‹ Étude sur les convolvulacéesChapitre 8 sur 17 · QUATRIÈME SECTION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SECTION

Convolvulées.

Les Convolvulées représentent non-seulement la section la plus importante au point de vue botanique, mais encore la plus riche sous le rapport des plantes médicinales. Aux Convolvulées appartiennent les genres ipomœa et convolvulus qui enrichissent la matière médicale gde produits si estimés.

Nous pourrions, dans l’énumération des convolvulées qui nous intéressent, suivre l’ordre que nous avons adopté dans la classification ; mais il nous semble préférable de régler notre marche sur l’importance des plantes au point de vue théra-

peutique. Ainsi, nous donnerons la priorité au liseron - scammonée ( convolvulus scammonia ) plante-mère de la scammonée; puis à la suite viendront les ipomœa, producteurs du jalap et du turbith, et nous terminerons per l’étude des autres Convoivulées qui sont susceptibles d’un emploi en médecine.

Soa inmonéo.

Historique.

L’origine de la scammonée se perd dans la nuit des temps. Recommandée par les Égyptiens à titre de purgatif drastique, prescrite par Hippocrate et Galien, mise en honneur par les Arabes qui, dans leur enthousiasme, la nommèrent Elsukmunia ou purgatif par excellence, cette drogue est aussi mentionnée dans la plupart des écrits des premiers naturalistes. Trois cents ans avant l’ère chrétienne, Théophraste en avait connaissance. La description de la plante qui produit la scammonée, l’exposé des principaux caractères de cette dernière et son rôle thérapeutique trouvent place dans les œuvres de Dioscoride. La scammonée («ncappiovioy ou !rxa;j.awvia) est extraite, d’après l’auteur grec, de la racine d’un liseron à feuilles velues et triangulaires et à fleurs blanches. Cette racine fort longue et grosse comme le bras est pleine de suc. Puis arrive une distinction de cette plante avec l’helxine cissampelos qui s’en éloigne

par la forme des feuilles et s’en rapproche par la configuration des racines ; aussi, dit-il, lui a-t-on donné le nom de petite scammonée pour rappeler cette analogie. Le liseron de Dioscoride ne serait, selon Guibourt, qu’une espèce, originaire de l’Asie-Mineure, dont on ne retire pas la scammonée ou qui du moins n’en fournit qu’une sorte inférieure, suivant l’observation de Shérard, botaniste anglais qui a longtemps vécu à Smyrne et s’est occupé sérieusement de l’origine de notre drogue. Les traits caractéristiques, auxquels l’écrivain grec reconnaît une bonne scammonée, sont ainsi esquissés : elle doit être légère, brillante, de la couleur de la colle de taureau (taurinum glutinum, Pline) poreuse, présenter de petites aspérités et enfin provenir de la Mysie asiatique. A ces détails précis sont ajoutés deux modes d’extraction de la gomme-résine et l’examen de ses sophistications. Ainsi Dioscoride recommande de ne pas juger de sa valeur à l’émulsion blanche qu’elle donne au contact de la langue, propriété que ne lui enlève pas l’addition du suc de tithymale ou de farine d’orobe, caractérisés toutefois par la saveur brûlante qu’ils lui communiquent. Pline confirme l’assertion de Dioscoride au sujet des falsifications qui frappent la scammonée. Plus elle contient de tithymale, ajoute-t-il, plus vive est la sensation de brûlure qu’elle produit. De plus, une résine de couleur verte et d’odeur désagréable représente une qualité tout à fait infé-

rieure; se ramollit-elle rapidement, c’est là un indice d’une drogue irréprochable.

Le docteur Gilbertus Horstius , médecin à Rome, ordonnait la scammonée délayée dans du vin de grenades. Gai. Paulus l’administrait associée au poivre, au sel ou au gingembre. On trouve aussi dans Celse et Ruffus d’Ephèse des détails sur la récolte du produit qui nous occupe. Mais le plus fervent admirateur des vertus de la scammonée nous paraît être Mésué. La plante productrice du plus précieux des purgatifs, selon l’auteur précité,reçoit de lui la dénomination de reine des plantes laiteuses (regina lactariarum ). cc C’est, a dit-il, le volubilis ou convolvulus le plus riche « en suc qui fournit la scammonée. Cette subs- « tance est importée de l’Antiochie, de l’Arménie,

« de l’Arabie et de la Turquie. Quant à celle que « l’on recueille dans nos contrées, elle estdequa- « lité inférieure, vu la nature du terrain et le « mode de récolte. » Il décrit ensuite quatre procédés d’extraction de sa panacée qu’il conseille de mêler tantôt à l’huile de rose, au vinaigre ou enfin à la farine d’orge.

La scammonée est encore citée par Yalerius Cordus, sous le nom de scammonium.

S’il faut en croire le R. O. Cockayne, Hélias, patriarche de Jérusalem, aurait conseillé notre drogue au roi Alfred-le-Grand.

Les écrits médicaux du XI 0 et XII 0 siècle sont remplis de formules médicamenteuses, dont la

scaramonée constituait l’un des principaux éléments. Qu’il me suffise de nommer, parmi ces compositions plus ou moins bizarres, les divers diagrèdes, l’électuaire diaphœnix, l’hiera d’Hermès, la Benedicta laxativa, les pilulce aureœ, Y hier a colocynthis et la poudre des trois diables ou de Cornachine, professeur à Pise, qui a eu la folie de consacrer un livre entier à célébrer les vertus héroïques et la toute puissance de cette préparation.

