PRODUITS SECONDAIRES DES CONVOLVULÉES
Les trois drogues que nous venons de décrire (Scammonée,jaiap et turbith) représentent, avonsnous déjà dit, les plus importants et presque les seuls produits des Convolvulacées médicinales. Nous ne saurions toutefois passer sous silence certaines Convolvulées qui, bien que ne possédant pas des propriétés aussi marquées, ont cependant leur intérêt médical, surtout dans les pays où elles croissent. Nous mentionnerons donc les espèces les plus connues des genres suivants : ipomœa, cressa, evolvulus, pharbilis et convolvulus qui seuls fournissent quelques drogues à la matière médicale.
Ipomæa angulata (Lamarc), Liane à Cochon. — Cette plante, suivant M. Lepervanche Mezières, est employée avec le plus grand succès comme purgative à l’île de la Réunion. La dose, employée à Bourbon, est d’une petite poignée de tiges que l’on écrase dans un mortier et que l’on fait infuser. On administre l’infusé dès qu’il est refroidi.
1POMÆA TUBEROSA, AMARA, ASACRIFOLIA. — Les graines de ces trois plantes sont d’usage, à la Mar-
tinique, dans la médecine purgative. La dernière est même réputée cathartique et porte le nom de patate des bords de mer. Ces trois produits figuraient à l’Exposition universelle de 1878 parmi les drogues des Colonies.
Evolvulus alsinoides. — Cette plante est employée comme antidyssentérique dans nos possessions de la Cochinchine. Comme les trois précédentes, elle ne nous est connue que depuis
Cressa cretica. — C’est une plante fort petite dont les fleurs sont jaunes et la tige très-rameuse, couchée et étalée par terre. Elle habite toute la région méditerranéenne, particulièrement, au rapport de Bory de Saint-Vincent, dans l'Andalousie, où on la brûle avec les autres plantes destinées à faire de la soude. Elle a une saveur salée et astringente et possède des propriétés diurétiques.
Pharbitls nil (GhoisyJ, Convolvulus nil (Linné), Nil ou Kaladana. —Le nom générique fait allusion à la beauté et à la variété de couleurs qui ornent cetteplante et celles de mêmegenre. Le mot nil est aussi celui par lequel on a désigné l’indigo dans l’Inde. Le pharbitis nil est une plante annuelle, volubile, à grande corolle bleue, qui croît dans les régions tropicales des deux hémisphères. Les médecins arabes, depuis une époque trèsreculée, administraient les graines de cette plante sous le nom de Habbun-nil en qualité de cathartique.
La forme de ces graines, suivant M. Hanbury, est celle qui résulterait de la division perpendiculaire d’un corps à peu près sphérique en six ou huit segments presque égaux. Leur dos est seulement un peu moins régulièrement convexe. Une centaine de ces graines pèse environ 6 grammes. Il en existe une variété plus petite, importée de Calcutta, dont 100 graines ne pèsent pas plus de trois grammes. Elles sont d’un noir foncé, sauf au niveau de l’ombilic qui est brun et un peu velu.
Le principe actif des semences de Kaladana est une résine soluble dans l’alcool, insoluble dans la benzine et dans l’éther. Cette substance a été introduite dans la matière médicale indienne, sous le nom de Pharbitine. C’est une résine friable, d’un jaune clair, semblable à la résine de jalap purifiée. On a introduit, dans la pharmacopée de l’Inde, non seulement la résine, mais encore une poudre composée. Les indigènes mangent aussi, pour se purger, les graines de Kaladana rôties (Hanbury).
Batatas EDULis(Choisy), Convolvulus batata (Lin)., Batate ou Patate comestible. —La patate, originaire de l’Inde, est aujourd’hui cultivée et naturalisée dans presque toutes les parties chaudes du globe. Les racines tubéreuses et charnues sont fusiformes, rouges, violacées en dehors, blanches intérieurement; cependant il y a des variétés à racine jaune ou blanche extérieurement.
