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JALAP TUBÉREUX

En parcourant les écrits des premiers naturalistes on trouve fréquemment la mention de la Scammonée et du turbith, mais nulle part il n’est question du jalap. Originaire de l’Amérique du sud, ce dernier produit n’est venu à notre connaissance qu’à l’époque de la découverte du nouveau continent, importé pour la première fois en Europe par les religieux de Saint-François, compagnons de Fernand Cortez. Son entrée en théra-

peutiquedate donc du seizième siècle, etleTalonpalt des Mexicains devient le rharbarbarum indicum de leurs conquérants.

La nouvelle drogue ne tarda pas à fixer l’attention des savants de l’époque. Les auteurs qui attribuent à Monardès la priorité pour la mention dujalap s’appuient sans doute sur le témoignage de Carolus Clusius, traducteur de l’écrivain espagnol. Guibourt laisse entrevoir que le jalap de Monardès pourrait bien être la drogue qu’il désigne sous le nom de Mechoacan sauvage, plante originaire des environs de Nicaragua et de Quito. Mais la description, qui représente la racine de ce Mechoacan comme dépourvue de saveur et d’âcreté, ne semble pas réaliser les prévisions du savant auteur de l’histoire des drogues simples. Si Monardès a connu le jalap, ne serait-il pas plutôt désigné dans ces quelques lignes ainsi interprétées par Carolus Clusius : Le promontoire d’Hélène qui est dans la même contrée que Nicaragua nous envoie une autre espèce de Mechoacan bien plus actif que les autres produits de même nom et appelé pour cela ( Scamoned ). Ce n’est là encore qu’une hypothèse que nous avançons, hypothèse que paraîtrait cependant justifier ces lignes de Colin, traducteur français de Monardès : « La racine de Mechoacan domestique et sauvage « me remet en mémoire une autre espèce nouvel- « lement apportée en France, laquelle est de grand « usage parmi nous pour évacuer les eaux et séro- « si t és, »

En 1620, Gaspard Bauhin (.Produmus theat.

botan., p. 135) décrivit assez exactement la racine de jalap, mais il se trompe gravement en nommant la plante qui la produit; la dénomination de bryonia Mechoacania nigricans en donne la preuve. Cluver (Introd. géogr. 1, VI, 1634) ne fut pas mieux inspiré en l’appelant Rhubarbe noire. Il faut arriver à Ray et Plukenett pour voir le jalap rangé pour la première fois parmi les produits médicaux des convolvulacées. Tel ne fut pas l’avis de Tournefort qui, sur le témoignage de Plumier et de Lignon, attribua notre drogue à un mirabilis , à la belle de nuit. Désapprouvé par Sloane, Geoffroy et Bernard de Jussieu qui, à la suite de Ray rapportèrent le jalap à un liseron, Tournefort trouva des défenseurs de son opinion dans Boerhaave, Bergius, Spielmann et Linné qui virent dans le jalap la racine d’un mirabilis. Ajoutons toutefois que l’illustre botaniste suédois, après avoir mis en avant successivement lemirabilis jalapa et longiflora, comme plantes mères de notre drogue, revint de son erreur et rendit le jalap aux convolvulacées. L’autorité de son nom fit lo i ; la plante était donc désormais acquise à sa v éritable famille. C’était un premier pas fait dans la voie des découvertes, et vu le progrès des sciences et l’extension des relations commerciales, il faut s’étonner qu’un demi-siècle n’ait pas suffi à dissiper toutes les erreurs émises sur l’origine du jalap. Les recherches de Houston, de Thierry de

Menon ville et d’André Michaux qui, dans leurs voyages à travers l’Amérique, eurent occasion de voir la plante productrice du jalap et en donnèrent des descriptions détaillées, les expériences de Miller, qui sema dans le jardin royal de Chelsey des graines apportées par Houston, enfin les travaux d’Aiton, de Wildenow, Woodville, Lamark ne donnèrent pas les résultats que l’on pouvait espérer. Toutefois l’impulsion devint plus active, et, sans l’intervention de Desfontaines qui arrêta ce mouvement progressif, sans doute l’origine du jalap eut été acquise plutôt à la science. S’appuyant sur les données de Houston, de Linné et de Thierry de Menouville et guidé surtout par les propriétés purgatives de la drogue. Desfontaines inséra dans les Annales du Muséum un mémoire sur ce sujet, y joignit une figure et assigna à la plante ses principaux caractères spécifiques. Celle-ci n’était autre que la bryonia Mechoacania nigricans de G. Bauhin, 1 ’ipomœ macrorhiza de Michaux, le Convolvulus Jalapa de Parkinson, Ray, Houston, Miller Linné, Lamarck, Aiton, Wildenow et Woodville , le batatas jalapa de Choisy. Il ne tint pas assez compte du volume de cette racine qui peut atteindre jusqu’au poids de 30 kilogrammes, tandis que le jalap du commerce pèse rarement 500 grammes, choisi même parmi les plus beaux représentants. L’opinion de Desfontaines eut cours assez longtemps, elle ne disparut qu’en 1829 à la suite des communications

de Redmann Coxe et de Ledanois qui, par une coïncidence étrange, cultivèrent la même année le jalap officinal. Coxe en publia une description en 1830 et lui donna le nom d ’ipomœa jalapa vel macrorhiza, pour rappeler l’analogie qui, d’après lui, existait entre sa plante et 1 ’ipomœa machrorhiza de Michaux. Les deux ipomœa sont cependant bien différents, comme le fait remarquer Daniel Smith, mais la distinction échappa à l’illustre professeur de l’Université de Philadelphie. Il était réservé à M. Ledanois de confirmer la remarque de Daniel Smith; par des renseignements puisés à la source la plus certaine, je veux dire, dans la patrie même du jalap. L’honneur de la découverte lui appartient donc de droit ; sa communication, complétée par une description botanique due à G. Pelletan, nous initie à tous les détails qui intéressent l’origine de notre drogue. Je ne saurais mieux terminer cette note historique qu’en reproduisant la lettre dans laquelle M. Ledanois fait part de sa découverte à M. Chevallier, lettre lue à l’Académie de médecine, le 8 août 1829 :