BernardusDœssenius nous apprend que la scammonée peut se conserver vingt ans, mais qu’elle s’altère avec le temps. Lobel lui donne le nom de seammonium syriacum antiochenum ; pour lui elle sert de stimulant à la plupart des électuaires purgatifs. Tl fait aussi mention d'une scammonée marquée d’un cachet qui n’arrive plus dans le commerce. A sa suite Brunfels, Gesner, Mathiolus Dodonœus, Columela et C. Bauhin ont décrit et figuré la plante sous le nom de scarmrionea syriaca, dénomination que Morisson et Tournefort ont transformée en celle de convolvulus syriaca. Dans Yhistoria plantarum d’Hermann Boerrhaave 1727, l’origine de la scammonée, rapportée à la soldanella officinalis, est non moins erronée que celle du jalap attribuée à la belle-denuit. Oribase, Ætius, Hoffmann et plusieurs autres observateurs lui ont accordé des propriétés toxiques.

En 1752, Russel, médecin anglais d’Alep, fit à

Londres une communication importante sur la récolte de la scammonée, tandis que Linné donnait la description suivante de la plante : Convolvulus scammonia faliis sagittatis, posticè trun * catis, pedunculis teretibus, subtrifloris.

Plus tard, Choisy et Boissier allèrent étudier la plante sur place et nous initièrent ainsi à tous les détails qui l’intéressent.

Je passe sous silence les recherches de Keller, Kosmann et Spirgatis sur la composition chimique de la scammonée, et je laisse à des plumes plus autorisées que la mienne le soin d’apprécier les travaux de MM. Guibourt, Thorel, Andouard, Hambury, Maltass et de notre savant professeur de matière médicale, M. Planchon, qui ont éclairé d’une vive lumière l’histoire des scammonées.

Origine et description botanique. — Le liseron scammonée ( convolvulus scammonia Linné) appelé par les Grecs ixa^ovia et par les Turcs Mamouiia, nom que lui donnent aussi les Grecs de l’Anatolie, ressemble beaucoup au convolvulus arvensis d’Europe, dont il diffère par sa taille plus considérable et par sa racine fusilorme. Il répond aux caractères botaniques suivants :

Plante à souche vivace, émettant chaque année de nombreuses tiges aériennes, volubiles, lisses.

Feuilles alternes, simples, entières sur les bords, assez longuement pétiolées, â limbe sagitté, aigu au sommet, prolongé à la base en 2 auricules terminées chacune par 2 pointes inégales et aiguës.

Fleurs disposées en cymes axillaires de 2 ou 3 fleurs, portées par de longs pédoncules grêles et distribués sur toute la longueur des rameaux.

Calice gamosépale, h 5 lobes, à préfloraison quinconciale.

Corolle monopétale, campaniforme, colorée ordinairement en blanc jaunâtre pâle, à bords entiers à l’état de complet développement, à prélloraison tordue.

Androcée formé de 5 étamines alternipétales.

Filets soudés dans le bas avec le tube de la corolle et terminés chacun par une anthère basifixe, biloculaire, à loges fixées sur les bords du connectif et à déhiscence longitudinale.

Pistil formé de 2 carpelles soudés en un ovaire biloculaire, supère, un peu rétréci à la base et atténué au sommet en un style cylindrique aussi long que les étamines et se terminant au niveau des anthères par 2 branches stigmatiques allongées, aplaties en dedans, convexes et couvertes de papilles stigmatiques en dehors. L’ovaire est entouré d’un disque charnu, annulaire, à bord arrondi entier. Chaque loge de l’ovaire contient 2 ovules insérés à la base de l’angle interne, anatropes, dressés, à micropyle dirigé en bas et en dehors.

Fruit capsulaire, à déhiscence septicide, contenant dans chaque loge 2 graines. Albumen mucilagineux ; embryon recourbé, à 2 cotylédons très larges, repliés plusieurs fois sur eux-mêmes.

Le liseron-scammonée croît spontanément dans de vastes régions buissonneuses en Syrie, dans l’Asie Mineure, en Grèce et dans les îles grecques, s’étendant dans le Nord jusqu’en Crimée et dans le sud de la Russie. Ainsi on le trouve dans la Lydie, aux environs de Smyrne, dans l’île de Cos, l’île de Rhodes, sur le littoral de la Cilicie jusqu’à Gtilek, dans la Syrie septentrionale au sud d’Amani, sur le littoral de la Syrie près de Tortone, au Liban près d’Eden, dans la Galilée à Banias, dans l’Arménie près d’Ispur, dans la Taurie méridionale et enfin dans la vallée de Laspe.

