‹ Étude sur les cornes palpébralesChapitre 8 sur 32 · PONT · texte numérisé non relu

PONT

peu saillante partent quelques papilles vasculaires allongées, coiffées par une gaîne commune d’épiderme épaissi,

L'expression de papilles désigne simplement un prolongement saillant conjonctif et vasculaire, mais n'implique pas qu'il s'agisse du développement d’une papille préexistante, et la preuve, c’est que la corne peut se développer dans un kyste folliculaire vrai ou sur une cicatrice où il n’y a point de papilles. La base ccnjonctive est formée de tissus fibreux avec quelques fibres élastiques fort rares dans les prolongements papillaires, et contient une infiltration de petites cellules disposées en amas avec une proportion généralement assez notable de cellules plasmatiques.

« La portion épidermique de la tumeur est formée par une couche cornée épaisse qui englobe tous les prolongements papillaires et s'enfonce dans leurs intervalles, une couche granuleuse assez développée et une couche épineuse épaissie surtout entre les papilles. Je n’ai pas observé dans mes cas de fibrokératomes laltération médullaire de Unna, elle n’est donc pas un caractère distinctif; par contre j'ai été frappé de l’aspect particulier des bourgeons épidermiques interpa- Dpillaires. Ils sont formés de cellules assez volumineuses irrégulièrement disposées avec une couche génératrice indistincte. C’est là un premier pas vers le caractère épithéliomateux qui est si manifeste dans les cornes.

« Les cornes d’un certain volume présentent une

structure qui au premier abord paraittrès confuse,

VF mais qui est singulièrement éclairée par l'étude préalable des verrues et des cornes filiformes. Sur une coupe longitudinale il faut considérer : 4° la base dermique, 2° le sommet formé de substances cornées, 3° la limite entre les deux, comprenant les papilles vasculaires et les couches vivantes de la néoplasie épidermique, 4 la gaîne basale.

« 1° La base est formée de tissu conjonctif et de üssu élastique peu altérés. Dans tout le voisinage et dans les parties profondes du derme au-dessous de la corne, On trouve une grande ‘quantité de mastzellen. immédiatement au-dessous de la corne, dans les parties qui sont les plus voisines de la néoplasie épithéliale, se trouve une £n/filtration considérable d'éléments cell'ulaïres : cellules conjonctives allongées ou ramifiées plus nombreuses que normalement, mastzellen et surtout des lymphocytes mononucléaires et des cellules plasmatiques. Les cellules plasmatiques sont quelquefois agglomérées en grand nombre, constituant un véritable plasmome, d’autres fois elles sont clairsemées. Dans tous les cas cette zone d'infiltration, bien limitée du côté du derme, enveloppe la base de la corne, se prolonge dans les papilles et présente la plus complète ressemblance avec l'infiltration cellulaire qui accompagne l’épithélioma au début et précède toujours Penvahissement des parties saines.

« De cette base conjonctive partent des papilles formées d’une ou de plusieurs anses vasculaires entourées d’une minime quantité de tissu conjonctif. Ces pa-

pilles sont de longueur très-variable, suivant les cas.

de Elles s'élèvent quelquefois jusqu’à 15 millimètres de hauteur (Mitvalsky) mais elles sont habituellement plus courtes au centre et beaucoup plus longues à la périphérie de la corne. Cela s’explique facilement parce que les papilles du centre sont beaucoup plus anciennes et étouffées par la néoplasie épidermique tandis que celles de la périphérie sont plus récentes et partent de plus haut étant fournies par la gaine de peau qui entoure le bas de la corne.

« Le caractère prédominant de ces papilles est leur extrême irrégularité. Leur direction est ondulée, contournée ; elles présentent des ramifications dans tous les sens ; elles sont pénétrées par des bourgeons épidermiques à direction descendante ; il en résulte que ces papilles ne se présentent plus comme des colcnnes cylindriques, elles sont aplaties et déformées au point que Mitvalsky a pu les considérer comme formant un système de cloisons anastomosées circonscerivant les colonnes épidermiques.

