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JALAP DE TAMPICO

En 1862, une maison de commerce du Havre confiait à Guibourt le soin d’examiner des échantillons provenant de 36 balles de drogues expédiées de la Nouvelle-Orléans sous le nom de racines de jalap. Le savant pharmacologiste y distingua deux sortes de produits. 35 balles étaient remplies de tubercules qui n’avaient de commun avec le vrai jalap que le nom ; il donna à cette drogue la dénomination de faux jalap de la Nouvelle-Orléans et la rapporta à Y Agave Americana. La 36 m ® balle contenait une autre racine que Guibourt appela jalap digité minùur pour la distinguer d’une autre variété à tubercules plus volumineux (jalap digité majeur) qu’il eut l’occasion de voir chez M. Garnier droguiste à Paris. Une note publiée à ce sujet en 1863 nous donne une description détaillée des deux variétés de jalap digité, mais elle ne fournit aucun renseignement certain sur son origine. Le pharbitis cathartica mentionné dans le Prodomus de De Candole (tome IX, p. 362) puis le Tacuaché d’HermandezRecchi et enfin Yipomœa mestillanica de Choisy sont successivement mis en avant comme plante-mère probable du jalap digité. Dans' sa thèse sur les convolvulacées pur-

gatives, M. Andouard nous apprend que le jalap digité de Guibourt n’est autreque la substance qui paraît sur les marchés sous le nom de jalap de Tampico et qui pourrait bien être la racine du liseron dont M. Boucard lui a donné la description, trop incomplète malheureusement pour fixer ses idées sur ce sujet. Ce n’est qu’en 1869 que nous trouvons dans une note publiée par D. Hanbury une description complète de la plante productive de notre drogue. Le pharmacologiste anglais nous communique ainsi sa découverte dans le journal de la société linnéenne (1869) :

« La situation précaire duMexique etles fluctua- « tions du commerce ont produit successivement « la hausse et la baisse du prix des jalaps et facilité « l’importation de succédanés, dont les propriétés « se rapprochent plus ou moins de celles du vrai (c jalap. Parmi ces produits, on distingue des tu- « hercules importés de Tampico, il y a quelques « années et livrés au commerce sous le nom «de jalap de Tampico. L’origine botanique de « cette sorte de jalap et les lieux de production «étaient inconnus jusqu’à ce jour.» Désireux de posséder quelques renseignements à ce sujet, M. Hanbury les demanda par lettre à M. Hugo Finck, vice-consul prussien à Cordova (Mexique). M. Finck répondit d’abord qu’il était fort probable que le jalap de Tampico n’était autre que la racine du batatas jalapa (Choisy) connue dans le Mexique sous le nom de purga macho. Mais,

après plus amples informations, il annonça que la plante-mère de cette drogue venait des Etats de Guanajuato, où elle croît le long de la Sierra Gorda, dans les environs de San Luis de la Paz. C’est dans cette ville et dans les villages voisins que les Indiens vendent le produit de leur récolte qui de là est transporté par des muletiers à Tampico, où il constitue 1 epurga de Sierra Gorda des Mexicains. Les essais tentés pour se procurer la plante restèrent pendant longtemps infructueux. M. Hanbury reçut enfin un lot de tubercules frais conservés dans un mélange de terre humide et de détritus végétaux. L’un de ces organes donnait encore des signes de vitalité. Placé dans une serre et entouré de mille soins, il donna naissance à une plante vigoureuse qui entra en floraison au mois de septembre. Une étude approfondie des principaux organes de cette plante fit reconnaître à Hanbury une convolvulacée appartenant au genre ipomæa, dont il trouva la mention et la description dans une publication de Martens sur les convolvulacées de Galeotti, publication insérée dns le Bulletin de l’Académie royale de Beuxelles (tome XII, p. t. 2, 1845, page 257). Mais cette plante n’avait pas reçu de nom spécial ; aussi M. Hanbury proposa-t-il de l’appeler ipomæa simulons. Cette dénomination spécifique fait allusion à la similitude remarquable que la plante présente dans son feuillage et ses caractères avec l 'ipomæa purga ; mais elle ne rappelle nullement la ressem-

blance des tubercules. La corolle en entonnoir et les bourgeons fleuris pendants de Vipomœct-simulons sont tout à fait différents des parties correspondantes de Yipomœa purga et fournissent un excellent indice de distinction de la nouvelle espèce qui est moins riche en résine et moins purgative que la sorte officinale. On peut résumer ainsi ses caractères botaniques :

