleterre, vers les secours préparés par le roi Édouard ; mais ce serait iine erreur de croire , avec M. Henri Martin, que les assiégés ne comptaient pas sur l’assistance du comte de Derby.

Et d’abord, il est extrêmement téméraire de prétendre que le comte de Derby se tint à Bordeaux pendant le siège d’Aiguillon. Cette situation passive du comte de Derby aurait été peu digne, et pouvait entraîner des conséquences déplorables, auxquelles le lieutenant d’Édouard III, par caractère

lion de ce qu’ils monstrèrcnt de qui ladite monnaie avoienl eue, et depuis qu’il leur fu dit d’icelle ne mistrent ne usèrent, et pour contemplation de aucuns leurs amis, lesquels sont ou service... en ces présentes guerres de Gascoingne... pardonnons... Donné en noz tentes entre Tonnins et Aguillon, l'an de grâce mil CGC quarante et si.v ou mois de juing. Confirmées par le Roi en juin 1347. l.cs lettres confirmatives nous apprennent que les marchands absous étaient de Fleurence, « en la conté de Gaure. » (Arcb. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f- 453.)

(1) Hisl. de France, tome V, p. 80.

et par politique, n’était pas homme à se laisser entraîner. Sur ce point , d’ailleurs , les documents viennnent contredire l’opinion de M. Henri Martin, et démontrer une fois de plus les inconvénients qui résultent d’un attachement aveugle aux récits des chroniqueurs comme Froissart.

Immédiatement après avoir raconté la journée du 16 juin, Villani ajoute que Derby parvint à introduire dans Aiguillon des hommes et des vivres. D’un autre côté, Derby était à La Réole le 3 juillet 1346, ainsi que le prouvent des lettres par lesquelles, pour récompenser Bernard Ezii d’Albret de ses services et l’indemniser des pertes qu’il avait éprouvées, le lieutenant d’Édouard III donne à ce seigneur les lieux et châteaux de la terre de Marensin et autres, appartenant ou ayant appartenu à Miramonde, dame de Marensin, et à noble Bertrand, seigneur de Launac, son fils, rebelles et ennemis du roi d’Angleterre (1).

Inutile ou à peu près à Bordeaux, la présence du comte de Derby à La Réole était, pour ainsi dire, indispensable. D’abord, à La Réole, Derby était plus près du théâtre

(l)Henricus, cornes Lancastriæ, Derbyæ et Leyccstriæ, senescallusAngliæ locumtenens dominl nostri Angliæ et Franciæ regis ac Capitaneus generalis in ducatu Aquitaniæ et tota lingua occitana, universis.. . salutem.. . sciatis quod nos nedum ad grata et utilia obsequia perd ilectum et fidelem nostrum domi num Bernardum Ezii, dominum de Lebreto, dicto domino nostro régi, in guerris suis Vasconiæ et alias præstita et impensa, ac in futurum impendenda continuare non cessât, laudabiliter attendentes, sed ad dampna quamplurima et jacturas quas passus est et continue patitur, proRter guerram ratione tidelitatis et adbærentiæ quam habuit et babet erga dictum dominum nostrum regem, merito advertentes, et, eo prætextu, volenles ergua {sic) eum debitam considerationem babere, ut ad serviendum eidem Domino nostro régi in posterum melius animetur, et cæteris bonis et legalibus servitoribus regiissit exemplar, eidem domino de Lebreto... loca. Castra, etc., in locis et terra de Marencino et de Farina (Seignans?) cum illorum exitibus, etc., quæ sunt, seu actenus erant vel esse dicebantur et dicuntur nobilis mulieris dominæ Miramondæ, dominæ de Marencino, et nobilis Bertrand! domini de Launaco ejus filii, per successionem ipsius dominæ vel alias, rebelles et inimici {sic) præffati domini nostri regis... de dono regio et potestate nobis super hocattributa... damus et concedimus... habenda... per ipsum dominum de Lebreto... Datum Reulæ, tertia die julii anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo sexto... (Bibl. lmp, Doat, 189, 251 et suiv.)

des événements, et, par conséquent, mieux placé pour jouer le rôle imposé par les circonstances. De plus, le voisinage du généralissime, de celui qui représentait le roi d’Angleterre, n’était pas sans influence sur la ligne de conduite des seigneurs et des populations qui, volontairement ou par force, venaient tout récemment de renier la France pour lier leur sort à celui des Anglais. Le simple exposé de ces considérations suffit, ce me semble, pour leur acquérir tout le poids qu’elles méritent.

Il est à présumer que les secours du comte de Derby entrèrent assez facilement dans Aiguillon jusqu'au jour où les troupes du duc de Normandie s’établirent sur la rive droite de la Garonne, entre Aiguillon et Tonneins. De ce jour, les Anglais n’eurent d’autre voie de ravitaillement que la Garonne. C’est vraisemblablement à une époque antérieure, et peut-être immédiatement avant ou après le 16 juin, que Bernard de Troyes s’introduisit dans Aiguillon avec une compagnie d’hommes d’armes de pied et de cheval, dont les gages furent réglés ou définitivement approuvés par un mandement royal du 2 septembre (1349)? (1).

Investis d’une façon plus complète et plus critique, les assiégés d’Aiguillon eurent recours à tous les moyens pour entretenir des communications avec Derby et tirer de lui le plus de secours possible. Un de leurs agents les plus actifs et les plus dévoués, dans ces circonstances, paraît avoir été Amanieu de la Roque ou Eoke, dit de Mauriac. Plusieurs fois, Raoul de Stafford l’employa pour introduire dons la place des vivres et autres choses : au péril de sa vie, cet adroit et hardi émissaire remplit avec succès les missions qui lui furent confiées par le sénéchal de Gascogne. Aussi, le roi d’Angle terre le récompensa-t-il en lui donnant, par lettres datées à Westminster le 23 juillet 1348, la dîme du blé et du vin dans la châtellenie de Saint-Macaire (2).

(1) Bibl. lmp. Mss. Brequig.ny, 40, P 129, verso.

(2) Rex omnibus... salutem. SupplicavittJiobis dilcctus valletiis noslcr Amanevus de la Roke dictus de Mauriaco... ut, cum ipse, a tcmporc juvuii-

Si le ravitaillement d’ Aiguillon offrait de graves et sérieux dangers, Tapprovisionnernent des assiégeants ne s’effectuait passons quelques embarras et sans difficulté. Chaque jour voyait nécessairements’agrandir le cercle dans lequel les pourvoyeurs de l’armée puisaient les provisions, et chaque jour aussi devenaient plus impraticables les travaux des champs. Les récoltes étaient menacées et enlevées avant terme par les garnisons anglaises disséminées dans l’Âgenais; et pour avoir négligé d’assurer préalablement ses derrières sur une assez vaste étendue, le duc de Normandie se trouvait dans la nécessité de consacrer à la protection des campagnes des troupes qui pouvaient lui faire défaut à un moment décisif, sous les murs d’ Aiguillon.

Les pourvoyeurs du duc de Normandie avaient poussé, dès le 11 juillet 1346, jusqu’aux montagnes d’Aubrac, riches en pâturages et en bestiaux. L’un d’eux, Pierre de Colornhs, amena de l’hôpital d’Aubrac un troupeau de quarante bêtes à cornes, estimé cent vingt-six livres seize sous tournois. Il en laissa sur les lieux mêmes une reconnaissance au profit de Déodat, abbé de Bonneval (1),

tutis sue citra, in obsequio nostro, tam in guerris, in ducatu nosfro Aquitanie motis, quam alibi, absque eo quod, de vadiis seu alia remuneracione, ratione servicii sui predicti, per nos ei liactenus fuerit satisfactum, fideliter steterit, idemque Amanevus, dum villa nostra de Aguillion per inimicos et rebelles nostros obsessa extitit, ad mandatum... Radulfl baronis Stafford, tune senescalli nostri ducatus predicti, ab eadem villa, pro victualibus querendis et alüs negotiis sibi injunctis expediendis, non sine vite sue periculo et laboribus indefessis, inter dictos inimicos et rebelles nostros sepius se transtulerit et ad eandèm redierit, velimus ei, in recompensacionem servicii sui predicti, de competenti remuneracione, respicere gratiose : Nos.... concessimus eidem Amanevo decimam bladi et vini ad nos infra Castellaniam de Sancto Machario pertinentem... ad totam vitam suam. Apud Westm., XXÎIII die julü (24 juillet 1348). (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28,^215.)

(I) Dominus noster rex teneur domino Deodalo, Dei gratis, abbati monas-

Le 11 juillet, dans ses tentes entre Tonneins et Aiguillon, le duc de Normandie accorda des lettres de rémission à Jacquin de Charnecel, condamné pour meurtre sur la personne de Janequin Périer. La victime n’inspirait aucun intérêt ; Janequin Périer était un faux noble, homme de mauvaise vie,

« mainteneur de foies famés, » quoiqu’il fût marié. Les Charnecel, au contraire, étaient affiliés au corps de la noblesse, servaient avec courage et distinction, et le pardon qui relevait un de ses membres, était destiné, dans l’esprit du prince, à montrer que ceux qui exposaient, chaque jour, leur vie, au service du Eoi, étaient « digaies d’avoir grâce (1). »

Le 12 juillet, le duc de Normandie, ayant ég’ard aux dépen- .ses supportées par la ville de Toulouse, pour cause des guerres, concède aux capitouls le droit d’imposer le vin, la viande et le poisson, jusqu’à concurrence de douze mille livres de petits tournois, pour l’utilité et commodité de la ville. Si le produit de cet impôt- excédait la somme de douze mille livres, les capitouls devaient restituer l’excédant, sans que, du fait de la plus-levée, il pût résulter, pour eux, ni peine ni amende, et à condition qu’ils tiendraient exacte-

terii Bonævallis, senescalliæ Ruthenensis, et convcniui suo, in centum viginti sex libris sexdecim solidis turonensium pro quadraginta animalibns bovinis extimatis per Guillelmum de Boria, Petrum de Caslufo, captis pro provisione domini ducis Normandiæ, ratione præsentis guerræ, per me Petrum de Colonhrs. comissarium per dictum dominum ducem ad hæc deputatum. Datum in hospitali Albraci die imdecima mensis julii anno domini millesimo trecentesimo quadragesimo sexto... (Bibl. lmp. Mss. Doat, 141.)

(l) Jehan, etc. A tous... salut. De par Pierre de Charnecel, escuier, père de Jaquin de Charnecel, et les autres amis charnels dudit Jaquin, nous a esté signifié que, comme japiéça, pour certaines et injurieuses paroles meues entre ledit Jaquin, d’une part, et feu Janequin Périer, d’autre, il feussent meuz li un contre l’autre... et, pour ce, ledit Jaquin et aucuns de ses amis charnels et ses complices... désirans euls vengier des grans villainies et injures qui avoient esté dites et faites audit Jaquin, fussent alez à Rosay, en la maison dudit Janequin, environ heure de prime, et illec l’eussent battu en tèle manière que mort s’en ensui, et ce firent il par manière de bonne guerre... néantmoins, combien que ledit Janequin soy portant comme noble... et qu’il fust homme de mauvaise vie, renommée et conversation, mainteneur de foies famés, il qui estoit mariez, batcurs de

inenl compte de la perception et recette de l’impôt, et qu’ils rendraient ce compte au Receveur de Toulouse. Les lettres du duc de Normandie à ce sujet furent délivrées en présence de l’évêque de Beauvais, entre Tonneins et Aig’uillon (1).