La patate est l’Apichu des Péruviens et le Maby
des Caraïbes. Ces peuples appellent Camicha la patate blanche , Hucleronum la patate dite à Mamzelle, Alata la patate marbrée, Jahuira la verte, Hueleche celle qui est rouge en dehors et jaune en dedans.
Les tiges du batatas edulis sont très-grêles, herbacées, volubiles ; celles qui s’étalent à terre s’y enracinent de distance en distance; elles portent des feuilles alternes, pétiolées, cordiformes ou hastées, quelquefois trilobées. Les fleurs, blanches au dehors, sont portées sur de longs pédoncules axillaires, au sommet desquels elles sont réunies plusieurs ensemble.
La patate croît naturellement dans les deux Indes, où elle est recherchée pour l’alimentation des hommes et même des bestiaux. Mais bien qu’elle ait besoin pour le développement de sa végétation d’une température thermale et de l’influence atmosphérique de la zone torride, on est cependant parvenu à l’acclimater sous un ciel moins brûlant, en ayant soin d’éviter une transition trop sensible et trop brusque de température. On cultive en Europe deux variétés principales de patate : l’une à racine jaune ou blanche qui est la moins estimée, et l’autre à tubercule d’une couleur lie de vin ou rouge-carminé. Cette dernière espèce infiniment préférable est de meilleur goût. Les plus estimées sont celles dont la pulpe est sèche, farineuse, d’une blancheur éclatante et de la saveur sucrée des meilleurs marrons,
On fait moins de cas de celles dont la pulpe est grasse, jéfune et comme sirupeuse et de l’espèce qui est filandreuse.
La patate fournit beaucoup de fécule amylacée, un sucre incristallisable, du gluten et de l’amidon. Sous le rapport de l’économie domestique, la patate est infinément supérieure à la pomme de terre, soit par sa saveur délicate, soit par la quantité de sa fécule. Elle renferme aussi beaucoup plus de parties nutritives. Elle est plus légère et contient moins d’eau et de gaz. On la mange ou bouillie avec de l’eau ou rôtie sous les cendres chaudes; ce qui lui conserve sa saveur sans altération. On en fait d’excellent pain. Les Indiens extraient la fécule au moyen d’une grage ou râpe de fer blanc sur laquelle on use la patate. On prépare aux colonies à St Domingue, des boissons avec les patates ; l’une est appelée ouycou, l’autre Maby, du nom de l’espèce de patate qui la fournit.
La fécule de patate se donne aux malades et aux convalescents, préparée avec le bouillon gras. Elle est de plus résolutive et propre à être employée en cataplasmes contre les tumeurs inflammatoires. Dans nos colonies des Antilles, où elles sont trèscommunes, on compose avec leur substance plusieurs médicaments. Par exemple, la pulpe, mêlée avec du miel et du soufre sublimé, forme un électuaire. Les bourgeons de la patate, l’herbe à charpentier, la verveine puante et les bourgeons de nombain réunis en cataplasme font
résoudre promptement les abcès. (Descourtilz).
Batatas Jalapa (Choisy), Convolvulus Batàtas (Linné). — On a attribué à cette plante successivement l’origine du jalap officinal et d u Mechoacan; et c’est à cette circonstance que cette plante doit la mention que nous en faisons ici. Quant au Mechoacan, nous savons aujourd’hui que cette racine, d'ailleurs actuellement inusitée, a été rapportée à-tort au Convolvulus Mechoacana (Rœm et Schult), et qu’elle est fournie par Yasclepias contrayerva.
Convolvulus latiflokus. — Quamoclit â grandes fleurs. — Vulg, Grande sultane — Liane à tonnelle, à courtine, à berceau. — Aux Antilles, tous les halliers sont couverts des longues tiges du feuillage et des fleurs énormes de ce liseron dont on fait des berceaux. Les fleurs éphémères de ce beau quamoclit durent à peine six heures ; elles s’épanouissent au lever du soleil et sont flétries à midi. On trouve cette plante à Saint-Domingue, dans les montagnes boisées, au sein des forêts antiques et sur le bord des torrents qui baignent une partie de leur feuillage.