Racine napiforme ou subglobuleuse, charnue, large, fibrilleuse à la base. Tiges herbacées, grêles, volubiles. Feuilles très-glâbres, ovales, acuminées, cordées ou sagittées. Pédoncules axillaires, pendants, portant une seule fleur ou deux boutons, dont l’un ne se développe pas; sépales ovales, obtus. Corolle infundibuliforme, rose, marquée de stries plus pâles. Capsule dépassant le calice, conique, biloculaire, à 4 valves coriaces. Semences glabres. Elle habite dans les Andes Mexicaines nommée Sierra Gorda, la province de Guanajuato, près d’Oaxaca, dans un pays froid, à 2800 mètres du niveau de la mer. (On a species of ipomæa affording Tampico Jalap by Daniel Hanbury. Linnean Society’s Journal botany, vol. XI, Traduction).

Description. — Le jalap de Tampico se présente dans le commerce sous des formes et un volume assez variables. Les tubercules sont isolés, quelquefois ou le plus souvent réunis 2 ou 3 ensemble. Les premiers sont les plus volumineux et représentent le jalap digité majeur de Guibourt. Leur

forme est ordinairement celle d’un navet arrondi; ils sont aussi allongés et terminés en pointe à leurs deux extrémités. Les tubercules réunis sont plus ou moins fusiformes et écartés les uns des autres, parfois presque horizontaux et toujours terminés par une pointe qui tend à se relever vers la partie supérieure. Les plus gros morceaux ne dépassent pas 2 cent, de diamètre sur 8 cent, de longueur; les dimensions sont ordinairement beaucoup moindres et le poids n’est quelquefois que de 4 à 5 grammes, tandis qu’il peut s’élever à 500 gr. dans la variété à racines isolées. La dessiccation a creusé de profonds sillons à la surface de ces tubercules, les disséminant plus ou moins irrégulièrement. La surface est d’un gris noirâtre, mais les parties proéminentes deviennent blanchâtres par suite du frottement. Ce jalap accuse une pesanteur spécifique inférieure à celle de la sorte officinale; de plus, les vides nombreux, qui existent surtout dans les couches périphériques, ajoutent à sa légèreté. La cassure est cornée ou amylacée, blanche au centre et grise à la circonférence avec un indice de deux cercles plus marqués, maison n’y découvre aucune fibres ligneuses. Suivant M. Edwards, le jalap de Tampico a une odeur de charbon de tourbe provenant sans doute de l’usage de la tourbe dans la dessiccation de la racine. Cette odeur serait caractéristique et persistante même après un long séjour de la racine dans une étuve. Elle est très-

sensible dans la poudre, moins dans l’extrait et la résine; ce qui fait dire à M. Edwards que cette particularité pourrait bien avoir son explication dans la présence d’une huile volatile qui existe aussi dans d’autres convolvulacées.

En somme, la structure interne des tubercules s’éloigne de celle du jalap fusiforme et ressemble beaucoup à celle de la sorte officinale. Certains morceaux ne peuvent même pas être distingués à première vue de ces derniers, dont ils ont aussi la saveur; mais leur légèreté, leurs nombreuses lacunes et l’absence de nombreux cercles résineux fournissent de bons caractères distinctifs.

Structure anatomique. — Elle ne présente pas de nombreuses différences spécifiques avec celle du jalap tubéreux. Les principales sont les suivantes :

La localisation des laticifères est bien distincte. Les cellules résineuses n’existent que dans le parenchyme cortical et dans les rangées les plus externes des cellules libériennes et manquent complètement au voisinage de la ligne de cambium et dans le bois. De plus, cette dernière partie est uniquement composée de parenchyme ligneux et d’amas vasculaires ; les fibres ligneuses font ici défaut, comme dans le jalap tubéreux. L’absence de cellules résineuses dans le bois coïncide, comme nous l’avons déjà dit, avec le manque de couches d’aplatissement que nous avons étudiées précédemment. Telles sont les particularités les plus

intéressantes que l’on rencontre sur la coupe transversale du jalap de Tampico.