Cette plante affectionne les pays montagneux, mais elle se rencontre aussi dans les plaines et les terrains à découvert. Elle fleurit au milieu des génevriers, des arbousiers et des buissons sauvages qui leur servent à la fois d’abri et de support pour ses tiges, et dont les feuilles mortes modifient le terrain de manière à le rendre favorable à son développement. La racine renflée en fuseau est succulente ; à l’âge de 3 ou 4 ans elle a généralement de 3 à 5 centimètres de diamètre au collet, puis, à partir de ce point, elle s’effile graduellement jusqu’à son extrémité opposée. Sa longueur varie de 27 à 53 et même 85 centimètres, selon la profondeur du terrain. Parfois elle atteint un volume plus considérable, et, dans des cas exceptionnels, elle a accusé au nfveau de sa base noueuse de 80 à 100 centimètres de diamètre. Sa

couleur est celle de la fleur qui change avec les variétés de convolvulus sccimmonia. Les plantes à fleurs jaunes sont les plus abondantes, mais elles ne sont pas les seules exploitées. L’indigène insouciant et paresseux arrache les racines de n’importe quelle variété, sans bien s’inquiéter de la couleur des pétales, ni de la nature du terrain qui n’est pourtant pas sans influence,

M. Maltass a remarqué, en effet, que la scammonée, dont l’odeur est la plus forte, arrive des contrées montagneuses et d’une plante développée dans un sol des plus pauvres, tandis que les terres riches et les pays marécageux fournissent un suc trop aqueux qui, desséché, donne une scamroonée d’un gris noirâtre et d’une densité bien inférieure.

Près du liseron scammonée croissent aussi d’autres convolvulus d’espèce différente et, parmi ceux-ci, abonde surtout le convolvulus hirsutus (Ster) ou convolvulus sagiltifolius (Sibthorp). Boissier le signale dans la plupart des localités où l’on trouve la plante officinale. C’est le s cammonia folio hirsutô de Tournefort, observé par ce botaniste dans les campagnes de la Mysie, entre le Mont-Olympe et le Sipjde et même auprès de Smyrne et dans les îles de Lesbos et de Samos. Cette plante qui pour Tournefort, n’est autre que la de Dioscoride, fournit, d’après lui, la

scammonée de qualité inférieure dite de Smyrne, tandis que le produit du convolvulus sccimmonia

(scammonia folio glabro, Tourn.) constituerait la meilleure scammonée, c’est-à-dire celle d’Alep. Toutefois il n’ose pas affirmer le fait d’une manière absolue. « Nous avons pu étudier sur « place les deux scammonia, dit-il, mais il nous a « été impossible de nous rendre compte si l’on en « retirait la scammonée. »

Sibthorp, qui a aussi voyagé dans le pays où se récolte la scammonée, va encore plus loin dans ses assertions. Il assure cju'on l’extrait non-seulement des deux plantes précédentes, mais encore de plusieurs végétaux différents, cc Tout suc conte cret purgatif, dit-il, est devenu par les marte chands et les habitants de l’Orient une espèce « de scammonée, comme en Amérique toutes les « écorces amères sont des quinquinas et toutes cc les racines vomitives des ipécacuanhas. » Ces renseignements ne parurent pas suffisants à Geoffroy pour fixer ses idées sur ce sujet. Il s’adressa à Shérard pour avoir des détails plus précis. Celui-ci répondit qu’il avait aussi observé près de Smyrne le liseron hérissé de Tournefort, mais q u’on n’en retirait aucun suc. Le convolvulus scammonia. croit en si grande abondance qu’il suffit seul pour préparer toute la scammonée. On choisit même, pour avoir un meilleur produit, la variété qui croît sur le penchant de la montagne qui est au-dessus, de la forteresse de Smyrne. Appuyé sur ces données, Geoffroy distingua deux sortes de scammonées qu’il différentia par leurs

qualités et non par la plante qui les fournissait. Telle ne fut pas la manière de voir de Guibourt qui admit 2 espèces de liseron scammoriée, l’un à feuilles velues produisant une scammonée blonde ou jaunâtre et translucide, l’autre à feuilles glabres donnant un produit noirâtre et opaque. Cette dernière opinion eut cours jusqu’à l’époque où les observations de MM. Boulier et Maltass, faites par le premier dans le Nord-Est de l’Asie Mineure et par le second aux environs de Smyrne, et les publications de M. Délia Juda vinrent confirmer les renseignements fournis par Shérard. Ecoutons M. Délia Juda dans sa note sur les scammonées qu’il a présentées à l’Exposition universelle de 1867 : « Pour nous, qui avons vu le « même convolvulus donnant à Alep un produit « si vanté et ailleurs un produit inférieur, qui « tenons dans nos mains tant de scammonées de « même couleur, de même aspect et possédant « des quantités de résine si variées, la différence « en qualité provient des variétés d’espèce, des « modes défectueux d’extraction et des manipule lations successives qu’on fait subir à cette « drogue. »

Récolte. — Les Grecs et les Arabes nous ont laissé divers procédés d’extraction de la scammonée. Ainsi les deux suivants ont été décrits par Dioscoride.

1° On enlève le collet de la racine et l’on fait à la partie supérieure de celle-ci un creux hémisphé-

riquedans lequel vient se rassembler le suc. On le puise avec des coquilles et on le fait sécher au soleil.

2° D’autres font des creux dans la terre ; ils y étalent des feuilles de noyer sur lesquelles le suc tombe et on le retire lorsqu’il est sec.

De son côté, Mésué rapporte quatre manières de retirer ce suc, et chacune donne un produit différent, selon la remarque de l’écrivain arabe. On procède ainsi :

1° Aussitôt que la racine s’élève au-dessus de la terre, on coupe ce qui en déborde et elle donne tous les jours un suc gommeux que l’on conserve lorsqu’il est desséché.

2° On arrache de terre les racines qui ont fourni, leur premier suc, on les coupe par tranches, on réunit le lait qui en découle et on le fait sécher au soleil ou sur un feu doux. On en fait des pastilles sur lesquelles on imprime un cachet.

3° On pile les racines, on les exprime et on fait sécher le suc.