Les racines de cette plante contiennent beaucoup de fécule amylacée, et les tiges sont remplies d’un suc laiteux qui produit une résine âcre. Les habitants des montagnes se servent de ce suc comme purgatif et succédané de la scammonée, à la dose de 1 gr. à 1 gr. 50 cent. D’autres font usage de la décoction des feuilles qui constitue pour eux
une médecine purgative. Ce quamoclit, outre ses propriétés évacuantes, possède des vertus résolutives et anodines. On applique son feuillage en cataplasmes, après une légère coction sur les tumeurs menacées d’inflammation.
Convolvulus macrorhizos. — Batatas macrorhiza. Liane à Minguet. — Cette plante a des racines tubéreuses, napiformes, douces au goût et remplies d’un suc laiteux. Elle offre des tiges sarmenteuses, volubiles, à feuilles digitées. La corolle est écarlate, campanuliforme, tubuleuse à la base.
La liane à Minguet se trouve assez communément dans les forêts des Mornes élevées, à la Martinique. A la suite de légères incisions, il transsude de toutes les parties delà tige un suc laiteux qui se concrète à l’air et offre un purgatif trèsactif. Lorsque la tige est sèche, soit qu’elle ait pris plus de consistance au bout d’un certain temps, soit qu’elle ait cédé à la violence des ouragans, elle offre à sa cassure une résine très-brillante. Les nègres coupent les tiges vertes en biseau, de la longueur de 2 ou 3 pouces; ils placent ces morceaux dans une auge vernissée destinée à recevoir le suc laiteux qui en sort et se concrète en une résine très-blanche. D’autres se contentent de faire sur le pied des incisions, puis de ramasser avec une spatule la résine, lorsqu’elle est coagulée. Le nom de Minguet est celui d’un ancien colon de la Martinique, dont le nom est encore aujourd’hui
vénéré. Les naturels du pays qui, dans leur médecine domestique, utilisent la liane à Minguet, déterminent la dose convenable par la longueur des deux bras du malade qu’ils veulent purger. On l’emploie en infusion, en sirop et en extrait; c’est en même temps un bon vermifuge. Cette plante figurait à l’exposition universelle de 1878, sous le nom de batatas macrorhizos, parmi les produits d’un négociant de la Martinique, M. Belanger, à qui nous devons la connaissance de beaucoup de convolvulacées exotiques en usage dans la médecine indienne.
Convolvulus pes capræ (Patate à Durand).
— Les habitants de Madagascar emploient, diton, la décoction de ce liseron pour se guérir de la gale. Les créoles des îles de France et de Mascareigne, qui ont remarqué un certain air de ressemblance entre le Convolvulus Batatas et le Convolvulus pescaprœ, ont donné le nom de Patate à Durand à cette dernière espèce, parceque un certain Durand paraît avoir imaginé d’employer des amas de ses longues tiges traînantes en guise de seine pour la pêche des Crustacées et des petits poissons du rivage.
Convolvulus operculatus (Gomez). Patate purgative, Batata de Purga. Piptostegia Gomesii (Martins). — On emploie au Brésil, sous le nom de Patata de Purga, la racine de cette plante, ainsi que celle du Piptostegia Pisonis.
Martins caractérise le Convolvulus operculatus
par ses feuilles à 5 lobes palmés, dont celui du milieu est séparé des deux autres et comme un peu pétiolé. La racine de cette plante se compose, suivant Guibourt, soit d’un seul tubercule napiforme, soit de deux tubercules collatéraux, arrondis, de 5 à 6 centimètres de diamètre, et terminés chacun à la partie inférieure par deux fortes radicules. Cette racine fournit environ 12 0/0 d’une résine purgative, moins soluble dans l’éther que celle du jalap officinal.
