DE GRÉ
pue, l'hémorragie se fait et s'écoule librement dans la cavité péritonéale ; et l'abondance de cette hémorragie est en rapport direct avee l’importance des vaisseaux lésés et avec la profondeur et l'étendue de la lésion splénique elle-même.
Les ruptures proprement dites se présentent en effet sous des aspects très divers qu’on peut, d'une façon un peu schématique, classer en trois catégories : les déchirures, les dilacérations et les arrachements.
Les déchirures revètent la forme de plaies plus ou moins profondes, à bords assez nets, presque réguliers. Elles peuvent ètre très superficielles et n’intéresser que la capsule et les couches immédiatement sous-jacentes du parenchyme. Elles saignent alors généralement peu, et c’est pour cette raison que Catteloup (1) avait proposé de leur donner le nom de « ruptures sèches ». Parfois cependant, elles donnent lieu à une hémorragie abondante et Laing (2) rapporte une observation de fissure intéressant seulement la capsule splénique qui entraîna une hémorragie mortelle.
Dans d'autres cas, la déchirure pénètre au contraire assez loin dans l'épaisseur du parenchyme et se présente sous l’aspect d’une fente d'une profondeur appréciable : deux, trois, cinq centimètres et davantage. Elle peut même, comme dans l'observation de Lemoine (3), diviser la rate en deux portions « réunies simplement l’une à l’autre par un petit pont de tissu splénique entourant la région du hile ».
Quelle que soit leur profondeur, les déchirures sont assez
(1) Catrezour, Mém. de méd., de chir. et de pharm. milit., 1851. {2) Lac, The Lancet, 1904, I, p. 1122.
(3) Lemoine et Lévèque, Bull. et mém. de la Soc. anatomique, 1907, juillet, p. 511.
souvent multiples. Elles se disposent alors sous forme de figures variables : en Y, en T, en V, en étoile, etc.
Les dilacérations, comme leur nom l'indique, sont caractérisées par ce fait que le parenchyme splénique se trouve détruit sur une étendue plus ou moins considérable, Dans les cas extrêmes, la rate tout entière est complètement dilacérée et absolument réduite en bouillie, comme dans l'observation de Ferguson (1) où « il était impossible de reconnaître ce qui revenait aux caillots sanguins et ce qui appartenait au tissu splénique ».
Plus souvent, la lacération est localisée à un point limité de la surface de la rate, soit sur une des faces, soit à une des extrémités. C'est ainsi que dans une observation de Blauel (2), le pôle inférieur de la rate se trouvait complètement détruit.
Dans les arrachements, un fragment plus ou moins volumineux du parenchyme splénique se trouve complètement séparé du reste de la rate et nage libre au milieu du sang épanché dans la cavité péritonéale. C'est ainsi que dans une observation de Lambotte (3), on trouve l’hypochondre gauche rempli de caillots au milieu desquels flotte un gros morceau de rate. Dans l'observation de Mixter (4), on rencontre quatre morceaux de rate libres de toute connexion dans la cavité péritonéale; ce qui reste de l'organe pend, dilacéré, à quelques vaisseaux du pédicule. Enfin, dans les cas de Schônwerth (5) et de Borelius (6), les lésions sont encore plus prononcées, et
(4) Fereusox, Annals of Surgery, 1902, XXXVI, p. 465.
(2) Buauez, Münchener med. Woch., 1907, BIV, p. 394, obs. I.
(3) LamsorTe, Aun. de la Soc. de méd. d'Anvers, 1904, p. 336.
4) Mixrer, Ann. of Surg., 1901, XXXIII, p 713.
( (5) SœHônwerTH, Deutsche med. Woch., 1902, I, 25, p. 446. (6) Boreuius, Zertschr. für klin. Med., 1907, t. LXII, p. 68.