C62 H53 035 + 8H0 = C26 0? + 3C‘2 II
Ac. convolvulique. Ac. convolvuliuoliq. Glucose.
La convolvuline est donc un glucoside.
Résine du jalap fusiforme. — Telle que la prépare M. Merck' cette résine a la Forme de cylindres tordus à la manière des cordes, dont j’ai parlé plus haut. Sa couleur est rougeâtre; son odeur parfumée rappelle les fruits cuits, et devient très-forte par la pulvérisation. Elle est soluble en toute proportion dans l’éther, l’alcoo! et le chloroforme. Elle a été assimilée à tort par M. Johnston à la pararliodéorétine de Kayser, car elle n’est point comme celle-ci insoluble dans l’acide azotique, ni molle et tachant le papier à la manière des corps gras. Elle a été nommée ja/apine par M. Mayer (1), qui a pu la dédoubler comme la convolvuline; c’est donc aussi un glucoside. Apr<s l’avoir changée, par l’action des alcalis, en acide jalapique C®* IP® il a traité ce corps par l'acide sulfurique, qui en a séparé du jalapinol et du glucose, suivant l’équation suivante :
C<i8 1159 035 800 = C32 1131 Ql 3C>Î HI2 0*2,
Acide jalapique. .Jalapinol. Glucose.
Sous rinlluence des alcalis, le jalapinol perd de l’eau et se convertit en acide jalapinolique C®* LP® 0®, qui, par l’acide nitrique,
devient lui-même acide oxalique et acide ipomique. Ce dernier acide, au dire de M. Mayer, aurait la même composition que l’acide sébacique H'® 0®. Les résines de jalap tubéreux et de jalap fusiforme sont donc distinctes dans leurs propriétés physiques et dans quelques-unes de leurs réactions chimiques. Mais, si nous les regardons du côté médical, nous voyons qu’elles remplissent les mêmes indications thérapeutiques et constituent deux purgatifs de même valeur.
Je ne pensais pas que celte résine eût été déjà utilisée, en tant que médicament lorsque j'appris que M. Merck, fabricant de produits chimiques à Darmstadt, en livrait depuis quelques mois au commerce. Il me sembla dès lors utile d’avoir des données sur sa valeur purgative, car, en raison de son prix très-modéré (moins de 50 fr. le kilogr.), elle allait sans doute être acceptée sans contrôle en France, le pays par excellence des drogues à bon marché. Je priai en conséquence MM. Gosselin et Empis, chefs de service à l’hôpital de la Fitié, de vouloir bien décider cette question. N’ayant point à remplir ici une lâche thérapeutique, je ne rapporterai pas les expériences faites par ces messieurs, qui s’y sont prêtés avec la plus grande bienveillance. Je dirai seulement qu’après avoir donné celte résine à près de 30 malades des deux sexes, et à des doses variant de 0 gr. 50 à 1 gr., ils sont demeurés convaincus (|ue ses effets sont entièrement identiques à ceux de la résine du jalap tubéreux; résultat qui n’est pas sans intérêt, si l’on considère (jue le jalap fusiforme a une valeur commerciale quatre ou cinq fois moindre que le précédent.
La résine dejalap, et ici je parle du jalap tubéreux, puisque l’autre n’est connue que d’hier, a été souvent falsiliée avec de la colophane, de la réoine d’agaric et de la résine de gayac.
(I) Loc.cll.. t. XCII, f). 125.
La colophane se reconnaît aisément à sa solubilité dans l’essence de térébenthine, qui ne louche pas à la résine de jalap.
La résine d’agaric peut être mise en évidence au moyen de l’éther qui la dissout très-bien, ou par l’eau bouillante en petite quantité, avec laquelle elle forme un liquide visqueux, coagulable par l’eau froide.
Quant à la résine de gayac, sa présence est facilement accusée par son odeur aromatique, qui se ferait vivement sentir si on l’enflammait; par la couleur bleue que lui communique l’acide nitreux, par la teinte bleuâtre qu’elle donnerait à une solution ‘de gomme arabique , ou le rouge cramoisi qu’elle prendrait sous l’influence de l’acide sulfurique, ou enfin par la couleur bleue intense qu’elle développerait en présence de l’iode, du chlore, et du bichlorure de mercure mêlé au savon amygdalin.