4° On tire le suc des feuilles et des tiges pour en faire une sorte de scammonée tout à fait inférieure d’un noir verdâtre et de mauvaise odeur.

Nous avons mentionné le mode opératoire décrit par les anciens pour démontrer que celui mis en usage aujourd’hui par les Turcs et les Grecs n’en diffère que par des détails de peu d’importance. Les communications de M. Boulier professeur à Alger, et de MM. Maltass et Délia Juda

nous permettront M'établir la comparaison. — Les contrées où l’on récolte la scammonée représentent une assez grande étendue de pays. Les paysans de Smyrne et des villages voisins vont jusqu’à Adalia au sud et Brusse et le Mont- Olympe au Nord ; quelques-uns s’avancent même à l’Est jusqu’à Angora. Sochia en produit une grande quantité; mais Kirkagach et Demirjik, dans la plaine de la Mysie, sont les principaux centres de production. Une petite partie vient de Konieh et de Kutaya. Une scammonée impure se prépare à Mélisse. Les environs d’Alep en fournissent aussi leur contingent. On en recueille une petite quantité plus au Sud, en Syrie, dans les montagnes boisées et dans les vallées voisines du lac de Tibériade et du Mont Carmel.

Fin mars et au commencement d’avril les jeunes pousses des convolvulus acammonia paraissent ; mais ce n’est qu’aux premiers jours de juillet, à l’époque de la floraison, et après la récolte de l'opium et de la soie que les paysans s’occupent de recueillir la scammonée. Les plantes, avons-nous dit, sont presque toujours groupées autour de quelques buissons qui permettent à leur tige de s’entrelacer dans leurs branches; rarement elles se développent dans les endroits à découvert ; aussi la récolte de la drogue présente-t-elle quelques difficultés. Le moment favorable venu, les chercheurs de scammonée se mettent en campagne, explorant pendant quelques jours les

montagnes à la recherche des localités riches en liserons scammonée. L’endroit fixé, ils retournent au village où ils se munissent de coquilles de moule, d’un vase en cuivre, d’un couteau et d’un autre instrument faisant office en même temps de hache et de pioche. Chargés de ce bagage, ils gagnent le lieu de la récolte et commencent leurs opérations en débarrassantla plante avec leur hache des branches et des racines de chênes et autres arbrisseaux qui la protègent. Puis, avec leur pioche, ils creusent plus ou moins profondément autour de la racine jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait découverte. Les grosses racines sont alors coupées à 3 ou 4 centimètres au-dessous du collet et creusées en cette partie en godet ou en entonnoir où se rassemble le suc. Quant aux petites racines, elles sont incisées en sifflet de bas en haut, et on applique immédiatement un peu au-dessous de la lèvre inférieure de la plaie u ne coquille de moule, et la gomme résine s’écoule dans ce réservoir. Une pierre est alors placée devant la racine pour mettre la coquille à l’abri de la terre et de la poussière que pourraient y porter les grands vents qui régnent dans ces contrées à cette époque. Ces précautions prises, les paysans passent à une autre plante et lui font subir les mêmes opérations. Le suc coule abondamment le matin, et lentement le soir ; mais aux heures les plus chaudes du jour l’écoulement s’arrête complètement. On laisse d’ordinaire les

coquilles jusqu’au soir, ou bien les naturels retournent, une demi-heure après l’incision, à la première racine opérée et commencent la récolte du suc. Ils recueillent avec une coquille la gommerésine accumulée dans le réservoir en godet ou en entonnoir des grosses racines et la versent ainsi que le contenu des coquilles appliquées aux petites racines dans le vase en cuivre qu’ils portent devant eux. A la fin du jour, les chercheurs de scammonée ont récolté une certaine quantité de suc ; mais cette dose ne représente pas tout le produit de leur travail. En effet, un peu de gomme-résine reste desséchée à la surface de la blessure. Le paysan la laisse s’accumuler jusqu’au lendemain, et sa première occupation du second jour de la récolte est de passer auprès des racines opérées la veille et de racler avec la lame de son couteau la portion entamée de la racine pour enlever les larmes qui y sont adhérentes. Les larmes sont appelées par les naturels Kaïmak ou crème, tandis que la gomme-résine plus molle extraite des coquilles a reçu le nom de GraZaoulait.

Le produit d’une racine ordinaire ne remplit pas une coquille, mais parfois aussi le contenu de celle-ci ne représente pas toute la richesse en scammonée d’une racine. Dans ce dernier cas, le paysan enlève la première coquille, dès qu’elle regorge de suc, et en applique une seconde et même une troisième jusqu’à épuisement complet de la racine. 11 faut remarquer aussi que la quan-

tité fournie par une racine varie suivant la nature du terrain, l’exposition et l’âge de la plante. Dans quelques districts, un cent de racines ne produit que 40 grammes de scammonée, tandis que dans d’autres localités la moyenne du rendement de chaque racine atteint 4 gram. ; et si le terrain est propice, cette quantité peut s’élever à 8 gram. dans une plante de 4 ans. M. Maltass a même entendu dire qu’une racine de 10 cent, de diamètre avait donné 48 gram. de suc.