« Dans les premiers mois de l’année 1827, aus- « sitôt après mon arrivée àOrizaba, ville du Mexi- « que, je m’occupai, sur la recommandation qui « m’en avait fait été faite par M. le baron de Humée boit, de la recherche de la plante qui fournit le « jalapdu commerce. Les indigènes, dans la crainte te de se voirenlever une des sources de leur fortune, ee ayant refusé toutes mes offres faites pour les en-

« gager à m’apporter cette plante , je craignais « d’échouer dans mon entreprise, lorsque, pressé « par le besoin d’argent, un Indien, qui avait l’ha- « bitude de me vendre de ces racines sèches, m’en cc apporta une assez grande quantité dans un état « imparfait de dessiccation. En lesexaminant avec « soin, je fus assez heureux pour en trouver quel- « ques-unes encore susceptibles de donner des re- (t jets. Je ne laissai point échapper l’occasion « de me procurer ce que je désirais si ardemment, «je les plantai, et, au bout d’un mois, j’eus plu- « sieurs plantes qui me donnèrent un grand nom- « bre de fleurs et quelques graines. La plante est « grêle, grimpe sur les arbres ou rampe si elle ne « trouve pas de support; pouvant résister à 3° ou « 4° au-dessous de zéro, elle est flétrie par la grande « chaleur ; aussi, pour la conserver, convient-il « qu’elle soit ombragée. Les feuilles sont lisses et « d’un beau vert; les pédoncules ordinairement « uniflores sont rarement biflores, On ne trouve « dans la capsule qu’une seule graine, très-rare- « ment deux. Les racines sont tuberculeuses. » Les différences que la description de M. Ledanois présente avec celle de M. Nuttal, insérée dans le mémoire de M. Daniel Smith, consistent en ce que M. Nuttal indique les feuilles à nervures proéminentes, à pétiole aussi long que le limbe, celle du bas quelquefois légèrement hastées, une corolle infundibuliforme. Mais les distinctions que nous venons de signaler ne sont pas assez tran-

chées pour que l’on puisse penser que la plante jalap du docteur Redmann ne soit pas de la même espèce que celle de Ledanois. Dans tous les cas, elle est bien différente, comme l’a observé Daniel Smith, du Convolvulus jalapa de Desfontaines. G. Pelletan lui donna le nomde Convolvulus officinalis, et Nuttal celui d ’lpomœa jalapa qui devint Ylpomœa purga d’Hayne et Y Exogonium purga de Bentham. Nous adopterons la dénomination d ’lpomœa purga qui répond mieux aux caractères botaniques de la plante-mère du jalap, caractères que nous résumerons ainsi :

C’est une plante herbacée,,à souche vivace, émettant des rameaux aériens et des rameaux souterrains munis de racines tuberculeuses, charnues et globuleuses. La tige est volubile, d’un brun brillant et, comme toute la plante, parfaitement lisse. Les feuilles sont cordiformes, entières, lisses, longuement acuminées, profondément échancrées à la base et un peu hastées. Les pédoncules portent une fleur, rarement deux. Le calice est gamosépale, tubuleux, persistant, à préfloraison quinconciale, à 5 divisions inégales, profondes, lancéolées, les deux divisions externes sont plus courtes, les deux internes légèrement membraneuses sur les bords, et la cinquième en partie extérieure et en partie intérieure. La corolle est hypocratériforme, colorée en rose plus ou moins foncé; son tube est deux fois plus long que le calice, à peu près cylindrique; son limbe est

étalé, muni sur la face inférieure de 5 bandes rayonnantes plus foncées, triangulaires, à sommet correspondant au sommet de chacun des cinq pétales. La préfloraison est contournée. L’androcée se compose de 5 étamines exsertes, à filets grêles, terminés chacun par une anthère étroite, biloculaire, introrse, s’ouvrant par deux fentes longitudinales. Le pistil est formé de deux carpelles soudés en un ovaire supère, biloculaire, surmonté d’un style grêle cylindrique, aussi long que les étamines, terminé par deux branches stigmatiques courtes et globuleuses. Chaque loge contient deux ovules anatropes, dressés, insérés dans le bas de l’angle interne, à micropyle dirigé en bas et en dehors. Le fruit est une capsule biloculaire, septicide; très-souvent, par suite d’avortement, elle devient uniloculaire, monosperme. Les deux graines renfermées dans chaque loge présentent un alburfien mucilagineux, un embryon courbé avec deux cotylédons plusieurs fois repliés sur eux-mêmes (G. Pelletan).

La surface glabre de toute la plante, ses feuilles toutes cordées, la forme de la corolle, sa couleur rose, la grande saillie des étamines et du pistil, la surface sans poils de la graine sont des caractères tranchés qui établissent une différence réelle entre la plante de Ledanois et celle de Desfontaines, dont les tiges sont tuberculeuses, les feuilles velues, la corolle campaniforme blanche ou légèrement jaune, De plus, les étamines de cette der-

nière ne dépassent pas le tube de la corolle et les graines sont hérissées de poils.

Suivant le docteur Schiede, Yipomœa purga ne croît pas dans le voisinage immédiat de Halapa, mais à plusieurs milliers de pieds plus haut sur les pentes orientales des Andes mexicaines, autour de Chiconquiaco et des villages voisins, et aussi près de San Salvador, sur le versant oriental du cofïre de Pérote. La moindre élévation, à laquelle la plante apparaît, peut être évaluée à 1,719 mètres. Dans cette région, il pleut presque toute l’année. Durant l’été, de belles matinées sont suivies de violentes averses. Pendant l’hiver, ces ondées n’ont pas lieu; mais elles sont remplacées par d’épais brouillards qui durent des jours et des semaines avec peu d’intervalles, tant sur les montagnes que sur leurs pentes. La plante préfère l’ombre et se trouve seulement dans les bois où elle grimpe sur les arbres et le3 arbrisseaux. Elle demande un sol végétal, riche et profond (débris de feuilles de pin, de chêne, d’aulne, etc.); et comme elle pousse à plus dé 2,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle peut supporter un certain degré de froid, e.t même de gelée pendant la nuit, suivant l’observation de Ledanois. Pendant le jour, la température moyenne qui lui convient est celle de 15 à 21 degrés centigrade. M. Boucard l’a trouvée dans la province d’Oaxaca, dans des endroits plus froids que les environs de Xalappa. Aussi a-t-on dit du jalap que, s’il avait

manqué si souvent en Europe, c’est qu’on l’avait traité comme plante de serre chaude. S’il faut en croire Mendez, cité par M. Andouard, les ipomœa purga croissent toujours deux ensemble; les cultivateurs les distinguent sous les noms de jalap mâle et de jalap femelle; particularité qui expliquerait la dénomination de jalap mâle donné par Ledanois au jalap fusiforme. La plante femelle fournirait, d’après les Indiens, le jalap tubéreux.