Le Piptostegia Pisonis n’est autre que le Jeticucu des Brésiliens et le Tacuaché des Méchoacaniens. Cette plante décrite par Pison (Historia naturalis Brasiliæ Guielielmi Pisonis, 1648, Livre I, page 41') a une racine longue, charnue, d’où exsude un suc laiteux, quand on y fait une incision. Les tiges sont volubiles et faibles, les feuilles petites, cordiformes, les fleurs sont d’un blanc rosé au dehors, pourpres en dedans. Les semences sont noirâtres, triangulaires, à peine de la grosseur d’un pois. On se sert de son suc, dit Pison, comme succédané de la scammonée; on en fait des tablettes avec du sucre. Elle croît dans beaucoup de localités du Brésil et surtout dans la province de Mechoacan, où on l’a trouvée pour la première fois. Pison recommande de ne pas la confondre avec le Mechoacan lui-même qui se développe dans la même région, et dont il décrit trois espèces; l’une vénéneuse, et deux purgatives, dont la moins active est nommée Matlalitzic.
Convolvulus founé. — Cette plante faisait partie de l’exposition de M. Bellanger qui nous apprend que sa décoction sert, au Sénégal, à combattre le ténia.
Convolvulus striatus, macrocarpus, panduratus. — Ces trois liserons donnent des racines purgatives; la première est usitée en Cochinchine, la seconde aux Antilles et la troisième dans l’Amérique du Nord, sous le nom de Mechameck.
Convolvulus scoparius. —Cette plante fournit le bois de Rhodes, ou de rose ou de Chypre, remarquable par l’odeur qui lui mérite son nom, et dont l’origine fut longtemps incertaine. On le croyait originaire de Rhodes ou de Chypre, tandis qu'il vient des îles Canaries, où croît la plantemère. Celle-ci est arborescente, non volubile, à feuilles très espacées, entières et très étroites, ét à fleurs jaunâtres.
Le bois de rose se présente dans le commerce sous forme de racines ou de souches ligneuses de 8 à 11 cent, de diamètre, tantôt couvertes d’une écorce grise, un peu fongueuse et très-crevassée, tantôt dénudées. Il offre des couches concentriques assez évidentes, où l’on distingue un aubier blanc jaunâtre, et une portion centrale d’un jaune foncé, ou même d’un brun bien marqué. Ce cœur du bois est comme onctueux au toucher (G. Planchon).
D’après le savant auteur de la détermination
des drogues simples, la coupe transversale présente les éléments suivants :
« La structure de l’écorce est assez particulière. v Au-dessous des couches subéreuses, colorées en « brun grisâtre, se trouve une zone continue, assez « épaisse, de cellules pierreuses, à parois trèscc épaisses, jaunâtres. Au dessous, on trouve un « parenchyme amylacé, parcouru de fibres libécc riennes et de nombreuses lacunes allongées ou « vaisseaux laticifères remplies d’une oléorésine «jaunâtre, très-abondante. Le bois est essentiel- « lement formé de cellules ligneuses, à parois « épaisses, très-serrées les unes contre les autres, « et au milieu desquelles se trouvent très-dispersés « de rares vaisseaux à ouverture moyenne. Des « rayons médullaires formés d’une ou deux rance gées de cellules radiales traversent ce tissu ; « ces cellules renferment une matière jaunâtre, « oléorésineuse qu’on trouve aussi çà et là dans « les vaisseaux. » (G. Planchon).
Le bois de Rhodes a une odeur agréable. On en retire une essence liquide, onctueuse, jaunâtre, amère, un peu plus légère que l’eau et qui sert à falsifier l’essence de rose. Guibourt décèle le mélange en exposant les deux essences aux vapeurs d’iode. L’essence de rose ne donne pas de coloration, tandis que l’huile volatile du bois de Rhodes fournit une coloration brune.
Ipomæa. triloba (Lin.). Quamoclit purgatif.
— Liane purgative à Bauduit. Rue purgative.
— Les tiges de cette liane sont grimpantes, à feuilles alternes, cordiformes, â trois lobes inégaux. Les fleurs sont d’un beau rouge-vif. Cette liane croît à Saint-Domingue, dans les lieux humides, dans les bois frais et ombragés. Elle porte le nom de liane à Bauduit qui rappelle celui de M. Bauduit, riche habitant de la partie du cap, dans l’île de Saint-Domingue. Celui-ci découvrit dans cette liane laiteuse un suc résineux qui se coagule et possède des propriétés purgatives.
