CHAPITRE III
Turbltb.
§ I. — Historique.
s'yn. ; Arab. , Terbedh , Turbedlt, Terùadli ; Lat., Turpethum; Allein., Turbith, Turpelivind , Ang., Turbith, Indian Jalap ; Esp., Turbit; liai., Turbito ; Belg., Holl.j Turbithi Port., Alàapsia; lad., Dudh-Kulmi, Niswiit ; Beng., Teoree ; Diik., Tikura ; Cyng., Trusta wala ; Tarn., Shevadiè-ver,
On prétend que le nom de turbith vient du mot latin turbare, en raison, dit Pomet, «de ce qu’il purge en troublant les humeurs de même que le jalap ; » mais cette étymologie est un peu hasardée.
Cette racine ne se trouve citée ni dans les ouvrages de Dioscorides, ni dans ceux des anciens Grecs. Les médecins arabes sont les premiers qui en fassent mention; ils paraissent fort incertains sur son origine, car Clusius nous apprend (t) qu’une vive controverse existe entre eux à ce sujet.
Avicenne l’a probablement connue; quoi qu’en diseMatthiole (2). 11 désigne sous ce nom des morceaux debois gris et blancs qu’on apporte des Indes, et qui sont creux en dedans comme des roseaux.
Mesué fait produire le turbith par un. végétal qui a les feuilles d’un ferula, mais plus petites, et qui est rempli d’un suc laiteux. 11 en distingue deux, dont l’un vient dans les jardins, tandis que l’autre est sauvage; et parmi ces deux espèces il connaît le petit, le blanc, le jaune et le noir.
(1) Exfltic., 206 (Trad. 1605).
(2) Commentaires.
Il y en avait également deux pour Actuarius ; le blanc, que l’on rapporte à VAhjpum de Dioscorides, et le noir qui passait pour être la racine d’un Esula (1 j.
Enfin, on l’a attribué aussi au Tithymate, à la Scammonée d'Antioche et à différentes espèces de Thapsia.
Sérapion est un des principaux auteurs de la confusion qui a si longtemps régnée entre lui et le Tripolium de Dioscorides. Il est pourtant bien évident que ce dernier ne peut être le tubilh, car il est doué d’une odeur vive et d’un goût piquant, qui ne se retrouvent point chez celui-ci.
Quant au racines de Thapsia, on ne comprend pas que Euchsius les ait prises pour du turbilh, car elles ne sont pas laiteuses, selon la remarque de Matlhiole. II paraît cependant que cette substitution a été en usage dans le commerce de cette époque, car on lit dans ce dernier auteur (2): «Au reste il y a plusieurs broüillons faisans profession de simplistes; qui vendent les écorces des racines de thapsia pour vrai turbith. »
Il faut arriver à Garcias, pour avoir des' données plus exactes sur cette plante. 11 la trouva dans l’Inde où elle est fort employée, seulement il dit à tort que l’on se sert tous les jours de ses liges en médecine, car c’est la racine seule qui est usitée. !l ajoute qu’on la nomme liarcaman à Guzerate, et Tiguar à Canara, puis il en donne quelques détails qui sont reproduits textuellement dans Clusius (3).
(1) Geoffroy, Traité de mal, méd., t. II, p. 252.
(2) Loc. cil., tr. par du Pinet, p. 449.
(3) Loc. cil.
^ II. — Botanique.
La première description botanique du turbitli a été faite par Paul Hermann, professeur au jardin des plantes de Leyde (1), qui lui donne le nom de : Convolvulus indiens, alatus, maximns, foliis iinsco non nihil similibus, angulosis, Turhith officinarum.
Linné l’appelle Cowohidus turpethum, et Robert Brown,//jomcea turpetliurn. C’est ce dernier nom qu’il porte encore aujourd’hui.
Il croît abondamment dans l’Inde, à Cambaye, à Surate,, à Guzerale, dans les îles Malaises et dans celle de Ceylan. On en trouve également à Goa, mais Garcias prétend que les médecins de cet endroit ne l’estiment pas et ne veulent pas s’en servir.
Il ne végète pas immédiatement sur le bord de la mer; il faut s’éloigner de 2 ou 3 milles au moins dans les terres pour le rencontrer. Il recherche particulièrement les lieux humides, tels que les bois, les buissons, les fossés, et généralement tous ceux qui ne sont pas trop visités par le soleil. C’est une plante grimpante, qui s’attache aux arbres voisins, ou enroule ses rameaux les uns autour des autres, lorsqu’elle ne trouve pas d’appui à sa portée.
Les botanistes ne sont pas toujours d’accord sur la forme de sa tige; les uns la disent ronde, et les autres carrée. Hermann, Linné^ Blackwell, font partir de son sommet quatre ailes membraneuses, qui se prolongent jusqu’à la partie inférieure. Mais, par une singularité qu’on ne peut s’expliquer, Blackwell (2) l’a dessinée cylindrique dans le même ouvrage où il la dit quadrangulaire.
