NM
Il contient en somme moins de résine que les jalaps, et c’est peutêtre la qu’il faut chercher la raison de l’oubli dans lequel il est plongé aujourd’hui. Il n’en est pas moins cependant un bon purgatif, et si l’on réfléchit qu’il fournit environ la moitié de son poids de fibres inertes lorqu’on le pulvérise, on remarquera que la poudre qui reste représente fecilement 12 à 15 0/0 de résine. J’avais même pensé que celte poudre serait encore plus riche; mais après en avoir épuisé 10 grammes par l’alcool, et après avoir précipité la teinture par l’eau, je n’ai obtenu que 1 gr. 35 c. de résine, ce qui porte le titre de cette poudre à 13,50 0/0. Or, le turbith sur lequel j’avais opéré m’avait donné auparavant 8,35 0/0 de résine; le ligneux devait par conséquent en avoir relenu, et j’ai pu lui en enlever effectivement 0' gr. 67 c. en traitant 20 grammes par l’alcool bouillant. On ne peut donc pas séparer complètement par la pulvérisation le médilnllium
fibreux de la partie active; cependant on fait par ce moyen une poudre aussi résineuse que bien des jalaps qui sont tous les jours employés; et si je ne cherche pas à la défendre ici, c’est que je trouve dans sa résine un purgatif plus énergique, plus sûr, et qui n’a pas besoin d’être absorbé sous un volume aussi considérable. Je reviendrai bientôt sur ce point. Le lurbilh a été fort en usage autrefois. Geoffroy dit «qu’il passe pour tirer puissamment des parties les plus éloignées du corps, les humeurs épaisses et gluantes ; de sorte qu’il est passé en proverbe que ce que l’agarie ne tire pas, le turbith le fait; et ce que 6» turbith ne tire pas, ta coloquinte le fait.» (I)
Suivant Matthiole (2) «il purge le flegme, et les humeurs grosses et visqueuses qui tombent aux jointures. Il purge l’estomac et modifie les superfluités et excréments qui y .sont attachés, et évacue les flegmes et viscosités qui chargent la poitrine. Il est fort bon aux hydropiques, aux ladres, aux vérolés, et à ceux qui sont sujets aux maladies provenant d'humeurs brûlés. Il est aussi propres aux longues fièvres et généralement où il y a superfluité de flegme. Mais ceux qui en usent se doivent bien garder de manger du poisson, et de n’endurer le vent du Midi. »
Plus loins Matthiole croit nécessaire de prémunir contre les effets énergiques de ce médicament, car après avoir parlé de l'euphorbe, qui, dit-il, «brûle la gorge et le gosier, et enflamme généralement tout le corps, rongeant avec grande passion et l’estomac et les boyaux, et causant des sanglots et des flux de ventre fort fâcheux»; il ajoute : «Autant en font le turbith, la scammonée, la coloquinte, etc. Toutefois elles ne sont si violentes en leur venin qu’est l’euforbe. » Puis il indique, comme préservatif de ces effets terribles, la thériaque d’Andromachus prise dans du vin où l’on aura fait bouillir du dic- ♦tame de Candie.
(1) Mal, méd., l. Il, p. 2ô6.
(2) Comment., p. 43G.
Les Hindous se servent fréquemment du turbilh qu’ils nomment teoree. Il prennent l’écorce de sa racine fraîche, et la font infuser dans du lait. Leur dose consiste en un morceau de 5 à 6 pouces de longueur.
J’ai dit sur l’autorité de M. Lépine, qu’ils en connaissaient deux; lè blanc et le noir. Voici l’observation renfermée dans un de leurs livres (le Bliavaprukaslia) : Le teoree blanc est cathartique, âcre, et produit des vents. Il est chaud et efficace en déplaçant le froid et la bile ; il est usité dans les fièvres bilieuses et les maladies de l’estomac. L’espèce noire est un peu moins efficace; c’est un purgatif violent, bon dans les faiblesses; il diminue la chaleur du corps dans les fièvres ardentes.