C’est encore au mois de juillet 1346, et entre Aig-uillon et Tonneins, que le duc de Normandie anoblit Regnauld Retel,

sergenz de nosfre... père, de prestres, clers et autres genz, ledit Jaquiu et ses complices sont appeliez aus droiz (du Roi), sur le fait dessusdit, par le prévost de Crespy en Valois, et comme ledit Jaquin et plusieurs de ses amis cliarnels qui sont avec nous, en ces présentes guerres, en nostre service, nous aient liumblenient supplié que... nous leur vouisisiens faire grâce, savoir faisons que nous, en considération... à ce que ceulz qui mettent et exposent en péril leurs corps, chascun jour, au service de nostredit seigneur et de nous, et pour le bien publique, soient dignes d’avoir grâce... pardonnons... En tesmoing de laquelle chose, nous avons fait mestre le seel de nostre secret en ces présentes en l’absence du grant. Donné en noz tentes entre Tonnins et Aguillon, le XI® jour de juillet l’an de grâce mil CGC XLVl. Confirmées par le Roi en 1346. (Arcli. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 77, pièce 79, f^ 44, verso.)

(I) Johannes, primogenitus ac locum tenons regis Francie, dux Normannie et Rictavensis, Andegavensis et Cenomanensis cornes, universis présentés litteras inspecturis salutem. Notum facimus quod, altentis missionibus et expensis quas dilecti nostri Capitularii universitatis ville Tholose, ratione guerrarum nostrarum Vasconie, sustinuerunt, et adhuc de die in diem sustinent patienter, eisdem Capitulariis concessimus et, de gratia speciali ac auctoritate et potestate regiis nobis per carissimum dominum progenitorem nostrum altributis, concedimus, per présentes, quod ipsi, in et super vino, carnibus et piscibus infra universitatem ville predicte vendendis, possint usque ad summam duodecim milia librarum parvorum turonensium imponere seu impositionem facere, quam per ipsos Capitularios seii deputandos ab ipsis, ad ipsius universitatis utilitatem et commodum, exigi, recipi volumus et levari ac ctiam removeri quoliens sibi visum fuerit faciendum. Et si, ultra summam predictam super dictis vino, carnibus et piscibus imponendam, dictos Capitularios vel ab ipsis deputatos levasse contingat, nisi ad restituendum plus levatum vel receptum, ipsos penam aliquam vel emendam, propter hoc, ex eadem speciali gratia, nolumus mansuros, proviso tamen quod de premissis per dictos Capitularios -vel eorum deputandos sic levatis vel recepiendis, Capitularii bonum et legitimum compotum facei’e, et receptori Tholose reddere tenebuntur. lu cujus rel testimonium secreti nostri in absencia magni fecimus apponi sigillum. Datum in tentis nostris inter villam de Tonneins et Aqileum, Xll die julii, anno Domini M® CGC® quadragesimo sexto. Per dominum Ducem, Domino Belvacensi. présente : P. üe Bosco. (Arcb. comm. de Toulouse, AA. Original en parchemin.)

frère de son qiienx, Pierre Retel (1), et accorda des lettres de rémission è Robert Dauffen, écuyer, condamné au bannissement, pour meurtre sur la personne de Jean de Govencourt, en la ville de Mons en Vimeu. Il est marqué, dans ces dernières lettres, qu’elles sont accordées en considération des bons et ag'réables services rendus par ledit Robert, « ès présentes guerres, ès parties de Gascoigne, là où il est présentement (2). »

Un nouveau déplacement du duc de Normandie est indiqué par les documents dans la période comprise entre le 12 et

(1) Jehan, ainsnez fllz... du roy du France, duc de Normandie... savoir faisons... que nous, considérans les bons et aggréables services que nostre amé queu, Pierre Retel, frère de nostre amé Regnauld Retel, nous a faiz... et pour les bonsinéritcs de sa personne... nous... ledit Regnaut et les siens... anoblissons... Et que ce soit ferme chose et estable à touzjours, nous avons fait mettre nostre seel du secret, en l’absence du grant, à ces présentes lettres. Ce fut en noz tentes entre Tonnins et Aguillon, l’an de grâce mil CGC XLYI, ou mois de juillet. Confirmées par le Roi, en novembre 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 76, pièce 243, P 147, reclo.)

(2) Jehan, etc., à tous... salut. Comme, ou temps passé, Robert Dauffen (ôu DanfTen), escuier,... fust alez en une taverne avec plusieurs compaignons en la ville de Mons en Vimeu, en laquelle trouva Jehan de Govencourt, lequel appella yceluy Robert pour aler boire avec lui à son escot ; et, depuis, sanz aucune male voulenfé qui fust entre ciilz, eussent lucté ensemble, en laquelle lucle ledit Jehan de Govencourt abati ledit Robert Dauffen, et aussi depuis iccli Robert cust abatu ledit Jehan par lucte que il furent (sic) entre culz, et après eussent encore beu ensamble, et ycelui Jehan eust proié ledit Rohert d’aler soupper avec lui, sanz aucune rancune ou male voulenté qui feust entre eulz, au départir de iceulz, par cas d’aventure, discention fust meue, entre les dessus nomniéz, et descort par telle manière que ledit Jehan fust navré, de laquelle navreure icelui Jehan assez tost après ala de vie à Irespassement ; pour la souspeçon de laquele mort ledit Robert... fu banis du royaume de France... si nous a humblement supplié que, sur ce, li veillons faire grâce; savoir fabsons... que nous, en considération aus choses dessusdites, atendans les bons et agréables services que ledit Robert a fait... ès guerres présentes ès parties de Gascoigne, là où il est présentement... pardonnons. Donné en noz tentes entre Aguillon et Tonnins, l’an de grâce mil CGC XLVl, ou mois de juillet. Conflrmées par le Roi en septembre 1346. Arch. de l’Emp. Tr. desCh., reg. 68, pièce 194. f» 440-441.)

le 18 juillet 1346. Si jusqu’au 12 juillet nous trouvons, en effet, le duc de Normandie dans ses tentes entre Aiguillon et Tonneins, à partir du 18 juillet nous le trouvons, comme dans le principe, simplement devant Aiguillon. Faut-il penser que les Français abandonnèrent la rive droite de la Garonne en aval d’Aiguillon, ou bien que le duc de Normandie, laissant ce poste suffisamment garni, se reporta, seulement de sa personne, dans le premier campement? Si les tentes entre Aiguillon- et Tonneins furent alors déplacées, je ne crois pas qu’elles aient été transportées complètement sur la rive gauche du Lot, dans la presqu’île, et que les Français aient ainsi abandonné la tête de pont qui, dans les premiers temps du siège, avaient singulièrement favorisé le ravitaillement d’Aiguillon. Je serais plutôt disposé à voir dans le mouvement du duc de Normandie la conséquence, ou mieux l’indice d’un nouveau plan d’attaque contre Aiguillon. Jusqu’ici, en effet, il ne paraît pas qu’Aig’uillon ait été assailli autrement que par le terre -plein de la presqu’île : en commandant le cours inférieur de la Garonne, le duc de Normandie pouvait tenter un assaut simultané à peu près sur le pourtour de la ville assiégée, et c’est peut-être dans ce dernier but que le Prince changea son quartier général.

Quoi qu’il en soit, par lettres datées en ses tentes devant Aiguillon, le 18 juillet 1346, le duc de Normandie fit con naître à Oth on de Montault, chevalier, châtelain de Penne, qu’ayant résolu de lui confier, de concert avec le sénéchal d’Agenais, le siège de Bajamont, et le soin d’édifier et de garder, aux environs de ce lieu, une ou plusieurs bastides, afin de proléger les travaux des champs, il convenait qu'à lettres vues et toute affaire cessante, lui, Othon, s’acheminât vers ledit sénéchal, avec le nombre d’hommes exigé par ce dernier, et que tous les deux assiégeassent Bajamont, construisissent une ou plusieurs bastides, et ne se quittassent pas avant d’avoir pris Bajamont ou reçu de nouveaux ordres relativement aux bastides (1).

(1) Johannes, etc... Othoni de Monte-Alto, militi, castellano Penne, sain-

Le même jour, 18 juillet, le duc de Normandie, à la supplication de Jacques de Bourbon, accorda des lettres de rémission à Perrin Joneloy ou Joveloy, écuyer. Ce dernier s’était pris de querelle , sous les murs mômes d’Aig-uillon , avec Gautier le Tondeur, de Cluny , qui fut forcé de g-arder longtemps le lit par suite des coups qu’il avait reçus. Au lieu de ménager son corps, Gautier le Tondeur, convalescent, revint se mêler à la vie active du camp, à l’animation bruyante du Port-Sainte-Marie, fit « plusieurs excès, par lesquiex et par sou mauvais port et gouvernement, « il ne tarda pas à aller « de vie à trespassement (1). » La mauvaise conduite de la victime profita ainsi au meurtrier.

tem. Cum habita delibcralioiie nostri consilii ordinavimus locum de Bajoliinonte rebcllem, per senopcallum .\genni et vos una cum certo numéro gentium armorum, equitum et peditum, obsedi, vel bastidam seu bastidas ante et prope dictum locum fieri et slabilitas teneri adeo ut subditi regii el nostri illarum partium fructus bouorum suorum colligere possint, et aliter pro honore regio et nostro et dictorum subditorum nostrorum ntilitate servandis : ca propter, maudamus vobis dislricte injungentes quatinus, visis presentibus, et cessantibus aliis negociis et excusationibus quibuscumque, ad dictum senescallum, cum gentibus veslris armorum, equitibus et peditibus, usc[uo ad numerum de (pio ipse ordinabit, accedatis, et dictum locum. una cum ipso et aliis de quibus extitit ordinatum, obsedatis. el in obsidione, vel bastida, sen baslidis, ibidem construendis tamdin, cum vestris dictis gentibus, ad vadia regia remanealis, douée dictus locus caplus fuerit, vel aliud de baslidis ipsis per nos fuerit ordinatum, mandatis in contrarium i'actis vel l'aciendis non obstantibus quibuscumque. Nam vos cj gentes vestras, équités et pedites. usque ad numerum prediclum, ad vadia consueta, nisi existant, recipimus per présentés... Uatum in tentis nostris ante Aculeum, die XVIll julii, anno domini millesimo CCC° XL sexto... Per dominum Ducem, iu .suo consilio ; J. G. de Bosco. (.\rcb. comm. d'Agen.)