M. Lépine, qui habite nos possessions des Indes, ayant remarqué cette confusion, s’est occupé d’en chercher la cause et a donné une description détaillée de r//jomœa turpellium, dans un catalogue rai-
(1) Lugd. Balw. calai,
(2) Herbar. Blackwell., tab. 397.
sonné envoyé à Paris en 1861, avec de nombreux produits coloniaux. Je reproduis cette description, la plus complète qui ait été faite jusqu’ici.
IPOMÆA TUBrETHOM (R. Bf.).
Racine très-longue, recouverte par un épiderme gris, quelquefois noirâtre» ridé dans le sens de la longueur. La partie corticale est épaisse, charnue, blanche, et devient grise par la dessiccation. Le corps de la racine se compose de faisceaux ligneux, isolés par des prolongements de la partie corticale, et allant jusqu’au centre; ils sont criblés de pores arrondis : ce qui donne à l'ensemble de la racine un aspect particulier. Quand on coupe une racine fraîche, il en sort , un suc laiteux blanc, mais seulement de la partie corticale ; les faisceaux ligneux n’en contiennent pas. Ce suc laiteux se concrète en une résine presque incolore, entièrement soluble dans l’alcool. La racine n’a pas d’odeur; son goût, d’abord fade et douceâtre, semble ensuile nauséeux.
Tige voluble, anguleuse, s’enroulant de droite à gauche, ayant deux, trois ou quatre ailes membraneuses : ce qui la fait paraître ronde, triangulaire ou quadrangulaire, et explique les diverses appréciations c[ui en ont été faites.
Feüii.ees grandes, alternes, cordiformes, entières ou sinuées, légèrement échancrées au sommet, mucronées, légèrement velues et ciliées.
PÉDONCULES axillaires portant de une à quatre fleurs.
Calice à cinq divisions concaves, arrondies, disposées en deux séries; les trois internes plus petites, glabres ; les deux externes velues. Ce calice persiste et enveloppe la capsule.
CoEOLLE d’un blanc pur, à tube très-court; le limbe, très-élargi, porte dix échancrures peu marquées.
Étamines, cinq, incluses, à anthères contournées, blanches et à deux lobes. Pistil capité dépassant les étamines.
Capsule quadrangulaire, membraneuse, aplatie, couronnée parle style, à quatre loges, renfermant chacune une graine ronde, chagrinée, noire, aplatie d’un côté, et portant une petite cicatrice fauve du côté de l’ombilic. Le tesl^est corné, et le corps de la graine est rempli par un embryon plissé, blanc jaunâtre.
Celle plante est évidemment bien le Convolvutus turpethum de Linné et Vlpomœa turpethum de R. Brown; elle n’a pas comme
celle-ci cependant, les étamines exserles; malgré cela M. Lépine lui donne le nom cïIpomœa.
Elle croît à l’état sauvage dans les forêts voisines de Pondichéry etM. Lépine pense qu’il serait facile de la naturaliser dans nos autres colonies. 11 en a cultivé dont les racines avaient acquis en dixhuit mois une longueur deO^jSO sur 0”,03 de diamètre dans la partie la plus grosse. Sa culture ne demande pour ainsi dire pas de soins; elle vient toujours très-bien si le sol est humide et profond. De plus l’abondance de ses Heurs en pourrait faire une plante d’agrément.
§ III. — Matière médicale.
La partie du tubith employée en pharmacie est la racine.
Nous avons vu que les anciens en distinguaient deux ou trois sortes suivant leur couleur. Matthiole (1) dit à propos du turbith de Mesué que c’est bien celui des apothicaires dont il y a trois espèces, l’une cendrée, l’autre blanche et la dernière noire : o Toutes lesquelles marques se rencontrent en notre turbith commun et vulgaire. Car les racines de turbith qu’on nous apporte du Levant se rencontrent des couleurs mêmes que dessus. Non pas que j’estime qu’elles viennent ainsi naturellement de la plante, car je tiens qu’elles changent ces couleurs et deviennent ainsi noires en s’envieillissant, et se corrompant par l’attraction de l’humeur de l’air qui leur est étrange. Et pense que cela peut venir des flots et vagues de la mer, dont elles peuvent être trempées aux galères où on les apporte, dont elles deviennent ainsi noires et moisies. »
Le même auteur insiste sur la confusion faite entre le turbith et le Tripolium de Dioscorides. 11 montre que la racine de ce dernier est
(I) Commentaire J trad. du Pinet, p. 436; 1680.
odorante et douée d’une saveur piquante, tandis que celle du turbilh est inodore et d’un goût un peu salé. Il ajoute que les fleurs du tripolium sont blanches le matin, purpurines à midi, et rouges le soir, et que ces variations de couleur ne doivent pas être rapportées au véritable turbilh.