On récolte les tubercules toute l’année; mais il serait sans doute préférable, comme le fait remarquer le docteur Schiede, de les retirer de terre avant l’apparition des jeunes pousses, c’est-à-dire en mars ou en avril. Les racines sont mondées sur place de la petite tige qui les surmonte ; puis on les transporte dans les habitations. Les tubercules sont tantôt arrondis, tantôt plus ou moins allongés, et toujours terminés en racines avortées. Frais, ils sont extérieurement rugueux; colorés en brun foncé, presque inodores; à l’intérieur, ils sont blancs et charnus, pleins d’un suc visqueux pourvu d’une âcreté spéciale. Les plus petits sont séchés entiers ; les plus gros sont coupés transversalement ou simplement incisés de manière à rendre leur dessiccation plus rapide. Après cette opération, on les expose à la chaleur du soleil, ou le plus souvent on les dessèche au feu, mais jamais à l’ombre, dit Cadet de Gassicourt. Pour les sécher au soleil, les Indiens les étalent sur des claies, les retournent souvent pour activer

l’opération, et les abandonnent ainsi de quinze à trente jours suivant l’ardeur des rayons solaires. La douceur du climat rend bien difficile ce procédé de dessiccation; aussi a-t-on plus souvent recours au feu. On place alors les racines dans un filet, et on les suspend au-dessus d’un âtre presque toujours allumé, alimenté avec quelques morceaux de bois vert seulement, de sorte que le feu soit aussi doux que possible. Les racines se sèchent ainsi graduellement en acquérant ordinairement un aspect noirâtre et une odeur fuligineuse. Après dix ou quinze jours, le jalap est sec, et c’est alors que des collecteurs indiens l’enlèvent et le transportent à Xalapa, où il est acheté, puis expédié en Europe par voie de Yera-Cruz.

Les exigences de la consommation devenant de plus en plus grandes, les Indiens de Chiconquiaco ont alors imaginé de cultiver le jalap dans leur jardin. Les conditions d’altitude de climat et de température étant à peine modifiées, le jalap ne doit pas se ressentir beaucoup de ce déplacement; de plus, la culture présente au moins l’avantage de permettre la récolte au moment le plus favorable de l’année ; ce qui ne peut se faire qu’avec difficulté au milieu des épaisses forêts, demeure de prédilection de notre plante. Les Anglais, comprenant tout l’avantage qu’ils pourraient retirer de la culture du jalap, dont l’importation allait toujours croissant, tentèrent de leur côté d’acclimater la plante en Angleterre, et surtout dans

leurs possessions des Indes et dans certaines régions de l’Himalaya. C’est dans ce but que le docteur Royle envoya dans l’Himalaya des plantes • obtenues par la Société royale d’horticulture et par le docteur Balfour, d’Édimbourg. En 1862, M. Hambury faisait parvenir à M. Wilson, directeur du jardin botanique de Bath, à la Jamaïque, une plante de jalap; et il apprenait, au mois d’octobre 1863, que le végétal, placé à une altitude de 610 mètres, y venait parfaitement, et que le jalap pourrait être exploité dans les montagnes de l’tle, de manière à devenir un article commercial. On connaît les essais de culture tentés dans le midi de la France par M. L. Plancbon, directeur de l’école de pharmacie de Montpellier, et par M. Gustave Thuret, d’Antibes. Le climat, favorable sous plusieurs rapports, laisserait à désirer, paraît-il, au moment des fortes chaleurs; le jalap ne s’accommodant pas très-bien d’une sécheresse trop longtemps prolongée.

Description de la drogue. — Le jalap officinal ou tubéreux ( tuber jalapœ—Radix seu caudexjalapætuberosœvelponderosœ, — Jalap — Vera-Cruz, Jalap (anglais), Jalap (allem.), Tolonpalt (mexic.), est la racine tubéreuse principale ou, comme le fait remarquer M. Planchon, les racines renflées qui naissent des tiges radicantes de Vipomœa purga. Il se présente dans le commerce sous des formes et des dimensions assez variables. Ordinairement pyriformes ou napiformes, les tuber-

cules se montrent aussi quelquefois coupés en rouelles, le plus souvent en tranches qui résultent de leur section longitudinale par moitié ou par quart. On rencontre aussi des échantillons fusi-, formes ou cylindriques, ou parfois presque globuleux, lisses et comme poisseux; mais ces derniers sont rarement pleins, et leur légèreté accuse l’existence de cavités creusées par des larves d’insectes. Leur partie supérieure est d’ordinaire arrondie vers le point d’où partait la tige, tandis que l’inférieure, qui portait les radicules, se termine généralement en pointe. La grosseur moyenne des tubercules est comparable à celle d’un œuf; mais il n’est pas rare de rencontrer des morceaux, dont le volume atteint celui du poing de l’homme, mêlés aux premiers et.à d’autres plus petits. Les négociants de Vera-Cruz appellent ces derniers (limoncillos) ou petits citrons; ils nous parviennent le plus souvent entiers, ainsi que la variété fusiforme, ou du moins ils ne présentent que des entailles superficielles. Leur dessiccation facile n’a pas rendu nécessaires les profondes incisions dont sont marquées les gros morceaux, incisions pratiquées ordinairement dans le sens delà longueur. La surface extérieure des racines est comme réticulée et d’un brun foncé ou d’un gris jaunâtre clair, ou d’un gris veiné de noir sur lequel se dessinent les petites arêtes du réseau rendues plus claires par le frottement. Parfois des verrues subéreuses se développent latéralement, faisant saillie au-