«2° Toute la partie terminale de la corne est formée par du tissu kératinisé de consistance variable, tantôt uniformément dur, tantôt constitué par une coque dure renfermant une substance blanchâtre, friable et fétide. Elle est formée de lamelles cornées plus ou moins exactement mouléces sur les papilles et offrant dès lors une disposition simplement ondulée, ou bien en cornets emboîtés avec un sommet inférieur correspondant aux enfoncements interpapillaires. La kératinisation est toujours anormale de sorte que la persistance des

noyaux est {très fréquente. Souvent mais non constam-

ment, on trouve l’altération décrite par Unna sous le nom altération médallaire. Je ne lai trouvée que dans un de mes cas et à la différence de ce qui a été observé par Unna, j'ai noté la persistance des noyaux dans les mailles du réticulum formées par les cellules altérées et je n’ai pas constaté que cette altération cellulaire fût localisée au sommet des papilles. Sur le prolongement des papilles vasculaires, les larmes cornées forment une voussure qui sur les coupes longitudinales Gonue l’impression d’une moulure saillante. Cette disposition remarquée par UÜnna n’est pas spéciale aux cornes et se rencontre aussi dans les verrues.

« Les amas desang desséché qu’on trouve fréquemment dans les cornes reconnaissent une double origine. Les uns irréguliers sont deshémorrhagies intersticielles dues à la déchirure traumatique d’une papille ; d’autres situés sur le prolongement des papilles sont des vaisseaux papillairesthrombosés;leur position et leur forme les rendent faciles à reconnaitre.

« 3° La zone intermédiaire de la corne est constituée par les parties vivantes de la néoplasie épidermique et s'étend depuis le sommet des papilles vasculaires jusqu’à l'extrémité basale des colonnes épithéliales. Elle offre la forme générale d’une capsule, ses bords sont relevés par la gaîne dermique qui entoure la base de la corne et la plus grande longueur des papilles périphériques ; son centre est déprimé et même situé audessous du niveau général de l’épiderme.

« Les bourgeons épithéliaux qui s’enfoncent vers la

— JD —

base en venant buter contre le derme sont remarquables par leur irrégularité comme forme et comme structure. Ce sont des boyaux cellulaires inégaux, de direction variée, anastomosés et tout à fait comparables à un épithélioma tubulé. On n’y distingue pas une cou: che génératrice bien différenciée, la limite même des boyaux épithéliaux et du derme est quelquefois indistincte en raison de l’infiltration cellulaire du stroma et des nombreuses cellules migratrices qui viennent pénétrer les boyaux épithéliaux eux-mêmes. Ceux-ci sont formés de cellules assez volumineuses sans orientation régulière, offrant tous les types de dégénérescence qu'on observe dans les épithéliomas cornés. On y rencontre très souvent des globes cornés entourés ou non d’une couche granuleuse chargée d’éléidine. Les cellules vivantes qui revêtent les papilles offrent la même métatypie, elles poussent des bourgeonnements dans les papilles mêmes en les déformant, les aplatissant, les ramifiant, ce qui rend les papilles quelquefois difficiles à reconnaître sur les coupes.

« 4 La gaîne qui entoure le bas de la corne est formée de la peau voisine entraînée par l’allongement de la corne. On y trouve un épiderme normal, des follicules pilosébacés, mais pas de glandes sudoripares, celles-ci étant généralement restées à la base de la tumeur. De l’épiderme ou des follicules pileux de cette gaîne partent des bourgeonnements épidermiques qui s’enfoncent obliquement vers la base, ils sont d’autant plus longs qu’ils proviennent de parties distales et

plus anciennes de la gaîne et vont se confondre avec

RAR les masses épithéliales de la tumeur principale, de même que le derme de la gaîae se confond plus ou moins sur la limite avec les papilles vasculaires parties de la base.

« L’étude des coupes transversales de la corne échelonnées en série du sommet vers la base confirme et complète les données fournies par les coupes longitudinales. Vers lesommet on trouve les cellules cornées se groupant en cercles concentriques autour des capillaires thrombosés, bien que cela soit plus rare et beaucoup moins net que dans les verrues. Plus bas on rencontre la gaîne cutanécet les papilles vasculaires irrégulières, aplaties, contournées, infiltrées de lyÿmphocytes et de cellules plasmatiques, entourées de cellules épidermiques vivantes et métalypiques comme celles que nous avons vues dans les boyaux épithéliaux de la base.

«La corne est donc constituée par une néoplasie dermo-épidermique. L’épiderme pousse des bourgeonnements profonds refoulant le derme dont certaines parties correspondant aux interstices des colonnes épidermiques forment les papilles. Le derme participe aussi au processus. Au début, son hyperplasie est même prédominante (fibrokératome). Plus tard les colonnes épidermiques, en s’allongeant par leurextrémité basale soulèvent la masse cornée en étirant les papilles vasculaires qui finissent par se thromboser par segments successifs.