Un sirop purgatif préparé avec ce suc est trèsaccrédité dans les colonies; il porte le nom de sirop purgatif de Bauduit. On retire le principe résineux par incision des tiges et des racines. Les racines sèches, traitées par l’alcool et mises en macération produisent pour 500 grammes 120 grammes d’extrait sec (Descourtilz). Les habitants des Mornes, qui font un fréquent usage de cette plante, prennent une poignée de cette liane qu’ils coupent par petits morceaux et mettent infuser une nuit dans 120 grammes de vin, et se purgent avec le produit de l’infusion.
La dose de la racine en poudre est de 1 gramme à 1,50; celle de la teinture de 30 à 60 grammes.
Convolvulus umbellatus (Linné). Ipomœa polyanthes'. — Liane à tonnelle. — C’est une liane vivace, à tige volubile, à feuilles cordiformes, à pédoncules en ombelle et à fleurs jaunes. Cette plante croît à la Jamaïque; sa végéta-
tion est si prodigieuse que deux pieds bien entretenus donnent une tonnelle d’une demi-lieue et fournissent un ombrage impénétrable à la pluie.
La racine de ce liseron contient un principe extractif, brunâtre, insoluble dans l’alcool, de l’amidon, de l’albumine, une matière sucrée et de l’acide acétique. Tout le feuillage de ce liseron est employé comme émollient, en fomentation et cataplasmes. Les indigènes en préparent une tisane exspectorante, dont ils font grand cas.
Convolvulus PENNATUS (Linné). — Liseron empenné. Herbe à éternuer. — Le liseron empenné est remarquable par la ténuité de son feuillage et par le vif éclat de sa corolle infundibuliforme, de couleur écarlate. Cette plante croit aux Antilles au milieu des maïs qu’elle encombre. Les mystérieux kalcendals ou sorciers s’en servent dans leurs philtres, et par ce breuvage mystique font renaître l’espoir dans le cœur d’un amant délaissé (Descourtilz). La racine desséchée contient une huile volatile, irritante. Le suc de toute la plante est composé d’une résine molle et âcre, d’une matière colorante verte, d’amidon, d’albumine et d’acide malique libre (Descourtilz). Ce suc, aspiré par le nez dans certains catarrhes, les résout en excitant l’éternuement. Les feuilles pilées s’appliquent sur les vieux ulcères atoniques et sur les blessures des chevaux.
Convolvulus quinquefolius (Lam.). Liseron
à cinq feuilles ; liseron des teinturiers. — Cette plante croît naturellement aux Antilles. Ses feuilles sont palmées, à cinq lobes, glabres, dentées, sinuées; on l’appelle liseron des teinturiers, parce qu’elle fournit un principe colorant, rougecochenille, qu’on fixe aisément avec l’acide sulfurique. On emploie aussi cette plante comme vulnéraire et résolutive, et on l’applique, en cette qualité, sur les yeux affectés d’inflammation. On fait usage en embrocations de l’huile où l’on a mis bouillir les fleurs. L’infusion de feuilles agit comme sudorifique. Toute la plante verte pilée, est appliquée sur les tumeurs comme résolutive.
Convolvulus repens (Lin.). — Liseron rampant. Liseron à feuilles d’oseille . — C’est une plante à tiges grêles et traçantes, à feuilles hastées. Les pédoncules assez longs ne portent qu’une fleur d’un blanc de neige; ce liseron rampe et ne s’élève pas sur les arbres voisins, il se trouve sur le bord de la mer. Les racines fournissent un suc laiteux, âcre, qui donne un principe résineux, un principe gommeux et un peu d’extractif (Descourtilz). Elles sont purgatives et constituent un succédané de la scammonée. On en prescrit le suc épaissi, l’infusion de feuilles, les fleurs et les racines.
Convolvulus dissectus. —Cette plante, d’après Adrien de Jussieux, contient une proportion notable d’acide hydrocyanique. Aussi est-elle employée principalement à la préparation de la liqueur de noyaux.