Les larmes recueillies sur la plaie de la racine sont réunies au produit des coquilles dans le vase en cuivre. Les paysans mélangent alors le tout à l’aide de leur couteau, jusqu’à ce que la masse bien homogène devienne filante en tombant de l’instrument. Si le suc est trop desséché, ils ajoutent de l’eau au mélange, mais cette opération ne doit s’effectuer qu’au moment des plus fortes chaleurs de la journée, quand le thermomètre Fahrenheit marque de 86° à 90° à l’ombre, sinon la masse se lie imparfaitement. La scammonée ainsi préparée est abandonnée à la dessication. M. Hanbury dit que ordinairement les naturels ne font pas sécher le suc si promptement. Ils laissent s’accumuler leurs récoltes journalières; et, lorsqu’ils sont possesseurs d’une ou deux livres, ils exposent la drogue au soleil pour la faire ramollir, puis ils la pétrissent parfois, en y ajoutant de l’eau, en une masse plastique que l’on soumet enfin à la dessication. Par cette longue

exposition à la chaleur et le maintien à l’état humide, la scammonée, dit Hanbury, subit une fermentation, acquiert une odeur forte de fromage et une coloration foncée, et, lorsqu’enfin elle est sèche, elle offre une structure plus ou moins poreuse que ne présente pas la scammonée en coquille.

Tel est le produit connu sous le nom de scammonée pure en larmes qui, avec le contenu des coquilles, représente la scammonée de première goutte du comintrce.

La Scammonée en coquille est rarement conservée en cet état ; il serait trop difficile d’enlever le suc une fois desséché. Cependant les paysans gardent, pour leur propre usage, quelques coquilles pleines de gomme-résine ; dont la qualité peut être alors considérée comme la dernière limite de perfection que la drogue puisse atteindre. Elle est pour eux non-seulement un bon purgatif, mais encore un excellent vulnéraire.

La Scammonée'vendue par les paysans Grecs est presque la seule sorte que l’on puisse se procurer. C’est la Scammonée pure en larmes qu’ils vendent sèche ou plus ou moins molle; ce produit, une fois acheté, est placé dans des chambres, dont les fenêtres ouvertes laissent libre accès au courant d’air, mais où ne pénétrent jamais les rayons solaires. Là on l’étend sur des peaux de mouton, on l’exprime si elle est humide et on la retourne de temps en temps pour éviter la moisissure de

la partie inférieure. Quand la masse est à peu près desséchée, onia divise en morceaux aplatis, irréguliers, puis on l’abandonne encore quelques jours jusqu’à parfaite dessication. Elle est alors enfermée dans de petites caisses pouvantcontenir 15 kilog. et expédiée par voie de Smyrne.

La gomme-résine que préparent les Grecs est de qualité supérieure à celle que récoltent les Turcs. L’apathie habituelle de ces derniersleurfait négliger le soin de protéger les coquilles contre la poussière et d’enlever les impuretés qfh peuvent souiller la surface du contenu des coquilles. De même si les larmes adhérentes aux racines font résistance à la pression du couteau, ils passent outre, ne se sentant pas le courage de faire un petit effort. Enfin il n’est pas rare de trouver dans leurs vases collecteurs des fragments de racine qu’ils ne retirent pas par nonchalance. Le contenu de leurs coquilles n’est donc pas très pur ; aussi les gouttes raclées sur la racine constituent-elles la meilleure partie de leur récolte. Mais celle-ci leur semble bien pauvre, et d’autre part il est bien pénible d’aller toujours en avant à la recherche de nouvelles plantes. Pour remédier à ces inconvénients, les paysans Turcs usent de l’expédient suivant : Ils arrachent les racines et les emportent chez eux, se chargeant parfois aussi des tiges de convolvulus Scammonia. Ils réduisent en pulpe ces racines et à l’occasion les tiges et les feuilles et les soumettent à l’ébullition,. Ils retirent les plus gros

fragments en suspension dans le décocté, ajoutent le reste au produit réuni des raclures et des coquilles et malaxent le tout pour obtenir un mélange homogène. Aussi ne faut-il pas s’étonner de rencontrer dans quelques échantillons de Scammonée des fibi’es et autres substances végétales. Cette addition a enrichi leur récolte mais pas encore assez au*gré de leurs désirs; aussi, avant de la présenter au marché, augmentent-ils souvent son poids avec de la craie blanche. La fraude se pratique de la manière suivante. La craie est pulvérisée, passée au tamis de soie, puis mélangée à la Scammonée molle humectée avec un peu d’eau. La falsification devient alors insensible au toucher, de plus la couleur de la drogue n’est pas modifiée, si la Scammonée est suffisamment ramollie et humide, et si la proportion de poudre n’excède pas 20 0/0. Quand la gomme résine est dure, un connaisseur reconnaît à première vue l’artifice. Cette opération terminée, les paysans Turcs vont vendre leur produit dans les principales villes de l’Anatolie. Leur pauvreté ne leur permet pas l’usage des vases en cuivre employés par les Grecs, aussi offrent-ils la Scammonée renfermée dans des calebasses, des sacs en cuir ou des pots en grès. Les Juifs et les Grecs sont les principaux acquéreurs de la drogue qu’ils entassent encore fraîche dans des sacs en coton, mêlant toutes les qualités qu’ils ne savent pas encore distinguer. Les sacs sont réunis dans des caisses et

expédiées, à dos de chameau, à Smvrne pour y être vendus. Parfois la Scammonée se moisit partiellement, faute d’acheteur empressé, mais celuici, une fois en possession de la drogue, réagit contre le commencement d’altération en la retournant fréquemment. Etant presque dure, la gommerésine ne peu pas être façonnée en pains aplatis comme la Scammonée pure des Grecs, aussi se contente-t-on de la partager en morceaux irréguliers, plus ou moinsraboteux, puis on l’abandonne dans cet état à la dessication. Cette opération est ordinairement accompagnée d’un mouvement de fermentation qui rend la gomme résine poreuse et moins brillante.