« L'accroissement de la corne est due à la prolifé-

ration des masses épithéliales interpapillaires qui sou-

lèvent tout ce qui est situé au-dessus d’elle. Les papilles vasculaires qui sant englobées dans la masse se trouvent comprimées et surtout étirées et allongées. Lorsqu’elles dépassent une certaine longueur, une portion de leur extrémité se thrombose, se momifie et c’est ainsi que l’on peut dans les parties terminales et absolument kératinisées d’une corne, trouver des caillots allongés dans le tissu corné et reproduisant la forme des vaisseaux sanguins. D’autres caillots plus irréguliers sont des hémorrhagies dues à des traumatismes ou à des déchirures des papilles. Les papilles vasculaires qui entretiennent la vitalité des masses épithéliales de la corne, ne sont nullement dues à l’'hypertrophie des papilles normales de la peau; elles sont moins nombreuses sur une surface donnée que ne le sont les papill:s normales et on les trouve parfaitement développées dans les cornes nées sur une cicatrice où iln’y a pas de papilles. Les papilles vasculaires des cornes sont le résultat d’un bourgeonnement épithélial ; ce sont des portions de stroma, ou de tissu vasculaire interstitiel étirées en longueur,par l’accroissement même de la corne ; lemême processus de bourgeonnement se produisant plus haut dans le revêtement épithélial des papilles, détermine leur ramification.

« Dans la corne, les cellules épidermiques sont tout à fait métatypiques et présentent toutes les altérations qu’on observe dans l’épithélioma, le derme sousjacent est infiltré de lymphocytes et de cellules plasmaliques, les papilles sont d’une extrême irréqularité,

de sorte que, sur une coupe il peut être en certains

NOTES points impossible de distinguer une corne d’un cancroïde ». |

Voicile résultat de l'examen histologique d’une corne, pratiquée par Mitvalsky dont nous donnons l’observation à la fin de notre thèse.

« Par des sections longitudinales à travers toute la corne, on remarque que la majeure partie de la corne est formée de cellules épidermoïdes plus ou moins déformées, très rarement entrecoupées d’un rare tissu conjonctif.

« La partie supérieure (sommet) n'offre que des colonnes de cellules épidermiques desséchées, dont les noyaux ne sont nullement susceptibles de coloration. Ici nulle trace de tissu conjonctif. Dans l’enflurenoduleuse on reconnaît facilement la base momifiée de la corne qu’un an auparavant on avait liée à la racine. On y voit une cellule épidermique très bien conservée avec une assise pilifère portant encore quelques poils. Sous l’épiderme se trouve une couche jaunâtre d’une substance albumineuse, coagulée, résultant sans doute d’une hémorrhagie. Cette hémorrhagie, occasionnée par la ligature de la verrue, a séparé alors l’épiderme, du tissu conjonctif de la petite corne. Facile à reconnaître est le tissu conjonctif sous-jacent ; il offre de nombreux vaisseaux sinueux avec de larges colonnes. Un sang uniformément corrompu les remplit abondamment. Le tissu est imbibé de pigment de sang et rubigineux. Bien que ridés et desséchés, les noyaux des corpuscules conjonctifs se laissent cependant colorer.

La structure de la corne est à cette partie supé-

Zarzycki 3

PAS Re

rieure parfaitement caractérisée, malgré la momification assez avancée déjà. On y trouve au milieu un riche dépôt de tissu conjonctif, d’où partent en divers sens des prolongements en forme de faisceaux, qui à leur tour sont entourés de cellules épithéliales, susceptibles de coloration auprès des faisceaux. À mesure qu’elles s’éloignent des faisceaux du tissu conjonctif, ces cellules vont en s’aplatissant ; bien plus, pareilles à des écailles, elles se confondent entre elles et perdent leur coloration plus ou moins complètement. Dans les vaisseaux de cette partie supérieure, surabondamment remplis de sang, pas un seul globule de sang conservé ou seulement comme tel reconnaissable ! Il est changé là en colonnes homogènes, jaunes, presque rubigineuses. Le tissu conjonctif de cette partie est bien relié aux rares filets de celui de la partie centrale. Son système de vaisseaux sanguins est toutefois placé en dehors de la circulation.

La partie centrale de la corne avec ses sillons parallèles, se compose de colonnes inégalement longues et grosses et qui s’entrecroisent. De ces dernières, plusieurs sont à leur tour drapées dans un commun manteau de cellules cornées. Somme toute, elle est composée de cellules épithéliales, agglomérées les unes aux autres, à la manière des coquilles, et plus ou moins cornées.

Au milieu de ces colonnes de cellules, le plus souvent dans les susdits manteaux se trouvent par endroits des vaisseaux et des bandeaux de tissu conjoncüf, plus

ou moins bien conservés, ou du moins leurs traces.