dessus de l’épiderme sous forme de petits mamelons. Un bon jalap est pesant, solide, dur et souvent corné. La pesanteur et la dureté varient avec sa richesse en résine. Il devient cassant lorsque sa- conservation se prolonge trop longtemps. Si, à l’aide d’un marteau, on détermine une section, la cassure apparaît compacte, résineuse, ondulée, avec quelques cercles concentriques, et garnie de points brillants formés par la résine. Elle n’est ni ligneuse, ni fibreuse, mais nette, et offre un aspect tantôt corné, tantôt amylacé. L’intérieur des tubercules est coloré en brun noirâtre pâle ou en blanc plus ou moins sale. Une odeur de fumée caractérise les morceaux qui ont été exposés au feu. M. Ilambury rapproche cette odeur de celle du café; quoi qu’il en soit, elle est nauséabonde et exaltée par la pulvérisation. L’impression produite par le jalap sur la langue est peu sensible; mais si on l’avale, il se développe daus le gosier une saveur âcre et persistante dont on a peine à se débarrasser, saveur que l’on peut rapprocher, à l’intensité près, de celle du tabac. Cette âcreté est due à la résine contenue en proportion variable. La quantité considérable d’amidon que contient le jalap le rend facilement colorable en bleu par l’iode; sa résine fait qu’il brûle avec flamme. (G. Planchon).

En un mot, le jalap tubéreux, de bonne qualité, qui est destiné aux préparations pharmaceutiques, doit être sain, non piqué, en morceaux assez

gros, noirâtres, compactes, lourds et sans poussière, marqués d’une multitude de points brillants, d’une odeur nauséeuse, d’une saveur âcre et d’une belle cassure résineuse.

Mais, ainsi que la plupart des drogues, les tubercules de jalap sont sujets à certaines altéi'ations. La plus fréquente est due à la piqûre des larves d’insectes qui laissent la résine intacte, il est vrai, mais attaquent la partie amylacée, et, en rendant ainsi une même quantité de racine plus active, ne permettent de l'employer en pharmacie que pour l’extraction de la résine. Ces insectes examinés par Duméril, sur la demande Cadet de Gassicourt, ont été rapportés aux coléoptères (Cadet de Gassicourt, Dissert, sur le jalap, 26). Signoret ne partage pas la manière de voir de Duméril ; pour lui, le rongeur spécial du jalap est un insecte bien plus petit que le précédent et appelé par cet auteur : cryphalus jalapœ; il est presque toujours accompagné, selon la remarque deM. Andouard, du Trogosita mauritanica et de plusieurs autres perce-bois, a Le jalap piqué, dit M. Andouard, est « tantôt creusé en petites galeries, tantôt il offre « une vaste cavité parfaitement propre qui sem- « ble bien indiquer que la résine n’a pas été plus cc épargnée que le reste. » A ce sujet, l’auteur précité discute une opinion émise sur le jalap piqué, opinion qui veut que le jalap soit déjà habité et mangé de son vivant. « Je ne sache pas que la « chose ait été vérifiée, dit-il, et je crois que.des

a cavités de la dimension de celles que j’ai vues « souvent et fermées par des parois aussi minces « ne sauraient avoir été creusées dans la racine « en pleine végétation, sans que cet organe ne se « fût déformé par la dessiccation. Or ces cavités se « rencontrent précisément dans des racines de « forme régulière et absolument dépourvues de « rides profondes. Il est donc plus naturel, à te mon avis, d’admettre qu’elles n’ont été rongées « qu’après la dessiccation. » Dans le commerce, on restaure le jalap ainsi altéré au moyen d’un mucilage de gomme arabique ou de colle de pâte chargé de poudre de jalap qui en bouche les trous, mais seulement à la surface. Pour découvrir la supercherie, on lave, brosse quelques-uns des morceaux suspects, de manière à mettre à nu la surface endommagée. De plus, la fraude est rendue manifeste par la légéreté delà racine et sa cassure dans laquelle on peut distinguer l’insecte ou la cavité qui lui a servi de demeure.

A la suite de cette note viennent naturellement les falsifications qui frappent la drogue qui nous occupe. Mais comme, dans la distinction du jalap vrai avec les fauxjalaps, on fait souvent appel aux caractères anatomiques, et que cette question intéresse aussi bien le jalap mâle, et celui de Tampico que la sorte officinale, il nous a semblé préférable de n’aborder l’examen des sophistications qu’après connaissance parfaite des trois sortes de jalap.

Structure micrographique. — L’étude anatomique du jalap fournit les meilleurs traits de distinction non seulement pour le jalap tubéreux mais encore pour les deux autres sortes commerciales. La plupart des caractères physiques (forme, pesanteur, couleur,) sont trop souvent en défaut pour qu’ils puissent mettre sûrement sur la voie celuiqui cherche à différencier telle ou telle espèce. La structure générale des jalaps présente, il est vrai, les mêmes éléments; mais leur localisation ou leur transformation, lui donnent une physionomie qui rend difficile toute confusion. Pour fixer les idées sur ce sujet, nous nous contenterons donc de présenter la description anatomique complète du jalap tubéreux, par exemple, que nous prendons pour type, et d’indiquer simplement, en temps et lieu, les caractères qui séparent les deux autres sortes de jalap de la sorte officinale, au point de vue de la structure.

La coupe transversale du jalap tubéreux offre les éléments suivants de dehors en dedans :

La couche la plus externe de l’écorce est représentée par le suber qui se compose de 8 à 12 rangées de cellules tabulaires, dont la coloration brunâtre s’affaiblit en gagnant l’intérieur. Au suber succède le parenchyme cortical formé de cellules très-irrégulières et étendues dans le sens tangentiel. On compte de 12 à 16 rangées de ces cellules qui ne sont bien apparentes que lorsqu’elles ont été débarrassées des grains d’amidon qui les rem-

plissent. Ces grains ne sont pas isolés ici ; ils sont réunis au nombre de 6 à 10 environ formant des masses d’aspect divers. Ils sont assez volumineux et bien caractérisés; quelques-uns sont arrondis, mais un peu aplatis, les autres ont la forme de molettes ; tous sont munis d’un hîle distinct, autour duquel on remarque quelquefois une ou deux couches concentriques (Hassal). Çà et là dans le parenchyme cortical sont disséminés des cristaux d’oxalate de chaux en rosette que l’on rencontre aussi dans les cellules subéreuses les plus internes. A ces éléments il faut ajouter des larmes de résine qui représentent le contenu de cellules spéciales qui apparaissent surtout distinctes dans l’écorce herbacée non débarrassée de son amidon. D’ailleurs leur dimension et leur coloration les différencient facilement du parenchyme qui les entoure. Ces cellules résineuses ou laticifères sont peu nombreuses et leur disposition n’accuse aucune symétrie. Il n’en est pas de même dans la couche de cellules qui fait suite au parenchyme cortical et qui s’en distingue d’ailleurs par la superposition plus ou moins régulière de ses éléments. Cette dernière particularité jointe avec son voisinage de la ligne de Cambium fait reconnaître dans cette couche, du liber constitué ici non par des fibres libériennes mais par des cellules à parois minces qui constituent du liber mou.