( M. Tbolin, archiviste de Lot-et-Garonne, ancien élève de l'École des Chartres, a eu la bonté de copier pour moi cette pièce sur le titre original, ■le le remercie de la peine qu’il a prise pour me procurer uu texte dont l’exactitude me parait sutnsamment garantie par les talents que ce jeune paléographe a déjà manifestés. )

(1) Jehan, ainsnez fllz... du roy de France, duc de Normandie... à tous... salut. Nostre amé et féal cousin monseign' Jaques de Bourbon, chevalier, nous a signifié que, comme Perrin Joneloy (ou Joveloy), escuier, eust battu Gautier le Tondeur de Clugny, pour cause de certain débat meu entre eulz, en nostre host devant Aguillon, de laquelle bateure ledit Gautier ait jeu malade au lit par certain temps, et depuis s'est levé et ale par nostre

Puisque le nom de Port-Sainte-Marie vient sous ma plume, je dirai que, durant le siég*e d’Aiguillon, comme au début et à la fin, les services financiers de Tarmée fonctionnèrent dans cette ville. C’est ainsi que, le 6 juillet 1346, Bernard d’Orgoullet, bourgeois de Langon, y donne quittance, entre les mains de Bernart Fremant, trésorier du duc de Normandie, d’une somme de trente livres tournois , accordée audit Orgoullet, par le prince , pour subvenir aux premiers besoins de lui, de sa femme, de ses enfants (1). Cette somme de trente livres était considérable pour le temps : Orgoullet ne devait pas être un nécessiteux ordinaire. Était-il une victime de l’animosité des habitants de Langon contre la France, ou un agentdont se servait le duc deNormandie pour travailler à son profit les habitants de Langon ? Peut-être l’un et l’autre à la fois.

Le 10 juillet 1346, Aynart, vicomte de Clermont, écuyer, reçut, au Port-Sainte-Marie, de Jean Chauvel, la somme de huit cent cinquante livres tournois pour ses gages personnels et ceux de trois chevaliers bacheliers et soixante-dix-sept écuyers de sa compagnie (2] .

Le 22 juillet, au Port-Sainte-Marie, Antoine Odon et Antoine Arezet, trompeurs (trompettes) du duc de Normandie, donnèrent quittance à Bernard Fremant d’une somme de vingt livres tournois à eux accordée par le prince (3).

Le 28 juillet, au Port-Sainte-Marie, Rémon de la Cassade,

dist host et par la ville du Port-Sainte-Marie, et fait plusieurs excès, par lesquiex et par son mauvais port et gouvernement, il est allé de vie à trespassement, et, pour ce, nous a humblement supplié que audit escuier, pour les bons services qu’il a faiz... nous li veuillons faire grâce... savoir... faisons que nous... pardonnons... En tesmoing de ce, nous avons fait meltre le seel de nostre secret à ces présentes lettres. Données en noz tentes, devant Aguillon, le XVlll® jour de juillet, l’an de grâce mil CGC XLVI. — Confirmées par le Roi en décembre 1347. (Arch. de l’Emp, Tr. des Ch., reg. 76, pièce 186, f““ 120, verso, et 121, recto.)

(1) Bibl. lmp. Mss. Cab. des Titres, série des originaux.

(2) Bibl. lmp. Mss. Titres scellés, tome II.

(3) Bibl. lmp. Mss. Titres originaux.

chevalier, donna quittance d’une somme de ving't-cinq livres tournois dont l’avait gratifié le duc de Normandie (1).

Enfin, le 29 juillet, toujours au Port- Sainte-Marie, Jean de Besançon, maître en médecine et physicien du duc de Normandie, reçut également une somme d’argent, pour laquelle il donna quittance (2).

La nécessité de nourrir une grande multitude, comme celle qui se trouvait devant Aiguillon, forçait, nous l’avons déjà vu, les pourvoyeurs à chercher les provisions de plus en plus loin du camp. Lorsque vint le moment d’exploiter le comté de Foix, Gaston, comte de Foix, exposa au duc de Normandie que le comté « èt l’autre sienne terre » était un pays de montagnes, peu fertile en blé et en vin, et que les habitants étaient obligés de tirer de la plaine ces denrées alimentaires de première nécessité ; que sa terre, d’ailleurs, pouvait tout au plus lui fournir personnellement des provisions en blé, vin, bestiaux et avoines. Le duc de Normandie accueillit favorablement ces doléances, et le 26 juillet 1346, de ses tentes devant Aiguillon, il défendit de prendre, dans les terres du comte de Foix, blé, vin , bestiaux, « carnelages et autres victuailles, » pour sa provision, voulant même que ses agents restituassent à qui de droit ce qu’ils auraient pu prendre pour cet usage (3).

(1) Bibl. lmp. Mss. Titres orignaux.

(2) Idem, ihid.

(3) Jean, aisné fils et lieutenant du Roy, etc... Au sénéchal et receveur de Thoulouse et de Carcassone ou à leurs lieustenantz et à tous commissaires députez et à députer esdites sénécliaucées pour prendre et recevoir blez, vins, bestiaux, aveinnes et autres vivres pour nostre provision, salut. A la supplication de nostre très cher et féal cousin Gaston, comte de Foix, disant que comme une grant partie de la comté de Foix et l'autre siène terre soit en montaingnes et autres lieux oii on ne croist pas planté de

A celte faveur précieuse, le duc de Normandie en ajouta une autre, en exemptant du fouag-e les terres du comte de Foix, par lettres données devant Aig-uillon, le 4 août 1346 (1).

Le duc de Normandie se trouvait aux tentes devant Aiguillon, le 1®’' et le 3 août 1346, ainsi qu’en font foi les lettres de sauvegarde par lui délivrées pour l’abbaye de Solignac, contre les seigneurs qui exigeaient des droits de servitudes sur les terres de l’abbaye (2), et les lettres de ce même

blez ne de vins, ains convient que des autres lieux des plaines soient illec portez, et nientmoins ou temps de nécessité convient que il, poursaprovision, reçoive des blez, vins, bestiaux et aveines, et des autres vivres de sa terre, qui ne pourroit suffire àly et ànostre provision, à vous et àcbascun de vous mandons et estroitement commandons que vous, en ladite comté, la cité de Pamiés, et la ville de Calmont et autre terre dudit nostre cousin, blez, vins, bestiaux, carnalages ou autres vituailles, pour nostre provision, ne prenez, recevez, levez, demendez ou banniez, et tout ce que, au contraire, en aurez faict, franchement rappeliez, délaissez et délivrés sans tout délay, et sans attendre autre mandement, non contesté toutes letres empetrées, subreptices sur quelconque forme que elles soient au contraire. Donné en noz tentes devant Aguillon, le vingt et sixièmes jour de juillet, l’an de grâce mil trois cens quarante et six', soubz le seel de nostre secret. (Bibl. lmp. Doat, 189, pag. 258 et suiv.) '

0) D. Vaissete : Hist. de Lang., tome lY.

(2) Letlres de sauvegarde du duc Jean pour l'abbaye de Solignac, contre les seigneurs qui exigeaient des droits de guet, de servitudes, etc., sur les terres de l'abbaye.

Jehan, ainsné fils et lieutenant du roi de France, duc de Normandie et de Guienne, conte de Poitou, d’Anjou et du Maine, au sénéchal de Lymosin et de Poitou ou à son lieutenant, salut. Noz amez les religieux, abbé et couvent de Soulongnac, de l’ordre de Saint-Benoit, nous ont signifié en complainte que, comme il soient fondez de fondation royal et exemps de toutes servitutes et subjections, pour ce, ncantmoins, aucuns nobles et barons du pais se veulent efforcier et efforcent de faire tailles, guet et autres servitutes sur les hommes et subgez des diz religieux, de leur abbaie et des membres d’ycelle, qui est en leur grave grief, préjudice et dommage, et anientisement des drois de leur dicte eglise, en euls empeschant en leur possession et saisine qu’il en ont eu par si lont temps qu’il nest mémoire du contraire, dont il nous desplaist se il en est ainsi : Pourquoi, nous qui ne voulons les droiz de l’église estre empeschiez indeuemenl, mais yceulx voulons estre tenuz et gardez, vous mandons que les diz religieux vous maintenez et gardez en leurs justes possessions et saisines esquelles ils serrent esté dancienneté, et ne souffrez leurs hommes estre contrainz à faire aucuns servitutes par les diz nobles et barons, si comme il

prince en faveur de Pierre de Latour, rapportées ci-devant, page 52.

Le 9 août, par lettres données également devant Aiguillon, le Prince accorda des gages à Aimeric de La Rochefoucauld , chevalier, pour garder, pendant trois mois , le château de La Rochefoucauld, situé sur les frontières de l’ennemi (1).

Vers cette époque , eut lieu contre Aiguillon une tentative qui coûta la vie à Philippe de Bourgogne, comte d’Artois et de Boulogne, sire de Salins, né au mois de décembre 1323.

La mort de ce prince était connue le 11 août 1346 à Agen, où nous voyons les consuls arrêter qu’il serait donné cinq cents torches et des draps, si l’on chantait messe, à Agen, pour le défunt, et si les autres villes lui faisaient honneur (2).

Ou voit par là que le P. Anselme a commis une erreur, en disant (3) que Philippe de Bourgogne mourut, le 22 septembre 1346, de la blessure qu’il avait reçue, un mois auparavant, d’une chute de cheval, au siège d’ Aiguillon.

• Transporté d’ Aiguillon à Agen , le corps du comte de Boulogne fut, à Agen, l’objet d’une cérémonie funèbre, qui s’y célébra, probablement, du 9 au 13 août, en présence du duc de Normandie. Le 9 août, en effet, le duc de Normandie est encore devant Aiguillon ; mais le 12 août il est à Agen, où, à la sollicitation du chevalier Guillaume de Montfaucon, sénéchal de Périgord et de Querci, il accorde des lettres de rémission au damoiseau Pierre de Maçon, coupable d’avoir

sera à faire de raison. Ce faites par tele manière que les diz religieux n’aient cause de retourner en pour ce plaintifs par devers notre dit seigneur ou nous. Mandons à tous les justiciers et officiers du royaume de France que à vous en ce saisi obéissent et entendent diligamment. Donné en noz tentes devant Aguillon, le premier jour d’aoust, lan de grâce mil CGC quarante six, sous le seel de nostre secret. (Arch. départ, de la Haute- Vienne.)

;i) Bibl. lmp. Mss. Saint-Magloire. Ext. des reg. de la Chambre des comptes de Paris, p. 228.

(2) Arch. comm. d'Agen. BB., 1.

(3) Tome 1, p. 549.

commis les plus graves excès au préjudice du monastère d’Issoire (1).

1 f 13 août, le duc de Normandie était de retour dans ses lentes devant Aiguillon , en compagnie de l’évêque de Beauvais, ainsi que le prouve l’ordre qu’il donna, ce jourlà même, à ses commissaires, de ne plus inquiéter, pour raison du louage de dix sous par livre, les habitants de Moissac qui, dès le 5 août, avaient financé pour s’exonérer de cet impôt (2).