D’après le rajah Nirghaunta, «le teoree est un remède chaud et échauffant, efficace contre les vers. 11 enlève les flegmes, les enflures des membres et guérit les maladies de l’estomac. 11 guérit aussi les ulcères, et est utile dans les affections de la peau. C’est un des meilleurs purgatifs. »
Plusieurs médecins anglais, Ainslie, Gardon, et beaucoup d’autres, ont constaté les propriétés purgatives du turbith. Mais il en est aussi qui le regardent comme un remède incertain, probablement parce qu’ils n’ont employé que sa poudre.
En résumé, ce médicament a joui, chez les anciens, d’une grande réputation; ils en parlent tous dans leurs ouvrages, bien qu’ils y répètent toujours à peu près la même chose. Ils l’entourent même parfois d’une auréole effrayante, comme ils font si souvent pour les médicaments qui agissent avec énergie.
Lesauteurs moderness’en sont peu occupés, et n’en ont pas donné, que je sache, d’analyse complète.
«Geoffroy(1} ditqu’ony trouve non-seulement un phlegme acide et urineux, mais encore une grande quantité de sel volatil concret,
(t) Mat. méd., p. 250.
— Gode l’huile et de la terre. Par le moyen de l’eau on en relire beaucoup d’extrait gommeux, et, par l’esprit-de-vin, une certaine portion d’extrait résineux. De plus, l’infusion du turbith donne la couleur rougeâtre au papier bleu, d’où l’on peut conjecturer que sa vertu dépend d’une certaine gomme résineuse composée dé* sel ammoniac uni avec une huile épaisse. »
En 1822, Boutron-Charlard en publia une analyse dont voici les termes (1):
Résine.
Madère grasse.
Huile voladle,
Albumine.
Fécule.
Matière colorante jaune.
l.igneux.
Acide malique libre.
Sulfate, muriate et sous-carbonate de potasse.
Sous-pbosphale et sous-carbonate de chaux.
Oxyde de fer.
Cette analyse a bien peu de valeur, car elle ne met point de chiffres en regard des corps dont elle signale la présence. Il est singulier également, que Boutron-Charlard se soit contenté de caractériser l’acide malique, en traitant l’extrait aqueux par l’acétate de plomb le précipité par l’hydrogène sulfuré, et la liqueur provenant de cette dernière opération par l’acide azotique. 11 n’y a pas que l’acide malique qui fournisse du sucre sous l’influence de l’acide azotique.
Ce travail ne pouvait donc pas édiHer d’une manière satisfaisante sur la composition de la racine de turbith. J’ai cherché à combler cette lacune, et je suis arrivé aux résultats suivants :
(I) Joum. de pharm., t. VIII, p. 131 ; 1" série.
Eau. 3,fl0
Résine. 1ü,20
Gomme, albumine, etc. 7,20
Amidon. 12,3â
Sucre. 0,51
Li{;neux. 52,70
Sels minéraux. 9,80
Perle. 3,64
Total. 100,00
Je ne m’arrêterai point à décrire les méthodes que j’ai employées dans cette analyse; elles n’ofFriraient aucun intérêt. Les principes que l’on rencontie dans les végétaux sont assez constants dans leur nature; et les moyens à l’aide desquels on les dose sont du ressort de la chimie analytique, partant bien connus. Je ferai seulement observer que le turbilh renferme beaucoup de ligneux et de sels minéraux. 50 grammes incinérés à la température du rouge naissant, pour éviter, autant que possible, la perle due à la volatilité des chlorures, ont donné 4 gr., 90, ou 9,80 pour 100 de cendres, dont voici la composition ;
Silice. 8,652
Chaux. 31,500
Potasse.*. 15,030
Soude. 2,104
Magnésie, oxyde de fer. traces
Chlore.•.. 4,876
Acide sulfurique. 24,423
— phosphorique. 7,715
— carbonique et perte. 5,700
Total. 100,000
Boutron-Charlard a obtenu, en le distillant avec de l’eau et cohobant jusqu’à six fois, un liquide laiteux, tenant en suspension un peu d’huile volaille qu’il n’a pas étudiée.
Par la lixiviation à l’eau froide, on ne peut en retirer que 7,8 pour 100 d’un extrait sec, doué d’une saveur amère et un peu salée. L’infusion et surtout la décoction en fournissent davantage, et le produit est moins amer et un peu plus aromatique. Fait à froid ou à chaud , du reste, cet extrait, dissous dans l’eau, mousse fortement par l’agitation.