L’amidon n’est pas moins abondant dans cette partie que dans la couche plus externe ; quant aux

cellules résineuses elles sont en plus grand nombre, surtout près de la zone cambiale qu’elles colorent et où elles forment comme des cercles concentriques. Ceux-ci, à l’œil nu, paraissent continus, mais ils sont réellement séparés par une ou plusieurs rangées verticales de cellules libériennes.

La zone cambiale est composée de cellules sans amidon et donne naissance en dehors au liber mou et intérieurement au bois qui présente les parties suivantes :

L’élément dominant est du parenchyme ligneux, dont les cellules sont aussi remplies d’amidon et ne se distinguent bien de celles du liber que par leur position et leurs parois un peu plus épaisses. ‘Dans ce parenchyme apparaissent plusieurs rangées d’amas vasculaires largement espacés et séparés par les cellules ligneuses qui les entourent et occupent leurs intervalles ; car nulle part ne se rencontrent des fibres ligneuses. Ils sont ordinairement peu développés; on remarque toutefois dans les tubercules âgés (et cette particularité est commune aux trois sortes de jalap) deux faisceaux vasculaires bien plus considérables et presque contigus. Leur accroissement anormal a lieu sans doute aux dépens des parties voisines qui accusent une dépression plus ou moins grande de leurs éléments et donnent ainsi aux couches concentriques l’apparence de cercles rangés autour d’un point excentrique. Les vaisseaux sont à ouverture assez large et offrent sur leurs parois des ponctuations

aréolées de forme spéciale. L’aréole est ici ovale plutôt que nettement circulaire, et de plus le pore n’est pas arrondi, il paraît allongé en fente dirigée dans le sens de la longueur. Outre les amas vasculaires, on trouve dans le parenchyme ligneux des cellules résineuses soit éparses, soit plus ou moins rapprochées en certains points et représentant alors à l’œil nu des sortes de couches concentriques. Il est à remarquer que cette dernière apparence est due surtout à la présence d’une ligne jaunâtre plus ou moins épaisse qui limite supérieurement d’ordinaire les cellules résineuses.

L’existence de cette ligne a donné lieu à diverses interprétations. Un auteur allemand, Schmitt, cité par de Bary, admet que ces lignes sont autant de zones cambiales qui donnent naissance d’un côté à du suber, et de l’autre à du bois. Pour M. Trécul, ce sont des laticifères désorganisés dans lesquels la résine, en se desséchant, a produit des vides; laticifères qui, comprimés par les cellules voisines, se sont aplatis plus ou moins complètement. Qu’il me soit permis de mettre en avant une autre explication de la formation de ces lignes. L’examen attentif de cette couche décèle des lignes courtes, brisées, étendues dans le sens tangentiej, mais très-irrégulièrement, colorées en jaune brunâtre, lignes qui me semblent plutôt rappeler les parois déchirées , aplaties du parenchyme ligneux que celles des laticifères. Ces derniers n’offriraient

pas, je crois, une couche aussi continue, car on ne rencontre que rarement dans le bois deux cellules résineuses contigties; elles sont toujours séparées par un espace plus ou moins grand occupé par les cellules ligneuses. Ne pourrait-on pas plutôt voir dans ces lignes des couches d’aplatissement dues à la dépression, non des laticifères, mais des cellules du parenchyme ligneux sous l’influence des cellules résineuses qui les avoisinent. La forme irrégulière qu’affectent parfois ces dernières, forme surtout manifeste sjur la coupe longitudinale, fournit une bonne preüve à l’appui de cette hypothèse (ajoutons que c’est surtout dans les laticifères tubuleux qu’il faut étudier cette particularité). Ces vaisseaux utriculeux offrent, en effet, des renflements dans leur étendue, renflements dus sans doute à la pression de la résine qui se produit en trop grande abondance à certaines époques de la végétation. L’espace occupé par ces parties renflées est pris nécessairement sur le parench 3 'me environnant qui, moins résistant, cède sous l’effort des laticifères, et se déprime ainsi d’une manière plus ou moins complète. Les mêmes phénomènes se reproduisant dans une cellule résineuse placée à côté et sur la même ligne horizontale, on peut bien admettre que ce nouveau mouvement dépressif, joint à celui qui s’est, opéré dans les laticifères voisins, atteint non seulement les cellules ligneuses opposées à ces laticifères, mais encore celles qui s’é-

tendent sur la même ligne horizontale et dans l’intervalle de deux cellules résineuses suffisamment rapprochées. L’absence de ces lignes dans les parties où les laticifères sont épars, le peu d’épaisseur des parois du parenchyme ligneux et l’union intime de ses éléments sont autant d’arguments en faveur de cette manière de voir.

Enfin, nous ajouterons par anticipation, pour ne pas revenir sur ce sujet, que ces lignes n’existent pas dans le parenchyme ligneux du jalap de Tampico, et que cette absence coïncide avec le manque de laticifères dans la même région. Cette particularité détruit complètement l’opinion du botaniste allemand qui, d’ailleurs, semble trop préoccupé de rattacher étroitement la structure anatomique des jalaps à celle du turbith, en supposant la formation de nouvelles zones cambiales aussi bien dans le bois que dans l’écorce. Cette structure du jalap de Tampico n’infirme, au contraire, nullement la valeur des raisons que nous avons développées. Nous n’osons toutefois nous prononcer d’une manière catégorique sur ce sujet, laissant aux autorités compétentes le soin d’apprécier notre manière de voir.