(1) Johannes, primogenitus... regis Francorum, dux Normanie... Notum facimiis... quod, cum constantia, üdelitate dilecti noslri Guillelmi de Montefalcone, militis, senescalli Petragoricensis et Calurcensis, diversimode comprobata... Pelrus de Maçon, domicellus, dudum preventus et accusatus fuerit, in curia Bellicadri et Nemensi, Bailliagii Alvernie seu altéra carumdem, super eo quod, religiosis, abbate et conventu monasterii d’Issoire, in speciali salva gardia regis existentibus, dictus Petrus, cum pluribus suis compliciis, vi armata et probibita violenter conventum predictum et bospitium abbatis dicti monasterii subintravit, et ibi plura hostia, portas et areas rupit... et exinde certam quantitatem pecunîe, contra dicti abbatis voluntatem, et ipso inscio, cepit et amovit ab inde rapiendo... ac Bernardum Marogne, Johannem Blanche de Bilhom, et Penotum Bernart de Nova villa, bailliagii Alvernie, per vim et violenciam, cum armis probibitis et pluribus suis complicibus, cepit infra regnum Francie, propria auctoritate, et duxit captives ac diu detiniiit extra regnum, eosque fecit redimere pluribus et diversis summis pecunie erga ipsum; propter quod... vocatus in curia... non comparuit, fuit ad viam banni positus et tandem bannilus pro premissis... Nos, contemplatione senescalli predicti... intuitu serviciorum dicto domino genitori nostro et nobis, in guerris noslris, per diclum Petrum multipliciter impensorum, et que adbuc, per eumdem, fideliter speramus impendi... penam... remissimus... et... remittimus... In cujus testimonium , nostrum secreti, magno sigillé nostro absente, presentibus fecimus apponi sigillum. Dalum Agenni Xlb die mensis augusti anno Domini millésime CCC”" sexto. Confirmées par le Roi en décembre 1347. (Arcdi. de l’Emp. Tr. des Cb., reg. 76, pièce 189, f° 122, reclo et verso.)

(2j Johannes, primogenitus et locumtenens domini nostri Franciæ regis... nniversis commissariis ad levandum seu exigendum focagium decem solidorum turonensium pro focco in lingua occitana de novo impositum, salutem ; cum consules loci de Moysiaco pro se, universitate et singulis habitatoribus dicti loci, nobiscum seu gentibus uostris, ab octo diebus circa, prætexlu dicti subsidii seu focagii, ad certam summam finaverint, mandamus vobis et cuilibet vestrum, ut ad eum pertinuerit, quatenus ab exactione dicti subsidii seu focagii, visis præsentibus, supersedeatis omnino, absque mandat! alterius expectatione, quidquid contra dictes consules, universita-

Au mois d’août, et dans ses tentes devant Aiguillon, le duc de Normandie donna à ses chambellans, Geoifroi de Vilaines, chevalier, Adam de Cocherel, Olhe ou Étienne Dentre (?) et Thomas des Ylles, écuyers, les biens confisqués sur Raymond Audebant Descorsanz, pour homicide sur la personne de Pierre Donnac ou Donnant, moine de Tabbaye de Moissac (1).

Le 19 août, le duc de Normandie, toujours en ses tentes devant Aiguillon , prorogea Pacte d’hommage dû au Roi par le comte de Foix (2). Ce document est le dernier avec date

tem et singulares loci predicti, a dicto tempore citra, fieri factum extitit, ad stafum prislinum et debitum reducentes. Dalum in tentis nostris ante Aculeum, die décima lertia augusti anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo sexto. Et plus bas est écrit ; Per dominum Ducem præsente domino episcopo Bslvacensi... (Bibl. lmp. Mss. Doat, 127, f • 178 et suiv.)

(1) Jehan, etc., savoir faisons... Raymond Andebant Descorsanz, en la sénéchaussée de Toulouse, feust acqusez, en la court de Thoulouse, sur plusieurs maléfices et cas criminels, et depuis ait occis et perpétré miirtre en la personne de Pierre Donnac, moyne de l’abbaye de Moissac, fils de Raymond Donnant, chevalier, de Dannette, et sur ce rendus fiiitif, et tant pour ycetui miirtrc ou occision comme pour le autres crisme dessusdiz, touz lediz Chiens?) dudit Andebant soient appliquez aveniiz confisquez ànostredit seigneur (le Roi) ; nous, pour considération (des) proiifitables et agréables services que nous ont faitz par lonctcnips, font assiduelment, et espérons que encore facenl... nos amez et féaulz chambellanz Geffroy de Valainnes, chevalier, Adam de Cocherel, Othe Denere (d'entre?) et Thomas des Ylle, escuiers, à iceulz 1111 ensemble et par non devis... tout le droit et toute l’action appartenant... à nostredit seigneur ou à nous, ès biens quelz qu'il soient dudit Audebant... donnons... Donné en nos tentes devant Aguillon, l’an de grâce mil CGC quarante et six, au mois d’aoust. Confirmées par le Roi en septembre 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, pièce Vll-IX, f'' 84, recto.)

(2) Johannes, primogenitiis... regis Francise... Notum facimus quod nos dilecto et fideli nostro Gastoni , coniiti Fiixi, diem Sancti Remigii proxime instantem, sibi per dominum progenitorem nostrum assignatam ad faciendum sibi homagium pro comitate Fuxi et aliis terris suis, pro quibus homagium sibi facere tenctur, de gratia speciali et ex certa scientia ne potestate nobis, per dictum dominum progenitorem attribiila, usque ad in crastinum subsequentis festi beati Remigii anno revoluto ad faciendum dicto progenitori nostro homagium antedictum pro comilalu et terris prædictis, per præsentes prorogamus. Datum in nostris tentis ante Aculeonem die décima nona augusti anno Domini millesimo trecentesimo quadragesimo sexto, sub sigillo nostri secreti. (Bibl. lmp. Mss. Doat, 189, p. 260.)

certaine qui indique la présence du duc de Normandie au siép:e d’Aiguillon.

J’ai sig’nalé le peu de convenance qu’il y aurait, selon moi, à placer, immobile et impuissant, à Bordeaux, le comte de Derby, pendant le siég'e d’Aiguillon, et j’ai fourni la preuve de la présence du lieu tenant d’Édouard III à LaRéole, le 3 juillet 1346. Derby était encore à La Réole le 7 août 1346. Par lettres datées de ce jour et de cette ville, il maintint dans la possession de la prévôté de Dax, Bertrand de Goût ou de Got, dont le père, Arnauld Guasbert de Goût, dit Lobasco (le Basque ?) seigneur de Puy-Guilhem, avait fait bravement son devoir, au service du roi d’Angleterre, à Aiguillon (1).

Tout porte à croire que Derby ne s’écarta guère de La Réole jusque vers le 13 d’août. Ce jour-là, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même, dans une lettre des plus intéressantes, il partit de La Réole et prit le chemin de Bergerac, où il assembla « toutz les seigneurs de Gascoigne et autres gens q’estoient hors de establies, à l’entent de chivacber, » c’està-dire hors de garnison, cherchant aventure à travers

(l)Henricus, cornes Lancastrie Derbie etLeycestrie, universis... salutem... Seiatis quod nos, ad bonum et laudabilem servicium, per... Ârnaldum Guass. de Gutto alias dictum Lobasco, dorainum Podü Guillelmi, qui, diebus hiis, obiit, existendo in servicio regio versus partes de Aculeo, in ffronteriis iniinicorum... obsessum locum de Aculeo... multipliciter prestitum et impensum, exponendo corpus suum et omnia bona sua periculis et jacturis ratione servicii supradicti, quod nobilis Bertrandus de Gutto, dominus Podü Guillelmi, ejus tilius, continuare non cessât, propter quod, erga ipsum filium, volumus, in relevacionem status sui, et ut melius ad serviendum... animetur, debitam consideracionem habere, eidem filio... preposituram Aquensem... quam dictus quondam pater suus tenebat... ad vitam suam... damus... Datum Ileule, sub sigillo nostro die VIP augusti anno Domini M“ 000° XLVI°. (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28, p. 145.)

champs. A Berg’erac , Derby tint un conseil de guerre, dressa un nouveau plan de campagne, et s’apprêtait à l’exécuter, lorsque des chevaliers et autres personnages vinrent lui demander a tresves de par les Fraunceys, qe gesoient unqore à siège devant Aguillon. » Il est à présumer que le duc de Normandie n’avait provoqué ou toléré cette démarche qu’après avoir appris la descente d’Édouard III en France, et avec l’intention de profiter des trêves locales pour transporter du midi au nord les forces militaires réunies devant Aiguillon. Mais Derby était également au courant du débarquement et de l’invasion jusque-là triomphante de son souverain en Normandie : aussi s’obstina-t-il à ne vouloir, selon son expression, « mye assentir à nulle tresve. Et sur ceo, ajoute-t-il, les enemys se levèrent du siège le dismenge proschain devaunt la feste de seint Barthu. »

Saint Barthu, c’est saint Barthélemy. Or, en l’année 1346 , le dimanche qui précéda immédiatement la fête de saint Barthélemy tomba le 20 août : c’est donc , d’après le témoignage de Derby lui-même, le 20 août 1346, que les Français levèrent le siège d’ Aiguillon. Cette date, il faut le remarquer, favorise exactement l’induction tirée de la suite des actes émanés du duc de Normandie, qui aboutit, en définitive, à fixer au 20 août la levée du siège d’Aiguillon par le duc de Normandie , puisque le dernier acte qui constate la présence de ce prince devant Aiguillon est, ainsi qu’il a été dit précédemment, du 19 août 1346.

Froissart place la levée du siège d’Aiguillon à la Saint- Rémy, c’est-à-dire au 1®'' octobre 1346. Cette erreur est tellement grossière, que ma première pensée a été de la rejeter sur une faute de copiste, et de remplacer saint Rémy par saint Barthélemy. Mais, peu après, je me suis aperçu que l’admission d’un lapsus calami ne mettait en aucune façon Froissart à couvert. En effet, dans le chapitre CCXCVIII, Froissart raconte que le duc de Normandie ne leva le siège d’Aiguillon que par ordre du Roi son père, « qui lui signifiait clairement le grand dommage des nobles et prochains de

son sang, qui demeurés étoient à Crécy (1). » Or, la bataille de Crécy est du 26 août 1346; donc, la levée du siège d’Aiguillon aurait toujours été, d’après Froissart, postérieure à la Saint-Barlbélemy, 24 août 1346.