Il arrive lics-fréquemment aussi que la résine de jalap du commerce est à moitié carbonisée par suite d’une dessiccation faite à une température trop élevée , ou même mélangée artificiellement à du charbon. Mais je n’insiste pas davantage sur ces fraudes, elles sont sans intérêt à mon avis, car je ne conçois pas le pharmacien qui ne prépare pas lui-même de semblables médicaments.
§ V. — Fadx jalaps.
Il me reste, pour achever celte ébauche sur le jalap, à jeter un coup d’œil rapide sur les falsifications dont il a été l’objet autrefois, et dont plusieurs se pratiquent encore aujourd’hui.
Les différentes plantes auxquelles on l’avait attribué, dans le principe, avaient donné l’idée de le frauder avec leurs racines. C’est pourquoi pendant longtemps on y a mélangé celles de la bryone et du mirabilis jnlapa. Celte substitution si aisée à reconnaître ne se fait plus à présent.
On rencontre rnainlenaut, et cela dans le jalap tubéreux seule-
nient, des racines assez nombreuses en tant qu’espèces, et parmi lesquelles se vo'ient fréquemment des tubercules courts, réunis deux par deux, recouverts d’un épiderme gris, non ridé, mais fendillé comme le vernis qui recouvre les anciens tableaux; et d’autres plus plus gros ressemblant un peu au jalap lubéreux, dont la surface rouge brun est luisante et à peine ridée. Ces deux racines, coupées à la scie, montrent, près de leur circonférence, quelques traits circulaires noirâtres très-lins, et au centre un espace considérable uniformément blanc, sans indices de couches concentriques ni de fibres ligneuses. Ces racines ne sont pas résineuses et paraissent contenir beaucoup d’amidon. On n’a aucune donnée sur leur origine.
M. Guibourt a trouvé une fois, dans le commerce, un corps de forme bizarre qu’il avait supposé être la racine d une convolvulacée et à laquelle il avait donné le nom de faux jalap rouge. Les morceaux de cette substance étaient spongieux et très-rugueux à leur surface, leur intérieur offrait une couleur rouge rosé ou rose de chair, marquée de stries concentriques très-réguliers. M. Jourdanet a reconnu dans ce faux jalap des excroissances morbides qui se développent sur l’écorce du goyavier par suite de la piqûre d’un insecte et dont le volume est parfois considérable. J’ai pu examiner un fragment de ces excroissances chez M. Signoret.
J’ai vu également, chez le même pharmacien, une racine volumineuse vendue pour du jalap, avec lequel elle a cependant fort peu de rapports; elle avait la forme de gros tubercules arrondis ou .ovo'ides, durs et pesants, incisés profondément de tous côtés, et montrant par ces fentes une masse intérieure blanchâtre, grenue, se rapprochant un peu de la chair d’une poire un peu ferme. Leur surface extérieure avait été enduite d’une teinture noire qui avait quelquefois pénétré jusqu’au centre. Lorsqu’elle s’était arrêtée à l’épiderme, il était, dit M. Guibourt (1), très-facile de l’enlever par
(f) Journ. de jiharin., l. XIJV, p. 'iTG.
— so¬
cles Ia\'ages à l’caii froide. Tout ce qu’on sait de celte racine, c’est qu’elle venait de la Nouvelle-Orléans. M. Guibourl lui a trouvé tant de rapports avec les racines de VAgave ainericana qu’il n’hésite pas à la croire produite par une plante du même genre ou tout au moins de la même Famille.
On trouve, dans la matière médicale de ce savant professeur, la description d’un faux jalap à odeur de rose qui a été reconnu par M. Grosourdy (I) pour la racine d’une variété de patate alimentaire que l’on cultive en grand dans tonte l’Amérique du Sud, où on la confond avec le Convolvulus batatas. M. Grosourdy, qui en a mangé aux Antilles en 1841, dit qu’elle est sous forme de tubercules ovoïdes, d’un gris peu foncé, amincis en pointes à leurs deux extrémités, et de 5 à 6 centimètres de diamètre à leur partie moyenne. On en voit quelques-uns de gros comme le poing. Coupés transversalement, ils sont jaunâtres et marqués de points plus foncés, disposés circulairement et représentant des fibres demi-Iigneuses.
Cette patate, quand eile est sèche, a une faible odeur de rose qui devient plus prononcée après la cuisson; pour ce motif, M. Grosourcly propose de la nommer patate à odew’ de rose. En Amérique, on la mange cuite au four ou à la vapeur, pour remplacer le pain ; elle présente alors l’aspect fai incux de la pomme de terre.