Telle nous arrive le plus souvent la Scammonée des paysans turcs; ajoutons toutefois qu’ils vendent aussi parfois les larmes pures de tout mélange ; ce dernier produit rivalise parfois en qualité avec la Scammonée pure des Grecs.

A la suite de ces différentes sortes de Scammonées obtenues par incision des racines se place le produit retiré par simple expression des mêmes organes. Ce mode opératoire est aujourd’hui fort en usage. Les naturels arrachent la racine et, après l’avoir coupée en fragments, la réduisent en pulpe pour faciliter la sortie du suc. Ils en extraient ensuite par expression tout ce qu’ils peuvent. Le suc est ensuite additionné de matières étrangères, (amidon, détritus végétaux, terre, silice), soumis à la dessication, et livré au com-

merce en pains plus ou moins irréguliers. C’est la Scammonée de seconde goutte du commerce, plus abondante sur les marchés que les Scammo nées obtenues par incision et dites de première goutte.

La fraude de notre drogue n’est pas seulement l’œuvre des Turcs. Une sorte de qualité très inférieure est préparée par les marchands dans l’intérieur du pays. Les substances ajoutées sont : l’amidon de blé (la Scammonée récoltée aux environs de Smyrne est rarement falsifiée avec de l’amidon), les cendres de bois, la terre calcaire, la gomme arabique, la gomme adrsgante, quelquefois la cire, les jaunes d’œuf, les racines de la plante pilées, ses fleurs et ses feuilles. Ces mélanges varient tellement qu’il est difficile de découvrir deux parcelles de substance tout à fait semblables.

Pour effectuer cette sophistication, on remplit presque complètement une caisse de Scammonée souillée des impuretés ci-dessus désignées et l’on recouvre la surface de celle-ci d’une couche de Scammonée pure en consistance sirupeuse. Cette addition donne au produit une belle apparence et voilà la fraude qui, sans cette précaution, serait trop manifeste, caria drogue suspecte, durcit rapidement sur sa surface exposée à l’air.

On connaît une gomme résine de qualité inférieure préparée à Angora et offerte sur les marchés de Smyrne. Elle renferme de 30 à 40 0/0 de

Scammonée pure et 60 à 70 0/0 d’amidon. Elle a reçu le nom de Skilip ou Iskilip, dénomination qui, chez les Turcs, désigne une substance sophistiquée. Ce mot tirerait son origine, suivant Pereira, d’une ville Turque voisine d’Angora et appelée Iskilip, ville où la fraude s’opère en grand. Cette qualité trouve un écoulement facile en Austrie, dit M. Maltass, car les drogues à bon marché y sont recherchées, sans qu’on s’occupe beaucoup de leur qualité.

M. Maltass cite deux Scammonées altérées fort employées en Angleterre et en Ecosse. Sa meilleure sorte appelée (première qualité préparée) (first qualily prepared) se présente sous forme de pains unis et épais, renfermés dans des bottes ou dans des caisses. Elle est préparée spécialement par les Juifs et seulement à Smyrne. Voici leur mode opératoire. Ils prennent une certaine quantité de Scammonée de sorte inférieure, contenant de la terre, des débris ligneux et parfois de la gomme (comme celle qui vient de l’intérieur) et la pulvérisent avec 40 0/0 de Scammonée Skilip. Le mélange est ensuite délayé dans de l’eau chaude et placé dans une assiette de fer peu profonde plongeant elle-même dans un bain-marie de même forme et à demi rempli d’eau. Un feu de charbon de bois amène l’eau à l’ébullition. Quand la Scammonée est complètement ramollie et que les deux sortes se sont ainsi intimement amalgamées (ce qui demande environ une demi-heure) le contenu

de l’assiette est versé sur une peau de mouton et roulé dans les mains jusqu’à refroidissement. On donne alors au produit la forme de pains aplatis ou ovales, ou de pains de sucre, puis on les plonge dans une solution de Scammonée pure pour lui donner du brillant, et finalement on les fait dessécher dans une chambre ouverte à tous les vents.

On obtient de même la Scammonée seconde qualité préparée ; mais elle contient 60 0/0 de Scammonée Skilip et de la mine de plomb.

Les falsificateurs vont plus loin encore et livrent au commerce des produits qui n’ont guère de la Scammonée que le nom. Ainsi un échantillon examiné par Iïassal a été reconnu comme de la Scammonée purement artificielle. Il était composé de résine de gayac et de jalap mélangées avec beaucoup de fibres ligneuses, de tissu cellulaire et d’autres matières insolubles. Herring dit avoir constaté l’importation en Angleterre d’une Scammonée qui contenait de 80 à 90 0/0 de calcaire.

Description des Scammonêes commerciales.