Malgré sa saveur amère, bien éloignée de celle des extraits de jalap, qui se rapproche de la mélasse, je fus conduit, par analogie à y chercher du sucre et à le doser. J’en devais, nécessairement, trouver beaucoup moins, eu égard à la constitution ligneuse du lurbith; cependant, la quantité en était encore très-appréciable, et s’élevait à 0,gr., 496 ou 0, gr. 512 pour 100 du poids de la racine, suivant qu’on la rapporte au sucre de canne ou au glucose.
La racine de turbith faisait autrefois partie d’un grand nombre de préparations tombées en désuétude, telles que : les électuaires diaturpeth et diacarthame; l’extrait catholique de Sennert et l’extrait panchymagogue de Crollius ; les pilules agrégatives ou polychrestes, cochées, fétides, tartareuscs, de Quercetan; la poudre pour la goutte de Paracelse, etc. Aujourd’hui, ses usages sont beaucoup plus restreints ; elle n’entre plus que dans la composition de la teinture de jalap composée, et de l’électuaire diaphœnix.
§ IV. — Résine de türbitii.
On retire très-facilement de la racine de turbith, une résine qui s’y trouve, comme nous l’avons vu, autour des cylindres ligneux. Je ne dirai rien de sa préparation ni de son dosage, qui sont des opérations exactement semblables à celles que l’on met en usage pour la résine du jalap.
Telle qu’elle vient d’être précipitée par l’eau, elle est d’un jaune sale et présente l’aspect nacré de celte dernière lorsqu’on l’agite
avec une baguette. Sèche, elle est un peu rougeâtre, mais toujours de couleur claire si elle n’a pas été desséchée à une température trop élevée. Son odeur est particulière, très-forte et nauséeuse; sa saveur est à peu près nulle.
Elle est très-soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther et à peine soluble dans le chloroforme. Les alcalis minéraux et l’ammoniaque la dissolvent très-facilement, et cette dissolution précipite par l’addition des acides. Elle est décomposée à chaud par les acides azotique et sulfurique ; celui-ci lui communique, lorsqu'il est concentré, une couleur rouge tellement foncée qu'elle paraît noire. Elle est d’ailleurs insoluble dans l’acide chlorhydrique, l’essence de térébenthine, le sulfure de carbone, la glycérine, etc. On la blanchit aisément à l’aide du charbon animal.
Cette résine n’a pas été étudiée jusqu’ici au point de vue chimique. Supposant qu’elle devait être un glucoside comme celles dont j’ai déjà parlé, j’ai tenté de la dédoubler. Pour cela je l’ai traitée par de l’acide sulfurique étendu, que j’ai maintenu pendant plusieurs heures à une température de 100 degrés environ. La liqueur filtrée et débarrassée de l’acide sulfurique qu’elle contenait, réduisait la liqueur cupro-potassique et donnait à la fermentation de l’acide carbonique facile à reconnaître au moyen de la potasse. Il n’y a donc pas de doute, du glucose s’était formé par la réaction de l’acide sulfurique, et j’avais affaire à une glucoside.
.l’aurais aimé à poursuivre plus loin l’étude de ce dédoublement, et à isoler le produit qui se forme en même temps que le glucose, mais, pressé par les circonstances, beaucoup plus que je ne l’aurais désiré, j’ai dû renoncer à m’attacher plus longtemps à ce travail, me bornant à constater la constitution chimique de çette résine.
Il y a donc analogie évidente jusqu’à présent entre les propriétés des résines des trois convolvulacées que je viens d’étudier. Cette analogie ne diminuera point si, du domaine de la chimie, nous passons dans celui de la thérapeutique.
Des expériences cliniques faites sur la demande de M. Réveil,
dans le service de M. Delpech à l'hôpilal Necker, ont amené ces messieurs à conclure que la résine de lurbith purge parfaitement bien, quoique peut-être à un degré un peu moindre que celles du jalap et de la scammonée. Pour exprimer les nuances qu’il admet entre l’activité de ces trois purgatifs, M, Réveil représente par 10 celle de U résine de jalap, par 9 celle de la résine de scammonée, et par 8 celle de la résine deturbith.