Il est bon de noter, à ce sujet, que Froissart aurait pu atténuer sa faute en répétant exactement le récit de Jean le Bel. Ce dernier, en effet, rapporte que le duc de Normandie demeura devant Aiguillon depuis la mi-avril jusqu’à la miseptembre 1346. Le chanoine de Liège est ainsi plus près de la vérité que ne l’est le chroniqueur de la bonne « royne Philippe. »

S’il fallait s’en rapporter à des lettres de rémission accordées par le duc de Normandie à Jean de la Dolme, le prince, parti le 19 août de son camp d’Aiguillon, serait allé d’une traite à Moissac, où il aurait délivré lesdites lettres le lendemain, 20 août 1346. Je crois que le quantième du mois a été mal exprimé dans ces lettres, qui sont au Trésor des Chartes, registre 76, 109, verso : et je proposerais de lire 25 ou 26 au

lieu de 20 août. Des documents dignes de foi établissent incontestablement que le duc de Normandie, qui, le 19 août, se trouvait encore devant Aiguillon , était à Agen le 23 et le 24 août, et à Moissac le 25 du même mois. La présence du prince à Moissac le 26 août ne choque, en aucune façon, la vraisemblance, tandis qu’on éprouve quelque difficulté à se rendre compte de sa présence, le 20 août, à Moissac, où il ne se serait rendu qu’en traversant Agen, et d’où il serait reparti pour revenir sur ses pas dans cette dernière ville.

Quoi qu’il en soit, le duc de Normandie, se trouvant à Agen le 23 août 1346, autorisa les capitouls de Toulouse à clore

(1) Btjchon.

leur ville de fossés , de murs, de parois et autres constructions de défense (1) ; à importer de tous les points de la France, et sans prohibition, les blés, les vins et autres victuailles, vu la stérilité de la terre et la rareté de ses fruits, avec défense aux gens du Roi et aux siens d’exporter ces denrées hors de la ville de Toulouse (2) ; il donna tout ce qui pouvait appartenir au Roi et à lui-même , dans la nouvelle bastide de Flavacourt, près de Sos. à Barthélemy de Pins, chevalier.

T) Johannes, primogenitus et locumtcnens regis Francie, dux Normannie et Âcquitanie, cornes Pictavensis, Andegavensis et Cenomanensis, dilectis et fldelibus nostris capitulariis Tholose, salutein. Acteritis et considcratis utilitatibus dicti domini genitoris iiostri atque nostris, ville Tholose et tociiis patrie, quecircaclausuras dicte ville Tholose versantur, cl considerato quod utile est dictam villam claudi, vobis per présentés damus et concedimus potestatem et licentiam claudendi dictam villam vallalis et mûris seu parietiïms et aliis tuitionibus necessariis ad predicta, prout vobis magis videbitur faciendum, que premissa vobis concedimus de gratia, si opus fuerit, speciali. Datum Agenni XXllbdieaugusti, anno domini millesimo CCC“ quadragesimo sexto, et sub nostri secreti sigillé , magno absente. Per dominum Ducem : J. Dailly. (Arch. comm. de Toulouse, AA. 4, f® 555, et Mémoires de. l'/Hsloire du Languedoc, de Catei., p. 142, — J'ai reproduit la pièce, parce que Catei l’a imprimée avec des fautes; par exemple ; Senonensis, au lieu de Cenomanensis.)

(2) Johannes, primogenitus et locumtenens regis Francie, Dux Xormaniiie et Acquitanie, Pictavensis, Andegavensis Cenomanensisque cornes, senescallo et vicario Tholose ceterisque jnsticiariis dicti domini progenitoris nostri atque nostris aut eorum locatenentibus, salutem. Cum nos, attenta sterilitate et raritatefructuum, dilectis et fidelibus nostris Capitulariis, civibus et habitatoribus dicte ville Tholose, concesserimus et tenore presentium, concedimus quod blada, vina et alia victualia animalia et alie res eorumdem non capiantur nec occupentur per gentes domini genitoris nostri seu nostras, occasione guerrarum aut aliter, nisi consentientibus illis quorum sunt, precio tamen primitus tune soluto, et quod dicti capitnlarii et alii cives et habitalores Tholose, pro communi utilitate dicte ville, possint facere asportari blada et vina de quibuscumque partibus regni Francie et aliis ; vobis et vestrum cuilibet, prout ad eum pertinuerit, tenore presentium, precipimus et mandamus quatenus dictes Capitularios, cives et habitatores premissos, uti et gaudere paciflee faciatis et permittatis, non permittentes ipsos contra tenorem premissorum a quocumque impediri, facta et attemptata in contrarium ad statum debitum redneendo. Datum Agenni die XXIII* augusti anno Domini M® CCC" XLVI®. Sub nostri secreti sigillé, magno absente. Per dominum Ducem, J. Dailhy. (Arch. comm. de Toulouse, AA. 4, f» 467.)

seigneur de Taillebourg , pour rindemniser des pertes que lui faisait éprouver la guerre de Guienue (1). Enfin, il nomma le comte d’Armagnac capitaine, pour le Eoi, en Ag-enais et en Gascogne.

Le 24 août 1346, toujours à Agen, le duc de Normandie défendit à son maître d’hôtel Gui de Leuza, h Jean de Pompone , au receveur de Toulouse , Raymond Dominici , à Raymond de Borrellis, et autres pourvoyeurs de Tarmée, de prendre blé, vin ni bétail des ecclésiastiques de la province de Toulouse, qui avaient offert au Roi une rétribution collective de huit mille livres ; il ordonna à son trésorier, Bernard Freinant, de rembourser cent vingt livres tournois avancées par l’évêque de Beauvais pour distribuer « partie aux genz de pié de Navarre, estanz en nostre compaignie devant Aguillon, et le demourant... à Robert de Courtainvillier, » maître d’hôtel du duc, et à Jean de Pomponne, qualifié ici « nostre penne-

d) Johannes, etc., notum facimus quod nos, gratuitis altcntis serviciis per dilectum et fidelem nostrum Bartliolomeum de Pinibus, fllium Anisancii (ou Amsancii) de Pinibus, militem, doininnra Tailhaburgi... in guerris Vasconie, potissime in presenti, impensis, dampnisque et misiis per euin sustentis in locis ejusdem, occasione guerre presentis... totnm id quod ad... progenitorem nostrnin et ad nos pertiiiet et potest quomodolibet pertinere in nova bastida vocata de Elavacuria prope Soscium... cidem Bartholomeo et suis imperpetuum successoribus, Conferimus et donamus... quod ut firmum perpetuo perseveret nostrum presentibus facimus apponi sigillum. Datum Agenni XXIII» die angusti anno Domini 1“ CGC” XLVP. Per dominum Dûcem ad relationem concilii. Barth. Gama. (Arch. de l’Emp. Tr. des Gh. JJ., 77, f« 196-197.)

(2) Johannes, primogenitus regis Franciæ, etc., dilectis nostris Guidoni de Leuza, militi, magislro hospicii, et Johanni de Ponpona, nec non rcceptori nostroTholosæ, Raimundo.Dominici, Raymundo de Borrellis, et aliis quibuscumque deputatis comissariis et deputandis, tam per nos quam nostro nomine, ad faciendum garnisiones et provisiones tam pro nostro hospitio quam pro præsenti guerra Vasconiæ et ducatus Aquitaniæ, et aliis dicti domini genitoris nostri officiariis et comissariis ad quos præsentes litteræ pervenerint aut eorum locumtenentibus, saluteni. Ad suplicationem dilecti nostri archiepiscopi Tholosani, suffraganeorum ejus et aliorum personarum ecclesiasticarum provinciæ supradictæ asserentium quod, licet ipsi ex bona affectione quam habent ad regiam majestatem, de licentia et concensu domini nostri Papæ, obtulerint dicto domino progenitori nostro et nobis subvenire de octo millibus librarum turonensium solvendis partim in festo

lier», chargés de délivrer ce qu’ils auraient reçu «en certains lieux que commandé leur avons, » dit le Prince dans son mandement (1).

Par d'autres lettres datées à Agen au mois d’août 1346, mais dépourvues de quantième, le duc de Normandie accorda à Guy de Comminges, chevalier qui avait été « longuement » à son service, dans la guerre de Guienne, la connaissance « à héritage », c’est-à-dire avec droit de transmission aux héritiers, des premiers appeaux et ressort, que le roi lui avait donnée à vie, « ès chastiaux et villes de Ambres, de Puylegon (?) et de iSaint-Gausans, assis en la

Nativitatis Doiniiii et partim in feslo l’aschæ proximo veuienti, sub cerlis pactis et conventionibus habitis et inliabitis inter ipsos supplicantes et dilecfum et fldelem nostrum Symoncm de Biiyliaco (sic), niilitem, inter cælera, ([uodblada, vina, fæna, animalia et quæcumquo alia victnalia seu boua corumdem, pro provisione iiostra minime caperentur, immo capta aprincipio mensis jimii proxime præteriti citra restitiiercntur, pront liæc et alia in dicto tractatu super lioc habito latins continetiir, nibiloiuinus coinmissarii in prædicta. provincia deputati ad prædictas provisioncs nostras faciendas, contra dictum tractatum venientes, blada, vina, avenas. fæna et alia bona. supplicantiiim prædictorum pro dicta provisione nostra capiunt, et ad manum regiam ponunt, ot realiter defferre faciunt incessanter, in ipsorum snplicantium præjudicium, sicut dicunt, nostro igitur super præmissis implorato remedio, vobis etvestrumcuilibet mandamiis districtius injungcndo quatinus blada, vina, fæna, avenas, animalia, quadrigas et alia bona ipsorum suplicantium minime ulterius capiatis, nec capi occasione præinissa a quoquam permiltatis, ymo capta, saysita vel arrestata eisdeni libéré et indilate restituatis, relaxetis seu restitui et relaxari faciatis, quænos ctiam. tenore presentium, relaxamus et restituimus... Datum Agenni, die vicesima quarta augusti, sub sigillo nostri secreti, anno domino millesimo Irecentisimo quadragesimo sexto. (Bibl. lmp. Mss. Doat, 157.)

(1) De par le Duc de Normendie et de Guyenne ;

Bernart Fermant, nostre trésorier, nous vous mandons que la somme de six vinz livres tournois, que nous a presté comptant nostre amé et féal l’évesque de Beauvez, conseiller de Mons' et le nostre, et desquelles nous avons donné partie aux genz de pié de Navarre, estanz en nostre compaignie devant Aguillon, et le demourant haillié à nostre amé et féal chevalier Robert de Coutainvillier, maistre de nostre hoslel, et à Jehan de Pomponnes nostre pennetier, pour délivrer en certains lieux que commandé leur avons, vous paicz et délivrez audit évesque, ces lettres veues et .sanz autre mandement attendre... Donné à Agenz, le .XXlIll» jour d’aoust, l’an de grâce mil CGC quarante et six. — Par mons. le Duc:.l. Dailly. (Bibl. lmp. Mss. Gaig.\., 152.)

sénéchaussée de Carcassonne, et ès appartenances desdits lieux , lesquelles chasliaux et villes sont tenuz dudit chevalier à cause de sa terre que il a en Aubigois (1) ; » il récompensa les services militaires du chevalier Arnauld Raymundi, tant en Flandre qu’en Gascogne , par le don du lieu de Guodor en Bigorre (2); enfin, il affirma, par une adhésion impérati\ e, le droit du comte de Périgord sur certains points litigieux entre ce grand seigneur et la ville de Périgueux (3).