Comme les laticifères jouent un rôle important dans l’histoife de la matière médicale des Convolvulacées, en tant que réservoirs du principe actif, nous croyons devoir ajouter ici le résumé des travaux de MM. Lestiboudois, Trécul, Fluckiger et G. Planchon, quiontfaitde nombreuses recherches

sur ce sujet. Ces réservoirs résineux sont de même nature, que ceux que l’on rencontre dans les Euphorbiacées et dans un grand nombre de monocotylédones ( liliacées , aroïdées). On leur a donné le nom de vaisseaux utriculeux pour les distinguer des vaisseaux laticifères vrais, dont ils représentent comme un premier état, comme un intermédiaire entre les vaisseaux et les cellules. M. Lestiboudois qui ne décrit les laticifères des Convolvulacées que dans la racine du convolvulus nerdosus, et dans Vipomœa turpethum, les signale comme composés de cellules. C’est qu’en effet, suivant la remarque de MM. Trécul et Planchon, ils sont quelquefois uniquement formés de séries de cellules distinctes. « Ainsi, à la base de la tige « aérienne, et dans le rhizome du calyst.egia se- « pium, ils conservent, dit Trécul, assez souvent « cette constitution. Tantôt les articulations de « toutes les cellules subsistent, tantôt on n’en « rencontre que çà et là à des distances plus ou « moins éloignées. D’autres fois les tubes sont cc continus sur des étendues plus ou moins gran- « des.»

Le latex des Convolvulacées est en partie soluble dans l’eau, ce qui fait qu’au contact de ce liquide les globules de latex s’altèrent et se réunissent souvent en masses plus ou moins considérables. Il existe d’abord à l’état granuleux, par exemple, dans les tubes continus provenant de la résorption des parois cellulaires. Plus tard, il de-

vient homogène, et souvent il se colore en jaune brunâtre ou orangé plus ou moins foncé, moins fréquemment il reste incolore. Après être devenu homogène, le latex diminue graduellemeut, et il finit même probablement par disparaître dans certains tubes. M. Trécul a remarqué ce changement d’aspect du latex et sa résorption dans plusieurs espèces, et surtout dans le Batatas edulis. Le suc laiteux des Convolvulacées change donc d’aspect avec l’âge. Nous ajouterons aussi que tous les laticifères d’une plante ne sont pas au même degré de développement; on peut y rencontrer quelquefois, et des laticifères encore formés de cellules distinctes, et des laticifères tubuleux pleins de fines granulations, et des. laticifères dont le latex est déjà homogène et jauni.

Composition chimique. — Cadet de Gassicourt, et après lui Gerber, ont donné une analyse complète du jalap. Le premier a opéré sur 500 grammes de racine, et le second sur 100 grammes. Voici les résultats obtenus.

Analyse «le Cadet «le Gassicourt.

Eau. 24

Résine. 50

Extrait gommeux. 220

Fécule amylacée. 12,5

Albumine végétale .. 12,5

Principe ligneux. 145,0

Phosphate de chaux. 4,02

A reporter.

Report. 468,02

Muriate de potasse. 8,118

Muriate de chaux. 0,2

Sous-carbonate de potasse. 1,882

Carbonate de chaux. 2,00

Carbonate de fer. 0,105

Silice... 2,7

Traces de sulfate de chaux./

— carbonate de magnésie.I

— acide acétique. 16 ^ 975

— matière sucrée.1

— matière colorante.. |

Perte attribuée surtout au principe ligneux.\

Analyse île Gevber.

Résine dure. 7,8

Résine molle. 3,2

Extrait faiblement âcre. 17,9

Extrait gommeux..... 14, 4

Matière colorante. 8,2

Sucre incristallisable. 1,9

Gomme et quelques sels. 10,6

Bassorine. 3,2

Albumine végétale. 3,9

Amidon. 0,00

Eau. 4,8

Acide malique et malates de potasse et fer... 2,4

Chlorures de potassium et de sodium. 1,4

Phosphate de magnésie et de fer. 1,7

Carbonate de fer. 3,00

Perte. 4,6

Le seul principe qui nous intéresse est ln résine

à laquelle le jalap doit ses propriétés médicinales. La proportion de résine est très-variable, elle oscille entre 10 et 17 0/0. Ainsi Planche et Cadet de Gassicourt en ont retiré 10 0/0, Guibourt 17 0/0, Umney 21,5 0/0, Squibb de 11 à 16, S. H. Ambler de New-York de 3,6 à 16,1 0/0, Smith 15 0/0; Hanbury de 11 à 15,8 0/0. Un jalap poussé à Bonn en donna à Marquart 12 0/0. Une racine cultivée à Munich a fourni à Widmmann 22 0/0 de résine.

W. Smith en retira de 9 à 10 0/0 de plantes venues à Dublin. Des échantillons provenant d’Ootacamund dans l’Inde donnèrent une proportion de 18 0/0. Andouard accuse une richesse de 7,65 à 14,30 dans les 10 échantillons soumis à son analyse.

Cette différence de rendement a été diversement interprétée. On lui a attribué pour cause, soit la provenance, soit la présence des vers, soit l’âge des racines, leur grosseur, soit enfin le mode de dessiccation et la culture. Les chiffres mentionnés plus haut semblent indiquer que le jalap, se développant dans des conditions autres que celles où il se trouve dans la mère patrie, n’est pas aussi riche en principe résineux et que la culture ne saurait remédier le plus souvent à l’heureuse influence du sol natal, du climat et de l’altitude. Nous connaissons déjà les effets résultant de ia présence des insectes dans notre drogue. Celle-ci privée de ses parties sucrées, mucilagineuses et amylacées et ainsi presque uniquement composée

de résine, ne saurait être mise en parallèle avec le jalap sain au point de vue de la richesse résineuse. Mais si la comparaison est ici facile à établir, il n’en est pas de même quand elle porte sur la proportion de principe actif contenu dans un tubercule plus ou moins âgé. Tout en admettant que l'âge n’a pas une influence considérable sur le rendement en résine, Guibourt pense cependant que les grosses racines sont plus riches. Ses expériences ont porté sur les différentes sortes de jalap, voici comment il opéra pour la drogue officinale. Il prit des tubercules très-jeunes, dont le plus gros égalait au plus le volume d’une petite noix ; après l’avoir réduit en poudre, il en pesa 47 grammes qu’il traita d’abord par de l’eau distillée froide, suivant le procédé anciennement indiqué par Planche. Les liqueurs lui ont donné 20,45 d’un extrait solide, très-brun et sucré. Le résidu de la poudre, séché, pulvérisé de nouveau et traité par l’alcool à 90°, a produit 6 grammes d’une résine blonde, transparente. Le même traitement, affecté à de grosses racines, lui a permis de donner le tableau comparatif suivant.