Composition chimique. — La première analyse du jalap de Tampico est due à Guibourt qui en a retiré 3,9 0/0 de résine, et 28,07 0/0 de mélasse très sucrée. M. Andouard en a dosé deux échantillons qui contenaient l’un 4,15, l’autre 5 0/0 de principe résineux: mais d’autres échantillons lui ont fourni 10,60 et 14,10 0/0 de résine; ajoutons toutefois qu’on les avait choisis avec un soin particulier pour entrer dans la collection de M. Signoret.

Dans une communication faite à la Société de pharmacie de Londres, M. A. Southal a donné les résultats fournis par l’analyse de divers échantillons de jalap de Tampico. 11 accuse une proportion de 33 0/0 de résine; mais, comme le fait observer M. Smith, la résine extraite par M. Southal n’était ni' pure ni desséchée. Suivant M. Umney, le jalap de Tampico de l r0 qualité ne lui a pas cédé plus de 12 à 15 0/0 de résine, et il ajoute que la proportion ne s’est pas élevée à plus de 2 à 3 0/0 en plus, quand l’essai a été effectué sur des morceaux choisis. M. Evans a laissé aussi une analyse comparative du jalap officinal et du jalap de Tampico; il a représenté ainsi la composition de leur extrait alcoolique :

Extrait «le Jalap officinal.

Résine insoluble dans l’éther.

Résine soluble dans l’éther. 0,0 0/0

Sucre de raisin soluble dans l’alcool. 9,0 0/0

Extrait «le Jalap clc Tampico.

Résine soluble dans l’éther. 7,0 0/0

Résine insoluble dans l’éther. 6,00 0/0

Sucre de raisin soluble dans l’alcool. 26,0 0/0

Ces résultats démontrent que la proportion de résine contenue dans le jalap digité, subit de grandes variations, suivant que l’on s’adresse à telle ou telle variété. Guibourt avait déjà constaté cette différence de rendement, en cherchant à se rendre compte si l’âge des tubercules de Tampico pouvait influer sur la richesse en principe actif. Pour cela, il avait pulvérisé un tubercule de jalap digité mineur et en avait épuisé 11 gr. 50 par de l’alcool à 85°. La teinture alcoolique distillée aux trois quarts, le résidu fut étendu d’eau. La résine précipitée, lavée et séchée, pesa 0,44, correspondant ainsi à une proportion de 3,9 0/0. Le même traitement affecté au jalap digité majeur fournit 7,38 0/0 de résine. L’âge aurait donc sur le rendement une influence plus grande dans le jalap de Tampico que dans les deux autres sortes où elle est à peine sensible.

En somme, la proportion de principe actif oscille dans les sortes commerciales de 4 à 8 0/0. Mais cette quantité de résine correspond-elle à un égal poids de résine de jalap tubéreux? Guibourt et Andourd lui reconnaissent des propriétés purgatives, mais moins prononcées que celles de la

résine officinale. De même, M. Umney ne veut pas admettre, avec M. Southal, que les deux jalaps et leur résine respective possèdent la même activité thérapeutique. Telle est aussi l’opinion de M. Y. Hanbury et de M. Spirgatis. Aussi Guibourt pose-t-il comme conclusion que le jalap de Tampico ne doit être admis pour aucune des préparations pharmaceutiques, si ce n’est pour l’extraction de la résine.

M. Hanbury a nommé Tampicine la résine qu’il a extraite du jalap de Tampico. Les propriétés de cette substance la rapprochent beaucoup de la convolvuline; elle s’en distingue cependant, parce qu’elle est soluble dans l’éther. Elle appartient, comme la convolvuline et la jalapine, à la classe des glucosides. C’est une résine incolore translucide, ne possédant ni odeur, ni saveur; elle est insoluble dans l’eau, mais elle se dissout dans l’alcool et dans l’éther. Elle fond vers 130°. L’acide sulfurique la colore en jaune, puis la dissout en prenant une coloration rouge. Elle n’est pas précipitée par les sels-métalliques. Sous l’influence des bases puissantes, elle se transforme en acide tampicique, en fixant de l’eau; par les acides étendus elle se dédouble à la température de l’ébullition en acide tampicolique et glucose.

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