D’Agen , le duc de Normandie alla à Moissac, où il déclara, le 25 août 1346, que la charge de capitaine pour le Roi en Agenais et en Gascogne ne donnait aucunement le droit au comte d’Armagnac, qui venait de l’obtenir, de se mêler des affaires des vassaux du comte de Foix. Le document qui porte ce fait à notre connaissance paraît, dans la collection de Doat, avec la date du 15 août 1346 ; mais il est évident qu’au lieu de 15 il faut lire 25, puisque l’acte a pour but de

(1) Jehan, etc... comme nostre très-cher seigneur et père eut. donné et oclroié par ses lettres à nostre amé mess. Guy de Comminges, chevalier, la cognoissance des premiers appeaulx et ressort que nostre dit seigneur ou nous avons ès chastiaux et villes de Ambres, de l’uylegon (?) et de Saint- Gausans, assis en la sénéchaussée de Carcassonne, et ès appartenances desdits lieux, lesquelles chasliaux et villes sont tenuz dudit chevalier à cause de sa terre que il a en Aubigois, à avoir, tenir et exercer par ledit chevalier tant comme il plairoit à nostredit seigneur... et ledit chevalier, qui longuement a esté en nostre service en ces présentes guerres, nous ait humblement supplié que ladite cognoissance... nous... li vousissions donner à héritage... savoir faisons... que nous, en considération aus bons et aggréables services que ledit chevalier a fait... en ces présentes guerres et ailleurs... à yceluy mess. Guy, pour lui, ses hoirs, successeurs, etc... donnons... ladite cognoissance des premiers appeaulx et ressort... Donné à Agen, l’an de grâce mil CGC XL’VI ou mois d’aoust. Confirmées par le Roi en septembre 1346. (Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg. 68, f" 483. j

(2) Johannes, primogenitus, etc. Notum facimus quod nos, considérantes laudabilia... servitia domino genitori nostro et nobis in guerris præsentibus Vasconiæ et prœteritis Flandriæ, perdilectum nostrum Arnaldum Raymundi, militera, se in multis et diversis periculis exponendo, fideliter impensa... præfato militi... locum de Guodor in Bigorra... concedimus et donamus... Datum Agenni anno dominicæ incarnationis millesimo trecentesimo quadragesimo sexto, mense augusti. (Bibl. lmp. Mss. Decamps, 45 bis, fo* 446 et suiv.)

(3) Arch. de l’Emp. Tr. des Ch., reg, 68, f° 107.

restreindre l’autorité du comte d’Armagnac dans l’exercice d’une charg-e à laquelle il n’avait été appelé que dès le 23 août 1346 (1).

Les fonctionnaires attachés au service personnel du duc de Normandie l’accompagnèrent à Moissac, et se dirigèrent probablement avec le prince vers Paris. Bernard Fremant payait encoi*e à Moissac, le 25 août 1346, au chevalier Bertrand de Baux, une somme de cent livres tournois (2).

La quittance de Bertrand de Baux est le dernier acte que je puisse produire pour attester la présence du duc de Normandie sur les bords de la Garonne. Le prince dut partir de Moissac le 26 août. On raconte qu’il se mit en roule en habit de pèlerin. Ce déguisement, qui avait .sa raison d'’être si le prince suivait la route par la frontière commune au Périgord et au Querci, et par le Limousin, était parfaitement inutile si le prince cherchait à l’egagmer le nord par l’Auvergne et le Berry. De ce côté, la route était encore sûre et praticable vers la fin d’août 1346.

Derby était probablement encore à Bergerac lorsqu’il apprit que les Français avaient levé le .siège d’Aiguillon ; « Ils s’en

(1) Jean, aisnéfils... du roy de France... Combien que 6s parties d’Agenois et de Gascüigne nous, pour nostre très-cher seigneur et père, et pour nous, avons institué et député nostre amé et féal cousin le comte d'Armagnac, capitaine il la tution et detTence du pais , toutevois, il n'est pas nostre entente ne ne voulons que, sur les gens etliabitans des villes et terres de nostre cher et féal cousin le comte de Foix, nostredit cousin d’Armagnac ait ou retiegne par devers soy aucune connoissance, ançois li sonspendons et pour cause par la teneur de ces présentes. Donné à Moissac, le quinzième jour d'aoust, l’an de grâce mil trois cens quarante six. (Bibl. lmp. Mss. Doat, 189, p. 203.)

(2) Saichent tuit que nous, Bertran des Baux, chevalier, sire de Courteson, avons eu et receu deBernart Fremant, trésorier de Monseig'' le Duc de Normandie et de Guienne, sur ce qui nous lient estre den, par l’ordonnance de mondit seigneur, faite sus l'cslat de nous et des gens d’armes de nostre corapaignie, cent livres tournois, desquelles nous nous tenons à bien paiez. Donné au Mocssac, souz nostre seel, le XXV' jour d’aoust l’an mil CGC XL cl six. (Bibl. lmp. Cabinet des titres, .série des originaux.)

partirent, dit-il, mult lèdement, qar ils perdirent grant partie de leur biens et de leur gentz, et lessèrent loiir tentes et tout le pluis de lour herneis. » A peine instruit de cette retraite précipitée, qui avait tout l'air d’une fuite, d’une déroute. Derby partait de Bergerac pour l’Agenais. Il s’arrêta à Villeréal « q’est une bone ville du royalme, laquelle, dit le comte, nous estoit rendu, et aultres villes et cbastiels d’entour tut plain. »

Derby, en parlant ainsi, veut-il exprimer que Villeréal et les autres villes et châteaux des environs s’étaient déjà rendus aux Anglais ; ou bien qu’ils ne se rendirent qu’au moment où lui-même parut en personne devant Villeréal , et dans la contrée ? Les deux interprétations semblent égale ment acceptables, jusqu’à ce que de nouveaux documents plus explicites viennent définitivement fixer l’opinion sur ce point.

Après avoir établi des garnisons à Villeréal et aux environs. Derby alla droit à Tonneins, puis à Aiguillon.

Les champs horriblement dévastés, les vignes stérilisées pour plusieurs années, des édifices publics complètement rui nés :tel fut le spectacle qui s’offrit à Derby lorsqu’il entra dans Aiguillon. Mais il retrouva, dans cette place si cruellement éprouvée, les nobles défenseurs dont rien n’avait pu abattre le courage; et, comme, après tout, les Français venaient d’éprouver un échec évident ; comme , d’autre part , les ravages exercés dans la campagne environnante n’étaient pas sans remède, le lieutenant d’Édouard III dut éprouver une joie indicible à voir toujours flotter, même au milieu des ruines, le drapeau de l’Angleterre.

La défense d’Aiguillon avait nécessité des sacrifices de toute sorte de la part des habitants. Par les ordres d’Hugue Ménil, capitaine de la ville, on détruisit le couvent des Frères du Mont-Carmel, dont l’ensemble des pertes fut estimé à 2,234 livres tournois. Après le siège, les Frères s’adressèrent au roi d’Angleterre, qui, par lettres données à West-

minster le 4 septembre 1348, chargea le sénéchal de Guienne et le connétable de Bordeaux de choisir, dans Aiguillon, un lieu plus propice que l’ancien pour que les Frères pussent y bâtir un oratoire et les autres édifices nécessaires, à la construction desquels Édouard III voulut concourir des deniers provenant des revenus de la Guienne (1).

Un pont mettait en communication les deux rives du Lot, en face d’ Aiguillon : il fut tellement abîmé, qu’après le siège on ne s’y hasardait qu’en bravant les plus grands dangers. Les habitants exposèrent au roi d’Angleterre cette situation , ajoutant qu’elle devenait de jour en jour plus dangereuse, faute d’entretien et de réparations, réparations et entretien auxquels avait anciennement fait face le produit de divers péages et 'coutumes dont ils réclamaient la perception fidèle et l’affectation spéciale. De Westminster, le 20 septembre 1348, Édouard III manda au sénéchal de Gascogne et au

(l) Kcx seiiescallo siio Vasconic et constabulario suo Burdegale... Es parte dilectorum nobis in Cliristo l’rioris et fratrum ordinis Beate Marie de Monte Carmeli de Aculeo, nobis est siipplicatum ut, enm, tempore obsidionis dicti loci de Aculeo per quosdam adversarios nostros de fTrancia et eorum faiitores posite, oratorium ipsorum prioris et fralrnm ac omnia alia cdificia sua indicio loco de Aculeo tune edilicata et constrneta, que ad duo milia ducentas triginta et quatuor libras turonensium, pi’r dileclum et fldelem nostrum Ilugonem Menil, tune capitanenm loci predicti, appreciabantur, pro salvacione loci illius, de mandate ipsius capitanei, dirruta fuissent penitus et consnmpla, velimus eisdem Priori et fratribus de aliquo competenti subsidio unde domum suam reedifijare et statum suum qui, occasione premissa, multipliciter deprimitnr, biis diebus, relevare poterunt, misericorditer subvenire ; nos... quia nobis et consilio nostro, per quosdam fldeles nostros, testiticatum exislit quod locus in quo predicti Prier et fratres prius habitabant, propter consimilem obsidionem et alios eventus fortuites, commode non possit nec débet reediticari, vobis... mandamus quod aliquem locum idoneum infra dictum locum de Aculeo, ubi predicti Prior et fratres oratorium ccteraque editicia sua necessaria, absque imminenti periculo ejusdem loci de Aculeo, competencius edifn-are et construere possint, nostro nomine, assignari et liberari faciatis, vosque prefate constabularie aliquam pecunie summam competentem , in subvencionem reparacionis et constructionis oratorii et ediliciorum predictorum, de exitibus ducatus predicti, nostro nomine, caritatis iutuitu , absque more dispendio liberari et babere faciatis... Apud Westm. quarto die septembris (4 septembre 1348). (Bibl. lmp. Mss. Breoi'ignv, 28. f' 277.)

connétable de Bordeaux de préposer un prud’homme à la perception de l’impôt et d’en appliquer scrupuleusement le produit aux réparations et à l’entretien dudit pont (1).

Le comte de Derby n’eut garde de laisser sans récompense le dévouement des habitants d’ Aiguillon. Il unit à la justice d’Aiguillon la juridiction royale du lieu de Nicole ; autorisa rétablissement d’une vaste et unique clôture; déclara que tous les habitants d’Aiguillon et du château ou bastide de Lunas jouiraient des mêmes franchises pour l’achat, la vente et le chargement des vins dans Bordeaux , et seraient désormais traités sur le même pied que les habitants du bourg ou château du Fossat ; illes affranchit de l’impôt sur le sel ; enfin il leur fit remise des dettes contractées a\’ec des individus rebelles et ennemis de l’Angleterre , attendu que ces dettes étaient confisquées au profit du roi d’Angleterre par le seul fait de la rébellion. Édouard III confirma ces importants privilèges par lettres données à Westminster, le 20 août 1348 (2).