jalap moyen jalap jeune

Résine. 17,65 14,68

Cependant, d’après Mendez, les commerçants du Mexique donnent la préférence, ainsi que nous l’avons déjà dit, aux petits tubercules ou limoncillos. Reveil et Signoret se rangent à ce dernier avis. Les essais tentés par M. Andouard sur cinq

gros tubercules et cinq petits lui ont fourni des résultats parfois différents de ceux obtenus par Guibourt.

Grosses racines.

Petites racines..

Trois fois sur cinq, les petites racines ont eu l’avantage sur les grosses, dit M. Andouard, toutefois on peut remarquer que la différence qui existe entre les quantités fournies de part et d’autre n’est pas bien considérable, il est donc difficile d’admettre que les premières sont toujours beaucoup plus riches que les secondes. L’influence de 1-âge sur le développement du principe résineux n’est donc pas démontrée d’une manière certaine.

Heureusement, la différence de quantité n’entraîne pas avec elle une différence dans la qualité, et, quel que soit le tubercule qui l’ait produite, la résine de jalap tubéreux, pure de tout mélange, présente les caractères suivants. Elle est en cylindres tordus en forme de corde (Planchon), compacte, friable, et fragile comme l’aloës. Sa couleur est d’un jaune grisâtre, terne ou d’un brun rougeâtre. Son odeur est faible, nauséabonde, et caractéristique; elle se fait surtout sentir lorsqu’on échauffe la drogue ou qu’on la frotte. C’est l’odeur de la racine bien séchée, récemment pulvérisée, mais plus faible. Sa saveur est âcre, amère, très-

persistante et produit une légère contraction de l’oesophage et de l’arrière-bouche, suivant la remarque de Planche. A l’état de pureté, elle est blanche. Toutefois, dit M. Baudrimont, il ne faudrait pas considérer comme impure la résine de jalap qui ne présenterait pas tous ces caractères réunis, puisque celle qu’on trouve généralement dans les pharmacies, quoique très-pure, est d’un brun-noirâtre et souvent d’une consistance d’extrait demi-dur. Cette résine est insoluble dans l’eau et s’j ramollit seulement. Elle est très-soluble dans l’alcool, partiellement soluble dans l’éther à 56°, presque insoluble dans l’éther à 65°, le sulfure de carbone, les huiles volatiles et le chloroforme, insoluble dans l’essence de térébenthine; l’ammoniaque et la benzine à froid. L’acide et l’éther acétique la dissolvent très-bien, ainsi que l’acide azotique froid à 32° Baumé. A chaud, elle est soluble dans une solution de potasse caustique et se convertit en un acide soluble dans l’eau (Buchner), elle reste dissoute même dans un excès d’alcali, caractère qui lui est commun avec les résines de gayac et de Scammonée; mais ces deux dernières se dissolvent dans l’éther.

La préparation de cette résine consiste à dissoudre la poudre de jalap dans l’alcool et à précipiter par l’eau la solution chargée de résine. Pour cela, on épuise le jalap par de l’alcool à 80°, on distille les teintures alcooliques ; on ajoute au résidu de la distillation un volume d’eau égal au sien et on

laisse refroidir. La résine précipitée est recueillie et lavée à plusieurs reprises avec de l’eau chaude, enfin on la dissout dans l’alcool à 80° et l’on évapore la dissolution alcoolique. On obtient ainsi une masse résineuse, molle et visqueuse. On lui donne la forme de cylindres allongés qu’on enroule autour de baguettes et on les dessèche à l’étuve. La résine ainsi obtenue est brune; pour l’obtenir incolore on a proposé différents procédés qui consistenttous dans l’emploi du charbon animal. Comme cette résine blanche est plus active que la résine brune, elle ne doit pas lui être substituée sans une indication spéciale (Soubeiran).

Falsifications de la résine. — La résine de jalap du commerce est souvent fraudée avec d’autres résines, comme la colophane, la poix, la résine d’agaric et principalement celle de gayac, et quelquefois avec l’aloës. Frosini et Merletta ont ainsi caractérisé le mélange de résine de jalap et derésinede gayac. La résine de gayac, disent-ils, donne à celle de jalap une couleur noire, luisante, avec des reflets verts, une saveur âcre et aromatique qui rappelle celle du gayac; elle est plus friable et ses fragments sont plus transparents que ceux de la résine pure. La poudre fraîche ne tarde pas à verdir au contact de l’air. De nombreux procédés ont été proposés pour reconnaître la présence de la résine de gayac dans la résine de jalap.

1® En exposant la résine à la flamme, l’odeur caractéristique du gayac est rendue manifeste.

2° On fait une émulsion avec de la gomme arabique et la résine suspecte; si l’émulsion prend une teinte bleuâtre, après quelques instants, on a un indice certain de la présence de la résine de gayac, car la résine de jalap pure reste jaune dans ces conditions.

3° L’acide nitreux est aussi un réactif du gayac. On l’emploie de la manière suivante : on dissout dans l’alcool une petite quantité de la résine de pureté douteuse, on imbibe de cette solution une feuille de papier blanc et on l’expose à l’action du gaz nitreux ; une coloration bleue trahit l’addition de la résine de gayac.

4° On dissout la résine à essayer dans l’alcool ou le chloroforme et on répand la solution sur du papier â filtrer. Par l’évaporation, il se forme une tache qui, au contact de l’acide azotique prend une couleur rouge s’avivant beaucoup, s’il y a du gayac (Régnault).

5° En introduisant un peu de résine suspecte en poudre dans un tube avec de l’ammoniaque caustique, la solution devient mousseuse si la résine de jalap est mélangée de résine de gayac.