Cette année même, M. Guibourl a examiné une racine qui lui fut apportée par un jeune homme qui la tenait de M. Boucard, plusieurs fois cité déjà dans ce travail. Celte racine, donnée comme jalap, n’en a ni l’odeur ni l’âcreté. Son poids atteint jusqu’à 100 gr, dans certains morceaux; sa fornue est celle d’une poire, d’une navette, ou parfois d’une bourse rétrécie au point d’insertion de la tige ; elle est trè.s-allongée. Sa coupe transversale, polie, offre au centre un espace plein et uniformément compacte; puis, en allant
(1) Jouni, de cliirn. méd., I. IX, 2' série, (). 17ü.
vers la circonférence, un cercle de gros points blanchâtres, et enfin des cercles concentriques d’autant plus apparents et plus nombreux, que l’on s’approche davantage de l’épiderme. Des lignes radiaires blanchâtres traversent toute la masse, qui est très-compacte. Lorsqu’on épuise celte racine par l’alcool à 85“ cent., on obtient une solution d’un fauve assez foncé, qui, par concentration à l’air, devient rouge de sang. L'eau en précipite 1,61 pour 100, d’une résine rouge, ressemblant à du sangdragon , et relient en dissolution du sucre et un principe astringent qui forme, avec les sels de fer, un composé noir insoluble. M. Giiibourt lui donne le nom de jalap rayonné, et je n’ai pas besoin de dire qu’il l’exclut de la matière médicale ; les qualités que nous venons de lui reconnaître amènent d’elles-mêmes à cette conclusion.
Indépendamment de toutes ces racines qui ont plus ou moins de ressemblance avec celle du jalap, le caprice des falsificateurs ménage encore aux marchands peu connaisseurs des mystifications moins déguisées en mêlant à ce produit divers fruits racornis par une forte dessication et fumés avec soin, de telle sorte qu’ils acquièrent réellement une physionomie voisine de celle du jalap.
Enfin M. Brisac, lorsqu’il exerçait la pharmacie à Mexico, a vu les Indiens apporter dans celle ville du jalap parmi lequel se trouvaienl des tubercules de dahlia sauvage, fait qui avait déjà été avancé par M. Réveil.
Toutes ces falsifications, et celles même que l’on ne connaît pas, suffisent à prouver l’importance du médicament dont je viens d’esquisser l’histoire. Elles montrent aussi combien il est nécessaire pour le pharmacien de l’examiner avec soin quand il le reçoit, et surtout de n’en jamais acheter en poudre, car alors il ne sait pas ce qu’on lui donne.
Je pourrais, à ce que je viens de dire, ajouter quelques lignes sur deux autres espèces, dont l’une a porté il y a plusieurs années le nom de jalap léger, et dont l’autre que j’ai vue entre les mains de M. Boucard n’a pas encore été décrite. Mais la première semble avoir ise-l. — Andouard. 6
disparu du commerce aujourd’hui, et perd à cause de cela beaucoup de son intérêt (I). Quant à la seconde elle est au contraire encore à peu près inconnue; elle a été apportée récemment du Mexique par M. Boucard, qui en possédait fort peu. J’ai pu cependant faire deux analyses de cette racine, sur des morceaux qui n’avaient pas tout a fait le même aspect et qui m’ont donné 10,75 et 13,80 0/0 de résine purgative. Malheureusement j’ai eu trop peu de ce jalap à ma disposition, et je ne saurais baser un jugement sur des dosages faits avec des échantillons choisis, et dont la faible quantité ne peut représenter la valeur moyenne de la racine. Si ce jalap qui, d’après M. Boucard est propre à la province d’Oaxaca et à peine connu à Vera-Cruz et Xalapa, devenait une sorte commerciale, il serait utile de l’étudier. Tel que je l’ai vu, il est plus noir extérieurement que tous les autres; les rides de son épiderme ne sont pas profondes et le font paraître rugueux. On ne distingue à l’intérieur qu’une zôue jaune clair, entourant un espace circulaire ou trapézoïde uniformément brun et qui semble assez résineux. La plante qui le produit ne croît jamais aux mêmes lieux que le jalap tubéreux, d’après M. Boucard; elle végète à 1,000 ou 1,200 mètres au-dessus du niveau de la mer.
(1) C’était du reste une très-mauvaise espèce; elle était remplie de fécule et ne donnait guère que 2 ou 3 p. 0/0 d’une résine dont on ne connaît pas la valeur.