(1) Rex senescallo suo Vasconie et constabulario suo Burdegale. . salutem. Supplicarunt nobis dilecti et fideles nostri bomines et babitatores loci de Aculeo ut, cum pons ultra aquam de Olto apud dictum locum de Aculeo, ubi frequens transitus tam üdelium nostrorum quam aliorum, per partes illas transeuncium, habetur, adeo dirutus sit et confractus qiiod magiia pericula ibidem transeuntibus, pro defectu reparacionis et emendacionis ejusdem, imminent hiis diebus.et quod,nisicitiusreparetur et emendetur.multo majora, quod absit ! ibidem evenire formidantur, ac dispersa pedagia et custume, pro reparacione et sustentacione pontis ibidem ab antique imposita et assignata fuissent, unde, si fideliter collecta et levata fuissent, predictus ponsposset et deberet, processutemporis, competenter sustentari, ettemporibus retroactis sustentari consueverit, velimus, tam pro commode et utilitate nostris quam pro salvacione dicti loci de Aculeo et utilitate rei publiée, omnes denarios de pedagiis et cuslumis predictis provenientes colligi et levari, et circa reparacionem et emendacionem pontis illius et non in alios usus jubere fideliter apponi : Nos... vobis... mandamus quatinus pedagia et custumas eidem ponti débita et ab antique solvi consueta, per aliquem probum hominem dicti loci de Aculeo... colligenda etlevanda, et circa reparacionem et emendacionem pontis illius, quociens et ubi opus fuerit. et non in alios usus fideliter apponenda... assignari faciatis... Apud Westm. XX die septembri (20 septembre 1348). (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28, f® 283.)

(2) Rex omnibus... salutem. Sciatis quod cum... Henricus, cornes Lancastrie, nuper locum nostrum tenons et capitaneus generalis in ducatu nostro

Le 20 août 1348, Edouard III concéda aux habitants d’Aiguillon le droit de prélever, pendant six mois, à partir de la Saint-Michel 1348, un impôt de douze deniers bordelais sur chaque tonneau de vin transitant dans leur district, soit par terre, soit par eau; un impôt de six deniers par pipe, et , sur les autre's marchandises, un droit supérieur à celui des anciennes coutumes et des anciens péages, au prorata du tonneau et de la pipe. Le produit de ces divers impôts devait être spécialement affecté aux réparations de clôture de la ville (1).

Aquitanie... attcndens gravamina, pcricula atque damna que... consules et habitalores tocius loci de .Aculeo, occasione guerre. ..sustinuenmt, etspecialiter ralione obsidiouis per Gallicos longo tcmpore posite contra locum de Aculeo supradictuni, adverteus etiam ad grata et utilia obsequia per babitafores dicti loci de Aculeo, pro salvacione et defensione ejusdem, prestita et nobis impensa ac in futurum impendeiida... couccsserit prefatis consulibus et habitatoribiis quod jurisdictio ad nos pertinens... in loco de Nicola situata prope dictum locum do Aculeo sic (sil) imita et adjuncla ipsi loco de Aculeo ; diclusque cornes eisdem.... concesserit quod prediclus locus de Aculeo clausus sit unius et ejusdem clausure dunta.tat et quod omiics jurisdicliones et dominia, quantum ad nos pertinet, uniantur... dictusque cornes eisdem... concesserit quod omnes habitantes et babitatores in diclo loco, videlicet castri et bastide de Lunacio de Aculeo, habeant similes fifranchesias vinorum que emuutur, venduiitur ac etiam onerantur in villa Burdeg. ejusque pertinenciis, dominio et districlu, eodem modo quo dicte ffranchesie tcnentur et etiam observantur, in Burgo seu Castro de Fossato dicti loci de Aculeo, et quod iidem consules et babitatores eisdem ITranchesiis et libertatibus uti et gauderc possint imperpetuum; idemque cornes prefatis consulibus et habitatoribiis similiter concesserit ut ipsi libéré sal in dicto loco de Aculeo faccrc possint apportare, et ibidem vendicioni exponere inter ipsos, pro restauro et necessitatibus liospiciorum suorum duntaxat sine subjectione quacumque ; prefatusqiie cornes dictis... concesserit quod, si forsitan aliqui habitantes dicti loci de Aculeo sint obligati erga rebelles seu inimicos nostros, ciim dicta débita sint nobis incursaseu confiscata rationc eorum rcbellionis, eadeni débita dictis debitoribus sint data et remissa... Nos... approbamus... et... confirmamus.. Apud Westm., XX die augusti (20 août 1348j. (Bibllmp. Mss. Brequignv, 28, f- 263.)

(1) Rex... consulibus et habitatoribiis ville de Aculeo, salutem. Grata et utilia obsequia per vos, in villa predicta et alibi inpartibus vestris, nobis multipliciter impensa et, ut speramus, de cetero impeiidenda, villam prcdictam, contra invasiones inimicoriim et rebellium nostrorum, pro viribus, defendendü, ac vos et vestra, pro jurium nostrorum defensione contra nobis adversantes, benivole exponendo, nos excitant et inducunt utvobis, in hiis que commodum et utilitatem vestra [si ac status vestri relevacionem, neenon ville predicte conservacionem cernere poterunt, favorem et gratiam impen-

Le même jour, le roi d’Angleterre, considérant les grandes pertes subies par les habitants du bourg , château et bastide de Lunas, par suite des fréquentes attaques de l’ennemi, qui, durant le siège, avait détruit les vignes et les autres propriétés desdits habitants, ordonna au sénéchal de Gascogne défaire confirmer tous leurs privilèges et leurs libertés (1).

Le même jour, et pour les mêmes motifs, Édouard III exempta les habitants du bourg du Fossat de tous péages et impositions (2).

Exemption pareille, et du même jour, en faveur des habitants d’ Aiguillon (3).

C’est encore le 20 août 1348 que le roi d’Angleterre accorda aux habitants d’ Aiguillon le privilège de faire charger ou

damus. Nos... volunius et... concedimus... quod, a festo Sancti Micliaelis proxime futiiro usque ad finem sex annorum proxime sequencium plenarie complelorum, de vinis et alUs mercimoniis hominum et mercatorum per districtus vestros, tam per terram quam per aquam transeuntibus, capiatis, levetis et percipiatis... de quolibet dolio vini, duodecim denarios Burdeg. et de qualibet pipa, se.x denarios ejusdem monete, ac de aliis mercimoniis juxta ralam dolil et pipe predictorum, ultra antiquas consuetudines seu pedagia ibidem bactenus solvi etlevari consueta, lia quod denarii, quos in bac parte levari et colligi contigerit, circa reparacionem clausture ville predicte et status vestri relevacionem tideliter apponanfur.... Apud tVest. XX die augusii (20 août 134b). (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28, f® 271.)

(1) Rex senescallo suo Vasconie... salutem. Considérantes dampna gravamina et jacturas quamplurima que... consules et babitatores ville nostre, castri et bastide de Lunacio de Aculeo, tam per frequentes accessus inimicorum et rebellium nostrorum, qui villam prediclam nuper obséderont, vineas et alias possessiones ipsorum consulum et babitatorum destruendo et diversimode consumendo... sustinuerunt et sustinent biis diebus, advertentesque grala et ulilia obsequia que dicti consules et babitatores, non sine laboribus et sumptibus onerosis, nobis bactenus impenderunt et in dies impendere non desistunt... volumus et... vobis... mandamus quatinus omnia privilégia et libertates... eisdem consulibus, babitatoribus... conflrmari... faciatis... Apud Westm., XX die augusti (20 août 1348). (Bibl. lmp. Mss. Bre- QUiGNV, 28, f" 259.)

(2) Le môme jour, et avec un protocole semblal)le, Édouard 111 exempte les habitants du bourg du Fossat, à Aiguillon, de tous péages et impositions, en récompense de leurs services et pour les indemniser des pertes qu’ils avaient faites. {Jbid., f" 265.)

(3) Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28, f“ 269.

conduire à Bordeaux, chaque année, après les vendanges, les vins récoltés dans un rayon d’une lieue autour de la ville, absolument comme le faisaient les habitants de La Réole ou de Saint-Macaire , à leur choix (1).

Le comte de Derby et Raoul de Stafford avaient concédé à Gaillard Galopian, d’ Aiguillon, la garde ou direction de la baillie d’ Aiguillon, dont le revenu s’élevait à dix livres sterling par an, en temps de poix. Mais la guerre avait singulièrement changé l’état des choses : la perception des droits était devenue impossible ; le titulaire de l’office n’avait pu en tirer parti. Sur sa requête, Édouard III, par lettres données à Westminster, encore le 20 août 1348, prorogea Gaillard Galopian dans le même office, pour dix ans, à commencer à la Saint-Jean-Baptiste 1348 (2).

(1) Rex omnibus... salutem... volentcs... consules et habitalores ville de Aculeo, protexfu prati et fidelis obseqiiii sui nobis ia obsidione ville predicte et alibi bactenus mnltipliciter impcnsi et imposterum impendendi, favore prosequi gratioso, concessimus eis... quod ipsi... vina sua propria, infra unam leucam in circuitu ville prcdicte crescenlia, cum vendemiata fuerint, usque civitatem nostram burdegalam, singulis annis, quandocumque voluerint, sicut habilatores villarum de Reule et Sancti Macharii, provoluntate sua, carcari seu duci facere possint... dum tamen major et jurati dicte civilatis nostre Burdegale ad hoc voluerint consentire... Apud Westm., XX die augusti (10 août 134b). (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 28, 1“ 261.)

(2) Rex omnibus... salutem. Supplicavit nobis Gaillardus Galopian de Aculeo ut, cum dilectus consanguineus et fidelis noster llenricus cornes Lancaslrie, nuper locum nostrum tenens, in ducatu nostro Aquitaine, et dilectus et fidelis noster Radulfus Baro de Stafford, tune senescallus noster ibidem, custodiam sive regimen Ballive de Aculeo, cum exitibus... que ad valorem decem librarum sterlingorum per annum, tempore pacis, vix se extendunt, eidem Gaillarde commiserint... eadcmque balliva, propter guerras... precipue in dicte loco de Aculeo... taliter deteriorata existât quod a tempore commissionis... proficuum... propter exilitatem ejusdem et dicti loci de Aculeo destructioncm, inde percipere... nonpotuit, nec per magnum tempus ex nunc percipere... poterit, nisi pax ibidem pocius et cicius reformetur, velimus ei ballivam predictam... in partem recompensacionis dampnorum et jacturarum que, in obsidium ville predicte et alibi, in servicio nostro, sustinuit, concedere gratiose : Nos... commissimus eidem Gaillarde custodiam sive regimen Ballive predicte... liabendam... a festo Xativitatis Sancti .lohannis proxime preterito usque ad tinem decem anuorum proxirae sequencium... In cujus. Teste rege apud Westm., XX die augusti (20 août 1348). (Bibl. lmp. Mss. Brequig.nv, 28 ; Moreau, 638, p. 251.)