Il est bien difficile de se reconnaître dans cette variété de drogues lancées dans le commerce sous la dénomination de Scammonêes. Quels caractères spécifiques assigner à chaque sorte, du moment que les marchands la façonnent le plus souvent sous l’inspiration de leur cupidité non moins variable que leur produit? La richesse en résine décroissant de 80 environ à zéro 0/0 ; comment

arriver à classer les sortes commerciales intermédiaires à la Scammonée pure et à la gomme-résine artificielle? La division adoptée par Guibourt trouve encore place aujourd’hui dans nos meilleurs traités de matière médicale. Le savant auteur de l’histoire des drogues simples les a rangées sous deux chefs : Scammonée d’Alep et Scammonée de Smyrne. M. Planchon n’a pas jugé nécessaire de modifier cet arrangement, il ajoute toutefois que cette division est plutôt fondée sur la qualité que sur la nature et l’origine du produit. Sous la première dénomination sont confondues toutes les plus belles qualités de Scammonée et sous la seconde toutes les sortes inférieures altérées ou falsifiées, quelle que soit leur provenance. Pereira a distingué trois sortes principales de Scammonée qu’il subdivise ensuite en un certain nombre de variétés d’après leurs caractères chimiques. Ce sont : les Scammonées pures, les Scammonées adultérées et les Scammonées fausses. La première sorte correspond à notre Scammonée d’Alep, les deux dernières à notre Scammonée de Smyrne. Une troisième classification a été établie pai Clamor Marquart ( Pharmaceu tishes centralblatt 1837) qui divise les Scammonées en Scammonées : 1° des convolvulacées ; 2° des asclépiadées ; 3° des apocynées. Cette division ne saurait être admise, fait observer Pereira, car la Scammonée de Smyrne, rapportée à une apocynée, n’est pas un produit de cette famille, comme

le prétend Clamor Marquart, mais bien la gommerésine plus ou moins pure retirée du liseron Scammonée.

Pour nous, nous ne saurions mieux faire que de marcher sur les traces de nos savants professeurs ; la seule modification importante que nous apporterons consistera à emprunter à Pereira ses deux dernières divisions et à les adapter à notre Scammonée de Smyrne.

I* — Scammonée tl’Alep.

Scammonium Halepense.

Sous cette dénomination nous comprendrons les sortes dont, à l’exemple de M. Planchon, nous résumerons ainsi les caractères :

« Morceaux de couleur gris-rougeâtre ou grisblanchâtre, noirâtre ou gris-cendré, d’un noir cireux ou mat dans la cassure, présentant ça et là de petités cavités au moins dans les bonnes espèces, ayant une odeur qui rappelle plus ou moins celle de brioche, et donnant, lorsqu’elles sont mouillées par l’eau ou la salive, une émulsion blanchâtre. »

1° Scammonée blonde de Smyrne en coquilles.

Scammonium in testis.

Cette sorte est très rare dans le commerce, car, ainsi que nous l’avons déjà dit, le suc, une fois desséché, ne s’enlèverait pas facilement des co-

quilles. Elle représente le suc pur de la racine simplement desséché par exposition au soleil ou à l'air. Elle se présente en masses amorphes, transparentes dans lestâmes minces, cassantes, à aspect résineux, à coloration, variant du gris-rougeâtre au gris-blanchâtre, et à cassure luisante et vitreuse très inégale. Elle forme avec la salive une émulsion blanchâtre qui devient très-poisseuse en se désséchant. Son odeur est forte, désagréable; elle fond à la flamme d’une bougie, s’enflamme et continue à brûler seule.

De la Scammonée en coquille, on peut rapprocher une Scammonée en calebasses des Turcs, Scammonium in calebassis, constituée par le produit le plus pur de leur récolte. Ces deux sortes n’apparaissent pas ordinairement dans le commerce; elles sont réservées par les naturels du pays aux plus riches habitants de la contrée et à leur usage personnel. La variété suivante est presque aussi rare que les deux précédentes.

2° Scammonée blonde de Trébizonde.

Guibourt l’assimile à la Scammonée de Samos de Tournefort, qui lui-même avait cru y reconnaître la Scammonée de Mysie de Dioscoride fournie par le liseron Scammonée à feuilles velues. A ce sujet, M. Pereira fait la remarque suivante : M. Maltass n’a pas connaissance d’une Scammonée produite à Samos, et les paysans de cette île neluiontjamaisfaitmention.de la présence du

convulvulus Scammonia à Samos. Quelques habitants récoltent cette drogue, il est vrai, mais bien loin de chez eux, aux environs de Sochia, de Scala-Nova et d’Ephèse. Ils vendent leur produit ordinairement à Smyrne, ou à l’occasion à Samos. Mais ce n’est pas une Scammonée en coquille,, comme l’ont prétendu quelques auteurs, mais bien une Scammonée falsifiée ordinairement avec de la farine ou de l’amidon. La Scammonée blonde de Trébizonde se présente en masses aplaties, irrégulières, épaisses de 1 à 2 centimètres, très-cassantes en raison de leurs fissures intérieures, mais contenant peu de cavités à air, parfois tenaces et difficiles à rompre. En masse, elle est d’un grisrougeâtre. terne à l’intérieur, mais en petits fragments, elle est d’un brun rougeâtre très-pâle, et transparent par places dans les lames minces. La surface de cassure est vitreuse et brillante ; réduite en poudre elle accuse une coloration jaune brun très-clair. Lorsqu’on la frotte avec le doigt mouillé, elle forme une émulsionblan châtre.

Celte sorte a une odeur de beurre cuit ou de brioche. Elle brûle avec flamme en bouillonnant et continue à brûler seule. Enfin, suivant Pereira : sa physionomie générale, rappelle plutôt un morceau de benjoin qu’un échantillon de Scammonée. Aussi ne trouva-t-elle pas d’acquéreur la première fois qu’elle fut présentée à Londres en 1832. Cette Scammonée, comme le suc pur des coquilles, lûoisit très-facilement, et, lorsqu’on la conserve

longtemps, elle se recouvre d’une efflorescence blanche , mamelonnée , cristalline . Cependant, lorsqu’elle est conservée à l’état de dessication parfaite, on ne voit se produire ni moisissure ni efflorescence. Traitée par l’éther, laScammonée de Trébizonde cède de 88 à 90 0/0 de matière soluble et un résidu presque incolore.