Ignorant ces essais, j’ai, au mois de juillet de cette année, prié M. le D'’ Malice, médecin à l’hôpital de la Pitié, de prescrire la résine de turbith dans son service et de me donner son opinion sur sa valeur purgative. Après en avoir, avec beaucoup d’obligeance, ordonné à un assez grand nombre de malades, et avoir étudié avec soin ses effets, M. Malice l’a placée sur le même plan que l’aloès, la gomme-gutte et la résine de jalap, et au-dessus de la scammonée.
Il résulte donc de ceci que c’est un bon médicament, qui par sou énergie et sa fidélité, mérite d’être un peu moins laissé de côté qu’on ne le fait. On pourrait même, sans le faire descendre à l’étage des purgatifs insignifiants, admettre l’infériorité que lui prête M. Réveil ; il lui resterait encore assez d’efficacité pour que sa valeur n’en fût pas atteinte. Mais, je le répète, celle infériorité n’est qu’une nuance, qu’il est fort difficile d’établir avec rigueur.
Pourquoi dès lors ne pas l’employer plus qu’on ne le fait actuellement? Le jalap se maintient toujours à un prix élevé qui s’augmente encore du triage nécessité par les fraudes continuelles dont il est l’objet. On en pourrait dire autant de la scammonée. Le lurbith, au contraire, n’a pas une grande valeur commerciale; de plus, il est très-rarement falsifié, et la culture en pourrait fournir en trèsgrande abondance. On aurait ainsi en lui et dans sa résine d’excellents succédanés des premiers.
Avant de quitter ce sujet je ne puis m’empêcher de faire remarquer qu’il est des cas où les convolvulacées purgatives seraient avantageusement remplacées par leur résine. Ces médicaments ne
I86i.—Andouard, 10
sauraient en effet être assimilés à l’opium, dont toutes les propriétés ne peuvent se retrouver dans la morphine ou la codéine. Ils doivent tout à la résine qu’ils renferment, et leur substituer celle-ci dans l’usage médical, ce serait remplacer un purgatif incerlain par un autre, d’un effet sûr, et facile à doser suivant les besoins.
Ne serait-il pas avantageux par exemple de faire l’eau-de-vie allemande avec ces résines plutôt qu’avec les substances qui les fournissent? On éviterait par-là les variations de compositions auxquelles cette préparation est si sujette, que nombre de médecins qui on ont peut-être au commencement de leur pratique, employé de très-active, en ont gardé le souvenir d’un médicament énergique qu’ils n’osent pas prescrire à une dose supérieure à 15 gr, ; tandis que d’autres à qui le contraire a pu arriver, n’en donnent jamais moins de 60 gr. à la fois.
Pour prouver du reste ce que j’avance, d’une manière moins hypothétique, je rappellerai que MM. Barruel, Réveil et Henry fils, ayant analysé, il y a plusieurs années, dix échantillons de teinture de jalap composée, pris dans les meilleures pharmacies de Paris, ont. trouvé que la somme des principes solides qu’ils contenaient variait de 1,40 p. 100 jusqu’à 5,838 p. 100. Ces chiffres me paraissent a.ssez éloquents par eux-mêmes pour se passer de plus longs commentaires.
Je crois donc qu’on pourrait admettre que le jalap doit renfermer 16 p. 100, de résine, la scammonée 75 p. 100, leturbilh 10 p. 100, et baser sur ces chiffres les quantités qu’il en faudrait mettre à leur place dans la teinture dont je viens de parler. Le malade et le médecin y gagneraient un médicament invariable dans sa composition, et nécessairement plus régulier dans ses effets.
CS^^APÎTI^Ë IV
néehoaean.
L’hisboine du méchoacan n’est pas bien longue, mais elle est tellement remplie d’incerlilude, que l’on ignore encore aujourd’hui quelle est la plante qui le produit. Tout ce qu’on sait de positif, e’est qu’il doit son nom à la province du Mexique où les Espagnols Font d’abord trouvé.
H ne faut chercher des détails sur ce médicament ni chez les Grecs ni chez les Arabes. Ce n’est guère qu’en 1524 qu’il a fait son apparition dans la< matière médicale.
