CHAPITRE II
Etiologie et Pathogénie
Ces productions morbides, très curieuses, ont exercé, au point de vue étiologique, la sagacité des observateurs. Sans doute leur forme, leur couleur, leur consistance, « l’odeur qu’elles exhalent par leur combustion » constituent un ensemble de symptômes qui leur assigne une physionomie clinique bien caractéristique, mais leur étiologie est plus confuse : « Il serait superflu, dit Hebra, de parler des causes effi- cientes des cornes, parce que, jusqu’à présent, elles ne sont manifestes pour personne ». « Est lusus naturæ » ‘ajoute Hartmann.
Ces cornes palpébrales s’observent indifféremment dans les deux sexes, indifféremment aussi soit à la paupière supérieure, soit à la paupière inférieure, soit à droite, soit à gauche.
HOMMES : 20 cas.
FEMMES : 20 cas.
PAUPIERE SUPERIEURE : 19 cas DROITE : 8 cas.
GAUCHE : 9 cas.
PAUPIERE INFERIEURE : 20 cas. DROITE : 8 cas.
GAUCHE : 10 cas.
Elles s’observent le plus souvent, chez les sujets avancés en âge : 50 ans (4 fois); 52, 54, 56 ans (4 fois); 58, 59, 60 ans (3 fois), 65, 69, 70, 72 ans (2 fois); 76 ans (2 fois) ; 78 ans (2 fois); 82, 87.
Beaucoup plus rarement chez des sujets plus jeunes : 14, 18, 19, 27, 30, 32, 37, 40 ans (4 fois); 42, 46.
L'influence de l’âge, bien qu’obscure dans son mode d’action a été signalée et admise par les observateurs.
La production de ces excroissances séniles épidermiques est également influencée d’une façon indéniable par les conditions sociales. Elles se sont rencontrées surtout dans la classe pauvre, chez ceux dont le travail manuel est l’apanage et qui se montrent particulièrement peu soucieux des soins de propreté.
« Elles font leur apparition, tantôt sur une peau saine, tantôt sur une peau qui est manifestement sénile et atrophique.» Observations XXIX, XXX, XXXI.
Les auteurs ont signalé maintes fois les rapports des cornes avec l’épithélioma (Mitvalsky). Observations XXIII, XXIX, XXXV.
L'origine papillomateuse des cornes est également admise par un grand nombre d’observateurs. SPIETSHKA, qui du reste, considérait ces excroissances comme des papiliomes, a signalé maintes fois la coïncidence des
verrues séniles chez des individus porteurs de cornes palpébrales. Observations XVI, XXX, XLIV.
Les contusions, les plaies contuses, les brûlures peuvent provoquer dans certains cas, l’apparition de ces excroissances, c’est sur les cicatrices consécutives à ces lésions que les cornes se développent.
En somme, les conditions étiologiques qui président à l'apparition des cornes palpébrales se trouvent être les mêmes que celles observées à l’origine des épithéliomes.
Nous signalerons également que les cornes des paupières et les cornes cutanées en général, vraies ou séniles, ne sont pas uniquement l'apanage de l’espèce humaine : « Ces Papillomes Kératoïdes, dit Ball, sont bien connus chez le chien, le chat, les volailles, ils apparaissent surtout au niveau de la face. Dans le feuillet des bovidés, on les observe sous la forme de petites cornes brunâtres, rappelant les ergots. »