3° Scammonée noirâtre d’Alep supérieure.

Cette sorte est en morceaux irréguliers peu volumineux, un examen attentif de divers échantillons donne à penser qu’ils représentent les fragments d’une masse qui, à l’état mou, avait une forme arrondie. La surface est recouverte d’une poussière d’un gris-blanchâtre qui, humectée avec une goutte d’acide chlorhydrique, produit une vive effervescence ; réaction caractéristique de la craie dans laquelle on roule ordinairement la masse. Les morceaux sont légers, friables, facilement séparables en petits fragments sous la pression du doigt ou de l’ongle ; leur pesan teur spécifique est égale h 1,210. La cassure est résineuse, brillante et présente quelques cavités à air et des éclats de bois demi-transparents. La surface de section a une couleur le plus souvent noir-grisâtre que modifie toutefois le mode opératoire adopté pour la préparation de cette sorte. Ainsi, s’il y a eu addition d'eau, ou bien si la Scammonée a été recueillie dans des terrains humides, la cassure est noire et très-brillante. Si le suc a été renfermé

dans des vases en fer blanc ou dans des sacs en cuir, la cassure est encore noire mais non brillante. Enfin si les lames desséchées ou kaïmak n’ont pas été mélangées avec le gala pour la confection de ce produit, les morceaux offrent dans leur intérieur une couleur légèrement rougeâtre et représentent les plus purs échantillons. Frotté avec les doigts humectés d’éther, d’eau ou de salive, ce produit donne une émulsion d’autant plus rapide et plus abondante que la couche de craie est plus mince. Maltass a observé que ces propriétés émulsives étaient moins prononcées dans la Scammonée oh l’addition d’eau avait eu lieu sans le concours de la chaleur. Les éclats de bois épars dans la masse apparaissent, sous le microscope, transparents sur les bords et d’une couleur gris-brun. Certains morceaux ont une structure très-poreuse et bulleuse indiquant la fermentation qu’ils ont subie : quelques-uns sont aussi recouverts de l’efflorescence blanchâtre que nous avons déjà signalée. Le goût de beurre cuit ou de brioche, sans amertume, mais laissant dans la gorge une sensation d’âcreté , et l’odeur de même nature que cette sorte exhale, lorsqu’elle est réunie en masse, frottée ou échauffée par la vapeur de l’haleine, sont pour Guibourt les deux meilleurs indices de la bonne qualité de la drogue, Thorel avait prétendu que des échantillons trèsriches en résine n’avaient pas accusé ces caractères organaleptiques; mais Guibourt fait remar-

quer que probablement la Scammonée si résineuse et inodore de M. Thorel n’était pas pure et que par suite la résine obtenue ne l’était pas davantage. Hanbury et Pereira ont comparé l’odeur de cette sorte de Scammonée à celle du fromage. Les morceaux prennent feu immédiatement, mais ils s’éteignent aussitôt qu’on éloigne le corps en ignition. Le décocté de la poudre filtré et refroidi ne se colore pas en bleu par l’iode ; ce qui élimine l’amidon des substances étrangères que la fraude aurait pu y introduire. Enfin, incinérée dans un creuset, cette Scammonée ne laisse pour résidu qu’une petite quantité de cendres. Elle répond à la Scammonée vierge des auteurs anglais.

4° Scammonée noire et compacte d'Alep.

Guibourt pense que cette sorte est le produit de l’évaporation du suc en consistance solide, dont la masse en pains orbiculaires s’est aplatie pendant le refroidissement. Sa consistance plus ferme, sa pesanteur spécifique supérieure (1,403) l’absence de cavités, la couleur noirâtre de sa cassure et enfin sa combustion plus active sont autant de traits distinctifs qui ne permettent pas de la confondre avec la Scammonée d’Alep supérieure, dont l’odeur est aussi plus que prononcée.

Ces deux dernières sortes paraissent avoir été obtenues par évaporation, en consistance solide, du suc des racines retiré par incision et peut-être même par expression. Elles ne sont pas aussi fré-

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quintes dans le commerce qu’une autre Scammonée d’Alep, dont les caractères se rapprocheraient, pour ainsi dire de ceux qu'offrirait leur mélange. Elle est en morceaux assez volumineux, irréguliers, caverneux, gris au dehors, à cassure noire et brillante ou terne, moins friable et moins facile à émulsionner que les deux Sca ramonées précédentes, dont elle a l’odeur et la saveur.

D’après Hanbury, on récolte aux environs de Smyrne une Scammonée qui arrive sur les marchés exempte de toutes impuretés. Elle est brune en masses, brun doré pâle en petits fragments, translucide friable, à cassure luisante et à odeur de fromage. Frottée avec le doigt mouillé, elle donne une émulsion blanche.

Enfin aux environs d’Angora on prépare une Scammonée pure qui sert sans doute à préparer le Skilip. Elle est translucide, brun-jaunâtre et donne aussi une émulsion blanche avec le doigt mouillé ; elle renferme jusqu’à 89 0/0 de résine soluble dans l’éther.

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