Monardès qui écrivait à Séville en 1569 est le premier auteur qui ait contribué à le répandi-e en Europe. Il dit qu’il le connaissait depuis trente-quatre ans et qu’il en faisait usage sous le nom de Rhibarhe des Indes. Il en décrit d’une manière très-incomplète trois espèces :
{"Méchoacan. —^ Racine trouvée vingt ans auparavant dans la province de Méchoacan ( aujourd’hui Valladolid ) , située à quatrevingt milles de Mexico. La plante produit beaucoup dé rameaux flexibles qui grimpent sur des perches ou des treillages, et les enveloppent de leurs contours multipliés. Les feuilles sont arrondies, terminées en pointe, pétiolées, amples, fibreuses, et tellement minces quelles paraissent privées de suc. Le fruit est de la grosseur d’un grain de coriandre , sec, ramassé en grappe. La racine est épaisse, semblable à celle de bryone, de sorte que bien des gens ont pensé que c’était la même plante, ou au moins une de ses congénères; mais elles diffèrent beaucoup ; la racine de la bryone est pourvue d’une grande âcreté, tandis que le méchoacan est insipide.
2" Mechoacaa llernm. — On nous apporte maintenant un autre
méchoacan, croissant aux environs de Nicaragua cl de Quito, où il est cultivé avec soin, et est en grand usage, à cause de ses admirables effets ; il est bien supérieur à celui qui nous vient habituellement de la Nouvelle-Espagne. La fleur ressemble à celle de l’oranger, mais elle a cinq pétales plus grands; le fruit est de la grosseur d’une aveline, formé d’une enveloppe mince, blanchâtre, et divisé, intérieurement, en deux cellules dont chacune contient deux graines de la grosseur d’un petit pois, devenant noires à maturité, et faciles à faire germer dans une terre molle et légère.
3“ Méchoacan sylvestris. — On nous apporte aussi du promontoire de Dona-Helena, situé dans la province de Nicaragua, une autre espèce de méchoacan sauvage , qui excite de graves symptômes, tels qne vomissement, coliques et flux de ventre; ce méchoacan passe, à cause de cela, pour une scammonée, et personne, après en avoir fait un premier essai dangereux, n’ose plus s’en servir. Ce méchoacan est semblable à l’autre par ses feuilles, ses sarments et sa racine; mais il est plus petit dans toutes ses parties, et sa racine est pourvue d’une certaine âcrelé.
11 n’y a pas, dans ces descriptions, de quoi éclairer beaucoup sur l’origine botanique et les propriétés physiques du méchoacan. C’est dans la dernière que plusieurs auteurs ont voulu voir les caractères du jalap ; il se peut, à la vérité, que ce soit cette racine que Monardès ait eue sous les yeux en décrivant le Méchoacan sijli’estris, mais il en donne trop peu de détails pour qu’on puisse assurer le fait.
Gaspard Bauhin (t), place le Méchoacan parmi les Bryones à côté du .lalap, et l’appelle liryonia mechiocania alba.
Marcgraff le nomme (2) Jelicucn brasiliensibus,\ sive Mechoa-
(1) Ilist. plant.
(2) Mat. méd ., p. 55.
canna, et.Tabernæmontanus : Mechoacana, Bryonia peruviana [{).
Ray est un de ceux qui l’on décrit avec le plus de soin (2). Il fait remarquer, et cela se voit dans toutes les figures qu’en ont données les anciens, que cette racine est toujours bifide inférieurement, et qu’une des parties qui résultent de cette bifurcation est plus petite que l’autre. 11 donne à la plante le nom de Convolviilus americanns, meclioacanha dictas.
Hernandez avait, bien avant cela, tracé les caractères d’une racine qu’il appelle: Radix micuacanica ou Tacuaché {2>), et dans laquelle on crut retrouver le méchoacan. Mais Monardès et Marcgraff pensent que cette racine est plutôt celle d’un apocyn que d’un liseron. 11 paraît, du reste, qu’elle était très-âcre au goût, tandis que le méchoacan est à peu près insipide.
Plusieurs botanistes adoptèrent ensuite, pour la plante qui produit le méchoacan, le nom de Convolvulus mechoacanna. M. Guibourt pense (4) que celle dénomination vient de ce qu’on l’a attribuée au méchoacan de Pison et Marcgraff, devenu le convolvulus mechoacanna de Rœmer et Schultes, et aujourd’hui le Piplostegia Pisonis de Martius.