Convolvulus ALTHÆOiDES. —Liseron à feuilles de guimauve. — C’est une plante commune dans les contrées méridionales de l’Europe. On la trouve en Espagne, en Portugal, en Italie et dans le Midi de la France. C’est un bon purgatif qui, par sa manière d’agir, peut être assimilé au jalap, Loiseleur-Deslonchamps, en préparait une teinture alcoolique qu’il prescrivait à la dose de 16 à 40 grammes.
Convolvulus soldanella (Lin.), ou plutôt Calystegia sold. Soldanelle. — Liseron maritime. Ce liseron ne se trouve que sur les bords de la mer, d’où lui vient le nom de liseron maritime ou de patate de mer qu’on lui donne aux Antilles (Descourtilz). Elle est commune sur les bords de l’Océan et de la Méditerranée. Sa tige couchée est garnie de feuilles réniformes, glabres, longuement pétiolées. Les fleurs sont roses tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et traversées au dedans par six filets blanc. Les racines de cette plante sont grêles, blanchâtres, vivaces ; elles contiennent un suc laiteux, très-âcre; sèches, elles sont amères et nauséabondes. Toute la plante est âcre, salée, et offreun purgatif actif susceptible, suivant Bodard, de remplacer le turbith et ses congénères exotiques. Loiseleur-Deslonchamps avance aussi que les convolvuli soldanella et althœoïdes sont les plantes dont les racines se rapprochent le plus par leur effet purgatif du jalap. Le suc du calystegia soldanella était employé autrefois, suivant Lobel, con-
tre l’hydropisie. Pour l’obtenir, dit Richard, on pratiquait aux racines de ce liseron des incisions, d’où il s’écoulait un suc blanchâtre que l’on recevait dans des coquilles. On se sert aux Antilles de l’extrait de ce liseron pour aider l’action des autres purgatifs. On corrige son âcreté à la vapeur de soufre. Ses feuilles, mises en macération avec du sel, du sucre et du vinaigre, offrent un précieux antiscorbutique (Descourtilz). La résine de soldanelle a une odeur légère d’huile grasse et un peu rance. Sa saveur, selon Planche, se rapporte faiblement à celle de l’ambre gris et de la vanille ; elle laisse un peu d’âcreté dans l’arrièrebouche, .mais sans y produire la constriction de la résine de jalap. Elle est soluble dans l’alcool et dans l’éther, comme la résine de scammonée et de jalap fusiforme. Elle jaunit par l’acide azotique ; mais elle est moins soluble dans cet acide que celle de scammonée; la liqueur acide se trouble légèrement par addition d’eau.
Convolvulïjs arvensis. — Liseron des champs.
— Ce liseron indigène présente une tige couchée ou s’enroulant autour des plantes voisines; ses feuilles sont pétiolées, sagittées; les pédoncules axillaires portent de une à trois fleurs roses ou blanches, souvent tout à la fois roses et blanches. Il croît dans les blés, sur le bord des routes et dans les champs. Cette plante est citée par Tournefort comme un excellent vulnéraire et un bon purgatif. On emploie principalement sa
racine. Celle-ci fraîche est grêle, fauve à l’extérieur, poreuse et résineuse au dedans, à peu près inodore et d’une saveur d’abord peu sensible, mais qui devient très amère. Sèche, elle se pulvérise difficilement, à cause de la grande quantité de ligneux qu’elle contient; sa poudre est légère, d’un gris verdâtre, et possède une saveur amère plus manifeste que celle de la racine. D’après une analyse de Chevallier, cette racine contient à peu près 5 0/0 de résine purgative; cette proportion peut s’élever toutefois et osciller entre 6 et 8 0/0.
La résine de ce liseron, récemment précipitée par l’eau, a un aspect laiteux et présente une couleur jaune verdâtre; sèche, elle est de couleur plus claire et translucide. Son odeur rappelle celle de la résine de scammonée. Elle a une saveur très amère. Soluble dans l’éther, le chloroforme, et surtout dans l’alcool, elle est insoluble dans l’eau, la benzine et l’essence de térébenthine. Les alcalis minéraux et l’ammoniaque la dissolvent assez facilement; el, comme pour la résine de turbith, cette dissolution précipite par l’addition des acides.