Meg

« Plus cette colonne de vaisseaux sanguins s’éloigne du sommet, plus elle dégénère, plus elle jaunit. Ce sont encore les globules incolores qui se conservent le plus longtemps. Les cloisons des vaisseaux aussi sont le plus souvent altérées et desséchées ; ailleurs on voit que le sang corrompu a percé les cloisons des vaisseaux sanguins et s’est introduit dans les pores du tissu conjonctif. Quand on coupe la partie centrale transversalement, on peut déjà voir que le rare tissu conjonclif de la corne n’est pas uniquement formé de bandes de tissu qui se tirent le long de la corne en se ramifiant, semblables à des papilles, mais encore des septa très rares et plus ou moins bien conservés. Les vaisseaux et leurs restes qu’on trouve dans ce septa montent eux aussi le long de la corne.

« La plupart de ces bandeaux de tissu conjonctif, qu’on a rencontrés, tout aussi bien que les vaisseaux qui s’y trouvent, n’atteignent pas le sommet de la partie centrale. Comme continuation de ces derniers, ou trouve le plus souvent un espace rempli d’une masse jaunâtre -et ‘amorphe, qui lui-même un peu plus haut, est ordinairement rempli d’un tissu réticulé. Ce dernier tissu, peut être considéré comme identique à la « substance-moelle où moelle cornée d’Unna » aussi bien au point de vue morphologique que génitique.

En somme une coupe longitudinale dans la corne nous montre des cordons de tissu conjonctif au nombre de 3 à5 tous plus ou moins reconnaissables ; une coupe transversale en montre plus encore. Le degré de kéra-

tinisation des cellules épidermiques varie sensiblement

Re à chaque coupe. Kératinisation complète des cellules au point de former de petites écailles grises et fines, de manière à rendre leurs noyaux invisibles, n’a lieu qu'en peu d’endroits. Les cellules non encore arrivées à ce degré de kératinisation, sont fortement aplaties jus= qu’à devenir presque rondes et manifestent des noyaux linéolaires et ovales, ces noyaux sont diversement saturés de couleur. Sous le microscope le corps celluleux apparaît brillant comme l’ambre.

« Les indices les plus importants pour la compréhension du développement des cornes, sont fournis je crois, par la partie qui forme la base de l’ulcère et qui est recouverte d'un épiderme assez considérable.

« Considérons d’abord les coupeslongitudinales. L’épiderme dans son état normal monte à partir de la base de la corne avec un mince chorion rempli de cellules fort petites et envoie en tous sens de nombreux petits cônes épithéliaux qui se dirigent obliquement vers la base de la corne. Tantôt ces cônnes apparaissent solides et se réunissent aux extrémités éphitéliales de la base de la corne ; tantôt ils montrent des cavités cystiques vides, d’après le genre de la formation d’un athérome microscopique, tantôt ils renferment dans leur parte centrale de petits poils qu’on distingue aisément.

« Le tissu proprement dit de la corne se compose ici principalement de grandes cellules épithéliales dans des stades divers de kératinisation et dans divers modes de groupement. Ces cellules, pareilles à des

couches épithéliales, larges, lobées, se divisent, s’éten-

AE dent jusqu'aux muscles orbiculaires, augmentent visiblement à leur périphérie, et engendrent des prolongements bosselés. L’hypertrophie et l'augmentation de ces cellules ainsi que la production des renflements érithéliaax s’opêrent aussi bien dans la direction dela surface que de la base ; dans cette dernière direction cependant, elle se fait d’une manière plus prononcée. Cela explique après tout le développement de la corne. Ceux des renflements qui se dirigent vers la base soulèvent la corne et la prolongent sensiblement ; cela fait aussi qu’ils s’approchent dès lors du tissu conjonctif sous-cutané et l’écartent même partiellement. Mais à leur tour, ils se laissent diviser par les plus puissants faisceaux en de nouveaux renflements.

« Le tissu conjonctif, sans cesse renouvelé par le liquide infiltré, fournit les faisceaux conjonctifs. Ce sont ces derniers qui portent les vaisseaux et qui se chargent de la nutrition de la corne. Ils se ramifient à la partie inférieure de la corne, par endroits même ils s'unissent aux embranchements des faisceaux voisins, de sorte que dans certaines parties de la corne, il se forme un filet de tissu conjonctif. Celui-ci, tout comme dans un carcinome, enveloppe alors de grands groupes de cellules épithéliales dont celles qui avoisinent le filet sont toutes vivaces et normales, et souvent même cylindriques ; tandis que celles qui se trouvent plus vers lé centre sont des degrés divers de kératinisation; les cellules centrales paraissent même être décomposées.

« Quand on fait des coupes longitudinales dans d’au-

Page 1