C’est ce Piptostegia qui se trouve dans Geoffroy, sous les noms qu’on lui donnait alors d’après Ray et Marcgraff. Cet auteur dit sa racine fort grosse, longue d’un pied, partagée le plus souvent en deux branches, d’un gris foncé, ou brune en dehors, blanche en dedans, laiteuse et résineuse. Elle pousse des tiges sarmenleuses, grimpantes, anguleuses, laiteuses, et garnies de feuilles alternes, tendres, d’un vert foncé, sans odeur, en forme de cœur, avec ou
(1) ïabern., pl. 911.
(2) I/ist. plant., t. 1, p. 72.3; 1685.
(3) Becchi., p. 164.
(4) Hht, des drog. siinp.
sans oreillettes; longues d’un, deux, trois ou quatre doigts. Les fleurs sont d’une seule pièce, en forme de cloches, couleur de chair en dehors, purpurines intérieurement. Le pistil se change en une capsule qui contient des graines noirâtres de la grosseur d’un pois, triangulaires et aplaties.
Les habitants du Mexique et du Brésil récoltent les racines dft cette plante au printemps; ils la coupent en tranches circulaires ou oblongues, dont ils font des chapelets pour les mettre à sécher. Ils enlèvent aussi leurs écorces, les expriment dans une étoffe, et font sécher la fécule grise, qui se précipite au fond de la liqueur qu’ils ont obtenue, et qu’ils nomment lait ou fécule de méchoacan. On l’apportait d’Amérique, du temps de Tournefort, sous forme de petits pains ronds, que l’on décorait du nom d’extrait de méchoacan. Je me demande comment il se fait que l’usage de cette fécule ait été recommandé, car elle doit être privée de toute espèce de propriétés.
Le méchoacan fut à peine trouvé qu’il fut vanté comme le meilleur purgatif connu. Pomet le préfère au jalap et ne comprend pas qu’on ait renoncé à s’en servir, sous le prétexte qu’il agit plus lentement que celui-ci.
Blackwell regarde ses effets comme très-doux et néanmoins trèscertains; il le conseille pour les tout jeunes enfants.
U faut bien croire, au reste, qu’il n’est pas totalement dépourvu d’action. Descourtilz raconte que les nègres creusent sa racine et y versent du tafia qu'ils boivent ensuite pour se purger, lorsqu’il y a séjourné un temps suffisant.
Il semble tout à fait abandonné en Europe à présent, et on en trouve difficilement qui ne sont pas piqués par les insectes. I! est coupé en morceaux comme le dit Geoffroy. 11 est mondé de .son écorce dont on voit encore cependant quelques vestiges; tout à fait blanc et amylacé à l’intérieur, inodore et à peu près insipide. Il a de plus, comme caractère principal, des taches brunes, et de nombreuses pointes ligneuses, restes d’autant de radicules brisées.
M. Guibourt fait observer que ces radicules ne sont propres à aucune des convolvulacées tubéreuses qu’il connaît, et qu’elles sont, au contraire, constantes dans les racines du Tamiis communis, qui, du temps de Monardès, servait à falsifier le méchoacan. 11 pense donc que le nôtre pourrait très-bien être le résultat d’une substitution faite en Europe, ou venir réellement d’Amérique, où il serait produit par une plante tout autre qu’un liseron. Il y a là encore un sujet de recherches intéressantes.
Pour comparer ses principes immédiats avec ceux du jalap, Cadet de Gassicourt en a fait une analyse qui lui adonné :
Principe huileux soluble dans l’alcool à 40“.... 2
Fécule. 50
Albumine. 2
Extrait aqueux. 16
Résidu. 30
Total. 100
J’ai de mon côté cherché si l’on en pouvait extraire de la résine comme des autres convolvulacées purgatives. A cet effet j’en a traité 120 grammes par l’alcool à 85, et j’ai obtenu en précipitant la liqueur par l’eau, 0 gr. 20 c. d’une poussière grise que je n’ai pu étudier eu égard à la faible quantité que j’en avais. Tout ce que j’y ai constaté, c’est une odeur de moisi fort peu agréable.