Suivant l’observation de Chevallier, cette résine fournit un bon succédané des résines données par les convolvulacées exotiques; et, si l’on voulait employer sa racine, il suffirait de doubler la dose pour obtenir des résultats entièrement analogues à ceux que produit le jalap. Les diverses formes pharmaceutiques et les doses em-
ployées sous chacune dé ces formes peuvent être les mêmes que pour les résines exotiques, à peu de différence près. Pour l’extraction de cette résine, on a recours soit au procédé du Codex, soit à celui de M. Mouchon que nous avons décrit précédemment.
Calystegia sepium (R. Br.). Convolvulus sepium (Lin.). Grand liseron des haies. — Cette plante représente, avec le liseron des champs, les deux liserons indigènes les plus abondants et les plus intéressants au point de vue médical. Elle a une tige anguleuse, volubile, qui s’élève très haut en se roulant autour des plantes voisines. Ses feuilles sont pétiolées,. largement ovales-sagittées. Le calice est entièrement recouvert par deux bractées larges, en cœur. Les pédoncules axillaires ne portent qu’une fleur d’un beau blanc. Cette plante croît dans les haies ombragées ; c’est la clochette, la manchette de la Vierge de nos campagnes.
Suivant M. Bodard (Mat. méd. comparée ), on peut employer les feuilles, les fleurs et la racine de ce liseron qu’il présente comme un succédané de la scammonée.
Le suc laiteux, épaissi et gommo-résineux de cette plante que nous négligeons peut-être, dit-il, parce qu’elle est trop commune, offre un purgatif drastique qui, sagement dosé, est susceptible de rendre les plus grands services dans l’hydropisie et dans l’ictère. De plus ce purgatif a l’avantage
de ne pas produire sur les intestins une irritation aussi forte que la scammonée, quoique son effet ne soit pas moins certain. Halle partage l’opinion de Bodard à ce sujet. Coste et Villemet (Mat. med. indig. 49) affirment qu’ils ont employé l’extrait de ce liseron avec un succès marqué, à la dose de 20 à 30 grains, pour combattre l’hydropisie. Ce purgatif indigène, ajoute Bodard, paraît beaucoup plus approprié aux constitutions des Européens.
Les fleurs de cette plante, prises en infusion dans une déccotion stomachique, offrent, selon Constantin, un purgatif doux, sûr et très-efficace. Les feuilles séchées à l’ombre, pulvérisées, mêlées avec du vin ou du suc d’absinthe, purgent très^ efficacement, On administre également avec succès un apozène composé de ces feuilles bouillies dans l’eau avec la chicorée sauvage, de l’oseille, un peu d’anis et des feuilles de menthe. Ces mêmes feuilles passent pour anodines et résolutives si on les applique à l’extérieur en forme de cataplasme, après une légère coction dans l’eau ou dans l’huile. Mais la racine est la partie de la plante la plus employée et la plus estimée. Cette racine est un peu plus grosse que celle du liseron des champs, contournée, blanche à l’extérieur, poreuse, résineuse à l’intérieur comme celle du liseron des champs. Son odeur est à peu près nulle, sa saveur n’est pas amère, mais nauséeuse. Sèche, elle se pulvérise facilement, car elle con-
tient très-peu de ligneux. Sa poudre est grise, fade, très nauséeuse comme la racine fraîche. Une analyse de cette racine nous a fourni 6 gr. 35 de résine et 27,6 d’extrait aqueux. Récemment précipitée par l’eau, cette résine présente un aspect très-laiteux, mais rougeâtre. Lorsqu’elle est sèche, elle possède une couleur plus foncée que celle de la résine du liseron des champs. Son odeur se rapproche de celle de la résine de scammonée. Elle est très-soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme et l’ammoniaque, insoluble dans la benzine et l’essence de térébenthine. Nous ferons pour cette résine la même remarque que nous avons présentée pour la résine du liseron des champs ; c’est-à-dire que les diverses formes pharmaceutiques, les doses employées sous chacune de ces formes et le mode d’extraction sont à peu près les mêmes que pour les résines exotiques.