Clusius (1) admet que les couleurs qu’il présente sont dues à la manière dont il a été desséché; celui qui est blanc ayant été exposé au soleil, et le noir ayant été conservé à l’ombre; mais l’un est aussi bon que l’autre à son avis.
Il paraît effectivement que l’on distingue dans l’Inde un turbith blanc et un turbith noir. M. Lépine le dit du moins, mais il n’attribue pas la différence de leur coloration à la même cause que Clusius; il fait du turbith noir une variété de l’autre, dont les pédoncules floraux portent jusqu’à huit fleurs. Celte racine ne vient pas en Europe depuis longtemps.
Celle que nous trouvons aujourd’hui dans le commerce est coupée en morceaux de tO à l-î centimètres de longueur, tantôt fendus dans toute leur étendue et mondés de leur cœur ligneux, d’autres fois, et c’est ce que l’on voit à peu près exclusivement aujourd’hui, ces morceaux sont munis de )eur méditullium. Leur diamètre varie, suivant M. Guibourt (2), de 14 à 27 millimètres. On en rencontre parfois déplus volumineux, car j’en ai vu de plus gros que le poing. Mais dans ce cas, au lieu d’un seul cœur ligneux il y en a trois, quatre, et même davantage; on dirait que plusieurs racines se sont soudées ensemble, comme font les tiges de certaines lianes appartenant à la famille des Sapindacées.
Le turbith est recouvert d’un épiderme gris ou rougeâtre; à l’intérieur il est blanc sale, souvent même un peu jaune. La coupe faite perpendiculairement à son axe, montre au centre le cylindre ligneux
(1) Exotîc, 206.
(2) Lor.. eit,, p. 490.
cribift de petits trous dont j ai déjà parlé et qui est caractéristique. Immédiatement autour de ce cylindre est une couche de résine trèspeu colorée qui n’empiète pas ordinairement sur le centre; elle s’étend plutôt quelquefois sur la couche corticale, dont la structure peu nette laisse apercevoir des fibres ligneuses assez nombreuses au milieu d’une masse grise qui semble un peu amylacée. Toute la racine est inodore, et fort peu hygrométrique, aussi la vend-on généralement très-sèche. Elle est souvent piquée par les insectes et dans cet état ne doit servir qu’à la préparation de la résine. Sa saveur, d’abord fade, laisse au bout de peu de temps une impression nauséeuse désagréable.
On doit la choisir bien saine, compacte, et d’apparence résineuse. On peut dire qu’elle porte à ses extrémités le cachet de sa qualité; malgré cela il est toujours utile d’en briser les morceaux en leur milieu, pour voir s’ils sont résineux partout; car Clusius rapporte que les Indiens sachant que nous recherchons le turbith qui a cet aspect, ont l’habitude de le courber et de le tordre quand il est encore frais, afin de forcer les sucs résineux à se rendre à ses extrémités. C’est peut-être en raison de cette manœuvre que l’on trouve parfois dans le commerce des racines qui sont contournées et tordues presque comme des cordes. Il paraît assez probable, en effet, que la civilisation aidant, les Indiens ne sont pas moins rusés aujourd’hui qu’autrefois, et que cet artifice fort en usage au XVI* siècle, n’a pu que se perfectionner depuis cette époque.
La racine de turbith n’est pas facile à pulvériser complètement à cause de la grande quantité de ligneux qu’elle contient. Mais sa partie corticale se sépare très-promptement de ce ligneux, et peut donner en quelques instants une poudre abondante. Cette poudre est aussi irritante que celle du jalap, et provoque l’éternuement avec la même facilité. Elle est légère, d’un gris jaunâtre, et d’une saveur plus marquée que la racine elle-même.
Pomet approuve la préférence qu’on donnait déjà avant lui aux racines de moyenne grosseur. Ce n’est pas s’engager beaucoup que de
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porter un semblable jugement, et Pomet avait, en disant cela, de grandes chances de ne pas se tromper. Sa préférence n’était cependant pas parfaitement motivée. J’en ai analysé de toutes les dimensions, dans le but de savoir si leur volume avait quelque influence sur la quantité de résine qu’elles renferment, et je n’y ai jamais trouvé de variations capables d’établir nettement la supériorité des unes sur les autres. Je dirai de plus que le turbith est de toutes les convolvulacées purgatives celle dont la composition me semble la plus constante; circonstance qui n’est pas sans intérêt au point de vue de la thérapeutique. Il contient presque toujours de 8 à 10 0/0 de résine. J’ai basé celle opinion sur sept dosages qui m’ont donné :