6° et 7° L’acide sulfurique donne une coloration rouge très-foncé avec de la résine de gayac pure, coloration qui devient violette par l’addition d’eau distillée; mais s’il y a aussi de la résine de jalap : l’acide sulfurique colore le mélange en rouge vineux qui passe au verdâtre par l’addition d’eau distillée (Henbard).

8° Une solution de chlore versée sur un mélange des deux résines, dissoutes dans l’alcool, produit une coloration bleue, qui e*st d’un beau vert-pâle, quand on substitue à la solution chlorée du chlorure de sodium (Peltier). Les hypochlorites de potasse et de soude donnent, suivant M. de Smedt, une réaction encore plus sensible.

9° Blacher a reconnu que la résine pure de gayac, triturée dans un mortier de porcelaine avec de l’oxyde noir de cuivre et une vingtaine de gouttes d’alcool, et additionnée de 15 gouttes d’ammoniaque, donne en moins d’une minute, une belle couleur verte, tandis que si elle est mélangée à la résine de jalap, on n’obtient qu’une coloration brune. ,

10° Pasquier Malines a proposé de reconnaître la présence delà résine de gayac dans la résine de jalap, en ajoutant au mélange du chlorure mercurique et du savon amygdalin ; la coloration bleue, qui se produit, indique la présence de la résine de ga}rac.

11° Suivant Gobby, le meilleur procédé pour déceler la résine de gayac dans la résine de jalap consiste à traiter par l’éther qui dissout la résine de gayac et non celle de jalap.

12° On dissout la résine dans un peu d’alcool à 90°; cette solution est additionnée de 2 ou 3 gouttes d’ammoniaque, puis de 2 ou 3 gouttes d’une solution saturée de sulfate de cuivre. On obtient un précipité vert-pomme en présence de la résine

de gayac seulement (J. Bouis); mais la même solution alcoolique, à laquelle on ajoute 2 ou 3 gouttes d’acide prussique médicinal et autant de sulfate de cuivre dissous, prend une belle couleur bleue, si la résine de gayac contient un mélange.

13° Buchner a donné un procédé qui permet de reconnaître non seulement la résine de gayac, mais encore les résines de pin et de colophane, procédé basé sur la réaction suivante. Si la résine de jalap est dissoute dans une solution de potasse au moyen de la chaleur, cette solution ne donne pas de précipité par l’addition de l’acide sulfurique ou chlorhydrique. Pour faire cet essai, on prend une petite quantité de résine suspecte et on la dissout dans la potasse diluée ; la production d’un précipité dans le liquide additionné d’acide sulfurique étendu indique la présence d’une résine étrangère qu’il reste à caractériser. Si on a affaire à de la colophane ou à de la poix, on décèle ces deux substances de la manière suivante :

Pour la colophane, on agite une portion de résine à essayer préalablement pulvérisée avec une petite quantité d’essence de térébenthine rectifiée, et l’on fait tomber quelques gouttes de la liqueur claire sur une feuille de papier ; si la résine ne contient pas de colophane, l’essence, en s’évaporant ne laisse pas de tache.

La présence de la résine d’aloës dans celle de jalap a été constatée à plusieurs reprises et bien caractérisée par E. Daenen.

La résine d/agaric peut être reconnue au moyen de l’éther qui Ja dissout complètement; ou encore au moyen d’une petite quantité d’eau bouillante avec laquelle elle donne un liquide visqueux, coagulable par l’eau froide.

Composition chimique de la résine de jalap tubéreux.

Les recherches de Trommsdorff, Gœbel, Buchner, Herberger, Kayser, Sandroelt et Mayer ont amené ces savants à découvrir que la résine de jalap officinal renfermait deux principes différents, l’un soluble dans l’éther, l’autre insoluble dans ce liquide. Le premier était la jalapine, le second représentait la convolvuline de Mayer. Ces deux principes sont homologues, dit Mayer, car ils donnent, après traitement par l’acide chlorhydrique, des corps qui ne diffèrent entre eux que par(C‘H‘). Leurs propriétés chimiques lesi'angent dans la classe des glucosides. Lajalapine forme les 3/10 de la résine de jalap tubéreux, la convolvuline paraît être le principe le plus actif, il est ici le plus abondant. Nous donnerons en quelques lignes les principales propriétés de ces deux principes résineux.

La convolvuline est une résine incolore, transparente, qui donne, lorsqu’on la pulvérise, une poudre semblable à la gomme arabique. Elle est sans saveur et sans odeur; ni l’eau ni l’éther ne la dissolvent; l’alcool, au contraire, la dissout faci-

lement. Humide, la convolvuline fond au dessous de 100°; mais, lorsqu’elle est sèche, elle ne commence à se ramollir qu’à 141° et c’est seulement à 150° qu’elle fond en un liquide transparent et un peu jaune. Les solutions manifestent une réaction légèrement acide. La convolvuline bien divisée se dissout facilement dans les solutions alcalines chaudes en se transformant en acide convolvulique. Dissoute dans l’alcool et soumise à l’action d’un courant de gaz chlorhydrique, la convolvuline se dissout en glucose et en acide convolvulinolique. La réaction peut être représentée par l’équation suivante :

c « H »o 0 3» j io HO = 3 -f- (C M H ,4 0 # )

Ce dédoublement peut être provoqué par l’émulsine.

La jalapine a une composition qui peut être représentée par la formule C“H M 0 M . C’est un homologue de la convolvuline, et elle est identique à la scammonine. C’est une substance insipide, amorphe, incolore, translucide, complètement anhydre et cassante même à 100°. Elle fond à 150° en un liquide jaunâtre et transparent. Elle est peu soluble dans l’eau, soluble en toutes proportions dans l’alcool ; l’éther, la benzine, le chloroforme et l’esprit de bois la dissolvent aisément (Mayer). Les bases solubles dissolvent la jalapine en la transformant en acide jalapique ; mais les acides ne la reprécipitent plus. Les acides minéraux la dédoublent à chaud

en jalapinol et en glucose; on exprime ainsi ce dédoublement :

(C 68 H 56 0 3> ) + 6 HO = 3 (C ia H ls O‘’) 4- (C 3, H**O e ) La jalapine existe surtout dans le jalap fusiforme, dont elle représente l’unique principe résineux.

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