Cette date du 20 août, consacrée, de bonne heure, par tant de libéralités de la part du roi d’Angleterre envers les habitants d’Aiguillon et des alentours, offre quelque chose de singulier, quand on songe qu’elle s’applique également à la levée du siég’e d’Aiguillon par les Français. Peut-être la coïncidence que je signale est-elle un pur effet du hasard ; mais, de prime-abord, l’esprit en est frappé, et, à la longue, il s’habituerait volontiers à y voir l’intention de perpétuer le souvenir d’un événement dont la France ne pouvait tirer aucune espèce de gloire.

Gaillard Michol avait fidèlement servi l’Angleterre en diverses occasions et notamment aux sièges de Saint-Macaire et d’Aiguillon : pour le punir d’avoir ainsi embrassé et servi le parti ennemi, les Français détruisirent ses propriétés, dont il estimait le revenu à deux cents florins à l’écu. Ses terres, ses vignes , tout paraissait ruiné pour vingt ans. Dans cette triste situation. Gaillard Michol supplia le roi d’Angleterre de lui donner, sa vie durant , l’office appelé le vij cirage et la criée dans la cité de Bazas, dont le produit n’excédait pas six livres sterling par an. Édouard III, par lettres données à. Westminster, le 26 juillet 1348, chargea le sénéchal de Gascogne de faire une information à ce sujet, et de lui en adresser le résultat (1). •

(1) Rex senescallo.... Vasconie.... saluteni. Supplicavil nobis Gaillardus

Michol . quocl, cum oninia terre, tenemenfa, redditus, possessioues et

vinee sue, que ad valorem ducentorum florenorum de scuto, ut dicitur, se extendebant per annum. ratione servicii sui et adliesionis sue parti nostre, per inimicos nostros Ffraneie destructa penitus fuerint et consumpfa, ac proficua terrarum, teneraentorum, reddituum, possessionum et vinearum eorumdem per viginti annos et amplius, occasione predicta, folaliter amiserit, ac idem Gaillardus, in servicio nostro, in obscssionibus villarum de Sancto Makario et de Aguyllon, ac alibi in ducalu... Aquitanié, ad sumptus sues proprios diu steterit, ut asserit, velimus ci... officium vocalum le Vigeirage et la Crié, in civitatc nostra Vasalensi , quod quidem officium ultra valorem sex librarum sterlingorum per annum se non extendit, ad terminum vite sue habendum concedere gratiose : Nos... vobis mandamus quod;.. habita... informacione... de eo quod per informacionem hujusmodi inveniri contigerit reddatis nos... certiores... Apud Westm., XXVt die julii (26 juillet 1348). (Bibl. lmp. Mss. Brequig.nv, 75, f® 200.)

Arnaud Guasbert de Goul, dit Lobasco, sei^eur de Puyguilhem, avait succombé h Aiguillon, après avoir compromis tous ses biens au service de l’Angleterre. En récompense de ce dévouement, le comte de Derby, étant à La Réole, le 7 août 1346, donna, comme nous l’avons vu, à Bertrand de Goût, seigneur de Puyguilhem, fils du défunt, la prévôté de Dax, que son père avait tenue (1).

C’est aussi pour avoir servi constamment avec fidélité, au siège d’Aiguillon, que le bâtard Amanieu de Montpezat reçut du roi d’Angleterre les biens des rebelles situés dans la seigneurie de la ville de Sainte-Radegonde , autrement Anymulle, non loin d’Aiguillon: le donataire devait en jouir sa vie durant, si, pendant ce temps, ces biens demeuraient sous la main du Roi, et à condition qu’ils n’auraient pas été l’objet d’une donation antérieure. Les lettres d’Édouard III sont datées à Westminster, le 13 août 1348 (2).

Une rente de vingt livres sterling fut accordée à Guillaume de Montendre, pour avoir servi pendant le siège d’Aiguillon (3).

Une autre rente de trente livres sterling fut accordée à Bertrand d’Espagne , chevalier, pour avoir fidèlement servi

en Gascogne et dans Aiguillon, pendant le siège (4).

(1) Voir ci-devant, p. ^46.

(2) Rex omnibus... saluteni. Volentes dileclum nobis Anianevum de Monte Pesato, Bastardum, pretextu boni servicii sui nobis liactenus, tam in obsidione ville de Aculeo, quant alibi, iinpensi et imposterum impendendi, favore prosequi gratioso, dedimus ci et concessimus bona rebellium infra honorem ville Sancte Radegundis alias vocale Anymulle ju.\ta dictam villam de Aculeo existencia, habenda ad tolam vitam suam, si bona,illa in manu nostra tanto tempore debcant rcmanere, dum tamen eadem bona alicui alteri nostro nomine prius data non fuerint seu concessa... Apud Weslm., tercio die augiisti (13 août 1348'. (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 75, f- 209.)

(3; 20 libras sterl. singulis annispercipiend. concess. Guillelmo de Mountendre, valleto, pro servitiis abipso impensis in villa de Aguillon, dum ea obsidione cingeroinr. Wiiids., 24 april, anno 22, Ed. 111. (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 40, f® 127. J

(4) Similis concessio (de 30 liv. sterl.) facta Bertrando d’Espagne, milili, pro bono servitio quod impendit Régi, in villa de Aguillon, et in partibus

J’ai sig'nalé, d’après la collection de Brequigny, la plus grande partie des actes de munificence qui eurent pour prétexte le siég“e d’Aiguillon. On verra là de nouveaux témoignages de l’importance que la couronne d’Angleterre attachait non-seulement à la conservation de cette place, mais encore aux conséquences de tout genre qui devaient nécessairement découler des circonstances de ce siège mémorable.

Populaire parmi les Anglais, la guerre de Guienne n’apparut, malheureusement, jamais aux yeux des Français avec ce caractère d’intérêt général qui devait, par la suite, déterminer si souvent, dans notre pays, des explosions d’une soudaineté et d’une vig’ueur merveilleuses. Le sentiment national, qui se confondit plus tard avec le sentiment dynastique , pour l’absorber et le dominer complètement, n’existait encore, sous Philippe de Valois, qu’à l'état, pour ainsi dire, personnel et local. Le lien qui rattachait les unes aux autres les diverses parties du royaume était trop faible et trop simple pour résister aux efforts habiles et persévérants qui visaient à le rompfe. La solidarité des intérêts politiques et commerciaux n’existait pas encore, et chacun de ces peuples, qui devaient finir par se fondre dans l’admirable unité française, se laissait glisser volontiers sur la pente où l’attiraient ses goûts et ses besoins.

C’est ainsi que les populations riveraines de la Dordogne, depuis Bergerac, et celles de la Garonne, depuis Aiguillon jusqu’à Bordeaux, se sentaient attirées vers l’Angleterre par la facilité d’écouler leurs produits sous le patronage intelligent et actif des Anglais ; tandis que le reste de la Guienne, le Querci, le Languedoc, etc., s’attachaient à la France, dont

Vasconie, tempore ob.sidionis ejusdem ville. Windsor, 24 april, anno 22, Ed. 111. (Bibl. lmp. Mss. Brequigny, 40, f® 127.)

la protection et le concours leur semblaient plus efficaces et plus avantageux sous une infinité de rapports. Si les privilèges accordés par l’Angleterre favorisaient les transactions commerciales dans un certain rayon autour de Bordeaux, ils étaient frappés d’impuissance, et demeuraient fatalement sans effet à l’égard des populations trop éloignées du centre commercial. Celles-ci, en effet, ne pouvaient espérer l'augmentation de leurs profits qu’au détriment des privilégiés de la première heure, c’est-à-dire les plus voisins de Bordeaux. Le prélèvement d’un droit de transit eût été illusoire pour Aiguillon , Marmande, La Réole, etc. , si les privilèges en avaient exempté les localités situées en amont d’ Aiguillon , sur la Garonne et sur le Lot ; et , d’un autre côté, réduites au simple privilège de l’emmagasinage et de la vente sur la place même de Bordeaux, ces dernières localités n’entrevoyaient aucun avantage à y transporter leurs produits, dont l’écoulement ne pouvait s’effectuer qu’à des conditions exceptionnelles, puisque le prix rémunérateur devait d’abord égaler la valeur vénale de la denrée, plus la somme des droits ou taxes locales supportés par cette denrée depuis le point d’expédition jusque sur le marché.

Ces considérations ne sont pas absolument spéculatives ; elles émanent de faits certains, et, si j’ose m’exprimer ainsi, palpables, matériels, qui servent à expliquer, en partie, la facilité , la rapidité de la conquête de Derby en Guienne. En général, il y eut molle résistance, et même soumission empressée aux Anglais, de la part des villes et localités que Bordeaux faisait vivre et prospérer; résistance, lutte énergique et le plus souvent couronnée de succès, de la part des localités et des villes dont le commerce avec Bordeaux n’était ni facile ni avantageux. Bergerac résista faiblement. Aiguillon se rendit, La Réole ouvrit ses portes ; mais Périgueux , mois Cahors, mais Gourdon, mais Agen, pour ne citer que les villes principales, s’armèrent contre les Anglais, s’imposèrent les plus grands sacrifices, et soutinrent la lutte par un dévouement local à la dynastie régnante, et aussi

parce qu'elles ne voyaient aucun intérêt réel à se mouvoir dans le cercle politique et commercial dont Bordeaux était le centre.

Si quelques villes se conduisirent autrement qu’Aig-uillon et La Réole, il faut chercher la cause de cette exception, moins dans les dispositions personnelles des habitants que dans l’énergie de ceux qui les commandaient, gens d’honheur pour qui la violation du serment prêté au roi de France était la plus indigne des lâchetés.

Rien ne prouve plus l’absence de solidarité politique, d’esprit national , que les misérables motifs invoqués par la couronne pour se procurer de l’argent afin de soutenir la guerre. On dirait que les impôts pleuvent sur les populations, moins pour en tirer les ressources nécessaires à la défense de la patrie , que pour guérir les peuples de cette lèpre administrative qui, sous les noms de sergents, fermiers, commissaires, dévorait le meilleur de la substance même du royaume. Aussi, le patriotisme se localise, le courage est, en quelque sorte, égoiste; il n’existe pas encore de raison assez supérieure pour provoquer l’immense fusion de toutes ces vertus personnelles, qui, réunies dans l’admirable vierge de Domrémi, devaient arrêter le flot envahissant de l’Angleterre, en lui disant : « T% n’iras pas pim loin ! »

Ainsi se dégage, en partie, à mes yeux, la responsabilité du duc de Normandie dans la guerre de Guienne. Impuissant â donner satisfaction aux intérêts les plus immédiats des populations qu’il s’agissait de ramener sous l’autorité de la France, le Prince engagea la lutte dans des conditions fatalement mauvaises. Le succès ne pouvait être uniquement ni la récompense de son courage , ni le prix de ses talents militaires; il dépendait surtout d’une action féconde que, seuls, les possesseurs de Bordeaux avaient alors la faculté d’exercer.

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